L'avortement, ou interruption volontaire de grossesse (IVG), est une décision lourde de conséquences, tant sur le plan individuel que pour le couple. Bien que légal et de plus en plus courant, il reste un sujet délicat, susceptible de raviver des dynamiques familiales complexes et d'engendrer des épreuves émotionnelles. Cet article se penche sur les différentes facettes de l'impact de l'IVG sur la relation conjugale.
Une décision à prendre à deux ?
La décision d'avorter est souvent perçue comme relevant du choix individuel de la femme, puisqu'elle porte l'enfant. Cependant, elle est rarement prise de manière isolée, surtout au sein d'un couple stable. « Poursuivre ou non une grossesse est une décision impactante pour un couple », souligne Caroline Van Assche, thérapeute de couple. Cette décision marque un tournant, qu'il s'agisse de rester à deux ou de fonder une famille.
L'idéal est donc une discussion ouverte et honnête, où chacun peut exprimer ses désirs, ses craintes et ses limites. Imposer un enfant à un homme ou un avortement à une femme peut avoir des conséquences psychologiques importantes. Il est donc primordial de trouver la meilleure solution pour le couple, en tenant compte des besoins et des aspirations de chacun.
Prenons l'exemple de Valérie, déjà mère de trois enfants, qui se retrouve enceinte. Son compagnon, Matthieu, panique à l'idée d'un quatrième enfant et se mure dans le silence. Ce n'est qu'après une période de "guerre froide" qu'il envisage la possibilité d'un nouveau bébé. Finalement, Valérie décide d'avorter, mais regrette le manque d'investissement de Matthieu dans le processus.
L'IVG comme révélateur des dynamiques du couple
L'IVG peut agir comme un révélateur des forces et des faiblesses de la relation. Dans un couple où la communication est fluide et apaisée, l'avortement ne remettra pas forcément en question le lien, même s'il peut y avoir de la déception ou de la tristesse. En revanche, dans les couples où l'on n'ose pas exprimer ses sentiments, la situation peut être plus compliquée.
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Caroline Van Assche observe souvent un décalage entre les partenaires : l'un se concentre sur les aspects pratiques de l'intervention, tandis que l'autre est submergé par les émotions. Ce décalage peut entraîner des incompréhensions et des tensions.
Claire, par exemple, a eu l'impression que la situation était "beaucoup plus simple" pour son petit ami que pour elle. Elle souligne la difficulté pour les femmes, car la décision se passe dans leur corps. Si l'homme est contre l'avortement, la femme se retrouve à assumer seule la décision, avec toutes ses conséquences potentielles.
À l'inverse, Noëmie a découvert un compagnon peu à l'écoute et imposant ses choix lors de son IVG. Elle a ressenti un manque de soutien psychologique, ce qui a finalement conduit à la rupture.
Le vécu post-IVG : tristesse, culpabilité et solitude
Vivre un avortement n'est jamais anodin. Même après une décision réfléchie, il est possible de ressentir de la tristesse, voire de la culpabilité. Les jours suivant l'intervention, des effets secondaires physiques peuvent se manifester : fatigue, vertiges, nausées, saignements…
Sur le plan émotionnel, certaines femmes se sentent libérées et apaisées, tandis que d'autres vivent plus difficilement cette période. Certains spécialistes parlent de syndrome post-IVG, caractérisé par un sentiment de tristesse, voire un état dépressif. Si l'avortement a été imposé, la femme peut ressentir de la colère, un sentiment d'injustice ou de la culpabilité.
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La vie après l'avortement peut être différente. La femme peut se sentir seule, incomprise par son entourage. Il arrive également que l'IVG bouleverse le couple, le dialogue devient compliqué et le chagrin difficile à partager.
L'importance de l'accompagnement et du soutien
Quelle que soit la situation, il est essentiel d'être accompagnée et soutenue après un avortement. Il ne faut pas rester seule avec ses émotions et ses interrogations. Parler à un professionnel de santé, à un conseiller conjugal ou à une association peut aider à surmonter cette épreuve.
Le soutien du partenaire est également primordial. Il est important qu'il soit présent, à l'écoute et compréhensif. Il peut être utile de consulter un thérapeute de couple pour faciliter la communication et surmonter les difficultés.
Claire témoigne que l'IVG a finalement renforcé son couple, car ils ont su prendre soin l'un de l'autre et s'écouter. Ils ont pu rediscuter de leur projet de famille et en ressortir plus unis.
Les questions à se poser après une IVG
Après une IVG, il est important de prendre le temps de se poser les bonnes questions. Y a-t-il des conséquences psychologiques ? Quelle contraception choisir ? Comment gérer les saignements et les douleurs ?
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Il est conseillé de consulter un médecin ou une sage-femme pour un suivi médical et psychologique. Des examens peuvent être réalisés pour vérifier que la grossesse est bien interrompue et pour dépister d'éventuelles complications.
Il est également important de choisir une contraception adaptée à ses besoins et à ses envies. Différentes méthodes sont disponibles : pilule, implant, stérilet, préservatif… Un professionnel de santé pourra vous conseiller et vous accompagner dans votre choix.
L'IVG et la dynamique familiale
L'IVG peut réactualiser des éléments non élaborés au sein de la dynamique familiale. Le cas de Sonia montre comment l'IVG l'a amenée à prendre conscience de sa propre dynamique familiale, à la nommer et à s'en distancier.
La famille d'origine joue un rôle essentiel dans l'expérience de l'IVG. Presque toutes les femmes adultes en parlent à leurs parents, plus particulièrement à leur mère, parfois même avant que le partenaire soit au courant de la grossesse. C'est souvent cette présence familiale qui est sollicitée en pré et post-IVG.
Analyser le regard de la femme sur sa situation familiale et de couple permet d'être au plus près de son vécu de l'IVG et de ses conséquences en termes de relations.
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