L'autopsie chez la femme enceinte est une procédure délicate mais essentielle pour comprendre les causes de décès maternels et périnataux. Cet article explore les différentes causes potentielles nécessitant une autopsie, les procédures impliquées, et l'importance de cette pratique pour améliorer la santé maternelle et infantile.

Importance de l'Autopsie dans les Décès Périnataux

L'analyse approfondie de la mortalité périnatale nécessite des données supplémentaires concernant tant la mère que l'enfant, en plus des renseignements portant sur les causes du décès. La méthode appliquée pour recueillir ces données supplémentaires varie selon l'organisation adoptée pour l'état civil dans chaque pays. Lorsqu'elles peuvent être rassemblées au moment de l'enregistrement de la mortinaissance ou du décès néonatal précoce, une formule analogue à celle du « certificat de cause de décès périnatal » peut être utilisée.

Le Certificat de Cause de Décès Périnatal : Un Outil Essentiel

Le certificat proposé comporte cinq parties, marquées de (a) à (e), destinées à recevoir l'indication des causes de décès périnatal.

  • Parties (a) et (b) : Maladies ou affections du nourrisson ou du fœtus. La plus importante est inscrite en (a), et le reste, éventuellement, en (b). Par « la plus importante », on entend l'affection qui, de l'avis du certificateur, a le plus contribué au décès. La cause directe de la mort, par exemple défaillance cardiaque, asphyxie, anoxie, ne doit pas figurer en (a), sauf si c'est le seul trouble connu chez le fœtus ou l'enfant en question.
  • Parties (c) et (d) : Maladies ou affections maternelles qui, aux yeux du certificateur, ont eu un effet nocif sur le nourrisson ou le fœtus. La plus importante est consignée en (c) et les autres, le cas échéant, en (d).
  • Partie (e) : Toute autre circonstance qui, selon le certificateur, a joué un rôle dans le décès, mais ne peut être qualifiée de maladie, ni d'affection de l'enfant, ni de la mère.

Chaque affection notée en (a), (b), (c), (d) sera classée séparément. Les affections maternelles influant sur l'enfant ou le fœtus, inscrites en (c) et (d), seront classées aux rubriques 760-763, et les rubriques correspondantes ne seront pas utilisées pour (a) et (b). Les affections du fœtus ou de l'enfant, notées en (a) et (b) peuvent être classées avec toute rubrique autre que les numéros 760-763, mais elles seront le plus souvent classées sous les rubriques 764-779 (Affections périnatales) ou 740-759 (Anomalies congénitales). La rubrique (e) est moins destinée à l'analyse statistique qu'à l'étude de chaque décès périnatal et normalement ne demandera donc pas à être codée. Les règles de classement relatives à la mortalité générale ne s'appliquent pas aux certificats de décès périnatal. Il peut toutefois arriver que les causes de décès n'aient pas été portées conformément aux directives indiquées page 738.

Exemples de Décès Périnataux et leur Classification

Voici quelques exemples illustrant l'application du certificat de décès périnatal :

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  • Exemple 1 : La mère, dont les grossesses précédentes s'étaient terminées par des avortements à 12 et 18 semaines, a été admise pour déclenchement prématuré du travail alors qu'elle était enceinte de 24 semaines. Accouchement spontané d'un enfant de 700 grammes qui est décédé au cours du premier jour.
  • Exemple 2 : Primigeste de 26 ans. Antécédents: cycles menstruels réguliers. Surveillance prénatale classique depuis la dixième semaine de grossesse. Entre la trentième et la trente-deuxième semaine, on note cliniquement un retard du développement fœtal, confirmé à 34 semaines. Pas d'étiologie évidente; on note simplement l'existence d'une bactériurie asymptomatique. Accouchement par césarienne d'un garçon vivant pesant 1600 g. Placenta de 300 g, siège d'un infarcissement. Apparition d'un syndrome de détresse respiratoire qui répond au traitement. Mais l'enfant meurt subitement le troisième jour.
  • Exemple 3 : Diabétique connue, difficilement équilibrée pendant sa première grossesse. Survenue d'une anémie mégaloblastique à 32 semaines. Déclenchement artificiel du travail à 38 semaines. Accouchement spontané d'un enfant de 3200 g. Une hypoglycémie s'installe chez lui, et il meurt le deuxième jour.
  • Exemple 4 : Femme de 30 ans, mère d'un garçon de 4 ans en bonne santé. Grossesse actuelle normale à part l'existence d'un hydramnios. L'examen radiologique pratiqué à 36 semaines est en faveur de l'anencéphalie. Déclenchement artificiel du travail.

