L'avortement, un sujet souvent débattu, suscite des opinions divergentes quant à ses conséquences psychologiques. Alors que certains affirment qu'il ne laisse aucune séquelle émotionnelle, d'autres, notamment les femmes qui en ont fait l'expérience, témoignent de conséquences psychologiques désastreuses et durables. Cet article examine en profondeur les risques et les crises psychologiques potentiels associés à l'avortement, en s'appuyant sur des études, des témoignages et des analyses nuancées.
Les Questionnaires en Question : Interprétations et Réalités
Les partisans de l'avortement ont tendance à interpréter les enquêtes de manière favorable, soulignant que la réaction immédiate à l'avortement est généralement le soulagement. Cependant, ces mêmes sondages révèlent également que l'avortement peut être traumatisant, entraînant tension nerveuse, angoisse et engourdissement. Ces données sont souvent minimisées ou écartées par ceux qui promeuvent l'avortement.
Il est important de noter que les questionnaires, bien qu'utiles, ne permettent pas toujours d'appréhender la véritable expérience des femmes. Des recherches plus approfondies montrent que, dans un cadre de confiance, les femmes expriment des sentiments profonds de culpabilité, d'angoisse, de dépression, de colère, de deuil et l'impression d'avoir été exploitées.
Les recherches des Docteurs I. Kent, R. Greenwood, J. Loeken et W. Nicholls de l’Université de Colombie Britannique mettent en évidence un contraste intéressant. Un groupe de femmes interrogées par questionnaire a déclaré avoir été légèrement traumatisées, mais surtout soulagées. Après l'avortement, elles ont également ressenti un engourdissement des émotions, en particulier les adolescentes. En revanche, un autre groupe de femmes en thérapie pour des raisons indirectement liées à un avortement a exprimé, après un certain temps de traitement, des sentiments profonds de douleur intense, de deuil et d'identification avec leurs bébés avortés. Cela se produisait même lorsqu'elles tentaient rationnellement d'affirmer que l'avortement était la seule solution.
Ainsi, une réaction totalement différente émerge lorsque la femme livre ce qu'elle ressent profondément à des personnes connues qui lui inspirent confiance, au lieu de cocher une réponse superficielle sur un questionnaire. Sur les formulaires, les femmes donnent des réponses "socialement acceptées" ; dans une relation de confiance, elles livrent leurs émotions authentiques.
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Quand le Mal Est Fait : Conséquences Psychologiques à Long Terme
Si la réaction immédiate après un avortement peut être le soulagement, qu'en est-il à long terme ? Des études approfondies révèlent que le préjudice psychologique peut prendre diverses formes : culpabilité, angoisse, dépression, sensation de deuil, hostilité, suicide et psychose. Les femmes peuvent souffrir d'une combinaison de ces problèmes. Ce traumatisme est reconnu comme un trouble psychique par l'Association Américaine de Psychiatrie, qui le répertorie dans son Manuel statistique de Diagnostic des Affections Mentales (Diagnostic and Statistic Manual of Mental Disorders).
La Culpabilité : Un Fardeau Silencieux
La culpabilité après un avortement est une réaction fréquente qui peut couver pendant des années. Les femmes confrontées à leur culpabilité peuvent déclarer : "J'ai tué mon bébé." Une culpabilité non résolue peut se traduire par plusieurs symptômes : dépression, mépris de soi, complexes ou peurs de la stérilité ainsi que des problèmes dans les rapports intimes.
L'Angoisse : Une Peur Profonde
Les femmes expriment souvent une angoisse profonde après un avortement. Elles peuvent sangloter : "Je vais devenir folle" ou "J'ai peur." Nombre d'entre elles ressentent la panique d'éventuelles complications physiques ou la peur de ne plus jamais avoir d'enfant. Dans certains cas, aucun symptôme ne manifeste le moindre problème physique ; dans d'autres, on constate des fausses couches ou des grossesses extra-utérines.
La Dépression : Un Sentiment d'Inhibition
Les femmes qui partagent leurs impressions sur leur expérience de l'avortement présentent souvent des symptômes de dépression. Elles peuvent se sentir inhibées, ne plus s'intéresser à personne ni à rien depuis leur avortement. Elles se renferment sur elles-mêmes, ne vont plus au travail et n'ont plus de comportement normal dans les domaines de la vie courante. Elles se détachent de leur entourage et s'imaginent ne pouvoir faire confiance à personne.
Beaucoup déclarent pleurer depuis leur avortement ("Je pleure tout le temps !"). D'autres souffrent d'insomnies et de cauchemars où reviennent incessamment des petits enfants de l'âge qu'aurait eu le leur. Certaines revivent en permanence et avec désolation tout le processus de l'avortement dans des éclairs de retour en arrière. Lors de dépressions chez les femmes en retour d'âge, les thérapeutes entendent fréquemment des expressions de remords et de culpabilité qui se rapportent à des avortements pratiqués vingt ans auparavant.
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Le Deuil : Une Sensation de Perte
Lorsque les femmes ayant avorté ont l'opportunité de raconter leur douleur, elles parlent d'une sensation de deuil. Elles décrivent des réactions comme : "Je n'arrive pas à regarder les bébés, les petits enfants ou les femmes enceintes" ou "Je suis jalouse des mamans" ou encore "Je veux me retrouver à nouveau enceinte pour remplacer mon bébé perdu." La femme subit souvent d'autres privations qui augmentent sa douleur, comme la détérioration ou la rupture de sa relation avec son partenaire. La détresse et la confusion qu'elle ressent sont particulièrement vives lorsque son mari ou son ami l'abandonne après l'avortement ou ne se soucie pas assez de sa souffrance morale.
