L'avortement est une question complexe et controversée dans le monde entier, et l'islam chiite ne fait pas exception. Les opinions sur l'avortement varient considérablement au sein de la communauté chiite, reflétant une diversité d'interprétations des textes religieux et des considérations éthiques. Cet article explore les différents points de vue sur l'avortement dans l'islam chiite, en tenant compte des nuances théologiques et des contextes sociopolitiques.
Diversité des Opinions Théologiques
La position du Coran sur l’avortement ne fait pas l’unanimité auprès de tous les théologiens musulmans. Certains versets dénoncent l’infanticide, dont notamment la sourate 6 verset 137 du Coran : « Et c’est ainsi que leurs divinités ont enjolivé à beaucoup d’associateurs le meurtre de leurs enfants, afin de les ruiner et de travestir à leurs yeux leur religion. Or si Allah voulait, ils ne le feraient pas. Laisse-les donc, ainsi que ce qu’ils inventent », ou encore la sourate 6 verset 140 du Coran « Ils sont certes perdants, ceux qui ont, par sottise et ignorance tué leurs enfants, et ceux qui ont interdit ce qu’Allah leur a attribué de nourriture, inventant des mensonges contre Allah. Ils se sont égarés et ne sont point guidés ». L’enterrement vivant de jeunes bébés de sexes féminins étaient courants à l’époque préislamique en Arabie ce que ces versets condamnent fortement. Outre l’infanticide, de nombreux théologiens comprennent également ces versets comme des interdictions d’avorter.
L'islam chiite, religion d’État de la République Islamique d’Iran et religion majoritaire en Irak, au Bahreïn, en Azerbaïdjan et au Liban, représente une importante minorité des croyants musulmans dans les pays de la Péninsule Arabique et du sous-continent indien. Sans se concentrer sur leurs différences théologiques avec les Sunnites, il est important de signaler la présence importante d’un clergé très hiérarchisé chez les Chiites qui n’existe pas chez leurs coreligionnaires. En plus du Coran, les savants chiites tirent leurs opinions sur l’IVG des hadiths authentiques remontant au Prophète Muhammad et des Imams chiites. C’est une différence entre les Chiites et les Sunnites. En plus du Prophète de l’Islam, les chiites prennent leurs traditions d’Imams considérés comme étant son successeur direct.
Un hadith remontant au Prophète de l’Islam parle de l’IVG en ces termes « Lorsque deux choses interdites se rencontrent [sur une personne], alors le moindre sera sacrifié pour le plus grand ». De nombreux savants chiites considèrent à partir de cette narration que dans le cas présent, nous sommes confrontés à deux interdits : soit procéder à un avortement, soit laisser mourir la mère.
L'Opinion de l'Ayatollah Ali Al-Sistani
Toutefois selon le grand Ayatollah Ali Al-Sistani, le religieux le plus écouté parmi les Chiites notamment irakiens, l’avortement est haram dans pratiquement tous les cas de figure. La seule exception faite étant le cas où la naissance d’un enfant pourrait mettre en danger la vie de la mère. Cependant, même dans ce cas l’avortement ne doit pas avoir lieu après quatre mois de grossesse, avant cette période le fœtus n’aurait pas encore d’âme. Au-delà de ce délai, l’avortement est considéré comme étant haram.
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Compensation Financière
Si jamais un avortement est malgré tout pratiqué, la ou les personnes responsables de cet acte, à savoir le médecin, le mari ou l’épouse selon les circonstances, paie(nt) une compensation financière appelée diya ou « prix du sang ».
L'Ayatollah Fadlallah
L’Ayatollah Fadlallah, religieux libanais aujourd’hui décédé mais dont les enseignements et écrits sont encore très suivis par les Libanais chiites, avait une opinion assez similaire malgré quelques points de vue divergents.
Comparaison avec l'Islam Sunnite
Pour l’Islam sunnite, les avis sur l’avortement sont très divers mais tout aussi conservateurs. Tout comme dans l’Islam Chiite, les savants sunnites basent leurs opinions concernant l’avortement principalement sur des hadiths. Un hadith jugé comme étant authentique rapporte cette parole du Prophète Muhammad : « En ce qui concerne votre création, chacun de vous est recueilli dans le ventre de sa mère pendant les 40 premiers jours, puis il devient un caillot pendant 40 jours supplémentaires, puis un morceau de chair pendant 40 jours supplémentaires. Néanmoins, il existe des divergences entre les différentes écoles sur la période limite à laquelle un avortements peut être pratiqué allant du premier au quatrième mois de grossesse. Les Hanafites sont plus libéraux et permettent l’avortement jusqu’au quatrième mois de grossesse en cas de viols ou de dangers pour la vie de la mère. Les Chaféites et les Hanbalites permettent l’avortement dans ces cas de figures seulement lors du premier mois de grossesse. Or, il y a une divergence interne chez les Chaféites et les Hanbalites sur la possibilité ou non d’avorter lors des second et troisième mois de grossesse. Ces avis sont confirmés par des religieux influents de l’Islam sunnite, tel que le grand imam de Al-Azhar en Egypte.
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