Cet article explore le concept des "enfants de la chance" sous différents angles. Nous examinerons d'abord une interprétation d'une réplique célèbre du film Les Enfants du Paradis, puis nous plongerons dans la sagesse que l'on peut tirer des réflexions enfantines. Enfin, nous aborderons la perspective psychanalytique sur les rêves et les fantasmes chez l'enfant, en lien avec l'idée de "chance".
"Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment d’un aussi grand amour" : Ironie et Destin dans Les Enfants du Paradis
La réplique d'Arletty, alias Garance, dans Les Enfants du Paradis - "Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment comme nous d’un aussi grand amour" - est un concentré d'ironie. Prononcée au début du film, alors que Frédéric Lemaître (Pierre Brasseur) l'aborde dans la rue, cette phrase est une arme rhétorique. La drague directe et effrontée de Frédéric est déstabilisée par l'attitude indifférente de Garance.
Pour renverser l'assurance de Frédéric, Garance utilise l'ironie, feignant de croire que l'amour entre eux est réel. Or, Frédéric s'attendrait plutôt à une résistance classique, comme le vicomte de Valmont face à Mme de Tourvel dans Les Liaisons dangereuses. L'ironie de Garance est cinglante car elle ridiculise le sentiment amoureux en le réduisant à une simple donnée géographique, une donnée mesurable, en comparant Paris et l'amour.
Dans le même temps, sa réplique fait mine de croire à l'idée de destin. Garance semble hésiter entre destin et hasard, comme l'indique sa phrase précédente : « Sait-on jamais, avec le hasard ? » Mais s’il y a du hasard, il ne peut y avoir du destin, car le destin crée des aboutissements nécessaires, quand le hasard ne produit que des phénomènes contingents. L’ironie de Garance est donc redoublée par cette confusion subtile entre ce qui doit arriver et ce qui peut arriver. Cette profusion de sens laisse Frédéric pantois.
Plus tard dans le film, Frédéric aura sa revanche. Lorsqu'il retrouve Garance par hasard et qu'elle s'exclame « ça alors, pour une rencontre, c’est une rencontre », il répond avec aisance : « Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment comme nous d’un aussi grand amour. » L'absence de destin n'empêche pas la beauté de la rencontre lorsque le hasard advient. Le cinéma, en définitive, a cette capacité de faire advenir les hasards.
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La Sagesse Inattendue des Enfants : Des Leçons de Vie au Quotidien
Passer du temps avec ses enfants est une chance inestimable, et c'est dans ces moments privilégiés que l'on peut être surpris par leur sagesse. L'été est propice à ces instants de partage, où des réflexions étonnantes peuvent émerger de la bouche des enfants.
Un enfant, pris dans le tourbillon du quotidien, peut nous rappeler l'importance de ralentir. Alors qu'un père s'agace de voir ses enfants traîner à s'habiller pendant les vacances, son fils lui répond : « Mais papa, on est en vacances. On a le temps. On n’a pas besoin de toujours se dépêcher… C’est les vacances !! ». Pris dans nos habitudes d’aller vite, le cerveau des adultes a souvent besoin d’un peu de temps pour assimiler le changement de rythme. Nous sommes aussi tellement habitués à être « productif » que nous gardons parfois cette habitude pour les vacances. La sagesse des enfants nous ramène à la réalité : profiter de l'instant présent.
Les enfants sont également très sensibles à leur environnement. Leurs sens sont en alerte, contrairement aux adultes qui ont parfois perdu cette capacité. Une simple promenade peut être l'occasion de redécouvrir le monde à travers leurs yeux. Par exemple, une fillette qui dit « Ca sent bon papa, c’est quoi ? » nous rappelle que nous connaissons déjà beaucoup de senteurs et d’odeurs, rien n’empêche de les ressentir.
Dans les situations de conflit, les enfants peuvent nous enseigner la patience et l'empathie. Face à une fillette qui pleure parce qu'elle n'aime pas son repas, son frère intervient : « Papa, laisse la un peu se calmer, elle ne peut pas comprendre ce que tu lui dis là ». Lors d’une situation conflictuelle, on peut parfois tendance à se focaliser sur soi et oublier l’autre. On a des choses à dire et on veut les dire MAINTENANT ! Mais à quoi cela sert-il si son interlocuteur ne peut nous entendre. La sagesse des enfants nous rappelle que le temps de l'un n'est pas toujours le temps de l'autre.
L'empathie est une qualité naturelle chez les enfants. Devant la tombe de son grand-père, un enfant dira : « Oh papa, tu pleures. Tu es triste pour ton papy. Tu veux un câlin ou tu préfères qu’on te laisse seul ». C’est essentiel de leur apprendre à la garder. Le monde serait plus harmonieux si nous prêtions attention aux émotions et besoins des autres.
