L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet de société majeur en France, suscitant régulièrement des débats et des analyses approfondies. L'étude des statistiques relatives à l'IVG permet de comprendre les tendances, les évolutions et les disparités qui caractérisent ce phénomène. Cet article se propose d'examiner en détail les données les plus récentes concernant l'avortement en France, en s'appuyant sur les sources officielles et les analyses d'experts.

Augmentation du Nombre d'IVG en France

Le nombre d’interruptions volontaires de grossesse (IVG) continue d’augmenter en France. C’est le constat dressé par la direction des statistiques du ministère de la Santé (Drees) dans son étude publiée fin septembre. Le bilan statistique 2024, publié par la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees), fait état d'une augmentation de ce qui avait été observé en 2023. En 2024, le nombre d'interruptions volontaires de grossesse (IVG) s’élève à 251 270, soit 7 000 de plus qu’en 2023. En 2024, 251 270 IVG ont été pratiquées en France, contre 244 221 en 2023. La hausse du nombre d’IVG observée en 2022 et 2023 se poursuit, après le creux observé en 2020 et en 2021 notamment dû à la baisse des conceptions relevées lors de la pandémie de Covid-19. Le nombre d’interruptions volontaires de grossesse atteint un record en France.

Le taux de recours à l’IVG atteint 16,8 pour 1 000 femmes de 15 à 49 ans, un record depuis 30 ans. Le taux de recours à l'IVG s'établit ainsi en 2024 à 17,3 IVG pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans, contre 16,8 pour 1 000 en 2023. Le rapport entre le nombre d’IVG et le nombre de naissances vivantes sur une année donnée augmente : « Il atteint 0,38 du fait de la baisse des naissances et de la hausse du nombre d’IVG », contre 0,28 en 2016, selon la Drees.

Cette augmentation est observée dans toutes les classes d’âge, avec une progression marquée chez les 20-34 ans. Le taux de recours pour les 20-24 ans atteint 28,2 pour 1 000 et pour les 30-34 ans 25,8 pour 1 000. Les IVG sont concentrées aux âges compris entre 20 et 34 ans, et le taux de recours le plus élevé se situe entre 25 et 29 ans. En 2024, le taux de recours à l’IVG a été de 17,3 avortements pour 1 000 femmes âgées de 15 ans à 49 ans. Il est le plus élevé chez les 25-29 ans, avec 29,8 IVG pour 1 000 femmes.

En 2022, 232 000 avortements ont eu lieu en France. Après deux années de stabilité, ce nombre a augmenté (232 000 contre 216 000 en 2021). En 2022, le ratio était de 1 IVG pour 3 naissances contre 1 pour 4 en 2017. Les IVG sont concentrées aux âges compris entre 20 et 34 ans, et le taux de recours le plus élevé se situe entre 25 et 29 ans. L’augmentation des IVG est observée dans les tranches d’âges pour lesquelles la fécondité est la plus importante.

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Après deux années de crise sanitaire ayant entraîné une baisse des conceptions (notamment pendant le premier confinement), la dégradation du contexte socioéconomique était toujours marquée en 2022. Cette situation explique certainement en partie l’augmentation des IVG dans les tranches d’âges où la fécondité est la plus élevée : l’avortement a pu être davantage mobilisé dans une période possiblement jugée peu propice à la décision d’accueillir un enfant.

Impact de l'Allongement du Délai Légal

L’allongement du délai légal de 12 à 14 semaines de grossesse en mars 2022 explique également, bien que dans une bien moindre mesure, cette augmentation. En 2024, l’allongement de deux semaines (de 12 à 14) du délai légal de recours, prévu dans la loi de mars 2022, n’a concerné que 1 % à 2 % du total des IVG. Cet allongement de deux semaines du délai légal de recours, prévu dans la loi de mars 2022, n’a concerné que 1 à 2 % du total des IVG en 2024. « L’allongement des délais légaux ainsi que l’accès à de nouvelles façons d’avorter explique en petite partie la hausse », analyse Floriane Belt, porte-parole de la Fondation des Femmes. Le bilan statistique permet d’observer, au-delà des spécificités régionales ou des classes d’âges, le niveau d'impact de l'allongement du délai légal d'avortement voté en 2022.