Causes de la Mort Fœtale In Utero

La mort fœtale in utero, aussi appelée « enfant mort-né », est une réalité qui touche environ 1% des naissances en France chaque année. On considère un enfant mort-né à partir de 180 jours de grossesse, c'est-à-dire 6 mois de grossesse. Avant ce stade, on parle plutôt de fausse couche. Il est important de distinguer la mort perpartum (décès survenant pendant l'une des phases de l'accouchement) de la mort ante partum (décès constaté avant même le début du travail), cette dernière étant plus communément appelée « mort in utero ».

Signes Révélateurs

Un signe révélateur de la mort in utero est l'absence de mouvement du bébé. Il arrive que la future maman, enceinte, ne ressente plus son enfant pendant plusieurs heures. Chez certaines femmes, on peut aussi observer une montée de lait lorsque survient la mort du bébé. Cependant, il est crucial de noter que ne pas sentir son bébé bouger pendant un certain laps de temps n’est pas systématiquement le signe d’une mort in utero. En cas de doute, il est impératif de consulter un médecin pour une échographie et une auscultation ultrasonique afin de vérifier les battements du cœur et les mouvements de l'enfant.

Causes Maternelles

Lorsqu'on parle de causes maternelles, on sous-entend que le corps, le métabolisme et l'environnement de la maman entrent en jeu dans le processus de mort in utero. La raison la plus fréquente est l'hypertension artérielle, qui chaque année serait responsable de 56% des morts ante partum. Ensuite, les explications sont plus diverses : 36% par tentative de suicide, 7% en cas de traumatismes (accident, choc violent, chute), 3% à cause du diabète.

Causes Fœtales

Un tiers des morts in utero sont causées par le fœtus lui-même. Dans ce cas, c'est une autopsie qui révélera les raisons du décès du bébé. Lors de cet examen, on effectue un bilan général de l'enfant. Cytomégalovirus, herpès, toxoplasmose, rubéole, syphilis et mycoplasme : tout est analysé. Chez 13% des bébés, on remarque un bilan immunitaire positif, c'est-à-dire la présence d'un des troubles que nous venons d'énoncer. Dans d'autres cas, on apprend que l'enfant avait un lupus (maladie auto-immune) ou un syndrome des antiphospholipides (maladie rare). Chez 5% des bébés, une transfusion sanguine est en cause, tout comme la prise de médicaments lors de la grossesse (de type aspirine et codéine). Les problèmes les plus récurrents viennent de l'environnement fœtal lui-même.

Surveillance et Prévention

Lorsque la mort ante partum survient, la mère doit être surveillée en continu et faire de nombreux bilans. L'objectif est de trouver la cause pour éviter une récidive. Lors d'une prochaine grossesse, il est primordial que la raison soit connue pour y remédier rapidement et empêcher les parents de subir une autre perte. Si une nouvelle grossesse arrive après la perte d'un enfant in utéro, il sera nécessaire de connaitre le stade auquel l'enfant précédent est décédé pour surveiller ce créneau lors de la nouvelle grossesse.

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Soutien Psychologique Après la Mort In Utero

Le choc est souvent très important pour les parents après l'annonce de la mort de leur bébé. C'est là que le côté psychologique entre en compte. Le suivi est primordial et quasiment obligatoire. Dès les premières minutes, il est proposé aux familles de rencontrer un professionnel pour les accompagner dans leur deuil. Des groupes de parole avec des femmes ayant vécu la même chose sont conseillés, toujours supervisés par un professionnel pour avancer dans le bon sens et ne pas s'enfermer dans le drame qu'elles ont toutes vécu. Un suivi thérapeutique en individuel peut également permettre à la maman de se reconstruire peu à peu et envisager la vie sans cet enfant.

La psychothérapie est donc à envisager pour pallier aux symptômes liés à la perte de l’enfant. En effet, après l'annonce de la mort et le choc, les symptômes chez les mamans sont nombreux : culpabilité, anxiété, dépression, etc. Les étapes du deuil sont aussi applicables à la mort d'un fœtus in utero. Le bébé fait déjà partie intégrante de la vie des parents avant la naissance, alors le deuil est tout aussi difficile à vivre. Il est essentiel de ne pas oublier le papa, pour qui la perte est souvent tout aussi difficile à vivre que pour la mère.

La question d'une nouvelle grossesse est souvent difficile à aborder avec des parents ayant vécu le drame d'un bébé mort in utero. Il est important d'attendre que le deuil soit fait avant d'envisager une autre grossesse.

Interruption Médicalisée de Grossesse (IMG)

L’interruption médicalisée de grossesse (IMG), également appelée avortement thérapeutique, peut être réalisée uniquement lorsque la santé de la femme enceinte ou de son enfant est en cause. L’IMG peut être pratiquée à tout moment de la grossesse.

Procédure de Décision

La procédure de décision d’IMG dépend du motif (santé de la mère ou de l’enfant).

