La procréation médicalement assistée (PMA) est un parcours complexe, tant sur le plan émotionnel que physique. Pour les femmes entrepreneures, ce défi s'ajoute à la pression de gérer une entreprise. Cet article explore les témoignages de femmes qui ont concilié PMA et entrepreneuriat, offrant des conseils et des perspectives pour celles qui envisagent ou vivent cette expérience.
PMA et travail : un défi de taille
Depuis l'ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes en 2021, de plus en plus de femmes se lancent dans ce parcours. Cependant, concilier les exigences de la PMA avec la vie professionnelle, et en particulier avec la gestion d'une entreprise, représente un défi majeur.
Le poids du secret
De nombreuses femmes choisissent de ne pas révéler leur parcours de PMA à leur employeur ou à leurs collègues, par pudeur, par peur du jugement ou de la discrimination, ou encore par crainte de l'échec.
Virginie témoigne : « Je n’ai rien dit pendant des mois. C’est comme si je devais amener un petit bout de ma famille au travail, regrette-t-elle. Cette intimité que je ne partageais pas, même avec mes parents, je devais la déballer au travail, essuyer des remarques déplacées et constater que mon ventre était désormais scruté. C’était la double peine ».
Juliette, une juriste de 39 ans, a également gardé le secret jusqu'à son quatrième mois de grossesse. « J’ai vraiment mal vécu cette période, nous confie-t-elle, avec le recul. Je devais me lever à six heures du matin pour aller courir tous les gynécos ou les labos possibles, ça a été un stress monumental ». Elle craignait également que la FIV ne fonctionne pas et ne savait pas comment gérer cette situation au bureau.
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Sarah, chargée de communication, a préféré annoncer sa démarche de « PMA solo » à sa hiérarchie, mais pas à ses collègues. « Je voulais être tranquille vis-à-vis de ma hiérarchie sans avoir à en parler devant la machine à café, nous dit-elle. Même quand les gens sont bienveillants, ils gaffent, ou alors ils veulent en savoir un peu trop ».
Les droits des femmes en parcours de PMA
La loi française protège les femmes engagées dans un parcours de PMA. La loi santé de 2016 stipule que, comme pour les femmes enceintes, elles ont droit à des absences pour réaliser les actes médicaux nécessaires, incluant les trajets aller-retour. De plus, l'employeur n'a pas le droit de discriminer une femme en raison de son parcours de PMA, que ce soit en termes de poste, de mutation ou de salaire. Ces absences sont considérées comme du travail effectif et comptent dans le calcul des congés payés. Le partenaire de la femme en parcours de PMA a également le droit de s'absenter pour trois examens ou actes médicaux nécessaires.
Pour faire valoir ces droits, il est nécessaire d'informer son employeur de sa démarche de PMA. Le gynécologue fournit une attestation que la patiente peut transmettre à son employeur.
Les difficultés rencontrées
Malgré ces protections légales, de nombreuses femmes rencontrent des difficultés dans leur parcours de PMA au travail. Sabrina témoigne qu'on lui a refusé un poste qu'elle convoitait après avoir annoncé qu'elle suivait un parcours de PMA. Elle a saisi le Défenseur des droits, qui a estimé qu'elle était victime de discrimination.
Oriane, qui travaille dans la grande distribution, a dû faire jouer la loi pour bénéficier de son droit aux absences. Son chef de service n'a pas été très indulgent et lui a même demandé d'éviter de programmer des FIV sur les grosses périodes comme Noël.
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Ces témoignages montrent que, malgré les avancées législatives, la stigmatisation et l'incompréhension persistent.
Conseils pour concilier PMA et entrepreneuriat
Concilier PMA et entrepreneuriat demande une organisation rigoureuse, une bonne communication et une grande capacité d'adaptation. Voici quelques conseils pour naviguer dans ce parcours :
Définir ses priorités
Il est essentiel de définir ses priorités et de déterminer ce qui est le plus important pour soi. Est-ce que la PMA doit passer au premier plan, ou est-ce que le travail doit rester une priorité ? Il est important de se connaître et de déterminer ce que l'on veut en priorité.
Caroline, qui a vécu un parcours de PMA avec son ancien compagnon, conseille de définir ses priorités dans sa vie personnelle et professionnelle. « Est-ce que tu as besoin de vivre à fond cette PMA, de t’y consacrer pleinement ? Dans ce cas, ton travail doit passer au second plan et c’est ok si c’est ce qui est juste pour toi. Peut-être qu’au contraire tu veux éviter d’y penser constamment, et pour ça tu as besoin de te plonger à fond dans ton boulot. Là encore, c’est ok ».
Planifier et anticiper
La PMA est un parcours imprévisible, mais il est possible de planifier certaines choses. On peut prévoir à l'avance de poser des jours de congés pendant les périodes sensibles, ou planifier des moments pour prendre soin de soi.
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Communiquer avec son entourage professionnel
La question de savoir s'il faut parler de sa PMA à son employeur et à ses collègues est personnelle. Il faut peser le pour et le contre et écouter sa petite voix. Si l'on décide d'en parler, il est important de choisir le bon moment et la bonne personne. Pauline, assistante de direction, a fait le choix d'en parler à son patron et a été agréablement surprise par sa réaction.
S'organiser et déléguer
Il est important de s'organiser au travail et de déléguer certaines tâches si nécessaire. Il faut apprendre à dire non et à se concentrer sur l'essentiel.
Prendre soin de soi
La PMA est un parcours éprouvant, il est donc essentiel de prendre soin de soi. Il faut s'accorder des moments de détente, faire de l'exercice, bien manger et bien dormir.
Se faire accompagner
Il est important de se faire accompagner par des professionnels de la santé, mais aussi par des proches, des amis ou des groupes de soutien. L'accompagnement psychologique proposé dans les centres de PMA peut être très utile.
Le témoignage de Valentine : la photographie comme thérapie
Valentine, photographe, a utilisé son art pour traverser les épreuves du deuil périnatal et de la PMA. En photographiant son corps, son chagrin, ses traitements et sa seconde grossesse, elle a pansé ses blessures et a créé un livre-photo, "I've always wanted to be a mom".
Elle raconte : « Je me sens tellement seule, tellement triste, alors je photographie tout ce que je vis pour y donner du sens. La photographie devient mon moyen de survie, elle rend l'attente plus douce. Au lieu de faire une fixette sur ce bébé que je désire et ce bébé perdu, chaque photo devient l'objectif du jour ».
Le témoignage de Valentine montre que l'art et la créativité peuvent être des outils précieux pour surmonter les difficultés et donner un sens à son parcours.
L'importance de briser le tabou
L'infertilité et la PMA restent des sujets tabous, alors qu'ils concernent de nombreuses personnes. Il est important de briser ce tabou et d'en parler ouvertement, pour que les femmes qui vivent ce parcours se sentent moins seules et mieux comprises.
Caroline souligne l'importance de ne pas hésiter à dire les choses, de dire qu'on a besoin d'aide et comment on aimerait être aidé.
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