Évolution des Méthodes d'IVG

La méthode médicamenteuse domine très largement (79 % de l’ensemble des IVG), et près de la moitié des IVG pratiquées en ville sont désormais réalisées par des sages-femmes. Le bilan statistique 2024 fait état d'une confirmation du recours à l'IVG médicamenteuse (80% en 2024 contre 79% en 2023). Ainsi, la voie médicamenteuse concerne désormais 80% de l’ensemble des IVG (contre 68% en 2019 et 31% en 2000).

En 2022, 38 % des IVG étaient réalisées en ville par méthode médicamenteuse, 40 % à l’hôpital par méthode médicamenteuse et 22 % par méthode chirurgicale. En 2024, 80% des avortements ont été réalisés en dehors des établissements de santé. La méthode médicamenteuse est utilisée pour 80 % des IVG.

Rôle Croissant des Sages-Femmes

Au fil des années, les IVG en ville sont de plus en plus réalisées par des sages-femmes. La pratique récente de l'avortement par les sages-femmes en cabinet libéral s'est également beaucoup développée. En 2024, elles ont réalisé plus de 50 000 IVG, soit la moitié des IVG effectuées en cabinet libéral. 1 442 sages-femmes et 1 820 médecins en ont pratiqué en cabinet libéral l’an dernier. En 2022 toujours, 39 % des IVG en ville ont été réalisées par des sages-femmes, proportion également en hausse, dans le prolongement de la tendance observée depuis qu’elles disposent du droit de pratiquer des IVG en ville, mis en place en 2016 - ce qui contribue à l’augmentation globale de la part d’IVG médicamenteuses.

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IVG Hors Établissement de Santé

Le bilan 2024 confirme davantage d'IVG réalisées hors établissement de santé (45% en 2024 contre 41% en 2023). En 2024, 45% des IVG sont réalisées en dehors d'un établissement de santé (112 310 IVG en 2024 contre 43 067 en 2016), ce qui a provoqué une augmentation du nombre d’IVG médicamenteuses puisqu'il s'agit de la seule méthode autorisée hors établissement de santé (excepté dans certains centres de santé où la méthode instrumentale peut-être utilisée). Par ailleurs, 64% des IVG réalisées en établissement de santé se font aussi par voie médicamenteuse. En 2023, 41 % des IVG sont désormais réalisées hors établissement de santé - c’est-à-dire dans des cabinets libéraux (y compris en téléconsultation) ou dans des centres de santé - contre 100 % à l’hôpital en 2005. Depuis 2005, il est possible de réaliser une IVG hors d’un établissement de santé. En 2024, 45 % des avortements ont été réalisés en dehors des établissements de santé.

Disparités Territoriales

Des disparités territoriales fortes du taux de recours sont observées. En France, des disparités territoriales persistent, avec un recours deux fois plus important dans les départements et régions d’outre-mer (DROM). Toutefois, en 2024, ce taux se stabilise dans les DROM mais il continue d’augmenter en France hexagonale. Le rapport signale aussi des disparités territoriales fortes du taux de recours : de 12,7 % dans les Pays de la Loire à 46,7 % en Guyane.

La Drees souligne l’écart conséquent entre les Pays de la Loire et la Guyane, où le taux de recours à l'IVG est respectivement de 12,4 IVG pour 1 000 femmes contre 46,5 IVG pour 1 000 femmes, soit du simple au quadruple entre ces deux territoires. Le taux de recours à l’IVG est deux fois plus élevé dans les départements et régions d’outre-mer qu’en métropole. Le taux est de 46,5 IVG pour 1 000 femmes en Guyane, contre 12,4 en Pays de la Loire. En France métropolitaine, ils oscillent entre 12,4 pour 1 000 dans les Pays de la Loire à 23,1 pour 1 000 en Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Facteurs Influant sur le Recours à l'IVG

