L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit fondamental pour toutes les femmes. Face à une grossesse non désirée, il est essentiel d'avoir accès à des informations fiables et à un soutien psychologique adapté. Cet article vise à fournir un aperçu complet de l'IVG en France, en mettant l'accent sur les aspects légaux, les différentes méthodes disponibles, et l'importance du soutien psychologique avant et après l'intervention.

Cadre légal de l'IVG en France

La législation française a considérablement évolué pour garantir et renforcer le droit à l'avortement. Plusieurs lois ont marqué cette progression :

  • Loi n° 2001-588 du 4 juillet 2001 : Autorise les praticiens à réaliser des IVG en cabinet de ville, sous condition d'une convention avec un établissement de santé (article L. 2212-2 du code de la santé publique).
  • Loi n° 2007-1786 du 19 décembre 2007 : Permet aux centres de planification et aux centres de santé de pratiquer des IVG médicamenteuses (articles L. 2212-2 à L. 2311-3 et L. 6323-1 du code de la santé publique).
  • Loi n° 2012-1404 du 17 décembre 2012 : Assure une prise en charge à 100 % des IVG par l’Assurance maladie.
  • Loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 : Autorise les sages-femmes à réaliser les IVG médicamenteuses et supprime le délai de réflexion obligatoire de sept jours entre la consultation d’information et la consultation de recueil du consentement.
  • Loi n° 2020-1576 du 14 décembre 2020 : Rend obligatoire le tiers-payant pour la part des dépenses prises en charge par l’assurance maladie obligatoire et garantit la prise en charge de l'IVG sous couvert du secret, préservant ainsi l'anonymat si nécessaire.
  • Loi n° 2022-295 du 2 mars 2022 : Allonge le délai légal de l’IVG de 12 à 14 semaines de grossesse, prolonge le délai pour les IVG médicamenteuses en ville de 5 à 7 semaines de grossesse, autorise le recours à la téléconsultation pour l’IVG en établissement de santé, autorise les sages-femmes formées à pratiquer des IVG instrumentales en établissement de santé et supprime le délai minimal de réflexion de 48h prévu entre l’entretien psychosocial et la deuxième consultation qui permet le recueil du consentement à l’IVG pour toutes les mineures et pour les majeures qui choisissaient d’avoir un entretien psycho social (article L2212-1, L2212-3, L2212-5 du code de la santé publique).

Des décrets viennent également préciser les modalités d'application de ces lois :

  • Décret n° 2002-796 du 3 mai 2002 modifié : Définit les grands principes du dispositif (article R. 2212-9 à R. 2212-19 du code de la santé publique).
  • Décret n° 2009-516 du 6 mai 2009 : Précise les modalités de mise en œuvre de l’IVG médicamenteuse dans les centres de planification et les centres de santé (article R2212-19 à R2212-21 du code de santé publique) et Section 3 : Interruption volontaire de grossesse par voie médicamenteuse.

Les méthodes d'IVG

Il existe deux méthodes principales d'interruption volontaire de grossesse : la méthode médicamenteuse et la méthode chirurgicale (ou instrumentale).

IVG médicamenteuse

  • Délai : Possible jusqu’à 7 semaines de grossesse, soit 9 semaines d'aménorrhée (absence de règles). La loi du 2 mars 2022 a prolongé ce délai pour les IVG médicamenteuses en ville, le portant de 5 à 7 semaines de grossesse.
  • Lieux de réalisation : Réalisée par un médecin ou une sage-femme dans un centre de santé ou de planification familiale, à l’hôpital, ou dans un cabinet de ville ayant une convention avec un établissement de santé.
  • Procédure : Implique l'absorption par voie orale de deux comprimés à 24 à 48 heures d’intervalle. Le premier comprimé (mifépristone) stoppe la grossesse, et le second (misoprostol) provoque les contractions et l’expulsion de l’embryon.

