L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet de société majeur en France, suscitant régulièrement des débats et des évolutions législatives. Cet article se penche sur les statistiques récentes concernant l'IVG en France, les facteurs qui influencent ces chiffres, et les enjeux liés à l'accès à ce droit fondamental.

Un Contexte Législatif en Évolution

Les députés français se penchent sur l’inscription dans la Constitution de "la liberté garantie" pour une femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse. L'Assemblée nationale examine le projet de réforme constitutionnelle du gouvernement visant à graver dans la Constitution "la liberté garantie à la femme d'avoir recours" à l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Pour que la Constitution soit modifiée, l'approbation des députés, lors d'un vote solennel ne suffira pas. Il faudra que le Sénat vote le texte dans les mêmes termes, avant un Congrès réunissant tous les parlementaires à Versailles.

Augmentation du Nombre d'IVG : Une Tendance Récente

En 2022, 234 253 interruptions volontaires de grossesse (IVG) ont été enregistrées en France, soit le chiffre le plus élevé sur ces 30 dernières années, selon les données de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) publiées en septembre 2023. Au total, 251 270 IVG ont eu lieu, soit 7 000 de plus qu’en 2023, et 45 % ont été réalisées en dehors des établissements de santé. Le nombre d’interruptions volontaires de grossesse (IVG) a continué d’augmenter en France, a précisé la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees). « La hausse du nombre d’IVG observée en 2022 et 2023 se poursuit, après le creux observé en 2020 et en 2021 notamment dû à la baisse des conceptions relevées lors de la pandémie de Covid-19 », relève la Drees. En 2023, 243 623 femmes ont eu recours à une interruption volontaire de grossesse (IVG), soit 8 600 de plus qu’en 2022. Une légère hausse qui se poursuit, selon l’évaluation annuelle de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees). Le nombre d’IVG réalisées en France a augmenté de 3,7 % en 2023 par rapport à 2022. Cette hausse, déjà observée un an auparavant, est avant tout un effet du rattrapage de la baisse durant le Covid. « La hausse du nombre d’IVG observée en 2022 se poursuit, après la nette baisse en 2020 et 2021 en lien avec la pandémie de Covid-19 », souligne la Drees. En 2023, le taux de recours à l’IVG atteint 16,8 IVG pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans en 2023, contre 16,4 pour 1 000 en 2021 et 15,1 pour 1 000 en 2020. En 2024, le nombre d’interruptions volontaires de grossesse (IVG) s’élève à 251 270, soit 7 000 de plus qu’en 2023. Le taux de recours à l’IVG atteint 16,8 pour 1 000 femmes de 15 à 49 ans, un record depuis 30 ans.

Facteurs Contribuant à l'Augmentation

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette augmentation :

  • Reprise après la pandémie de Covid-19: La baisse des IVG en 2020 et 2021 était en partie due à la diminution des conceptions pendant la crise sanitaire. La hausse observée depuis 2022 pourrait donc être un rattrapage.
  • Évolution du contexte socio-économique: La dégradation du contexte socio-économique peut influencer les décisions d'avoir un enfant, conduisant certaines femmes à opter pour l'IVG.
  • Allongement du délai légal: L'allongement du délai légal de recours à l'IVG de 12 à 14 semaines de grossesse en mars 2022 peut avoir contribué, bien que dans une moindre mesure, à cette augmentation. L’allongement de deux semaines (de 12 à 14) du délai légal de recours, prévu dans la loi de mars 2022, n’a concerné que 1 % à 2 % du total des IVG.
  • Manque d'éducation à la sexualité et de prévention: Le manque de campagnes nationales de prévention sur la contraception et l'absence d'éducation à la vie affective et sexuelle peuvent entraîner une baisse du recours à la contraception chez les jeunes et, par conséquent, une augmentation des grossesses non désirées.

Profil des Femmes Recourant à l'IVG

Répartition par Âge

Les IVG sont concentrées aux âges compris entre 20 et 34 ans, et le taux de recours le plus élevé se situe entre 25 et 29 ans. Entre 2019 et 2022, le taux a augmenté pour les femmes âgées de 25-49 ans alors qu’il a diminué pour les 15-19 ans. En d’autres termes, le recours à l’IVG a augmenté principalement aux âges d’entrée dans la maternité et au-delà. En 2023, les taux de recours augmentent pour toutes les classes d’âge chez les femmes majeures, avec une hausse plus marquée pour les 20-34 ans, où les IVG restent les plus fréquentes. En 2024, les taux de recours augmentent pour toutes les classes d’âge, avec un taux de recours qui reste le plus élevé parmi les 25-29 ans : 29,8 ‰ contre 29,4 en 2023. Parmi les moins de 20 ans, le taux de recours demeure plus faible qu’il n’était il y a dix ans (5,5 ‰ contre 8,7 ‰).

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Disparités Territoriales

Le rapport signale aussi des disparités territoriales fortes du taux de recours : de 12,7 % dans les Pays de la Loire à 46,7 % en Guyane. Les taux de recours à l’IVG augmentent dans toutes les régions métropolitaines et se stabilisent dans les DROM, où leur niveau moyen est deux fois plus élevé qu’en métropole. Les disparités territoriales sont marquées puisque les taux de recours varient du simple au quadruple entre Les Pays de la Loire et la Guyane. En France métropolitaine, ils oscillent entre 12,4 ‰ dans les Pays de la Loire à 23,1 ‰ en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Dans les DROM, les taux fluctuent entre 19,0 ‰ à Mayotte et 46,5 ‰ en Guyane.