Plusieurs facteurs peuvent expliquer l'augmentation du nombre d'IVG en France, notamment :

  • Le contexte socio-économique : La dégradation du contexte socioéconomique peut rendre l'accueil d'un enfant plus difficile pour certaines femmes, les incitant à recourir à l'IVG. La France connaît un paradoxe : en 2024 le désir d’enfant des Français (2,27 enfants par femme) est bien plus élevé que sa réalisation effective (1,62 enfant par femme). Dans un article publié par Le Figaro, Pascale Morinière, présidente de la Confédération nationale des AFC (CNAFC), souligne que la « baisse du pouvoir d’achat des familles et le contexte de crise actuel diminuent la capacité à accueillir des enfants ». En moyenne les Français ont le sentiment qu’il leur manque 507 euros par mois pour vivre normalement et seulement 18% d’entre eux estiment avoir un pouvoir d’achat élevé.

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  • La prévention et l'éducation sexuelle : Le manque de campagnes de prévention et d'éducation à la vie affective et sexuelle peut entraîner un nombre plus élevé de grossesses non désirées. La prévention insuffisante et le manque d’éducation sexuelle sont pointés du doigt par le Planning familial pour expliquer le nombre de grossesses non désirées. « Il n’y a pas de campagne de prévention. Ça fait 10 ans qu’il n’y a pas eu de campagne sur la contraception. Et en même temps on n’a pas d’éducation à la vie affective et sexuelle. »

  • L'accès à l'IVG : La diversification des lieux et des professionnels pratiquant l'IVG, ainsi que l'allongement du délai légal, peuvent faciliter l'accès à cette intervention pour les femmes qui le souhaitent. La diversification des lieux et des professionnels permet une plus grande souplesse dans la prise en charge. Elle n’est cependant pas égale sur le territoire, ni selon l’âge des personnes ayant besoin de recourir à une IVG, notamment pour les plus jeunes. L’accès à l’information et à des structures de soins de proximité est essentiel pour assurer une prise en charge correspondant au choix de la méthode, au moment souhaité.

La CNAFC soutient la lutte contre les facteurs de risque de recourir à l’avortement en cas de grossesse imprévue. Les deux principaux facteurs sont la pauvreté et la déscolarisation. Afin de répondre aux inquiétudes des mères et de leurs familles, il est essentiel de mettre en place des aides matérielles et financières. La CNAFC soutient la valorisation de l’accouchement sous le secret.

Inquiétudes et Défis

Malgré l'augmentation du nombre d'IVG et la diversification des lieux de pratique, des inquiétudes persistent quant à l'accès à l'IVG pour toutes les femmes, en particulier dans les zones touchées par des déserts médicaux. Pour la présidente du Planning familial, cette évolution ne signifie pas que l’accès serait plus simple. « Ce n’est pas parce que l’avortement est plus facile. L’avortement n’a pas été facilité ces dernières années. Des femmes sont obligées de se déplacer dans un autre département que le leur pour pouvoir avorter », insiste Sarah Durocher, qui rappelle que « si une femme veut avorter, elle avortera ». En effet, selon l’étude de la Dress, à peine plus de 8 femmes sur 10 réalisent leur IVG dans leur département de résidence, et 95 % dans la même région.

Le Planning familial tire la sonnette d’alarme. « Il faut de vraies politiques publiques : de grandes campagnes nationales, des financements pour les associations et pour le service public afin qu’il puisse réhabiliter des centres IVG par les départements », alerte Sarah Durocher. « On est très inquiètes en termes de politique publique globale sur la question des droits sexuels et reproductifs », ajoute-t-elle. Dans les zones touchées par des déserts médicaux « les femmes ont d’autant plus de difficultés pour trouver un médecin pour avoir juste un renouvellement d’un contraceptif ». Et « ça ne va pas aller en s’arrangeant, craint la présidente du Planning familal. Depuis un an, on alerte sur des baisses de financement de la part des collectivités territoriales.

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