L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit en France depuis 1975. Elle peut être réalisée par voie médicamenteuse ou par aspiration et curetage utérin. L'IVG médicamenteuse est une méthode qui consiste à provoquer une fausse couche en prenant deux médicaments différents : la mifépristone et le misoprostol. Bien que cette méthode soit efficace dans la majorité des cas, des échecs peuvent survenir. Cet article vise à explorer les causes de ces échecs et les solutions possibles.

Qu'est-ce que l'IVG médicamenteuse ?

L'IVG médicamenteuse est une méthode d'avortement qui peut se pratiquer jusqu’à la fin de la 7ème semaine de grossesse, soit 9 semaines après le début des dernières règles. Elle consiste en la prise de deux médicaments :

  1. Mifépristone (MYFEGINE ou RU 486) : Ce médicament interrompt le développement de la grossesse en bloquant l’action de la progestérone, une hormone nécessaire au maintien de la grossesse. Il favorise également les contractions de l’utérus et l’ouverture du col utérin.
  2. Misoprostol (GYMISO ou MisoOne) : Ce médicament est pris entre 36 et 48 heures après la mifépristone. Il augmente les contractions utérines et provoque l’expulsion de la grossesse.

L'IVG médicamenteuse peut être pratiquée par un médecin ou une sage-femme dans un cabinet de ville, un centre de santé ou un centre de planification ayant signé une convention avec un établissement de santé. Elle peut également être réalisée à domicile, sous certaines conditions.

Déroulement normal de l'IVG médicamenteuse

Le déroulement typique d'une IVG médicamenteuse comprend plusieurs étapes clés :

  1. Consultation initiale : La femme rencontre un médecin ou une sage-femme pour confirmer la grossesse, discuter des options d'IVG et évaluer les contre-indications éventuelles. Un formulaire de consentement est signé.
  2. Prise de mifépristone : La mifépristone est administrée en consultation. À l’issue de cette première étape, il peut survenir des saignements plus ou moins importants.
  3. Prise de misoprostol : Le misoprostol est pris entre 36 et 48 heures après la mifépristone, soit à domicile, soit lors d'une consultation.
  4. Expulsion de la grossesse : Le misoprostol provoque des contractions utérines qui entraînent des saignements et l'expulsion de l'œuf. Les saignements peuvent durer de 10 à 20 jours et peuvent être plus abondants que les règles normales.
  5. Consultation de contrôle : Une consultation de contrôle est obligatoire entre le 14e et le 21e jour après la prise de mifépristone. Elle permet de vérifier que la grossesse est bien arrêtée et qu’il n’y a pas de complications. Cette vérification peut inclure un examen clinique, un dosage sanguin des hormones hCG et/ou une échographie.

Causes possibles d'échec de l'IVG médicamenteuse

Malgré un taux de succès élevé (environ 95 %), l'IVG médicamenteuse peut échouer dans certains cas. Les causes possibles d'échec incluent :

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  • Non-respect du protocole : Le risque d’échec augmente quand le protocole n’est pas respecté, notamment en cas de non-respect des doses ou du délai d’administration des médicaments.
  • Stade avancé de la grossesse : Le risque d'échec est plus élevé lorsque l’IVG est réalisée à un stade avancé de la grossesse. L'IVG médicamenteuse est déconseillée après neuf semaines d'aménorrhée.
  • Grossesse extra-utérine : La méthode médicamenteuse est contre-indiquée si on a diagnostiqué une grossesse extra-utérine.
  • Résistance aux médicaments : Dans certains cas, le corps de la femme peut ne pas répondre aux médicaments, empêchant l'interruption de la grossesse.
  • Facteurs individuels : Certains antécédents médicaux, gynécologiques ou obstétricaux peuvent augmenter le risque d'échec. La multi-gestité (nombre de grossesses confirmées) est un facteur de risque significatif.

Comment reconnaître un échec de l'IVG médicamenteuse ?

Il est crucial de reconnaître les signes d'un échec de l'IVG médicamenteuse pour agir rapidement. Les signes suivants peuvent indiquer un échec :

  • Absence de saignements : Si aucun saignement ne se déclenche après 24h suivant la prise de misoprostol, il faut reconsulter sans attendre.
  • Persistance des symptômes de grossesse : Si la grossesse se poursuit après l'IVG, la femme peut avoir les seins douloureux, des nausées, de la fièvre, des douleurs, des frissons, des vomissements persistants et une absence de règles depuis l'intervention.
  • Signes à l'échographie : Une échographie peut révéler une grossesse arrêtée non expulsée ou une rétention trophoblastique. Si le sac gestationnel persiste, cela indique un échec.
  • Taux de Bêta HCG anormal : La vérification du fonctionnement de l’IVG médicamenteuse peut se faire par comparaison des dosages BHCG pré et post IVG. Si le taux de Bêta HCG est supérieur au taux initial, la grossesse est évolutive et l’IVG par médicament n’a pas fonctionné. Lorsque le taux de Bêta HCG est inférieur à 2000 mUI/ml 2 semaines après l’IVG, cela veut dire que l’avortement a fonctionné.
  • Test de grossesse positif lors de la consultation de contrôle : La positivité du test s’explique généralement par la présence dans l’utérus de tissus restés en place après l’avortement. Dans de rares cas seulement, il s’agit d’une grossesse persistante.

Que faire en cas d'échec de l'IVG médicamenteuse ?

