L'Amérique du Sud connaît une évolution significative en matière de législation sur l'avortement, avec des progrès notables vers la dépénalisation et la légalisation dans plusieurs pays. Cependant, le paysage reste hétérogène, avec des restrictions sévères en vigueur dans certaines nations et une opposition persistante de groupes conservateurs. Cet article explore les tendances récentes, les défis et les perspectives d'avenir concernant le droit à l'avortement en Amérique du Sud.
Avancées récentes en faveur du droit à l'avortement
Plusieurs pays d'Amérique latine ont récemment pris des mesures importantes en faveur du droit à l'avortement. Le Mexique a fait un pas de géant en dépénalisant l'avortement sur l'ensemble de son territoire. La Cour suprême mexicaine a estimé que la criminalisation de l'avortement était inconstitutionnelle, car elle violait le droit des femmes et des personnes ayant la capacité de gestation de décider de leur propre corps. Cette décision s'inscrit dans la continuité d'autres pays d'Amérique latine qui ont légalisé l'avortement, tels que l'Argentine, la Colombie, Cuba et l'Uruguay.
La capitale mexicaine, Mexico, avait déjà été pionnière dans la région en autorisant l'avortement en 2007. Désormais, toutes les femmes et les personnes ayant la capacité de gestation pourront avoir accès à des avortements dans les institutions fédérales de santé. Cette décision est d'autant plus significative que le Mexique compte près de 130 millions d'habitants et que 80 % de la population est catholique.
En Colombie, la Cour constitutionnelle a dépénalisé l'avortement jusqu'à vingt-quatre semaines en février 2022, reconnaissant l'IVG comme un droit lié à la vie, à la santé, à l'intégrité, à l'autodétermination, à l'intimité et à la dignité des femmes.
L'Argentine a légalisé l'avortement jusqu'à la quatorzième semaine de grossesse en décembre 2020, devenant ainsi le seul pays de la marea verde à légaliser l'IVG. Cette loi a été adoptée après un long processus de luttes et de mobilisations féministes.
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Obstacles et restrictions persistantes
Malgré ces avancées, l'avortement reste illégal ou soumis à de fortes restrictions dans plusieurs pays d'Amérique latine. Au Salvador, au Honduras, au Nicaragua, en Haïti et en République dominicaine, l'avortement est totalement interdit, même en cas de viol, de risque pour la santé de la mère ou de malformation du fœtus.
Au Chili, l'avortement n'est autorisé que dans trois cas : risque pour la santé de la mère, viol ou malformation du fœtus. Cependant, même dans ces cas, l'accès à l'IVG est limité par des obstacles tels que l'objection de conscience des professionnels de santé et les exigences de confirmation médicale.
Au Pérou, l'avortement est illégal et constitue un crime passible de sanctions. En Équateur, la justice a dépénalisé l'avortement en 2021, mais uniquement dans des situations spécifiques telles que le danger pour la vie ou la santé de la mère ou la grossesse résultant d'un viol.
Même dans les pays où l'avortement est légal, des obstacles sociaux, économiques et culturels persistent. La stigmatisation, la désinformation et les pressions exercées par les mouvements anti-IVG peuvent rendre l'accès à l'avortement difficile pour de nombreuses femmes, en particulier celles qui sont immigrées, vivent en milieu rural ou ont des ressources limitées.
La vague verte : un mouvement féministe transnational
La vague verte, symbolisée par le foulard vert, est un mouvement féministe transnational qui lutte pour la légalisation de l'avortement en Amérique latine. Ce mouvement a pris de l'ampleur depuis 2015, avec des mobilisations massives dans les rues et sur les réseaux sociaux.
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La vague verte est née en Argentine en réaction au meurtre d'une adolescente, Chiara Paez, et s'est étendue à d'autres pays d'Amérique latine, tels que le Chili, le Mexique et la Colombie. Ce mouvement se caractérise par la centralité du rejet de la violence contre les femmes et la revendication du droit à l'avortement.
La vague verte a contribué à sensibiliser le public à la question de l'avortement et à faire pression sur les gouvernements pour qu'ils modifient leur législation. Les mobilisations féministes ont permis d'améliorer les politiques publiques sur l'IVG dans certains pays, tels que l'Argentine et la Colombie.
Menaces et défis futurs
Malgré les avancées récentes, le droit à l'avortement en Amérique latine reste fragile et menacé par la montée des droites nationalistes et des mouvements conservateurs. Dans certains pays, des candidats politiques ouvertement opposés à l'avortement ont remporté des élections, ce qui pourrait entraîner un recul des droits des femmes.
La remise en cause du droit à l'avortement est un marqueur idéologique important de la droite très conservatrice ou de l'extrême droite. Les acteurs anti-genre se professionnalisent, se transnationalisent et sont de plus en plus organisés et financés, ce qui leur permet d'exercer une influence croissante sur les politiques publiques.
Les obstacles à l'accès à l'avortement sont d'autant plus importants en contexte de crises, de conflits et de catastrophes naturelles. Dans ces situations, les femmes sont exposées à des ruptures contraceptives brutales, à des violences sexuelles accrues et à des services de santé limités, ce qui entraîne une augmentation des avortements à risque.
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