IVG chirurgicale (ou instrumentale)

  • Délai : Possible jusqu’à la fin de la 14ème semaine de grossesse, soit au maximum à 16 semaines d’aménorrhée (SA).
  • Lieux de réalisation : Réalisée dans un hôpital ou une clinique autorisée à pratiquer l’avortement.
  • Procédure : Consiste à dilater le col de l'utérus, puis à évacuer le contenu utérin par aspiration. La femme peut prendre de la mifépristone (36 à 48 heures avant l’aspiration) ou du misoprostol (3 à 4 heures avant l’aspiration) ou un ovule par voie vaginale (3 heures avant l’aspiration). Une fois le col dilaté, le praticien introduit une canule dans l’utérus pour aspirer le contenu utérin. L'IVG se fait sous anesthésie locale ou générale, selon la situation médicale et le choix de la patiente. Une surveillance de quelques heures est nécessaire après l’intervention, et il est recommandé que la femme soit accompagnée lors de sa sortie de l’hôpital. Une consultation de contrôle est ensuite nécessaire.

Contre-indications

  • IVG médicamenteuse : Contre-indiquée en cas de grossesse extra-utérine diagnostiquée, d'allergie ou d'hypersensibilité à la mifépristone ou au misoprostol, d'insuffisance rénale ou de porphyrie héréditaire.
  • IVG instrumentale : Il n'y a pas de contre-indication en tant que tel, sauf allergie aux produits d’anesthésie. Le professionnel de santé évaluera les contre-indications potentielles lors de la première consultation.

L'importance du soutien psychologique

Une interruption de grossesse, qu'elle soit volontaire ou non, peut être une expérience émotionnellement éprouvante. Il est donc crucial de bénéficier d'un soutien psychologique adapté avant, pendant et après l'IVG.

Lire aussi: L'avortement aux États-Unis : une analyse juridique

Avant l'IVG

Face à une grossesse surprise ou un projet d'IVG, de nombreuses émotions, questionnements et doutes peuvent survenir. Il est important de pouvoir :

  • Être entendue : Avoir un espace de parole confidentiel et sans jugement.
  • Échanger avec une personne formée : Bénéficier d'une écoute attentive, d'une orientation et d'informations fiables.
  • Prendre l'avis d'une personne formée : Essentiel pour les mineures souhaitant une IVG sans le consentement parental, dans les conditions autorisées par la loi française.
  • Préparer un moment tranquille : Choisir un lieu sécurisé pour parler sans interruption et noter les questions à l'avance.
  • Être honnête sur ses ressentis : Exprimer ses peurs, hésitations ou soulagements.

Après l'IVG

Le vécu d’une IVG est personnel et varie d’une femme à l’autre. L'IVG peut susciter des émotions variées telles que le soulagement, la peur, la culpabilité, l'isolement, ou encore la fatigue psychique. Il est important de :

  • Reconnaître et accepter ses émotions : Le contexte de la réalisation de l’IVG et l’accompagnement autour de l’IVG peuvent avoir un impact psychologique.
  • Se protéger des discours moralisateurs ou culpabilisants : Ces discours peuvent contribuer au mauvais vécu d’une IVG.
  • Se tourner vers un psychologue ou des associations : Le Planning familial et d'autres structures peuvent apporter un soutien important.
  • Mettre en place un accompagnement psychologique si besoin : Un professionnel peut aider à gérer les émotions et les questions qui peuvent survenir à plus long terme.

Où trouver de l'aide et du soutien ?

  • Numéro vert : Un numéro gratuit, anonyme et accessible en métropole et dans les DOM est disponible pour répondre à toutes les questions sur les sexualités, la contraception et l'IVG.
  • Centres de santé sexuelle (ex-centres de planification et d'éducation familiale - CPEF) et EVARS (Espaces vie affective, relationnelle et sexuelle) : Ces centres proposent des consultations, des informations et un accompagnement personnalisé.
  • Associations : Des associations comme le Planning familial offrent un espace d'écoute, d'information et de soutien.
  • Professionnels de santé : Médecins, sages-femmes, conseillères conjugales et familiales, et psychologues sont à l’écoute des patientes dans les établissements de santé.
  • Tchat en ligne : Un outil interactif, anonyme et gratuit met en contact direct avec une personne compétente pour répondre aux questions, informer et orienter.