En cas d'échec de l'IVG médicamenteuse, plusieurs options sont possibles :

  • IVG chirurgicale par aspiration : Si l'IVG médicamenteuse échoue, l'étape chirurgicale doit avoir lieu avec une aspiration embryonnaire et un curetage utérin, au cours d'une brève hospitalisation. Le praticien orientera la patiente vers cette option.
  • Surveillance particulière en cas de poursuite de la grossesse : Si la femme choisit de poursuivre sa grossesse jusqu’à son terme, un suivi particulier du futur enfant devra être effectué. En effet, les médicaments utilisés dans l’IVG médicamenteuse sont tératogènes, c’est-à-dire qu’ils peuvent provoquer des malformations graves chez les enfants exposés pendant la grossesse.

Complications possibles de l'IVG médicamenteuse

Outre l'échec de l'IVG, d'autres complications peuvent survenir, bien qu'elles soient rares :

  • Hémorragie : Le risque principal d’une IVG médicamenteuse est le risque d’hémorragie. Des pertes très abondantes de sang (si la femme doit changer de serviette hygiénique toutes les 30 minutes (serviette taille maxi) pendant plus de deux heures de suite) nécessitent une consultation médicale urgente.
  • Infection : Une infection peut survenir si la grossesse n’a pas été totalement expulsée. Les symptômes d’infection incluent de la fièvre (température supérieure à 38 °C pendant plus de 24 heures après la prise de misoprostol), des douleurs différentes de celles des règles et des pertes inhabituelles en couleur et odeur.
  • Douleurs persistantes : Des douleurs peuvent persister malgré la prise de médicaments antidouleurs.
  • Effets indésirables des médicaments : Des effets indésirables tels que des nausées, des vomissements, des diarrhées, des maux de tête, des vertiges, des malaises, des frissons et des bouffées de chaleur peuvent survenir.
  • Saignements prolongés : Dans la période qui suit un avortement, si des saignements prolongés ou abondants se produisent, cela est généralement dû à la présence dans l’utérus de tissus restés en place malgré l’intervention ou l’IVG médicamenteuse.

Prévention des échecs et des complications

Pour minimiser le risque d'échec et de complications, il est essentiel de :

  • Respecter scrupuleusement le protocole médical : Suivre les instructions du médecin ou de la sage-femme concernant la prise des médicaments et les délais à respecter.
  • Réaliser la consultation de contrôle : La consultation de contrôle est obligatoire et permet de s’assurer que la grossesse est bien arrêtée et qu’il n’y a pas de complications.
  • Être attentive aux signes d'alerte : Surveiller attentivement les symptômes et contacter un professionnel de santé en cas de fièvre, de saignements abondants, de douleurs intenses ou de tout autre signe inhabituel.
  • Informer le professionnel de santé de ses antécédents médicaux : Certains antécédents peuvent augmenter le risque d'échec ou de complications.
  • Développer l'information sur la contraception : Pour prévenir certaines IVG, il est important de développer l’information des femmes à qui l’on ne parle pas assez de contraception.

Différences entre IVG médicamenteuse et IVG instrumentale

IVG médicamenteuseIVG instrumentale
Jusqu'à quand ?7 semaines de grossesse, soit 9 semaines d'aménorrhée.14 semaines de grossesse, soit 16 semaines d'aménorrhée.
Avec quel professionnel ?Médecin ou sage-femme.Médecin, ou sage-femme sous certaines conditions.
Où ?En cabinet, En centre de santé sexuelle, En centre de santé, En établissement de santé.En établissement de santé, Dans certains centres de santé.
Comment ?Prise de deux médicaments à 24-48h d’intervalle en présence du professionnel de santé (au sein du cabinet ou de la structure où exerce le professionnel ou lors d’une téléconsultation) ou seule à votre domicile.Au cours d’une courte hospitalisation : introduction d’une canule souple de calibre adapté par le col de l’utérus pour aspirer le contenu de l’utérus.
Et la douleur ?Pas d'anesthésie mais prescription d'anti-douleurs systématique.Anesthésie locale ou générale selon votre souhait et en accord avec le professionnel de santé qui réalise l’intervention. En cas d’anesthésie générale il sera nécessaire de réaliser préalablement une consultation avec un médecin anesthésiste.
Quelle durée totale ?Variable. A partir de la prise du second médicament la grossesse est évacuée dans les 4h dans environ 60% des cas. Dans 40% des cas l’évacuation de la grossesse aura lieu dans les 24 à 72h.L’intervention est rapide et dure entre 15 et 20 minutes. Après l’intervention, il est nécessaire de rester sous surveillance quelques heures dans l’établissement ou le centre de santé.
Consultation de suivi ?14 à 21 jours après l’IVG pour s’assurer de l’efficacité de la méthode et de l’absence de complications.14 à 21 jours après l’IVG pour s’assurer de l’efficacité de la méthode et de l’absence de complications.
Taux de succès95%99,7%
Effets indésirables ?Douleurs plus intenses que des douleurs de règles liées aux contractions utérines, généralement après la prise du second médicament. Possible troubles gastro-intestinaux. Saignements plus abondants que des règles habituelles pendant quelques jours.Douleurs de règles liées aux contractions utérines après l’intervention. Saignements plus abondants que des règles habituelles à la suite de l’intervention pendant quelques jours.
Téléconsultation ?Toutes les étapes sont réalisables en téléconsultation.Les étapes préalables à l’IVG et la consultation de suivi sont réalisables en téléconsultation. A noter que toutes les étapes préalables à l’IVG sont les mêmes quelle que soit la méthode.

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