L'interruption médicale de grossesse (IMG), également appelée avortement thérapeutique, est une procédure complexe encadrée par des conditions médicales strictes. Elle se distingue de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) par ses indications et les étapes spécifiques qu'elle implique. Cet article vise à fournir une vue d'ensemble complète de l'IMG, en abordant ses indications, sa procédure, ses aspects légaux et le suivi médical nécessaire.
Indications de l'IMG
L'IMG peut être envisagée dans deux situations principales :
- Mise en danger grave de la santé de la femme : Si la poursuite de la grossesse représente un risque vital ou menace gravement la santé physique ou mentale de la femme enceinte, l'IMG peut être une option.
- Forte probabilité d'une affection incurable chez l'enfant à naître : Si les examens prénataux révèlent une forte probabilité que l'enfant à naître soit atteint d'une maladie d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic, l'IMG peut être envisagée. Cela inclut des maladies mortelles en période périnatale ou dans la première année de vie, ainsi que des affections entraînant un handicap grave, parfois mortel, chez l'enfant.
L'IMG peut être pratiquée à tout moment de la grossesse, contrairement à l'IVG, qui est limitée par des délais légaux.
La Procédure de Décision
La procédure de décision pour une IMG varie en fonction du motif invoqué (santé de la mère ou de l'enfant). Dans tous les cas, la femme enceinte doit bénéficier d'une information complète et donner son consentement éclairé. Elle peut également demander à être entendue par l'équipe médicale.
Santé de l'Enfant
Lorsque l'IMG est envisagée en raison d'une forte probabilité d'affection grave et incurable chez l'enfant à naître, la demande est examinée par l'équipe d'un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal. La femme enceinte peut demander à ce qu'un médecin ou une sage-femme de son choix soit associé à cette évaluation.
Lire aussi: L'avortement aux États-Unis : une analyse juridique
Santé de la Femme
Si l'IMG est envisagée pour préserver la santé de la femme, sa demande est examinée par une équipe pluridisciplinaire comprenant au moins :
- Un médecin qualifié en gynécologie-obstétrique membre d'un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal.
- Un praticien spécialiste de l'affection dont la femme est atteinte.
- Un médecin ou une sage-femme choisi(e) par la femme.
- Une personne qualifiée (assistant social ou psychologue) tenue au secret professionnel.
La décision finale appartient à l'équipe pluridisciplinaire. Si deux médecins estiment que le risque est fondé, ils établissent les attestations nécessaires pour pratiquer l'IMG.
Aspects Légaux et Consentement
Une mineure non émancipée peut demander une IMG. Toutefois, le consentement de l'un de ses parents ou de son représentant légal est requis. Si la mineure souhaite garder le secret, le médecin s'efforce d'obtenir son accord pour consulter un parent ou le représentant légal. Si cela n'est pas possible, le médecin doit s'assurer que la mineure est accompagnée par une personne majeure de son choix dans sa démarche.
Un médecin qui refuse de pratiquer une IMG doit informer la femme de son refus et lui communiquer les noms de praticiens pouvant réaliser l'intervention.
Méthodes de Réalisation de l'IMG
L'IMG se déroule dans le cadre d'une hospitalisation dans un établissement de santé, public ou privé. Elle peut être réalisée par différentes méthodes :
Lire aussi: Tout savoir sur les caillots après une interruption de grossesse
- Voie médicamenteuse : Cette méthode utilise des médicaments pour induire l'arrêt de la grossesse et provoquer l'expulsion de l'embryon ou du fœtus. Elle est similaire à l'IVG médicamenteuse, mais peut nécessiter des protocoles spécifiques en fonction du stade de la grossesse. Notamment, la femme signe un formulaire de consentement et reçoit les deux médicaments nécessaires : la mifépristone (Mifégyne) et le misoprostol (Gymiso ou MisoOne).
- Voie chirurgicale : Cette méthode implique une intervention chirurgicale pour retirer l'embryon ou le fœtus de l'utérus. Elle peut être réalisée par aspiration ou par dilatation et curetage.
- Déclenchement de l'accouchement par les voies naturelles : Dans certains cas, notamment lorsque l'IMG est réalisée à un stade avancé de la grossesse, il peut être préférable de déclencher l'accouchement par les voies naturelles.
Pendant et après l'intervention, des précautions sont prises pour minimiser les risques et les effets secondaires pour la santé de la mère et pour les futures grossesses.