Méthodes et Lieux de Réalisation des IVG

Évolution des Pratiques

Au fil des années, les IVG en ville sont de plus en plus réalisées par des sages-femmes. En 2022, 38 % des IVG étaient réalisées en ville par méthode médicamenteuse, 40 % à l’hôpital par méthode médicamenteuse et 22 % par méthode chirurgicale. En 2022 toujours, 39 % des IVG en ville ont été réalisées par des sages-femmes, proportion également en hausse, dans le prolongement de la tendance observée depuis qu’elles disposent du droit de pratiquer des IVG en ville, mis en place en 2016 - ce qui contribue à l’augmentation globale de la part d’IVG médicamenteuses. Seules 6 % des IVG sont pratiquées dans un hôpital privé, ce qui témoigne également de la tendance de long terme au recul de la prise en charge des IVG par ces établissements. A l’inverse, 58 % des IVG sont réalisées dans un hôpital public et cette proportion monte à 76 % pour les 15-18 ans. Enfin, la part d’IVG chirurgicales est plus élevée chez les jeunes (29 % pour les 15-19 ans contre 15 % pour les 45-49 ans), à une durée moyenne de grossesse plus élevée. La diversification des lieux et des professionnels permet une plus grande souplesse dans la prise en charge. Elle n’est cependant pas égale sur le territoire, ni selon l’âge des personnes ayant besoin de recourir à une IVG, notamment pour les plus jeunes. L’accès à l’information et à des structures de soins de proximité est essentiel pour assurer une prise en charge correspondant au choix de la méthode, au moment souhaité. En 2023, 41 % des IVG ont été réalisées en dehors des établissements de santé. À partir de 2005, les IVG médicamenteuses ont été autorisées en ville, puis en centre de santé et centre de santé sexuelle, rappelle la Drees. La méthode médicamenteuse représente 79 % de l’ensemble des IVG : 48 % de ces IVG ont eu lieu en établissement de santé, 46 % en cabinet libéral et les 6 % restants en centre de santé ou de santé sexuelle. En 2023, 3 170 professionnels de santé exerçant en cabinet de ville ont pratiqué des IVG. En trois ans, le nombre de ces professionnels, principalement des sages-femmes et des médecins généralistes, a augmenté de 814, précise la Drees. Depuis 2005 et l’autorisation de sa pratique hors établissement de santé, l’IVG est de plus en plus souvent réalisée de façon médicamenteuse, seule méthode permise hors établissement (excepté dans certains centres de santé où la méthode instrumentale peut être utilisée, ce qui concerne moins de 200 IVG). Par ailleurs 64 % des IVG en établissement sont désormais pratiquées par voie médicamenteuse. Ainsi en 2024 45 % des IVG sont réalisées hors des établissements de santé, et la méthode médicamenteuse concerne 80 % de l’ensemble des IVG. En 2024, 1 442 sages-femmes, 900 gynécologues ou gynéco-obstétriciens et 920 médecins généralistes ont réalisé des IVG en cabinet libéral. Les sages-femmes ont réalisées plus de 50 000 IVG, soit la moitié des IVG réalisées en cabinet libéral. Près de 1600 médicaments ont été remis directement à la femme par une pharmacie, dans le cadre d’une IVG en téléconsultation.

Prédominance de la Méthode Médicamenteuse

La méthode médicamenteuse domine très largement (79 % de l’ensemble des IVG).

Rôle Croissant des Sages-Femmes

Près de la moitié des IVG pratiquées en ville sont désormais réalisées par des sages-femmes.

Défis et Inquiétudes

Pour la présidente du Planning familial, cette évolution ne signifie pas que l’accès serait plus simple. « Ce n’est pas parce que l’avortement est plus facile. L’avortement n’a pas été facilité ces dernières années. Des femmes sont obligées de se déplacer dans un autre département que le leur pour pouvoir avorter », insiste Sarah Durocher, qui rappelle que « si une femme veut avorter, elle avortera ». En effet, selon l’étude de la Dress, à peine plus de 8 femmes sur 10 réalisent leur IVG dans leur département de résidence, et 95 % dans la même région.

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Accès Inégal et Déserts Médicaux

Dans les zones touchées par des déserts médicaux « les femmes ont d’autant plus de difficultés pour trouver un médecin pour avoir juste un renouvellement d’un contraceptif ». Et « ça ne va pas aller en s’arrangeant, craint la présidente du Planning familal. Depuis un an, on alerte sur des baisses de financement de la part des collectivités territoriales. Certaines femmes enceintes pratiquent une IVG dans un département différent de celui où elles résident.

Clause de Conscience

Dans 23 des 27 pays membres de l’Union européenne (dont la France), les médecins peuvent invoquer une "clause de conscience", qui les autorise à ne pas pratiquer d’acte allant contre leurs convictions. Même si le praticien a le devoir d’en "avertir le patient" et de transmettre "les informations utiles" à son confrère qui poursuivra les soins, cette pratique crée des inégalités.

Nécessité de Politiques Publiques Ambitieuses

« Il faut de vraies politiques publiques : de grandes campagnes nationales, des financements pour les associations et pour le service public afin qu’il puisse réhabiliter des centres IVG par les départements », alerte Sarah Durocher. « On est très inquiètes en termes de politique publique globale sur la question des droits sexuels et reproductifs », ajoute-t-elle.

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