Introduction

L'avortement et la contraception sont des sujets cruciaux de santé publique mondiale, étroitement liés aux droits reproductifs des femmes et à la planification familiale. Cet article explore les statistiques mondiales sur l'avortement et la contraception, les tendances récentes, les facteurs influençant ces tendances et les enjeux qui y sont associés.

Prévalence de l'utilisation de la contraception à l'échelle mondiale

En 2021, sur les 1,9 milliard de femmes en âge de procréer (15-49 ans) dans le monde, près de la moitié (966 millions de femmes ou leurs partenaires) utilisaient des contraceptifs. Parmi celles-ci, 874 millions utilisaient des méthodes modernes de contraception et 92 millions des méthodes traditionnelles. Le non-recours à un moyen contraceptif par la moitié des personnes en âge de procréer peut résulter, soit d’un besoin contraceptif non satisfait, soit d’une absence de besoin (il peut s’agir de personnes cherchant à avoir un enfant, en attendant un, se sachant stériles, ou de personnes sans activité sexuelle). L’utilisation d’un moyen contraceptif moderne chez les personnes souhaitant éviter une grossesse a continué d’augmenter dans le monde au cours des trois dernières décennies : 67% en 1990, 74% en 2000, 76% en 2010, 77% en 2021.

Les trois-quarts des femmes âgées d’une trentaine d’années sont désormais protégés d’une grossesse non désirée. En revanche, la part des femmes sous contraception après 40 ans a continué de s’élever au cours des 20 dernières années. Cette hausse peut s’expliquer par un effet de générations dans la mesure où, plus le temps avance, plus les femmes de ces âges appartiennent à des générations ayant eu un plus grand accès à la contraception lorsqu’elles étaient plus jeunes ; leur comportement contraceptif après 40 ans se situe alors dans le prolongement des usages passés. Il se peut aussi que le besoin contraceptif augmente après 40 ans car l’âge auquel on a ses enfants tend à être plus tardif et le recul de la mortalité, en diminuant le risque de veuvage précoce, rallonge la durée des couples. Mais c’est avant 25 ans que la diffusion de la contraception a été la plus forte durant cette période. Environ deux tiers des femmes de 20-24 ans au niveau mondial peuvent actuellement, si elles le souhaitent, maîtriser leur fécondité.

Les méthodes de contraception les plus utilisées (en 2020) sont, par ordre décroissant, la stérilisation féminine (23 % des femmes utilisatrices d’une méthode contraceptive), le préservatif masculin (22 %), le stérilet (17 %), la pilule (16 %), les injections et les implants (10 %) et enfin les méthodes traditionnelles (9 % - retrait, méthode du calendrier et autres méthodes traditionnelles).

Statistiques mondiales sur l'avortement

Selon l’OMS, il y aurait entre 67 et 82 millions d’avortements dans le monde dans un intervalle d’incertitude assez faible de 80% ce qui laisse une marge d’erreur assez importante. En 2016, un article publié dans The Lancet estimait à 56 millions le nombre d’avortements annuels dans le monde (entre 52 et 70 millions dans un intervalle d’incertitude plus élevé de 90%) sur la période 2010-14. Près de 56 millions d’interruptions volontaires de grossesse ont eu lieu dans le monde en 2014, selon l’OMS. Un peu moins de la moitié étaient des avortements à risque. Chaque année, environ une grossesse sur cinq est interrompue volontairement. Pour 1 000 femmes âgées de 15 à 44 ans, 35 avortements ont été pratiqués de 2010 à 2014.

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Avortements non sécurisés

Selon l’OMS, il y aurait entre 40,6% et 50,1% d’avortements non sécurisés dans un intervalle d’incertitude de 90%. Ces 45% correspondent à 25 millions d’avortements sur les 56 millions pris comme référence issus de l‘article [2]. Les avortements “moins sécurisés” représentent 30%. Les avortements “les moins sécurisés” représentent 15%. Près d’un avortement sur deux est un avortement à risque. Selon les dernières estimations, 25 millions d’avortements « non sécurisés » ont été pratiqués en 2014. La plupart ont eu lieu dans des pays en développement. Ces avortements, presque tous clandestins, sont réalisés dans de mauvaises conditions sanitaires (personnel non qualifié, manque d’hygiène, grossesse trop avancée).

Décès maternels liés à l'avortement

La large plage d’incertitude de 4,7% à 13,2% correspond à un intervalle de confiance à 95% ce qui est élevé, l’estimation moyenne étant de 7,9%. Chaque année, 4,7% à 13,2% des décès maternels peuvent être attribués à un avortement non sécurisé.

Tendances en France

En France, le nombre d'interruptions volontaires de grossesse (IVG) a augmenté de 3,7% en 2023 par rapport à 2022, selon la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees). En 2023, 243.623 femmes ont eu recours à une IVG, soit 8.600 de plus qu'en 2022. Cela se traduit par une hausse du taux de recours à l'IVG : 16,8 pour 1.000 femmes de 15 à 49 ans en 2023, contre 16,2 pour 1.000 en 2022. La France a inscrit le droit à l'avortement dans sa Constitution en mars 2024.

Les IVG médicamenteuses, autorisées en 2005, pratiquées dans les cabinets médicaux augmentent. Il y en a eu 10.400 de plus, en un an. Près de la moitié de ces avortements hors hôpitaux et cliniques ont été réalisés par des sages-femmes, loin devant les médecins généralistes. En 2023, 1.183 sages-femmes ont pratiqué 41.000 IVG alors que 888 médecins généralistes en ont réalisé 22.500. Les IVG médicamenteuses, qu'elles soient réalisées en cabinet ou dans un établissement de santé, représentent 79% de l'ensemble des IVG.