Suivi Post-IMG
Après une IMG, un suivi médical et psychologique est essentiel. Des soins sont apportés à la femme, comprenant un suivi physique et un soutien psychologique. Une consultation de suivi est prévue avec le médecin ayant réalisé l'intervention.
Un dosage sanguin des hormones hCG et/ou une échographie de contrôle peut être réalisé. Ces vérifications sont absolument essentielles pour s’assurer que la grossesse est bien arrêtée et qu’il n’y a pas de complications. Dans certains cas, cette visite de contrôle n’est pas réalisée.
Pour les questions liées à l'état civil et à l'inhumation de l'enfant, les parents peuvent être accompagnés par l'assistante sociale de l'établissement de santé.
En cas d'incapacité de travail suite à l'IMG, la femme bénéficie d'une indemnisation pendant son arrêt de travail, sans délai de carence.
Lire aussi: Front Uni pour l'Avortement
Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) : Une Alternative
Il est essentiel de distinguer l'IMG de l'IVG. L'IVG est une démarche volontaire de la femme enceinte, motivée par des raisons personnelles, sociales ou économiques. Elle est encadrée par des délais légaux, qui varient selon les pays. En France, l'IVG médicamenteuse est possible jusqu'à 7 semaines de grossesse, tandis que l'IVG chirurgicale est possible jusqu'à 14 semaines de grossesse.
IVG Médicamenteuse : Étapes et Déroulement
L'IVG médicamenteuse consiste à prendre deux médicaments, la mifépristone et le misoprostol, pour interrompre la grossesse. Cette méthode peut être réalisée en cabinet de ville, en centre de santé, en centre de santé sexuelle ou en établissement de santé.
- Consultation d'information : La femme enceinte rencontre un médecin ou une sage-femme pour recevoir des informations sur les méthodes d'IVG, les lieux de réalisation, les risques et les effets secondaires possibles. Un dossier-guide est remis.
- Recueil du consentement : La femme choisit la méthode d'IVG et confirme son choix par écrit. C'est également l'occasion de discuter de la contraception post-IVG et de réaliser un dépistage des infections sexuellement transmissibles.
- Prise de la mifépristone : Ce médicament bloque l'action de la progestérone, une hormone nécessaire au maintien de la grossesse. Il favorise également les contractions de l'utérus et l'ouverture du col utérin.
- Prise du misoprostol : Ce médicament est pris 24 à 48 heures après la mifépristone. Il augmente les contractions et provoque l'expulsion de l'œuf. Des saignements et des douleurs sont fréquents.
- Visite de contrôle : Une visite de contrôle est réalisée 14 à 21 jours après la prise de la mifépristone pour s'assurer que la grossesse est bien interrompue et qu'il n'y a pas de complications.
Risques et Complications de l'IVG Médicamenteuse
Bien que l'IVG médicamenteuse soit généralement sûre, des complications peuvent survenir, telles que des douleurs pelviennes, des saignements abondants, des infections ou des hémorragies. Il est important de consulter un médecin en cas de fièvre, de fortes douleurs abdominales ou de malaise. Le risque d’échec de cette IVG médicamenteuse existe (5% des cas). Ce risque augmente quand le protocole n’est pas respecté (non-respect des doses ou du délai d’administration des médicaments) ou lorsque l’IVG est réalisée à un stade avancé de la grossesse. Les saignements qui apparaissent après la prise des comprimés ne témoignent pas systématiquement de l'expulsion totale de l’embryon ; ils ne doivent donc pas être perçus comme une preuve absolue de réussite de la procédure d’interruption de grossesse.
Si une femme choisit de poursuivre sa grossesse après avoir pris de la mifépristone ou du misoprostol, un suivi particulier du futur enfant devra être effectué. En effet, les médicaments utilisés dans l’IVG médicamenteuse sont tératogènes c’est-à-dire qu’ils peuvent provoquer des malformations graves chez les enfants exposés pendant la grossesse (au niveau des membres, de la face, du cerveau). En effet, l’exposition prénatale au misoprostol ou à la mifépristone a été associée à une augmentation du risque malformatif multipliée par trois par rapport aux enfants dont les mères n’ont pas été exposées à l’une de ces molécules pendant la grossesse.
tags: #avortement #thérapeutique #rapport #médical
