L'avortement est une question complexe et profondément sensible, touchant à la morale, à l'éthique, à la religion et aux droits fondamentaux. Cet article explore les différentes perspectives religieuses sur l'avortement, en mettant en lumière les nuances et les divergences au sein de chaque confession.
L'Avortement : Un Acte Grave Selon la Doctrine Catholique
L'Église catholique considère l'avortement comme un "crime abominable", une violation de l'interdit de tuer un être humain. Dès le moment de la conception, la vie de tout être humain doit être absolument respectée. Plusieurs papes ont insisté sur le sujet, soulignant que l'avortement est un péché d'une particulière gravité, car il s'agit du meurtre d'un être humain absolument sans défense.
L'Église catholique considère l'avortement comme un infanticide, et les personnes impliquées dans un avortement font l'objet d'une excommunication, qui prive de la possibilité de recevoir les sacrements. Toutefois, l'Église n'exclut personne et souhaite que les femmes qui ont avorté, même quand elles étaient conscientes de la gravité de cet acte, puissent se sentir accueillies et aimées. Les chrétiens ne condamnent pas les femmes qui ont avorté ou les personnes qui ont réalisé ces avortements. Ils veulent que ces personnes puissent s’ouvrir à la vie et accueillir le pardon de Dieu. Mais pour cela il faut aussi prendre conscience du mal, du fait que l’avortement est le meurtre d’un être humain.
La miséricorde divine offre une espérance et un chemin de vie pour les personnes ayant avorté, leur permettant de se relever et de vivre, d'être source de vie pour ceux qui les entourent, même si elles ont un jour choisi la mort.
Diversité des Opinions Chrétiennes
Bien que le christianisme ne soit pas tout à fait unanime sur la question de la moralité de l'avortement, la majorité des Églises chrétiennes assimilent cet acte au meurtre d'un être humain. Les orthodoxes condamnent l'avortement qu'ils considèrent comme un meurtre d'une même gravité que celui d'une personne déjà née. Les églises évangéliques sont opposées à l'avortement qu'elles considèrent comme une atteinte au droit à la vie.
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À l'heure actuelle, les Églises luthérienne et réformée ont un point de vue beaucoup plus favorable à l'avortement que les autres confessions chrétiennes. Certains membres de ces Églises ont même été très actifs pour obtenir la légalisation de l'IVG en France. La Communion Protestante Luthéro-Réformée, qui réunit les quatre Églises luthériennes et réformées de France, s'est exprimée en faveur de la constitutionnalisation de l'avortement en France, se plaignant que « les religions [aient] été présentées comme un bloc ‘‘contre’’ cette démarche ».
Dans les années 1970, certains théologiens chrétiens ont même plaidé pour une réforme de la législation française relative à l'avortement, estimant que la décision d'interrompre la grossesse appartient à la fois à la mère ou au couple et à la société, surtout s'il y a impossibilité d'humaniser l'enfant à naître. La Fédération protestante de France affirmait que « dans certains cas, il y a plus de courage et d’amour à prendre la responsabilité d’un avortement qu’à laisser venir au monde des vies qui seraient soit menaçantes pour la santé physique et psychique de la mère, soit menacées dans leur propre viabilité future. »
L'Islam et l'Avortement : Une Question Complexe
Dans le monde musulman, l'avortement est un sujet controversé, notamment au regard de la loi islamique. En général, les autorités religieuses musulmanes considèrent que l'avortement interfère avec la volonté d'Allah (Dieu) qui, seul, a droit de vie et de mort. Cependant, les différents courants de l'islam n'ont pas tous le même point de vue sur la question.
Dans le dogme hanafite, majoritaire au Moyen-Orient, en Turquie et en Asie centrale, l'avortement est évoqué sous les termes ıskât-ı cenîn, qui peuvent se traduire par « expulsion du fœtus ». Le hanafisme considère ıskât-ı cenîn comme mekrouh (indésirable, non souhaitable) plutôt que haram (interdit) à moins de 120 jours de grossesse, étant donné que jusqu'alors le fœtus n'a pas d'âme. Pourtant, même considérée comme mekrouh, la décision de mettre un terme à la grossesse est laissée à la discrétion du mari et ne constitue pas un droit ni un choix pour la femme.