Les IVG tardives pratiquées après 12 semaines de grossesse, autorisées depuis le 2 mars 2022, représentent seulement 10% de cette hausse. D'autres mesures récentes peuvent expliquer cette progression, comme la possibilité de prendre les médicaments à domicile après une simple téléconsultation. Plus de 1.200 IVG ont été pratiquées dans ces circonstances l'an dernier. Il y a aussi la possibilité d'avorter en ville jusqu'à sept semaines de grossesse. Ces mesures avaient été mises en place pendant la pandémie de Covid et ont été maintenues en 2023.

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Le taux de recours est deux fois plus élevé dans les Départements et régions d'outre-mer (DROM) qu'en France métropolitaine. Dans les DROM, les taux sont compris entre 19‰ à Mayotte et 48,9 ‰ en Guyane. En France métropolitaine, ces taux varient de 12,4 ‰ en Pays de la Loire à 23,3 ‰ en Provence-Alpes-Côte d'Azur.

La présidente du Planning familial Sarah Durocher, explique que "la hausse du nombre d'avortements n'est pas un problème" en soi. Elle s'interroge cependant sur les raisons de ces recours, qui sont liées notamment au fait qu'il y ait "très peu d'informations autour de la contraception", rappelant que "cela fait 10 ans qu'il n'y a pas eu de campagne nationale". C'est aussi une question "d'éducation à la sexualité", selon Sarah Durocher, qui s'appuie sur les derniers chiffres de l'OMS. Ces derniers montrent notamment une baisse du recours à la contraception chez les jeunes, avec près d'un tiers des adolescents qui déclare que leur dernier rapport n'était pas protégé. Cette hausse est également la conséquence d'un "manque d'accès à la santé", avec des délais parfois très longs pour voir un gynécologue ou une sage-femme sur certains territoires en situation de désert médical.

La présidente du Planning familial évoque enfin la capacité "de se projeter dans un contexte économique" marqué par "la question de l'augmentation de la pauvreté" notamment "chez les femmes et les jeunes".

Idées reçues sur l'avortement

Une idée répandue avance que les femmes ayant recours à l’interruption volontaire de grossesse le pratiquent comme « un moyen de contraception à part entière ». Or, comme le relève l’Insee dans un rapport sur la contraception, paru en 2017, seules 3 % des femmes de 15 à 49 ans, ni enceintes ni stériles, ayant des rapports hétérosexuels et ne voulant pas d’enfants n’utilisaient pas de moyens de contraception. Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) publié en 2009 relève que 72 % des IVG sont réalisés sur des femmes qui étaient sous contraception, et dans 42 % des cas, « cette contraception reposait sur une méthode médicale théoriquement très efficace », telle que la pilule ou le stérilet.

L'accès à la contraception d'urgence

La contraception d’urgence est une contraception qui intervient après un rapport mal ou non protégé. intervenir au plus tard 120 heures après ce rapport. sans prescription médicale et de façon anonyme et gratuite pour les mineures.

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Législation et accès à l'avortement dans le monde

En 2021, plusieurs pays ont dépénalisé ou élargi l’accès à l’avortement, notamment le Bénin, le Mexique, le Laos, le Gabon et San Marin. Le parlement européen a adopté le rapport Matic. Toutefois, d’autres pays ont résisté à ces mêmes tentatives. Ainsi, le Chili, le Salvador et la République Dominicaine ont rejeté la dépénalisation de l’avortement. L’Iran a limité son accès et le Texas a interdit les avortements après 6 semaines de grossesse. Le Malawi a refusé d’élargir son accès et l’Argentine a suspendu sa loi sur l’IVG. Aux Etats-Unis, une décision de la Cour suprême est attendue concernant l’arrêt Roe vs. Wade qui a permis la légalisation de l’avortement. C’est une loi du Mississipi qui est en jeu ici, et la Cour donnera sa réponse à la question : « un Etat peut-il constitutionnellement interdire l’avortement lorsque le fœtus est trop jeune pour survivre hors de l’utérus ? »

Le droit à l’avortement est limité dans plus de deux tiers des pays. Dans la majorité des Etats, l’avortement est autorisé uniquement dans des conditions exceptionnelles, par exemple si la vie de la mère est menacée ou s’il existe un risque pour sa santé physique ou mentale. En 2011, seuls 58 pays, soit moins d’un tiers des pays, permettent les interruptions volontaires de grossesse sans justification médicale, morale ou économique. En général, ce droit s’accompagne d’un délai (en France par exemple, il est interdit de pratiquer un avortement chirurgical passé la 12e semaine de grossesse).

Comparaison avec d'autres causes de décès

42,6 millions d’avortements en 2021. Cette même année 2021, les décès, toutes autres causes confondues et recensés par ce même site, s’élèvent à 51,8 millions : 13 millions dus aux maladies transmissibles, 8,2 millions dus au cancer, 5 millions dus au tabagisme, 1,7 million dus au SIDA, 1,3 million dus aux accidents de la route, 1,1 million dus aux suicides. Le nombre de décès dus au Covid s’élève pour sa part à 3,5 millions en 2021. L’avortement demeure donc la première cause de décès dans le monde en 2021.

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