Une autre perte est celle de l'estime de soi et des valeurs auxquelles la femme était attachée avant l'avortement. Elle éprouve une grande déception vis-à-vis d'elle-même pour avoir agi à l'encontre de ses convictions. Elle se décrit alors comme violente, indigne d'être aimée ou de mettre des enfants au monde, ou encore comme une ratée.
La Colère : Un Sentiment d'Injustice
La colère est fortement ressentie et s'exprime envers les personnes impliquées dans l'avortement : elle-même, ceux qui l'ont conseillée, les médecins, son partenaire ou son conjoint, etc. La colère de la femme vise les médecins et conseillers qui ne montrent pas l'envers de la médaille ou ne mettent pas en garde contre les problèmes physiologiques et émotionnels éventuels. Une femme déclare : "Après l'avortement, alors que je souffrais moralement, personne à la clinique ne voulait plus me voir."
Conjoint ou concubin suscitent l'hostilité lorsqu'ils ne soutiennent pas leur partenaire qui a désespérément besoin d'aide et de compréhension, ou lorsqu'il a poussé ou forcé la femme à avorter. Les femmes ne font pas que se mépriser, mais éprouvent une véritable colère contre elles-mêmes quand elles prennent conscience d'avoir agi à l'encontre des valeurs auxquelles elles tenaient auparavant. En même temps que la colère, elles éprouvent le sentiment d'avoir été induites en erreur et exploitées par les spécialistes auprès de qui elles sont venues chercher de l'aide avant et après leur avortement. Beaucoup d'entre elles affirment avoir été mal informées au moyen d'arguments tels que : "Votre grossesse n'est que du tissu organique" ou "Ne pensez pas que cela revient à tuer, mais plutôt que vos règles vont revenir." Les femmes sont en colère, hostiles et en veulent au personnel médical parce qu'elles n'ont pas été informées sur le développement du fœtus, les méthodes abortives ou les risques qu'elles comportent - physiologiques et psychologiques - ni sur les alternatives à l'avortement. Elles disent avoir été induites à se croire des victimes démunies et impuissantes, et conservent ce double sentiment.
Le Suicide : Un Désespoir Ultime
Médecins, chercheurs et conseillers rapportent un nombre croissant de tentatives et de suicides effectifs chez les femmes aux environs de la date anniversaire à laquelle seraient nés leurs bébés, si elles n'avaient pas eu recours à l'avortement. Le taux le plus élevé de ces cas concerne les 15 à 24 ans. À titre d'exemple, une jeune fille de 17 ans tenta de se tuer en voiture sous l'emprise d'alcool et de psychotropes. Elle s'éloigna à pied du lieu de l'accident et fut retrouvée assise dans un cimetière. Pendant son avortement, elle avait calculé la date virtuelle de la naissance de son bébé et eut son accident exactement à cette date.
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La Psychose Post-Avortement : Une Réalité Rare Mais Grave
Bien que moins fréquente, la psychose post-abortive est un problème réel. En 1979, les Docteurs Sim et Neisser recensèrent 95 psychoses post-abortives pour Israël et Birmingham (Grande-Bretagne), indiquant que ce problème n'était pas aussi rare que certains veulent le dire. La comparaison entre le pronostic d'une psychose post-abortive et celui d'une psychose post-partum est instructive. Comparées aux troubles postérieurs à un accouchement, les psychoses post-avortement sont plus graves, durent plus longtemps et sont davantage susceptibles de rechute. Les exemples suivants montrent que l'avortement est la cause de graves psychoses, six à douze semaines après, chez des femmes dont le comportement était normal auparavant.
Autres Victimes de l'Avortement : L'Entourage Également Touché
Les mêmes réactions psychologiques peuvent se produire dans le proche entourage de la femme concernée, comme son partenaire, ses parents, les infirmières ou les médecins. Une mère a été placée en invalidité pour dépression après avoir laissé sa fille avorter. Un mari a été tourmenté de remords à la suite de l'avortement de sa femme puis de la fausse couche qu'elle eut après ; sa femme éprouvait d'ailleurs deuil, culpabilité et dépression. Les médecins et infirmières ayant participé à de nombreux avortements relatent des cauchemars et les chercheurs qui ont étudié leurs cas concluent : "Indépendamment de toute appartenance religieuse ou philosophique, le regard porté sur l'avortement est le même (…) et révèle qu'inconsciemment, l'acte d'avorter est vécu comme un acte meurtrier."
Informations Complémentaires et Soutien
En France, environ 1 femme sur 3 aura recours à une interruption volontaire de grossesse (IVG) au cours de sa vie reproductive. Il est crucial de reconnaître que cet acte n'est pas toujours anodin et peut entraîner des émotions complexes, une tristesse persistante ou des difficultés psychologiques. Le terme "syndrome post-ivg" (ou "post-abortion syndrome") est utilisé pour décrire ces expériences. Bien que controversé et non reconnu comme un diagnostic officiel dans les DSM-5, il est important de ne pas ignorer les souffrances potentielles des femmes après un avortement.
Des études indiquent qu'environ 10 à 20% des femmes rapportent des symptômes émotionnels persistants après une IVG. Une étude française de l'INSERM (2016) a montré que les femmes ayant un faible soutien social ou des antécédents de troubles mentaux sont plus susceptibles de ressentir des effets psychologiques négatifs.
Si vous traversez une période compliquée après une IVG (ou même longtemps après), il est essentiel de chercher un soutien adapté, sans honte ni jugement. Parlez-en à un professionnel de santé, un psychologue ou une association spécialisée.
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