L'avortement chez la brebis est un problème majeur qui peut entraîner de lourdes pertes économiques pour les éleveurs. Il est défini comme l'expulsion d'un fœtus ou d'un animal mort-né, ou succombant dans les douze heures suivant la naissance, à l'exclusion des avortements d'origine manifestement accidentelle. Bien qu'il soit normal d'observer quelques avortements (moins de 5%) dans un troupeau en fin de gestation, un nombre plus élevé doit alerter et faire suspecter une cause sous-jacente. Cet article vise à explorer les différentes causes d'avortement chez la brebis, les traitements possibles et les mesures de prévention à mettre en place.

Causes d'avortement chez la brebis

Les causes d'avortement chez la brebis sont diverses et peuvent être classées en deux catégories principales : infectieuses et non infectieuses.

Causes infectieuses

Les causes infectieuses sont les plus fréquentes et comprennent :

  • Chlamydiose (Avortement enzootique ovin - AEO) : Causée principalement par la bactérie Chlamydia abortus, elle est une des principales causes d'avortement chez les ovins et, dans une moindre mesure, les caprins. L'infection peut toucher jusqu'à 30% du cheptel ovin et 60% du cheptel caprin, entraînant des vagues d'avortements tardifs, généralement sans signes précurseurs ni altération de l'état général de la brebis. Les rétentions placentaires et les métrites sont possibles, mais rares, surtout chez les ovins. La contamination se fait principalement par voie digestive, via les déjections (urines, fèces), les fœtus avortés, les annexes fœtales, les sécrétions vaginales et utérines, ainsi que le lait des femelles infectées.
  • Toxoplasmose : Une autre cause infectieuse importante d'avortement chez la brebis.
  • Fièvre Q : Zoonose pouvant provoquer des avortements chez les brebis.
  • Border disease : Maladie virale affectant les ovins.
  • Brucellose : Bien que la France soit officiellement indemne de brucellose ovine et caprine, le risque de réémergence existe, notamment en raison des déplacements d'animaux provenant de zones infectées. La brucellose est une zoonose importante.

Causes non infectieuses

Bien que moins fréquentes, les causes non infectieuses peuvent également être responsables d'avortements chez la brebis :

  • Carences alimentaires : Un manque de nutriments essentiels peut affecter la gestation et entraîner un avortement.
  • Substances toxiques : L'ingestion de plantes toxiques ou l'exposition à des produits chimiques peuvent provoquer un avortement.
  • Traumatismes : Des coups ou des blessures peuvent entraîner un avortement.
  • Toxémie de gestation : Trouble métabolique survenant en fin de gestation, souvent lié à une alimentation déséquilibrée.
  • Médicaments : L'administration de certains médicaments, comme les corticoïdes, peut provoquer un avortement.

Diagnostic

Face à un avortement, il est crucial d'en déterminer la cause afin de mettre en place les mesures appropriées. Le diagnostic repose sur plusieurs éléments :

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  • Anamnèse : Recueil des commémoratifs et des éléments cliniques et lésionnels (nombre d'avortements, stade de gestation, caractéristiques des animaux atteints, etc.).

  • Examen clinique : Observation de la brebis et du fœtus avorté.

  • Analyses de laboratoire : Essentielles pour identifier les agents infectieux en cause. Les prélèvements doivent être réalisés le plus tôt possible par le vétérinaire. En cas d'épisode abortif (plus de 3 avortements en 7 jours), il est recommandé de prélever au minimum 3 femelles. Les prélèvements peuvent inclure :

    • Placenta et organes de l'avorton (liquide gastrique, foie, rate)
    • Écouvillon vaginal
    • Prise de sang pour recherche d'anticorps
  • Protocole national de diagnostic différentiel : Un protocole national de diagnostic différentiel des avortements chez les petits ruminants est proposé. Il vise à codifier les seuils d’alerte et les prélèvements à effectuer en fonction des suspicions. Le seuil d’alerte recommandé pour la mise en place de cette démarche de diagnostic différentiel est de trois avortements au minimum en 7 jours ou moins en cas de série d’avortements rapprochés. À cela s’ajoute un seuil d’alerte pour des séries plus espacées dans le temps : 4 % d’avortements sur un lot de femelles mises à la reproduction inférieur à 250 femelles et à partir du dixième avortement pour les lots supérieurs à 250 femelles sur la période de mise bas (fixée à 3 mois). Le protocole national harmonisé définit des maladies à rechercher en première ou seconde intention et un minimum de prélèvements requis. Pour chacun des agents retenus, un minimum de prélèvements et d’analyses est préconisé. Pour l’interprétation des résultats, une gradation à quatre niveaux d’imputabilité des séries d’avortements aux différents agents a été définie : forte, possible, peu probable, non conclusive.

