La question de l’avortement en Arabie Saoudite s'inscrit dans un contexte plus large au Moyen-Orient, où elle est souvent réduite à une simple question religieuse. Cependant, l'histoire révèle une perception variable de cette pratique selon l'époque et le lieu, motivée par des raisons diverses. L’avortement, défini comme l’interruption intentionnelle d’une grossesse, est un sujet de débat constant dans de nombreuses sociétés à travers le monde.

L'Avortement avant l'Islam

Avant l’émergence de l’islam, le Moyen-Orient était caractérisé par la coexistence de nombreux systèmes de croyances religieuses, y compris le paganisme, qui influençait fortement la perception de la procréation. Face aux menaces existentielles, aux progrès limités de la médecine et à une compréhension rudimentaire de la biologie et de la reproduction, les populations recouraient à divers moyens de contraception, tels que des préservatifs fabriqués à partir d’intestins d’animaux et des herbes, bien que leur efficacité fût minime, entraînant de nombreuses grossesses non désirées. La pauvreté et la crainte de ne pas pouvoir subvenir aux besoins de l'enfant conduisaient parfois à l'infanticide, en particulier des nourrissons de sexe féminin, considérés comme plus vulnérables.

L'Islam et l'Avortement

L'islam a transformé la perception de l'enfant en le présentant comme une bénédiction divine, quel que soit son sexe, et a interdit l'infanticide, comme stipulé dans la sourate 17:31 (Al Isra). Le Coran n'énonce pas de position précise sur l'avortement, mais certains érudits islamiques l'autorisent tant que le fœtus n'est pas considéré comme ayant reçu une âme. Les écoles de pensée divergent sur le moment précis : la doctrine Hannafi autorise l’avortement jusqu’à 120 jours après la conception pour des raisons valables, tandis que la doctrine Zadi l’autorise jusqu’à 40 jours, quelle qu’en soit la raison.

L'Avortement sous l'Empire Ottoman

Pendant des siècles, l’Empire ottoman a régné sur la région du Levant, appliquant les principes, les droits et les lois inspirés par l’islam de manière variable. Avant 1786, la doctrine Hannafi était prédominante, autorisant l’avortement jusqu’à 120 jours. Après 1786, l’avortement est progressivement devenu illégal, officiellement pour des raisons religieuses, mais en réalité pour répondre aux besoins démographiques d’un empire en expansion.

L'Impact de la Colonisation Européenne

En 1916, la France et le Royaume-Uni ont divisé le Moyen-Orient en colonies, criminalisant l’avortement plus sévèrement que les Ottomans et imposant leurs valeurs familiales chrétiennes. Cette période a entraîné une forte stigmatisation de l’avortement, des contraceptifs et de la santé reproductive dans les sociétés arabes modernes.

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L'Avortement au Moyen-Orient Aujourd'hui

Aujourd'hui, le Moyen-Orient se caractérise par une grande diversité ethnique, religieuse, culturelle et économique. La plupart des pays arabes sont dirigés par des régimes autoritaires qui ont adopté l’islam comme religion officielle, ce qui influence les lois relatives à l'avortement. Seules la Turquie et la Tunisie autorisent les avortements volontaires (sur demande de la mère). Même dans ces pays, l'accès à l'avortement peut être difficile en raison des jugements sociaux et du manque de confidentialité dans les établissements médicaux.

Arabie Saoudite

En Arabie Saoudite, l'avortement est soumis à des restrictions sévères. Il est généralement autorisé uniquement si la vie de la mère est en danger. Le courant hanbaliste, majoritaire dans le pays, n'a pas d'opinion tranchée sur la question, mais certains chefs religieux autorisent l'avortement jusqu'au quatrième mois de grossesse.

Les Différents Points de Vue sur l'Avortement

Les pronatalistes considèrent l’avortement comme un péché grave et s’opposent à sa légalisation, tandis que les groupes pro-choix le considèrent comme une procédure médicale devant être accessible à toute femme qui le demande. Le débat sur l’avortement est étroitement lié à la question des droits des femmes, souvent limités par les systèmes juridiques patriarcaux influencés par le droit islamique et colonial.

L'Avortement dans le Monde : Aperçu Comparatif

Dans le monde, l’avortement sans condition reste minoritaire. De nombreux pays limitent encore le recours à une IVG. Une vingtaine de pays dans le monde interdisent encore totalement le recours à l’avortement. C’est notamment le cas, en Europe, en Andorre, ainsi qu’à Malte, où le catholicisme est religion d’État et où la peine minimale encourue est de 18 mois de prison. En Afrique, le Congo, l’Égypte, le Gabon, la Guinée-Bissau, Madagascar, la Mauritanie, la RDC et le Sénégal interdisent aussi le recours à l’IVG, de même que le Honduras, le Nicaragua, le Surinam, Haïti et la République dominicaine en Amérique, ou les Philippines, l’Irak et le Laos en Asie.

Dans la grande majorité du monde, l’interruption volontaire de grossesse, si elle n’est pas interdite, reste très encadrée. L’avortement peut être parfois autorisé en cas de risques pour la santé de la mère, comme en Iran, au Myanmar, ou en Arabie saoudite.

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Les Menaces sur le Droit à l'Avortement

Aux États-Unis, l’État du Texas a porté un coup au droit à l’avortement, qui ne sera donc possible qu’avant la sixième semaine de gestation. En Pologne, le Tribunal constitutionnel, à majorité conservatrice, a rendu un arrêt restreignant très fortement l’avortement dans le pays : l’IVG en raison de malformation grave du fœtus a été déclaré contraire à la Constitution.

L'Avortement : Un Enjeu de Santé Publique

Il est scientifiquement prouvé que restreindre l’accès à l’avortement ne fait pas disparaître cette pratique. Au contraire, elle devient clandestine et dangereuse. En utilisant des méthodes peu sûres pour mettre un terme à leur grossesse non désirée, les femmes risquent leur santé, leur fertilité et même leur vie. Chaque année, 47 000 femmes meurent de complications liées à un avortement pratiqué dans de mauvaises conditions.

Les Alternatives et les Solutions

Grâce à l’avortement médicamenteux et à la télémédecine, des alternatives sûres se multiplient hors du cadre légal. Un grand nombre de femmes vivant dans des pays à majorité musulmane, ou dans d’autres pays qui limitent l’accès à l’avortement, consultent des services de médecine en ligne pour demander de l’aide et recevoir des informations sur la façon de s’auto-administrer les pilules abortives obtenues par ce biais.

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