D'autres courants islamiques expriment une opinion différente. Le chafiisme, qui domine en Asie du Sud-est et dans certaines régions d'Afrique, autorise les IVG jusqu'à 40 jours de grossesse et les avis divergent au sein même de ce mouvement quant au stade de développement du fœtus. Certains imams chafiistes tolèrent l'avortement jusqu'au 120e jour. Bien que le courant hanbaliste, majoritaire en Arabie saoudite et aux Émirats Arabes Unis, n'ait pas n'opinion tranchée sur la question, certains chefs religieux autorisent également l'avortement jusqu'au quatrième mois. Enfin, le malikisme, qui prédomine en Afrique du Nord, considère le fœtus comme un être vivant en devenir et interdit totalement l'avortement. En fait, tous les dogmes islamiques estiment qu'à compter de 120 jours après sa conception, le fœtus a une âme, et aucun n'autorise l'avortement après cette date.
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L'Évolution des Lois sur l'Avortement dans les Pays Musulmans
Dans nombre de pays à majorité musulmane, la jurisprudence islamique a influencé la législation relative à l'avortement. Toutefois, au fil du temps, de nouvelles préoccupations sociopolitiques ont émergé, et cette législation a été remaniée. Dans le cas de l'Empire ottoman, la relative « liberté de choix » offerte par le hanafisme a été contrecarrée par une nouvelle politique nataliste et moderniste à la fin du XVIIIe siècle.
En 1858, le Code pénal de l'Empire ottoman interdit et criminalise l'avortement, harmonisant la législation française et le dogme islamique. A partir de cette date, l'avortement est légalement déclaré haram dans tous les territoires sous domination ottomane.
Aujourd'hui, dans beaucoup de pays à majorité musulmane, l'avortement n'est souvent autorisé que lorsque la vie de la femme est en danger, quand le fœtus est malformé ou quand la grossesse résulte d'un acte criminel, comme un viol.
Les Conséquences de la Restriction de l'Accès à l'Avortement
Il est scientifiquement prouvé que restreindre l'accès à l'avortement ne fait pas disparaître cette pratique. Au contraire, elle devient clandestine et dangereuse. Chaque année, 47,000 femmes meurent de complications liées à un avortement pratiqué dans de mauvaises conditions. Les restrictions du droit d'accès à l'avortement affectent davantage les femmes les plus pauvres.
Malgré tout, grâce à l'avortement médicamenteux et à la télémédecine, des alternatives sûres se multiplient hors du cadre légal. Un grand nombre de femmes vivant dans des pays à majorité musulmane, ou dans d'autres pays qui limitent l'accès à l'avortement, consultent des services de médecine en ligne pour demander de l'aide et recevoir des informations sur la façon de s'auto-administrer les pilules abortives obtenues par ce biais.
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L'Avortement : Un Droit Menacé
Le droit à l'avortement est menacé dans de nombreux pays, des États-Unis à la Pologne en passant par l'Argentine et l'Irlande, où les femmes se battent toujours pour l'obtenir. La religion, notamment le catholicisme, est souvent désignée comme le principal obstacle au contrôle des naissances et à l'IVG.
Les femmes sont descendues massivement dans les rues du monde entier le 28 septembre, Journée mondiale du droit à l'avortement, pour réclamer la gratuité, la sécurité et la légalité de l'accès à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) pour toutes. En 2012, en réaction à un projet de loi visant à restreindre l'accès à l'avortement en Turquie, des centaines de femmes ont manifesté à Istanbul pour défendre la liberté de choix.
Conception Athée-Évolutionniste de l'Homme et Avortement
La conception de l’homme issue de la pensée « chrétienne-humaniste » doit être remplacée par une autre conception, issue de la pensée « athée-évolutionniste ». Cette nouvelle conception est fondée sur un dualisme, sur une séparation entre le corps et l‘esprit. Le corps est considéré comme une chose, comme un objet juridique, de sorte que l’homme ne devient un sujet de droit que lorsqu’il possède un esprit - alors seulement l’homme devient un sujet de droit et peut disposer de droits, en particulier des droits de l’homme. Cette scission de l’être humain en un objet juridique et un sujet juridique a des conséquences sur le droit à la vie, ces conséquences devant être considérées comme un changement de paradigme dans la vision de la vie humaine. Ce n’est plus l’être humain en tant que tel qui est protégé par la loi, mais seulement l’esprit humain, qui se manifeste dans l’autoréflexion et l’autodétermination formelle.
Selon la conception de l’homme qui tend maintenant à prévaloir, la grossesse est vue comme une maladie, sinon le terme « santé reproductive » comme synonyme d’avortement ne saurait être compris. La sexualité est souvent découplée de la procréation d’un être humain et apparaît donc au service non pas de la continuité de la société mais de la recherche par l’homme de son propre plaisir. Dans ce contexte, la grossesse est alors vécue comme faisant justement obstacle à cette quête du plaisir. Selon la conception de l’homme qui prévaut désormais, l’être humain à naître est vu comme une chose.
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