L'impact environnemental de nos choix de vie est un sujet de plus en plus présent dans le débat public. Parmi ces choix, la question de la reproduction et de la taille de la famille suscite des interrogations, parfois teintées d'idéologies radicales. Cet article explore les différentes facettes de ce débat, en analysant l'argument écologique dans les décisions procréatives et en examinant les tensions morales et politiques qui en découlent. Ce travail a bénéficié du soutien du Labex SMS (ANR-11-LABX-0066), du LISST (UMR 5193) et d’Iglobes (IRL 3157).

Surpopulation et Inquiétudes Environnementales : Un Lien Complexe

Les craintes de "surpopulation" refont surface à intervalles réguliers, souvent alimentées par des préoccupations écologiques. Certaines organisations, proches des théoriciennes éco-féministes, relaient l'articulation entre souci écologique et limitation reproductive, suggérant de modérer les désirs d'engendrement ou d'inventer des liens affectifs alternatifs.

En 2010, l'essayiste américaine Lisa Hymas crée l'acronyme GINKs pour « Green Inclination, No Kids », visant à rendre compte d'un monde où les inquiétudes environnementales motiveraient le refus d'avoir des enfants. Malgré le succès médiatique du terme, le phénomène qu'il décrit n'apparaît pas si répandu. En 2019, la sociologue française Charlotte Debest expliquait qu'elle n'avait jamais véritablement rencontré de « GINKs » lors de ses enquêtes sur le « choix d'une vie sans enfant ».

L'Écologie : Une Justification a Posteriori ?

Pour saisir le poids relatif de l'argument écologique dans les décisions procréatives, une enquête sociologique a été menée auprès de personnes qui mentionnent l'environnement comme une raison de vivre une vie "childfree". Cette recherche qualitative saisit la manière dont ces individus argumentent, justifient voire légitiment un choix de vie minoritaire.

Il ressort de cette enquête que le souci écologique traverse la volonté de ne pas engendrer, voire d'opter pour la stérilisation préventive. Cependant, même si ces personnes ont été recrutées pour la force de leur engagement écologique, elles témoignent que "la Terre", "la planète", "le vivant", s'ils sont importants, ne sont pas les raisons premières de leur choix. La plupart sont convaincues de l'argument et trouvent que l'absence d'enfant leur permet de vivre une vie en adéquation avec leur éthique environnementale, mais elles témoignent avoir choisi de vivre sans enfants parce que, d'abord, elles n'en ont pas le désir. Constamment amenées à se justifier, ces personnes ont trouvé dans la protection de l'environnement une ressource à mobiliser.

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Ainsi, derrière la nouveauté supposée d'un souci écologique, continuent de se jouer des relations de pouvoir et des rapports de force qui font de la parentalité et de l'engendrement une obligation sociale.

Méthodologie de l'Enquête

Cette contribution se fonde sur une enquête menée en 2020 sur les communautés numériques childfree et sur quatorze entretiens approfondis conduits en face-à-face en 2021. Les entretiens ont été réalisés auprès de personnes sans enfant, déclarant ne pas en souhaiter, et pour lesquelles l'écologie faisait partie des raisons motivant leur choix de non-parentalité.

La grande majorité des enquêté·e·s appartenaient aux classes moyennes et supérieures, ce qui tient à la stratégie de recrutement et au dispositif méthodologique retenu. Onze des quatorze personnes interviewées se sont identifiées comme des femmes et trois comme des hommes. Les entretiens ont été menés en français, auprès de personnes résidant en France et en Belgique.

Malthusianisme et Tentations Autoritaristes

Dès le 18e siècle, la régulation des naissances apparaît comme une possibilité attractive pour atteindre des objectifs politiques identifiés. En 1798, Thomas Malthus encourage l'éducation à la modération reproductive pour éviter la paupérisation de la société. Si sa proposition est rejetée par ses contemporains, elle ancre dans les esprits un souci pour l'adéquation entre ressources et population.

Pourtant, depuis sa formulation, le "malthusianisme" apparaît à la fois comme une tentation gouvernementale et une impossibilité morale. En France, on rejette sa portée anti-sociale, arguant que la population n'est jamais qu'un problème politique adossé à la répartition des richesses. On craint les risques que ferait courir à la Nation toute atteinte au "renouvellement des générations". Surtout, on craint les risques que ferait courir une politique de limitation reproductive, rappelant que la liberté d'engendrer est intégrée aux droits humains universels et sa restriction une technique répressive mobilisée par les régimes autoritaires. Ainsi, la limitation des naissances apparaît comme une tentation gouvernementale aussi séductrice qu'impossible, une solution toujours latente tout en restant informulable.

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L'Écologie et la Limitation des Naissances : Un Débat Récurrent

Cette tension se retrouve dans les interprétations environnementalistes des théories malthusiennes qui se développent à partir des années 1960. En 1968, Paul Ehrlich défend l'idée selon laquelle la pression démographique nuit non seulement à la société, mais aussi à l'environnement. Sur un ton alarmiste, l'auteur invite à une régulation drastique des "excès démographiques" pour mettre un terme à la destruction écologique. La plupart de ses propositions traduisent une tentation assumée pour l'autoritarisme politique.

Plus récemment, des chercheurs ont recommandé de faire un enfant de moins comme l'outil le plus utile pour favoriser le "changement systémique" face aux enjeux climatiques. Mais la tension morale demeure, et les réactions publiques sont souvent négatives.

Absence de Désir d'Enfant et Écologie : Un Lien Subtil

L'enquête menée révèle que l'écologie conforte un sentiment préalable : l'absence de désir d'enfant. Le fait de ne pas avoir d'enfant résulterait moins d'un calcul rationnel visant à limiter son empreinte carbone qu'à une absence "d'envie".

Cette absence de désir d'enfant s'incarne dans les corps des personnes rencontrées. Nombreuses sont celles qui ont exprimé un rapport difficile avec la grossesse, voire qui souffrent de "tocophobie". Pour la plupart, l'absence d'enfants est davantage une expérience associée à un sentiment de "liberté".

Écoféminisme : Un Mouvement de Résistance

Ces dernières années ont été marquées par l'émergence du terme "écoféminisme" dans le débat public. L'écoféminisme peut se définir comme une grille de lecture permettant d'analyser les différentes oppressions que subissent certaines populations comme appartenant au même type de violence. Concrètement, la lecture écoféministe considère que notre société repose sur la triple domination et exploitation des femmes, de la nature et des minorités.

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Les mouvements de résistance écoféministes émergent dans les années 70. Parmi eux, on peut citer le Chipko Movement en Inde et le camp pour la paix de Greenham Common en Angleterre. Le Women's Pentagon Action, inspiré par l'accident nucléaire de Three Mile Island, est également considéré comme l'émergence de l'écoféminisme aux États-Unis.

Françoise d'Eaubonne mentionne pour la première fois la notion d'écoféminisme dans son ouvrage Le Féminisme ou la mort, publié en 1974. Ce mouvement est basé sur l'analogie entre l'exploitation de la nature et l'exploitation des femmes par les hommes inhérents au système patriarcal.

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