  • Déclaration des avortements : La déclaration des avortements est obligatoire chez les ruminants.

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Traitement

Le traitement dépend de la cause de l'avortement.

  • Avortements infectieux :

    • Chlamydiose : L'administration de tétracyclines (antibiotique) en 2 à 3 injections espacées de 15 jours en fin de gestation peut diminuer la fréquence des avortements en cas de pic abortif dans le troupeau. Chez les ovins, la mise en œuvre d’une antibiothérapie (à base de tétracycline) chez les brebis atteinte ou susceptibles de l’être et chez les nouveau-nés permet de limiter l’extension de la maladie dans l’élevage mais elle ne garantit pas la disparition du germe.
    • Autres infections : Un traitement antibiotique adapté à l'agent infectieux en cause peut être mis en place.
  • Avortements non infectieux : Le traitement consiste à corriger la cause sous-jacente (carences alimentaires, intoxication, etc.).

  • Isothérapie : Pour les éleveurs qui ne souhaitent pas utiliser d'antibiotiques, l'isothérapie peut être une alternative. Cette méthode consiste à préparer une teinture-mère à partir de produits organiques prélevés sur l'animal malade (glaires vaginales dans le cas d'avortements).

Prévention

La prévention est essentielle pour limiter les pertes liées aux avortements. Les mesures de prévention comprennent :

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  • Vaccination : Un vaccin vivant atténué contre la chlamydiose existe pour les ovins et les caprins. Il peut être utilisé sur tous les animaux puis sur tous les animaux de renouvellement pendant 3 ans pour prévenir les avortements et l'excrétion du germe. L’efficacité protectrice a été démontrée durant plusieurs périodes de reproduction (chez les ovins, l’AMM indique 3 saisons de protection).

  • Mesures sanitaires :

    • Isolement des animaux malades : Les femelles ayant avorté doivent être identifiées et, si possible, isolées du reste du troupeau.
    • Élimination des matières contaminées : Les matières potentiellement virulentes (placentas, avortons, etc.) sont à conserver séparément, avec précaution, pour une analyse et/ou être éliminées de l’environnement.
    • Hygiène : Le port de gants lors de la manipulation des femelles ayant avorté, des placentas et des avortons doit s’imposer au vétérinaire, à l’éleveur et à tout autre intervenant de l’élevage. Les mesures sanitaires ou hygiéniques de base (nettoyage-désinfection des mains, des bottes, pédiluves, port de surchaussures, etc.) doivent être rappelées.
    • Contrôle des introductions : Éviter de faire entrer dans le troupeau des animaux (mâles reproducteurs, agnelles ou chevrettes) au statut sanitaire inconnu.
    • Lutte contre les vecteurs : Contrôler les populations de rongeurs et de mouches, qui peuvent être des vecteurs de certaines maladies abortives.
    • Gestion des chatons : Les jeunes chatons sont excréteurs de toxoplasmes pendant une courte durée de leur vie.
  • Alimentation équilibrée : Assurer une alimentation adaptée aux besoins des brebis, notamment en fin de gestation.

  • Surveillance : Surveiller attentivement les brebis en fin de gestation et contacter le vétérinaire en cas d'avortement ou de signes anormaux.

  • Protection des personnes : Les personnes présentant un risque augmenté de contracter une zoonose (femmes enceintes, enfants, immunodéprimés, etc.) éviteront les contacts avec les animaux et l’élevage. Outre les précautions particulières qui doivent être prises en filière “lait cru”, il convient de protéger les personnes et l’élevage vis-à-vis du risque infectieux.

Importance de la déclaration et de la surveillance

Les avortements chez la brebis doivent être un motif d’appel du vétérinaire par les éleveurs. Leur impact sur l’élevage et la santé publique impose aux vétérinaires d’y être réactifs et pro-actifs. La mise en place d’un protocole harmonisé pour le diagnostic étiologique lors d’avortements chez les ruminants et du dispositif d’Observatoire et suivi des causes d’avortements chez les ruminants est un atout pour améliorer la réussite diagnostique. Cette aide au diagnostic relayée par la plateforme d’épidémiosurveillance en santé animale devrait non seulement permettre de mieux suivre les maladies abortives en France, mais aussi être une source d’information utile et fiable pour orienter les praticiens.

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