L'avortement, ou interruption volontaire de grossesse (IVG), est une réalité complexe et multifactorielle. Bien que la contraception soit largement accessible et utilisée, des grossesses non désirées surviennent, conduisant parfois à des avortements. Cet article examine les causes de ces avortements malgré l'utilisation de la contraception, en explorant les facteurs individuels, socio-économiques et culturels qui influencent cette décision.

Efficacité Théorique vs. Efficacité Pratique de la Contraception

Il est crucial de distinguer l'efficacité théorique d'une méthode contraceptive de son efficacité pratique. La réalité, c’est qu’il existe une différence entre l’efficacité théorique et l’efficacité pratique de la contraception. C’est particulièrement vérifié en France. Les accidents de contraception les plus fréquents sont les oublis de pilule, son rejet pour cause de maladie, et la rupture ou la mauvaise utilisation du préservatif. Parfois des grossesses sont possibles sous stérilet. Le stérilet a un double effet possible : bloquer l’ovulation en empêchant la conception, ou s’il y a conception, empêcher la nidation de l’embryon dans l’utérus. Parfois des embryons arrivent à s’implanter malgré tout.

Même les méthodes contraceptives les plus efficaces peuvent échouer en raison d'une utilisation incorrecte ou inconsistante. Des études montrent qu'une grande majorité des femmes qui subissent des grossesses non désirées utilisaient pourtant une méthode contraceptive au moment où elles sont tombées enceintes. Il ressort notamment d’une étude menée aux Etats-Unis qu’une femme expérimente en moyenne 1,8 échec dans les méthodes contraceptives au cours de sa vie sexuelle. Une autre étude montre que parmi les femmes qui étaient tombées enceinte et qui utilisaient pourtant la pilule, 76% l’avaient utilisée incorrectement.

Facteurs Socio-Économiques et Culturels

La décision d'avorter est rarement prise à la légère et s'inscrit dans un contexte sociologique, économique et culturel précis. L’on peut dès lors, tout à fait comprendre que le contexte dans lequel se retrouve la femme, peut engendrer une détresse qui va la pousser à avorter.

Précarité Économique et Niveau d'Éducation

Les femmes en situation économique précaire ont un risque plus élevé d'avoir recours à l'avortement, et ce de manière répétée. En Suède, 23% des femmes qui avortent sont sans emploi. Les étudiantes sont également particulièrement touchées par l'avortement, avec une augmentation de 14,6% à 19% des étudiantes ayant déjà avorté entre 1990 et 2011. Les femmes ayant un faible niveau d'éducation ont également plus souvent recours à l'avortement. Si l’on regarde en France, parmi les femmes qui n’ont pas le niveau bac, 35% ont subi des avortements multiples.

Lire aussi: L'avortement aux États-Unis : une analyse juridique

Situation Familiale et Influence de l'Entourage

Les femmes célibataires sont de plus en plus concernées par l'avortement. En France, leur proportion est passée de 44,1% à 51,7% entre 1990 et 2011. De plus, les femmes qui avortent prennent rarement la décision seules, mais sont souvent influencées par leur entourage.

L'affaiblissement de la structure familiale, caractérisé par la diminution du taux de mariage et l'augmentation du taux de divorce, a également un impact sur la hausse du recours à l'avortement. On constate dans la majeure partie des Etats de l’Union européenne que l’institution familiale est en perdition. En effet, le taux de mariage a diminué de moitié (de 7,8 pour 1000 à 4,5 pour 1000 personnes) alors que le taux de divorce a doublé de moitié (de 0,8 à 2 pour 1000 personnes).

Éducation Sexuelle et Normes Sociales

Paradoxalement, dans les pays où les cours d'éducation sexuelle sont démocratisés à l'école, le taux de grossesse chez les adolescentes peut être plus élevé, et donc le taux d'avortement également. La Suède, où les cours d'éducation sexuelle sont apparus dès 1942, en est un exemple. Si dans la majeure partie des pays du monde le taux de grossesse diminuent ces dernières années, il n’en est pas ainsi en Suède où le taux est de 29 pour 1000 en 2010 et 69% des grossesses des adolescentes se terminent par une IVG.

Les normes sociales et la planification familiale peuvent également influencer le taux d'avortement, l'avortement étant parfois perçu comme une méthode contraceptive comme une autre.

