L'avortement non médicalisé, ou avortement clandestin, représente un problème de santé publique majeur à l'échelle mondiale. Bien que l'interruption volontaire de grossesse (IVG) soit légale dans de nombreux pays, les restrictions légales, les obstacles administratifs et le manque d'accès aux services de santé sexuelle et reproductive poussent de nombreuses femmes à recourir à des avortements non médicalisés, souvent dans des conditions dangereuses.

Prévalence et Mortalité

Les avortements non médicalisés représentent 45 % des interruptions de grossesse dans le monde et sont responsables d'au moins un décès maternel sur douze. Malgré les progrès réalisés dans la réduction de la mortalité maternelle due à d'autres causes, l'avortement non médicalisé reste une cause de décès évitable largement ignorée. En 2017, Médecins Sans Frontières (MSF) a soigné plus de 22 000 patientes présentant des complications post-avortement. Ces femmes ont souvent recours à du personnel non qualifié, achètent des médicaments sur le marché noir ou tentent d'avorter elles-mêmes.

Risques Physiques et Complications

Les avortements pratiqués dans de mauvaises conditions peuvent entraîner de graves complications physiques, notamment :

  • Hémorragie : Saignements abondants pouvant mettre la vie de la femme en danger.
  • Infection : Infections graves des organes reproducteurs pouvant entraîner une septicémie (infection généralisée) et la mort. Des études montrent que c’est le risque le plus fréquent : 1 à 5 % des cas.
  • Lésions des organes génitaux et de l'appareil reproducteur : Coupures, perforations ou brûlures causées par l'utilisation d'instruments non stériles, de produits chimiques ou d'autres méthodes dangereuses. L’aspiration endo-utérine peut endommager l’endomètre, entraînant des anomalies de placentation et d’accouchements prématurés.
  • Stérilité : Infections non traitées ou lésions graves des organes reproducteurs pouvant entraîner une infertilité permanente.
  • Grossesse extra-utérine : Grossesse se développant en dehors de l'utérus, souvent dans les trompes de Fallope, et nécessitant une intervention chirurgicale d'urgence.
  • Algies chroniques : Douleurs pelviennes chroniques pouvant affecter la qualité de vie de la femme.
  • Syndrome du cinquième jour : Caractérisé par des douleurs, qui peuvent aussi être accompagnées de fièvre, de saignements et/ou de caillots. Ce syndrome concerne uniquement l’IVG par aspiration.

Facteurs de Risque

Plusieurs facteurs contribuent au recours à l'avortement non médicalisé :

  • Restrictions légales : Les lois restrictives sur l'avortement n'empêchent pas les femmes d'avorter, mais les obligent à le faire dans des conditions dangereuses.
  • Manque d'accès aux services de santé sexuelle et reproductive : Absence de services de planification familiale, de contraception abordable et d'information sur la santé sexuelle.
  • Pauvreté : Les femmes vivant dans la pauvreté ont moins accès aux services de santé et sont plus susceptibles de recourir à des avortements non médicalisés.
  • Discrimination et stigmatisation : La stigmatisation associée à l'avortement peut empêcher les femmes de rechercher des soins médicaux appropriés.
  • Obstacles administratifs : Même dans les pays où l'avortement est légal, les femmes peuvent être confrontées à des obstacles administratifs tels que de longues listes d'attente ou des exigences de counseling obligatoires.

Impact Psychologique

Bien que l'avortement (IVG), réalisé dans de bonnes conditions, n'ait pas d'impact sur la fertilité de la femme, l'avortement non médicalisé peut avoir des conséquences psychologiques importantes. Bien qu'il n'existe pas de pathologie psychologique spécifique au décours d'une IVG, l'impact psychologique de l'avortement est vécu différemment par chacune. Certaines femmes peuvent éprouver des sentiments de culpabilité, de honte, de tristesse ou de regret. D'autres peuvent développer des troubles anxieux, une dépression ou un syndrome de stress post-traumatique.

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Le deuil peut être rendu plus difficile, lorsque tout le monde autour de soi nie la réalité de la perte. Le corps du défunt a été éliminé et n’a même pas été vu par la mère.

Les femmes ayant avorté présentent un risque d’être hospitalisées en psychiatrie dans les trois mois suivant l’accouchement ou l’avortement, de 53 % plus élevé que les femmes ayant porté leur enfant à terme. Le risque de dépression est de 37 % plus élevé (ou de 65 %, selon une autre étude). Sans antécédents psychiatriques, les risques d’auto-mutilation sont de 70 % plus élevés pour les femmes ayant mis fin à leur grossesse que pour les femmes qui ont accouché. Les femmes ayant avorté se suicident plus que les autres femmes (155 % plus), tandis que celles qui ont accouché d’un enfant se suicident moins que la moyenne des femmes.