Examens médicaux et suivi après une IVG

Après une IVG, des examens médicaux sont nécessaires pour vérifier que la grossesse est bien interrompue. Le médecin ou la sage-femme peut proposer une prise de sang pour doser les β-hCG ou une échographie. Tous ces examens et consultations sont pris en charge à 100% par l’Assurance maladie, sans avance de frais, que la patiente soit majeure ou mineure.

Saignements

Les saignements après une IVG peuvent être un peu plus abondants que les règles habituelles dans les premiers jours et durent de quelques jours à trois semaines.

Disparition des symptômes de grossesse

Les symptômes de grossesse (nausées ou sensibilité des seins) disparaissent généralement quelques jours après l’IVG médicamenteuse ou instrumentale. Il est important de noter qu'un test de grossesse peut rester positif jusqu’à trois semaines après une IVG. La visite de contrôle permettra de confirmer que l’IVG a fonctionné.

Lire aussi: Tout savoir sur les caillots après une interruption de grossesse

Retour des règles

Après une IVG, les règles reviennent généralement dans les 4 à 6 semaines. Cela peut varier en fonction du type de contraception utilisé et du moment où il a été débuté.

Reprise des rapports sexuels

Il est conseillé d’attendre une dizaine de jours avant la reprise des rapports sexuels avec pénétration après une IVG pour éviter les risques d’infection. Il est également recommandé de ne pas utiliser de tampons durant cette période. Si une nouvelle grossesse n'est pas souhaitée, il est nécessaire d’utiliser une contraception dès la reprise des rapports sexuels.

Contraception après une IVG

Au cours des consultations pour l’IVG, une information détaillée sur les méthodes contraceptives est fournie. La contraception choisie peut être mise en place dès la réalisation de l’IVG. Un dispositif intra-utérin (au cuivre ou à la progestérone) peut être posé immédiatement après l’IVG instrumentale (sauf en cas d’épisode infectieux) ou lors de la visite de suivi pour une IVG médicamenteuse. Une contraception hormonale (pilule, patch transdermique, implant, injection intra musculaire) peut être débutée le jour même ou le lendemain d’une IVG instrumentale, ou le jour de la prise de misoprostol pour une IVG médicamenteuse. Les préservatifs peuvent être utilisés dès la reprise des rapports sexuels.

Sont remboursables par l'Assurance maladie : certaines pilules contraceptives, les implants contraceptifs hormonaux, les progestatifs injectables, les dispositifs intra-utérins (DIU) ou stérilets, les diaphragmes et certaines marques de préservatifs externes (masculins). Pour les femmes de moins de 26 ans avec une couverture sociale, ces contraceptifs sont délivrés en pharmacie sur prescription médicale avec une prise en charge à 100% et sans avance de frais. Les centres de santé sexuelle délivrent gratuitement des médicaments ou dispositifs contraceptifs aux mineures désirant garder le secret et aux personnes ne bénéficiant pas d’une couverture sociale.

Fertilité après une IVG

Le risque d’infertilité n’est pas lié à la réalisation de l’IVG en tant que telle, mais peut être une conséquence des éventuelles complications qui y sont associées (infection, lésions au niveau de l’utérus lors de l’aspiration, etc). Toutefois, ces complications sont rares quand l’IVG est réalisée dans des conditions sécurisées (personnel formé, matériel stérile, établissement équipé, etc.) comme c’est le cas en France. D’après les études, il n'y a pas d'augmentation du risque d'infertilité après une IVG dans les pays où la pratique de l’IVG est légale.

Lire aussi: Front Uni pour l'Avortement

tags: #avortement #informations #et #soutien #psychologique

Articles populaires: