L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit fondamental en France, inscrit dans la Constitution depuis mars 2024. Cependant, l'accès à ce droit reste un enjeu majeur, marqué par des inégalités territoriales et des défis persistants en matière d'information et de contraception. Cet article se penche sur la situation en Haute-Marne, en explorant les réalités locales, les témoignages de professionnels de santé et les perspectives d'avenir.

L'IVG, un droit constitutionnel et une décision personnelle

Si une chose ressort des entretiens avec des soignants pratiquant l’interruption volontaire de grossesse (IVG) à Saint-Dizier - sages-femmes comme gynécologues - c’est que cette décision lourde pour les femmes n’est jamais prise à la légère. Manière de démonter une panique morale répandue sur certains plateaux télé au moment de la constitutionnalisation de la liberté de recourir à l’IVG, le 8 mars dernier.

Nul besoin de revenir en détail sur la loi dépénalisant l’avortement. C’est toujours la loi qui dicte les règles entourant ce droit. Le texte d’origine a évolué dans le temps notamment sur les délais de recours à l’avortement mesurés en semaines de grossesse ou d’aménorrhée. Une loi de 2022 a permis l’allongement des délais de recours à l’IVG de 12 à 14 semaines de grossesse.

Comprendre l'IVG : méthodes et délais

En cas de grossesse non désirée, une femme peut se rendre chez un soignant, afin d’y avoir recours. Mais les délais sont relativement courts. En libéral, l’IVG peut être pratiquée jusqu’à sept semaines d’aménorrhée (soit cinq semaines de grossesse). Dans l’absolu, une interruption volontaire de grossesse peut être réalisée jusqu’à la seizième semaine d’aménorrhée. Si une patiente se présente au centre hospitalier bragard passé le délai des douze semaines, elle sera donc orientée vers un autre hôpital, où des IVG plus tardives sont pratiquées.

Deux solutions se présentent aux femmes. La première est médicamenteuse. « Le premier médicament arrête l’évolution de la grossesse. Le deuxième (pris 48 heures plus tard) est fait pour évacuer. En gros, on provoque une fausse couche », explique une sage-femme libérale bragarde ayant elle aussi demandé l’anonymat. Quelques jours plus tard, un rendez-vous de contrôle est fixé, car il est possible que l’IVG médicamenteuse échoue.

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L’autre possibilité est l’IVG instrumentale ou chirurgicale. Elle se pratique obligatoirement dans un établissement de santé. Elle peut se pratiquer jusqu’à la fin de la 14e semaine de grossesse, soit 16 semaines après le début des dernières règles. « Ça se passe au bloc, sous anesthésie générale, par aspiration, donc le contenu de l’utérus est aspiré », détaille un gynécologue ayant également souhaité l’anonymat. Il poursuit : « L’IVG est réalisée sous contrôle échographique. Notons tout de même que pour les mineures, à Saint-Dizier, l’IVG se pratique forcément à l’hôpital. Et qu’un accompagnement psycho-social est obligatoire - il n’est que proposé pour les majeures (lire par ailleurs). « Les mineures doivent aussi être accompagnées d’une personne majeure », affirme la sage-femme hospitalière.

La situation en Haute-Marne : accès et chiffres clés

Ainsi, à Saint-Dizier et dans les alentours, l’accès à l’IVG est garanti et même assez simple.

Quelle réalité en Haute-Marne ? Le fait le plus probant, confirmé par les chiffres donnés par l’Agence régionale de santé, est que le nombre d’IVG, dans le département, diminue. Il y en a eu 298 en 2023 contre 435 en 2015.

Pour le centre hospitalier, entre 180 et 200 IVG sont réalisées chaque année entre 2020 et 2023. La sage-femme libérale que nous avons rencontrée fait état de 26 prises en charge en 2023, et de 23 en 2022. « C’est sensiblement la même chose, depuis 2020, les chiffres restent similaires », assure-t-elle.

Les motivations derrière le recours à l'IVG

Les motivations des femmes ayant recours à une interruption volontaire de grossesse sont multiples. « Si elles ne sont pas en capacité, physique ou morale, ou financière, d’avoir un enfant. Si leurs conditions de vie ne le permettent pas : qu’elles ont déjà plusieurs enfants, qu’elles sont en cours de divorce, qu’elles sont avec quelqu’un de violent… », liste la sage-femme libérale bragarde. Même son de cloche du côté de l’hôpital. « Ce sont des grossesses non désirées, consécutives à un manque de contraception parfois, mais tout peut arriver, d’où l’intérêt de la consultation psycho-sociale », explique la sage-femme hospitalière.

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Enjeux et défis : information et contraception

Ce qui alarme les soignants, c’est un manque d’information des femmes sur la contraception, qui conduit à des grossesses non désirées. « Les jeunes s’informent sur la sexualité par […] leur téléphone, et peuvent se faire des idées sur la contraception - »la pilule donne le cancer » - qui ne sont pas toujours bonnes », souffle la sage-femme hospitalière. « Des erreurs de contraception. La pilule, qui n’est pas fiable à 100 %, le retrait qui est encore pas mal pratiqué… », poursuit sa consœur libérale.

Dispositions et accompagnement

C. Lieu de pratique : obligatoirement en établissement de santé (hôpital ou clinique).

  1. - Proposition d’un entretien psycho-social, obligatoire pour les mineures avant le recueil du consentement.2.

Inégalités d'accès à l'IVG en France : une reconnaissance officielle

Plus de quarante ans après le vote de la loi Veil, l’accès à l’avortement reste très inégal en France. S’il n’existe pas de « zones blanches » en termes d’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG), il y a en revanche « des territoires en tension dans la majorité des régions, soit du fait de la démographie des professionnels, soit durant les périodes estivales », a admis, vendredi 27 septembre, le ministère de la santé. Cette reconnaissance officielle des inégalités d’accès à l’IVG était attendue de longue date par des structures comme le Planning familial. « Ce n’est pas normal que des femmes doivent faire 50 ou 100 kilomètres de plus pour avorter parce qu’il n’y a pas de médecins ou parce que ceux présents ne veulent pas réaliser d’IVG », déplore Véronique Séhier, la coprésidente du Planning.

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