Les femmes ayant avorté sont plus souvent sujette à la tristesse et aux pleurs, à des peurs irraisonnées ou des attaques de panique. Elle expérimentent aussi plus souvent des changements brusques d’état émotionnel et ont souvent de grandes difficultés à exprimer leurs émotions. Sans intervention thérapeutique, ces troubles peuvent évoluer vers un état de stress post-traumatique, qui est un trouble anxieux sévère.

Les troubles psychiques expérimentés par certaines femmes ayant avorté n’apparaissent pas toujours tout de suite, ils peuvent se manifester pour la première fois des années après. Qu’ils commencent immédiatement ou non, ces troubles peuvent évoluer vers l’indifférence de la dépression, ou vers une hypersensibilité au monde extérieur. L’avortement peut entraîner à long terme des sentiments de vide et de solitude, d’exclusion.

Il est bien entendu souhaitable que les femmes prennent conscience que leur acte n’était pas bon. Les femmes qui en avaient déjà conscience, et celles qui prennent conscience de la portée de l’acte d’avortement, peuvent éprouver des sentiments de honte, de remord, de culpabilité, voire des idées noires. Elles sont parfois saisies par le souvenir de l’IVG, qui les fait profondément souffrir. Leur souffrance peut être d’autant plus grande quand elles ont vécu plusieurs avortements.

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Pour faire face à leurs souffrances psychiques et à leurs remords, certaines femmes tombent dans l’addiction à des substances anxiolytiques : médicaments, tabac, alcool, drogues. Une étude canadienne confirme que les risques de dépendance à la drogue et à l’alcool sont plus élevés respectivement de 142 % et de 287 % pour les femmes ayant avorté que pour celles ayant mené leur grossesse à terme. Malheureusement, il existe aussi une forme d’addiction à l’avortement. La souffrance même vécue dans cet acte peut conduire certaines femmes à le reproduire, comme pour essayer de changer ce qu’elles ont vécu, ou pour se donner la preuve que ce n’est pas un acte grave. Certaines sont comme écartelées entre leur désir de maternité et leur sentiment qu’il est impossible de vivre celle-ci. Cette répétition compulsive de l’avortement concernerait 45 % des avortements. Les conséquences psychiques et physiques d’une multiplication des avortements peuvent être très graves.

La naissance d’un enfant ne compense pas un avortement passé. Par ailleurs, si la mère vit une dépression ou d’autres troubles psychiatriques suite à son avortement, cet état peut avoir des conséquences sur la relation avec ses enfants, et même nuire à l’attachement à un nouveau bébé et conduire parfois à de la maltraitance. La maltraitance commise par une mère ayant avorté peut s’accompagner de paroles destructrices.

Il n’est pas étonnant que les blessures psychiques des femmes ayant avorté aient des répercussions sur leur vie de couple et leurs relations avec leur conjoint, le père de l’enfant avorté ou un autre. En effet, ce sont des relations avec un homme qui sont à l’origine de l’évènement traumatisant. Suite à leur avortement, certaines femmes peuvent ressentir de la haine envers leur conjoint, un dégoût de la sexualité, voire un rejet envers tous les hommes. Des dysfonctionnement sexuels se produisent chez 31 % des femmes ayant avorté et chez 18 % de leurs conjoints.

Certains hommes sont indifférents à l’avortement de leur compagne. D’autres ont fait pression sur celle-ci pour qu’elle avorte. Mais l’avortement est souvent décidé d’un commun accord, parce que les deux parents pensent que leur situation ne leur permet pas d’accueillir l’enfant. Parfois aussi, la femme avorte à l’insu du père, qui ne sait pas toujours qu’elle a été enceinte. Une étude comparative entre hommes et femmes, montre que, si les femmes sont 56,9 % à vivre une détresse psychologique après un avortement, les hommes sont tout de même 40,7 %.

Conséquences sur les Grossesses Ultérieures

Une étude finlandaise a révélé que le risque d’hypotrophie et de prématurité est majoré pour les bébés nés de mères ayant pratiqué 3 ou plus interruptions volontaires de grossesse (IVG). Les chercheurs d’Helsinki ont analysé les données d’une cohorte nationale de 300 858 primipares sur la période 1996-2008, les grossesses multiples étant exclues. Par rapport à celles n’ayant jamais avorté, les femmes ayant eu recours à ≥ 3 IVG auparavant ont présenté un risque faible mais statistiquement significatif de donner naissance à un bébé de très petit poids (< 1 500 g), de petit poids (< 2 500 g), prématuré (< 37 semaines) ou très grand prématuré (< 28 semaines). La majorité des IVG ont été chirurgicales (88 %) et réalisées avant 12 semaines (91 %). Si le risque de prématurité augmente après chaque IVG, il devient significatif après la 2e intervention.

