L'étude "Contexte des Sexualités en France" (CSF), menée par l'Inserm, l'ANRS et Santé Publique France, offre un éclairage détaillé sur les pratiques sexuelles des Français. Cette enquête, la quatrième du genre depuis 1970, met en lumière des changements majeurs survenus ces dernières années, notamment en ce qui concerne le nombre de partenaires, l'âge du premier rapport, la fréquence des relations et la diversité des pratiques. Les données, collectées entre novembre 2022 et décembre 2023 auprès de 31 518 personnes, révèlent un paysage sexuel en pleine mutation, marqué par des paradoxes et des évolutions sociétales profondes.
L'âge du premier rapport : une tendance à la hausse
L'âge médian du premier rapport sexuel a connu une légère augmentation ces dernières années. Alors qu'il avait diminué de près de trois ans pour les femmes entre le début des années 1960 et le milieu des années 2000 (passant de 20,1 ans à 17,3 ans) et d'un an et demi pour les hommes (de 18,8 ans à 17,3 ans), une inversion de tendance s'observe depuis la fin des années 2010. En 2023, l'âge médian s'établit à 18,2 ans pour les femmes et 17,7 ans pour les hommes. Cette hausse s'observe également dans d'autres pays européens et aux États-Unis.
Nombre de partenaires sexuels : une augmentation significative
Le nombre moyen de partenaires sexuels au cours de la vie a augmenté, en particulier chez les hommes. L'écart entre les femmes et les hommes reste toutefois important. Chez les femmes de 18 à 69 ans ayant déjà eu un rapport sexuel, le nombre moyen de partenaires est passé de 3,4 en 1992 à 7,9 en 2023. Pour les hommes, les chiffres sont restés stables entre 1992 et 2006 (11,2 et 11,9 respectivement), avant d'atteindre 16,4 partenaires en moyenne en 2023.
Fréquence des rapports sexuels : une baisse généralisée
Contrairement à l'augmentation du nombre de partenaires, la fréquence des rapports sexuels a diminué entre 1992 et 2023, et ce, pour tous les sexes et toutes les catégories d'âge. En 1992, 86,4 % des femmes âgées de 18 à 69 ans avaient eu des rapports sexuels au cours de l'année écoulée. Cette proportion est passée à 77,2 % en 2023. De même, le pourcentage concernant les hommes est passé de 92,1 % en 1992 à 81,6 % en 2023. La fréquence des rapports sexuels lors des quatre dernières semaines a également diminué, passant de 8,1 en 1992 à 6,0 en 2023 pour les femmes et de 9,0 en 1992 à 6,7 en 2023 pour les hommes. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette baisse, notamment l'augmentation des périodes sans partenaire stable, la remise en question de la disponibilité sexuelle des femmes, l'essor de la sexualité numérique et les conséquences de la pandémie de Covid-19.
Diversification des pratiques sexuelles
L'étude constate une diversification des pratiques sexuelles au sein de la population française. De plus en plus d'hommes et de femmes déclarent avoir expérimenté d'autres pratiques sexuelles que les rapports vaginaux, comme la masturbation, le sexe oral ou les rapports anaux. La masturbation, en particulier, a connu une forte augmentation chez les femmes : en 1992, 42,4 % des femmes déclaraient s'être déjà masturbées, contre 72,9 % en 2023. Le pourcentage de personnes ayant déjà expérimenté la fellation ou le cunnilingus a également augmenté. La pratique de la pénétration anale a aussi progressé, notamment chez les hommes.
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Satisfaction sexuelle : une légère augmentation
Malgré la baisse de la fréquence des rapports sexuels, la satisfaction sexuelle des Français semble être en légère augmentation. Les femmes rapportent dans les mêmes proportions qu'en 2006 être "très satisfaites" de leur vie sexuelle (45,3 % contre 43,6 %). Chez les hommes, la satisfaction sexuelle a même augmenté, passant de 35 % en 2006 à 39 % en 2023.
Sexualité et numérique : une révolution en marche
Les avancées technologiques ont favorisé le développement massif des activités sexuelles en ligne. En 2023, 33 % des femmes et 46,6 % des hommes ont eu une expérience sexuelle en ligne avec une autre personne, que ce soit en se connectant à un site de rencontre, en rencontrant un partenaire sexuel en ligne ou en échangeant des images ou des vidéos intimes. Ces pratiques sont particulièrement répandues chez les jeunes.
Orientations sexuelles : une plus grande diversité
La proportion de personnes ayant eu au moins un partenaire du même sexe au cours de la vie a augmenté, atteignant 8,8 % chez les femmes et 8,9 % chez les hommes. En 2023, 1,3 % des femmes et 2,3 % des hommes de 18 à 89 ans définissent leur sexualité comme homosexuelle, 2,8 % des femmes et 2,3 % des hommes se disent bisexuels et 1,5 % des femmes et 0,6 % des hommes se considèrent pansexuels. La remise en cause de l'hétérosexualité est plus fréquente chez les jeunes générations, qui ont grandi dans une période de forte évolution des droits et de la visibilité sociale des personnes LGBTQA+.
Prévention et contraception : des évolutions préoccupantes
L'étude met en évidence une baisse de l'utilisation du préservatif, notamment lors du premier rapport sexuel. Alors que l'usage du préservatif avait augmenté de manière significative dans les années 1980 et 1990, en raison des campagnes de prévention contre le VIH, il est en recul ces dernières années. Cette baisse pourrait contribuer à l'augmentation des taux d'IST signalée depuis le début des années 2000. En parallèle, on observe une désaffection pour la pilule contraceptive, au profit du dispositif intra-utérin (DIU) et du préservatif.
Violences sexuelles : une réalité inquiétante
L'enquête révèle une augmentation des déclarations de violences sexuelles. En 2023, 29,8 % des femmes de 18 à 69 ans déclaraient avoir subi un rapport forcé ou une tentative de rapport forcé, contre 15,9 % en 2006. Chez les hommes, les proportions passent de 4,6 % en 2006 à 8,7 % en 2023. Ces évolutions peuvent s'expliquer par une plus grande facilité à qualifier ces faits et à les évoquer, avec une libération de la parole de plus en plus importante.
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