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Les enfants ont un besoin d'équilibre. Alterner les moments de sociabilité et les moments de calme est essentiel pour leur bien-être. Après une semaine passée avec toute sa grande famille, un enfant dira : « On aime bien passer du temps avec les familles et les amis. Dans cette réaction, je vois tout le besoin essentiel de chaque humain d’équilibre. Etre avec du monde nous demande de l’énergie (et nous en donne aussi bien sur). Alors pour détenir toujours la bonne dose d’énergie, il est essentiel de ne pas oublier de recharger les batteries.
La nature est une source d'émerveillement pour les enfants. Ils jouent naturellement avec la terre, les herbes, les insectes. La découverte d'un ciel étoilé peut être un moment magique. Après avoir contemplé un ciel incroyable, une fillette dira : « c’était beau ce ciel avec toutes ses étoiles. Il est important de sensibiliser les enfants à la nature dès leur plus jeune âge, pour qu'ils apprennent à vivre avec, à la respecter et à s'en émerveiller.
La clarté et la cohérence sont essentielles pour les enfants. Un cadre flou peut entraîner des tensions et des peurs. Comme nous le rappellent nos enfants, essayons d’être précis et clair quand nous nous exprimons. Parlons moins mais mieux !
Rêves et Fantasmes chez l'Enfant : Une Perspective Psychanalytique
L'Institut psychanalytique de l'Enfant du Champ freudien explore en profondeur le thème des rêves et des fantasmes chez l'enfant. Il existe un différentiel phénoménologique entre rêve et fantasme. Il se dit facilement qu’un enfant rêve ; cela enchante son entourage à l’occasion, ou cela l’inquiète si le rêve prend la forme du cauchemar. Les enfants eux-mêmes parlent très tôt de leurs rêves. Les praticiens que nous sommes interrogent souvent les enfants rencontrés sur le fait de rêver et sur le contenu de leurs rêves. En revanche, que ce soit dans le discours courant ou dans le discours savant, il ne se dit pas qu’un enfant fantasme.
Melanie Klein a mis très tôt le fantasme au centre de la vie psychique des enfants et de leur cure. Dans un texte de 1936 intitulé « Sevrage », elle écrit : « Le travail analytique a montré que les bébés âgés de quelques mois se livrent de façon certaine à la construction fantasmatique. Je crois que c’est l’activité mentale la plus primitive et que les fantasmes occupent l’esprit du tout petit enfant à peu près dès la naissance. »
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Le récit du rêve et ses associations ont la même structure, une structure de « fiction ». Certaines associations suivent la trace des signifiants qui se sont isolés dans le récit du rêve, qui les soulignent et œuvrent à les faire signifier dans le champ de la subjectivité, c’est-à-dire du désir ; d’autres diffractent l’effet de signification, rendant impossible de retrouver la voie d’un désir, ce qui est appelé fabulation, voire mythomanie. Il y a donc deux voies pour le travail du rêve qui s’ouvrent à partir du matériel signifiant : celle du désir, par laquelle la réalité se construit, et celle qui creuse le trou par lequel toute réalité fuit vers un impossible à représenter.
Lacan construit logiquement, pour le fantasme, une surface prêt-à-porter. Surface dont il dit qu’elle a deux noms : « le désir et la réalité ». Par ces expliques, le signifiant « engendre [ce] qui n’est pas là, à l’origine, [à savoir] le sujet lui-même.
La réalité s’édifie ainsi sur les mêmes semblants que le désir, mais c’est un cadre qui a des fuites, des résidus qui forment « le noyau élaborable de la jouissance » que le fantasme accueille. Ce travail du fantasme est ce que nous recueillons dans les jeux de l’enfant, dans ses pantomimes, dans ses dessins, et nous gagnerons à les traiter avec la même rigueur grammaticale que celle dont témoignent Freud, Lacan et J.-A. Miller dans leurs analyses du fantasme Un enfant est battu.
À la fin de son Séminaire XIV, Lacan définit le fantasme ainsi : « le fantasme a deux caractéristiques - la présence d’un objet a, et d’autre part, rien d’autre que ce qui engendre le sujet comme $, à savoir une phrase ». Cet objet a, « impossible à éliminer », nous le verrons ainsi apparaître au fil des chaînes signifiantes que l’enfant articule dans ses rêves et dans ses jeux, pour peu que nous lui fassions sa place, celle d’être porteur de cette « valeur de jouissance [qui] est au principe de l’économie de l’inconscient ».
Il s’agit en effet de forger les outils pour nous opposer à l’éviction des enfants du monde des semblants - tels qu’ils s’articulent entre rêves et fantasmes - par les normes et les évaluations, éviction par les identités imposées, éviction par le mépris de la parole de l’enfant en tant qu’elle se tisse entre énigme et fixation de jouissance.
Sexualité et Protection de l'Enfant : Donner des Armes pour Réagir
Les enfants font tous preuve de curiosité à propos de la sexualité. Il est important de leur parler, de leur donner des explications, cela permet aux enfants de comprendre que la sexualité est quelque chose de normal, naturel, qui fait partie de la vie. Leur parler, leur donner des explications, cela permet aux enfants de comprendre que la sexualité est quelque chose de normal, naturel, qui fait partie de la vie. Que si la sexualité, ça reste caché, c'est qu'il s'agit de quelque chose d'intime et non d'une partie de la vie laide ou dangereuse.
Malheureusement, la sexualité est une zone à risque. Les protéger, c'est leur donner des armes pour réagir en cas de danger. Ce qui protège les un enfant, c'est la connaissance de la loi et des règles qui la régissent. Si enfant dit à un adulte agresseur : « c'est interdit ce que vous faites (ou ce que vous demandez) et si vous continuez, vous irez en prison », que se passe-t-il ? L'adulte a peur et cesse immédiatement. Si au contraire, l'enfant a peur et n'a pas de mots pour se défendre, l'agresseur continue.
Avant d'énoncer les règles, il faut expliquer à l'enfant que ces règles sont valables pour tous, tous les adultes et tous les enfants. Et l'on peut ajouter que si un adulte ne suit pas cette règle, il ira en prison. Parce que la loi lui interdit la sexualité avec un enfant. Et c'est toujours l'adulte qui va en prison, jamais l'enfant. On peut également expliquer à l'enfant ce qu'il peut dire : lui formuler une phrase prête à employer en cas de problème. « Ce que vous voulez faire est interdit par la loi et si vous le faites, vous irez en prison ».
Et puis, une bonne idée peut être de prévenir l'enfant que l'adulte sait très bien qu'il n'a pas le droit de faire ça. Alors, certains adultes qui méritent d'aller en prison mentent. La sexualité est interdite entre frère et soeur, entre père et enfant ou entre mère et enfants. Idem entre grands-parents et enfants. Il est interdit de forcer quelqu'un à avoir des gestes sexuels. Et même quand on est un enfant, on doit respecter cette règle. On n'a par exemple pas le droit d'embrasser quelqu'un par surprise, de soulever la jupe d'une fille dans la cour de récréation ou de baisser le pantalon d'un garçon. Et puis, à côté de ces trois règles de base, il en existe un autre principe essentiel : La sexualité, ça se pratique en privé.
Comme des adultes lui ont parlé des règles de la sexualité, il se sent autorisé à en parler lui aussi. Alors, s'il croise un exhibitionniste ou bien si quelqu'un cherche à l'attoucher, il en parlera à ses parents immédiatement et sera ainsi mieux protégé.
La loi est un bouclier protecteur pour les enfants, car les agresseurs sexuels craignent la prison. Leur parler de la loi est donc une manière de les empêcher d'agir. Un enfant qui sait répondre à une personne qui cherche à l'agresser est plus fort et a beaucoup de chances de repousser l'agression.
Serge Gainsbourg et "Les Petits Enfants de la Chance" : Une Chanson Controversée
La chanson "Les Petits Enfants de la Chance" de Serge Gainsbourg aborde le thème de la drogue. A une époque répressive où la drogue passait pour un thème immontrable, honteux, tabou et pour un auteur et une chanson grand-public, une telle liste pouvait choquer. Aujourd’hui, alors que le thème s’est banalisé dans de nombreux films et séries (notamment américains), elle fait plutôt sourire, d’autant plus que Gainsbourg montre qu’il ne sait tout simplement pas de quoi il parle. Ainsi Angel dust en shoot ou en shit ne veut rien dire : qui prend de l’héroïne en shit ? La drogue selon le seul auteur français ayant osé écrire avec 3 grammes dans le sang est présentée comme un tout indistinct, maléfique, destructeur, criminel et… anglais - en effet curieusement les noms des drogues sont donnés en anglais alors que les termes français ne manquent pourtant pas. La remarque a son importance parce qu’il se trouve que Gainsbourg le célèbre provocateur signe ici une chanson au message totalement conformiste qui s’aligne parfaitement avec le discours prohibitionniste de l’époque, discours stupide, borné, intolérant, irrespectueux des droits de l’homme, discours qui est aussi… la loi de nombreux Etats actuels.
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