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Pour mettre ces résultats en perspective, pour 1 000 femmes n’ayant pas avorté, trois d’entre elles donneront naissance à un bébé avant 28 semaines. Le risque augmente à 4 femmes pour celles ayant avorté une fois, à 6 pour celles en ayant fait deux et à 11 pour celles en ayant fait 3 ou davantage.

Des études indiquent que les femmes ayant déjà avorté ont 37 % de risques en plus d’accoucher plus tard d’enfants prématurés, et 64 % de risques en plus d’accoucher d’un grand prématuré, à moins de 32 semaines de grossesse. Si l’avortement est chirurgical, il faut dilater beaucoup plus le col, avec de potentielles conséquences pour les futures grossesses. Les potentielles faiblesses ou béances cervicales occasionnées par l’avortement pourraient conduire ultérieurement à des fausses couches tardives ou à des menaces d’accouchement prématuré.

Prévention et Solutions

La prévention de l'avortement non médicalisé passe par plusieurs stratégies :

  • Améliorer l'accès aux services de planification familiale : Offrir une gamme complète de méthodes contraceptives abordables et accessibles à toutes les femmes, en particulier les adolescentes et les femmes vivant dans la pauvreté.
  • Fournir une éducation sexuelle complète : Informer les jeunes sur la santé sexuelle et reproductive, la contraception et les risques de l'avortement non médicalisé.
  • Légaliser et réglementer l'avortement : Garantir que les femmes aient accès à des services d'avortement sûrs et légaux, pratiqués par du personnel qualifié.
  • Lutter contre la stigmatisation : Créer un environnement favorable où les femmes se sentent à l'aise de rechercher des soins de santé sexuelle et reproductive sans crainte de jugement ou de discrimination.
  • Former le personnel de santé : Former les médecins, les infirmières et les autres professionnels de la santé à fournir des soins de qualité aux femmes qui ont recours à l'avortement, y compris des conseils en matière de planification familiale.
  • Offrir des services de soins après avortement : Prodiguer des soins médicaux et psychologiques aux femmes qui ont subi un avortement, y compris des services de counseling sur la planification familiale, pour éviter que cette situation ne se répète.
  • Sensibiliser les communautés : Éduquer les communautés sur les dangers de l'avortement non médicalisé et promouvoir l'accès aux services de santé sexuelle et reproductive.

Mythes et Réalités sur l'IVG

Il est important de dissiper les mythes et les idées fausses sur l'IVG :

  • Mythe : "L'IVG rend stérile ou diminue la fécondité." Faux : L'avortement (IVG), réalisé dans de bonnes conditions (personnel formé, matériel stérile, établissement équipé, etc.), n'a pas d'impact sur la fertilité de la femme. La fertilité revient rapidement après un avortement.
  • Mythe : "L'IVG produit un dérèglement hormonal." Faux : L’IVG médicamenteuse modifie temporairement l'équilibre hormonal, mais le cycle menstruel reprend normalement après quelques semaines. L’IVG chirurgicale n'a pas d'impact direct sur les hormones. Le système hormonal se régule rapidement après une IVG, et les règles reviennent dans un délai de 4 à 6 semaines.
  • Mythe : "L'avortement provoque des troubles psychiques." Faux : Il n'existe pas de pathologie psychologique spécifique au décours d'une IVG. L'impact psychologique de l'avortement est vécu différemment par chacune.
  • Mythe : "L'IVG est utilisée seulement par les femmes qui n'ont pas de moyen de contraception." Faux : Dans un peu plus de deux cas sur trois, les femmes qui ont recours à une IVG utilisaient un moyen de contraception qui n'a pas fonctionné.
  • Mythe : "Les mineures doivent demander l'accord de leurs parents." Faux : En France, une femme mineure, enceinte et qui souhaite interrompre sa grossesse, peut demander une IVG auprès d'un médecin ou d'une sage-femme sans l'accord de ses parents.
  • Mythe : "L'IVG médicamenteuse est une méthode plus simple que l'IVG instrumentale." Faux : Chacune des méthodes présente des avantages et des inconvénients qui seront à discuter avec le professionnel de santé.

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