L'avortement est une question complexe et controversée, profondément enracinée dans l'histoire et la culture de chaque nation. Au Portugal, la législation sur l'avortement a connu des évolutions significatives, passant d'une interdiction stricte à une dépénalisation partielle. Cet article explore l'histoire de l'avortement illégal au Portugal, les conséquences de cette illégalité et les étapes qui ont mené à la situation actuelle.
Un Aperçu Historique de l'Avortement
L'avortement n'est pas un phénomène nouveau. Les premiers écrits sur ce sujet remontent à l'antiquité, témoignant d'une pratique ancienne et répandue. À travers l'histoire, les femmes ont utilisé diverses méthodes pour interrompre des grossesses non désirées, allant de décoctions de plantes à des manœuvres corporelles risquées.
Au fil des siècles, la perception de l'avortement a évolué. Au Moyen Âge, l'Église catholique a adopté le terme "fœtus inanimé", permettant théoriquement l'avortement jusqu'à deux ou trois mois de grossesse. Cependant, après ce stade, l'avortement était considéré comme un péché capital et interdit aux médecins.
Le XVIIIe siècle a marqué un tournant avec les progrès scientifiques qui ont permis la découverte des spermatozoïdes et des ovules. Cette nouvelle compréhension de la vie a contribué à durcir les législations sur l'avortement, qui a été inscrit comme un "crime" dans les codes pénaux des pays occidentaux au XIXe siècle.
L'Avortement Illégal au Portugal : Une Réalité Dangereuse
Jusqu'à récemment, le Portugal avait l'une des lois les plus restrictives d'Europe en matière d'avortement. La loi de 1984 n'autorisait l'IVG qu'en cas de viol, de malformation du fœtus ou de grave danger pour la mère. Les femmes qui y contrevenaient étaient passibles de trois ans de prison.
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Cette interdiction a conduit à la prolifération d'avortements clandestins, souvent pratiqués dans des conditions dangereuses. Faute d'établissements agréés et sans moyens financiers pour aller avorter à l'étranger, notamment en Espagne, les plus défavorisées risquaient leur vie. En 2005, 11 000 femmes ont dû se rendre aux urgences des hôpitaux après des avortements mal faits, et plusieurs sont mortes, dont une fillette de 14 ans.
L'avortement clandestin posait également le problème des inégalités sociales. Les femmes portugaises qui avaient les moyens se faisaient avorter dans des cliniques privées à l'étranger, tandis que les pauvres étaient contraintes de recourir à des avortements non sécurisés et clandestins, souvent à un prix exorbitant par rapport à leurs revenus.
Le Référendum de 2007 : Un Tournant Décisif
Après des années de débat et de mobilisation du mouvement féministe, le Portugal a finalement organisé un référendum sur la dépénalisation de l'avortement en 2007. Plus de 59 % des électeurs ont répondu "oui" à la question de savoir s'ils étaient d'accord pour dépénaliser l'interruption volontaire de grossesse (IVG), à la demande de la femme, dans les dix premières semaines, si cela a lieu dans un établissement légalement agréé.
Bien que la participation (43,60 %) n'ait pas atteint les 50 % requis pour que le référendum soit contraignant, le premier ministre portugais, le socialiste José Socrates, a estimé que le résultat positif lui donnait une légitimité pour obtenir "avant juillet" la légalisation de l'avortement au Parlement, où son parti disposait de 121 sièges sur 230.
La Législation Actuelle : Un Compromis Responsable
Suite au référendum, le Parlement portugais a adopté une nouvelle loi dépénalisant l'avortement dans certaines conditions. La loi autorise l'IVG à la demande de la femme jusqu'à la dixième semaine de grossesse, si elle est pratiquée dans un établissement légalement agréé.
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La loi prévoit également une période de réflexion afin que les femmes qui décideront d'avorter le fassent de manière posée et réfléchie. Le ministre de la santé a avancé l'exemple de pays comme la France, l'Espagne et, dans une moindre mesure, l'Allemagne, qui insistent sur un temps de réflexion et des entretiens avec la femme avant de pratiquer l'IVG.
Les Conséquences de la Dépénalisation
La dépénalisation de l'avortement au Portugal a eu des conséquences positives sur la santé des femmes. Elle a permis de réduire le nombre d'avortements clandestins et de complications médicales liées à des procédures non sécurisées. Elle a également contribué à réduire les inégalités sociales en matière d'accès à l'avortement.
Cependant, la question de l'avortement reste un sujet sensible et divise toujours la société portugaise. Certains groupes continuent de s'opposer à l'avortement et militent pour un retour à une législation plus restrictive.
L'Avortement en Europe et dans le Monde
Le Portugal a rejoint les bonnes pratiques des autres pays européens qui ont obtenu de bons résultats contre l'avortement clandestin. La plupart des pays de l'Union européenne ont dépénalisé l'IVG et l'autorisent sans conditions, en moyenne jusqu'à 12 semaines d'aménorrhée.
Cependant, il existe encore des exceptions notables, comme Malte et la Pologne, où l'accès à l'IVG est très restreint, voire interdit. En Italie, l'arrivée de Fratteli d’Italia au pouvoir a grandement ébranlé l’accès à l’avortement, avec la possibilité pour les praticiens de se déclarer objecteurs de conscience et de refuser de pratiquer l’avortement.
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Dans le monde, la situation est encore plus contrastée. Si certains pays ont progressé vers la dépénalisation et la légalisation de l'avortement, d'autres ont adopté des lois restrictives, voire des interdictions totales. La décision de la Cour Suprême des États-Unis d'annuler l'arrêt "Roe contre Wade" en 2022 a marqué un recul majeur des droits des femmes dans ce pays.
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