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  • La Santé de l’enfant : Si l’enfant est atteint d’une affection grave, l’équipe médicale est celle d’un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal. La femme enceinte peut demander à un médecin de son choix d’y être associé. Hors urgence médicale, il doit être proposé à la femme enceinte un délai de réflexion d’au moins une semaine avant de décider d’interrompre ou de poursuivre sa grossesse.
  • La Santé de la femme : Lorsque l’IMG est demandée pour la santé de la femme, elle doit s’adresser à un médecin spécialiste qualifié en gynécologie obstétrique. Ce médecin doit exercer en établissement public de santé ou dans un établissement privé autorisé à recevoir les femmes enceintes. Ce médecin réunit alors une équipe pluridisciplinaire, pour avis consultatif.

Comment est Prise la Décision ?

La décision appartient à l’équipe pluridisciplinaire. Après concertation, s’il apparaît aux 2 médecins que le risque est fondé, ils établissent les attestations permettant de pratiquer l’IMG. Dans tous les cas, la femme enceinte concernée doit bénéficier d’une information complète et donner son accord. Elle (seule ou en couple) peut demander à être entendue préalablement par l’équipe ou par certains de ses membres.

Déroulement d’une IMG

La femme enceinte (seule ou en couple) a une consultation préalable à l’Interruption Médicalisée de Grossesse pendant laquelle toutes les informations sur celle-ci et le devenir du fœtus lui sont fournies. L’IMG est réalisée par méthode médicamenteuse ou, en cas d’échec, par technique chirurgicale.

Le médecin informe la patiente sur :

  • Les différentes méthodes d’IMG et plus particulièrement sur la méthode choisie ;
  • Les produits utilisés et leurs effets ;
  • La durée de l’intervention ;
  • La durée de l’hospitalisation ;
  • Les risques et rares complications possibles (rupture utérine, hémorragie, infection).

Il informe aussi le couple (ou la mère) sur la prise en charge psychologique dont il peut bénéficier.

Informations sur le Devenir du Fœtus

Lors de la consultation préalable à l’IMG, le médecin aborde les différentes questions concernant le fœtus, telles que :

  • La présentation du corps de l’enfant : la femme enceinte, ou le couple, a le choix de voir ou de ne pas voir son enfant une fois qu’il est né ;
  • L’autopsie : un examen du corps sans vie du fœtus est réalisé afin d’analyser les anomalies identifiées. Une autorisation des parents est nécessaire ;
  • La déclaration de l’enfant à l’état civil et l’inhumation.

Comment se Déroule une IMG et Quelles sont ses Suites ?

L’interruption médicalisée de grossesse se déroule dans le cadre d’une hospitalisation. Différentes méthodes d’IMG sont utilisées afin d’obtenir l’expulsion du fœtus le plus rapidement possible et avec le minimum de souffrance et de risques tant physiques que psychologiques pour la mère. La plupart du temps, l’interruption médicalisée de grossesse est réalisée en déclenchant médicalement l’accouchement par les voies naturelles. Cela évite de fragiliser l’utérus par un geste chirurgical.

Après l’IMG

Une injection de sérum anti-rhésus est pratiquée pour toutes les femmes dont le groupe sanguin est rhésus négatif et qui portaient un fœtus de groupe sanguin rhésus positif. Une contraception doit être envisagée si une autre grossesse n’est pas souhaitée dans l’immédiat.

Une consultation post-IMG est effectuée une fois connus les résultats des examens pratiqués sur le fœtus. Elle a lieu préférentiellement avec le médecin ayant réalisé l’intervention. Elle permet notamment de faire le point sur l’état de santé physique et psychologique de la femme et sur les éventuels risques pour une grossesse ultérieure.

Embolie Amniotique : Une Cause Rare et Grave

Troisième cause de mortalité maternelle, l’embolie amniotique est rare et imprévisible et son diagnostic difficile à poser. L’embolie amniotique correspond au passage imprévisible de liquide amniotique dans la circulation maternelle. Dans la plupart des cas, elle survient au moment du travail pendant l’accouchement. Les éléments fœto-placentaires passent dans le sang maternel via les veines placentaires ou au cours de déchirures de l’utérus ou du col.

Le passage de liquide amniotique dans le sang maternel peut provoquer une obstruction pulmonaire, une détresse respiratoire aiguë, une coagulation intravasculaire disséminée (CIVD), soit la formation de petits caillots dans les vaisseaux sanguins de l’organisme, responsables d’hémorragies majeures. Les signes cliniques sont le plus souvent brutaux, entraînant une insuffisance cardiaque pouvant aller jusqu’à l’arrêt cardio-respiratoire d’emblée, en cas de CIVD, une défaillance multiviscérale, ou des troubles neurologiques.

Diagnostiquer l’embolie amniotique n’est pas aisé. L’autopsie, qui permet de révéler la présence d’éléments fœto-placentaires dans les poumons, est l’unique diagnostic de certitude. Le recours à une autopsie n’est pas systématique, dans ce cas ou quand la patiente est réanimée, il peut être utile de réaliser des prélèvements maternels à visée diagnostique.

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