Facteurs Spécifiques à Certains Contextes Géographiques

Dans les pays d'Afrique subsaharienne, le faible taux de prévalence contraceptive et l'importance des besoins non satisfaits en la matière contribuent aux grossesses non désirées et aux avortements. Pour certains auteurs, ce phénomène s’explique par l’inaccessibilité des moyens modernes de contraception, la mauvaise distribution, le faible soutien étatique et le coût élevé des méthodes contraceptives (Veron, 1997 ; Bella, 1998) pour d’autres par contre, l’émergence d’une demande des services de planification familiale inhibée par les normes socioculturelles en vigueur dans ces sociétés en serait la principale raison.

Lire aussi: Tout savoir sur les caillots après une interruption de grossesse

Au Cameroun, le rapport de mortalité maternelle sur la période 2004-2011 est de 782 décès pour 100 000 naissances vivantes, les grossesses non désirées représentent 6% et les hospitalisations pour cause de complications d’avortements provoqués témoignent de l’effectivité des grossesses indésirées.

Dans les pays musulmans, la question de l'avortement est complexe en raison du référentiel religieux. La réponse apportée par les législations des pays musulmans diffère selon les situations et selon l’âge de la grossesse, le Fiqh, en dépit de l’interdiction par la Chariaa, à travers l’Ijtihad, a pu apporter des solutions nuancées dans certains pays musulmans. En Algérie, l'avortement provoqué est un phénomène en croissance, touchant particulièrement les femmes instruites en milieu urbain.

Conséquences de l'Avortement et Santé des Femmes

Les avortements qui s'ensuivent contribuent à la morbidité et à la mortalité maternelle. Or, l’utilisation accrue de la contraception peut contribuer au bien-être général des femmes.

Une étude de 2012 a révélé que le risque d’hypotrophie et de prématurité est majoré pour les femmes ayant fait trois avortements ou plus, surtout dans le cas d’IVG chirurgicales. Avec un seul ou deux avortement, il y a déjà une augmentation du risque, mais encore faible. Le risque devient significatif à partir de trois avortements.

Idées Fausses sur l'IVG

Il est important de dissiper certaines idées fausses concernant l'IVG :

Lire aussi: Front Uni pour l'Avortement

  • "L'IVG rend stérile ou diminue la fécondité" : FAUX. L'avortement, réalisé dans de bonnes conditions, n'a pas d'impact sur la fertilité de la femme.
  • "L’IVG produit un dérèglement hormonal." : FAUX. Le système hormonal se régule rapidement après une IVG, et les règles reviennent dans un délai de 4 à 6 semaines.
  • "L'avortement provoque des troubles psychiques" : FAUX. Il n'existe pas de pathologie psychologique spécifique au décours d'une IVG.
  • "L'IVG est utilisée seulement par les femmes qui n'ont pas de moyen de contraception" : FAUX. Dans un peu plus de deux cas sur trois, les femmes qui ont recours à une IVG utilisaient un moyen de contraception qui n'a pas fonctionné.
  • "Les mineures doivent demander l'accord de leurs parents" : FAUX. En France, une femme mineure peut demander une IVG sans l'accord de ses parents.
  • "L'IVG médicamenteuse est une méthode plus simple que l'IVG instrumentale" : FAUX. Chaque méthode présente des avantages et des inconvénients qui doivent être discutés avec un professionnel de santé.

Améliorer l'Accès à la Contraception et l'Information

Pour réduire le nombre d'avortements, il est essentiel d'améliorer l'accès à la contraception et de renforcer l'information sur les différentes méthodes disponibles. Le rapport de l’IGAS met également le doigt sur le fait que « la contraception d’urgence ne joue pas pleinement son rôle de rattrapage ». Accessible sans prescription médicale, la « pilule du lendemain » est délivrée gratuitement et de façon anonyme aux mineures en pharmacie, sur simple déclaration auprès du pharmacien. Or, selon l’IGAS, « Les demandes de paiement sont relativement fréquentes et certains professionnels exigent une pièce d’identité ». Roselyne Bachelot reconnaît dans ce contexte qu'il « faut améliorer l'accès et l'information à la contraception ».

Il est également important de sensibiliser les médecins sur ce thème et de promouvoir une "culture de la prévention".

Grossesse Non Prévue : Options et Soutien

En cas de grossesse non prévue, plusieurs options sont possibles : poursuivre la grossesse et accueillir un enfant, poursuivre la grossesse et confier l’enfant à l’adoption, ou interrompre la grossesse. Il est crucial de se faire accompagner dans ses interrogations et démarches en demandant conseil à des proches ou à des professionnels de santé.

tags: #avortement #malgré #contraception #causes

Articles populaires: