L'autoconservation ovocytaire, ou congélation d'ovocytes, est une technique qui permet aux femmes de préserver leur fertilité en congelant leurs ovocytes pour une utilisation ultérieure. Cette option est devenue de plus en plus populaire ces dernières années, notamment depuis la révision de la loi bioéthique en France en 2021, qui a élargi l'accès à cette procédure aux femmes souhaitant conserver leurs ovocytes pour des raisons personnelles, et non plus seulement médicales
Qu'est-ce que l'autoconservation ovocytaire ?
L'autoconservation ovocytaire est une technique de procréation médicalement assistée (PMA) qui consiste à prélever des ovocytes chez une femme, puis à les congeler par vitrification (une méthode de congélation rapide) et à les stocker dans de l'azote liquide. Les ovocytes peuvent être conservés pendant plusieurs années, et la femme peut décider de les utiliser ultérieurement pour une fécondation in vitro (FIV) si elle souhaite avoir un enfant.
Évolution de la législation en France
La loi de bioéthique de 2021 a marqué un tournant en France en autorisant l'autoconservation ovocytaire pour toutes les femmes âgées de 29 à 37 ans, qu'elles soient seules, en couple avec une autre femme ou en couple hétérosexuel. Auparavant, cette procédure était réservée aux femmes dont la fertilité était menacée par un traitement médical, comme un traitement contre le cancer.
Les femmes peuvent utiliser les ovocytes congelés jusqu’à leur 45e anniversaire au moyen d’une PMA, en faire don, ou encore les détruire.
Le protocole de l'autoconservation ovocytaire
Le processus d'autoconservation ovocytaire comprend plusieurs étapes :
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- Bilan de fertilité : La femme doit d'abord effectuer un bilan de fertilité pour évaluer sa réserve ovarienne et déterminer si elle est une bonne candidate pour la procédure. Ce bilan permet d'évaluer le rapport bénéfice/risque du prélèvement d’ovocytes.
- Stimulation ovarienne : Si la réserve ovarienne est suffisante, la femme subit un cycle de stimulation ovarienne d'environ deux semaines. Ce traitement consiste en des injections quotidiennes d'hormones pour stimuler la production d'ovocytes. La réponse des ovaires est surveillée par échographie et analyses biologiques.
- Ponction ovarienne : Une fois les follicules arrivés à maturité, une ponction ovarienne est réalisée au bloc opératoire. Cette intervention courte permet de prélever les ovocytes. Le procédé peut être répété plusieurs fois en respectant des délais de quelques mois entre chaque tentative.
- Congélation des ovocytes : Les ovocytes prélevés sont congelés par vitrification et stockés dans l'azote liquide dans des centres agréés.
Les raisons du recours à l'autoconservation ovocytaire
Plusieurs facteurs peuvent inciter une femme à envisager l'autoconservation ovocytaire :
- Absence de partenaire : De nombreuses femmes célibataires souhaitent préserver leur fertilité en attendant de trouver le bon partenaire. Comme d’autres professionnels, Hélène Malmanche relève qu’une partie très importante de ses patientes sont célibataires.
- Incertitudes conjugales : Certaines femmes en couple peuvent avoir des doutes sur leur désir d'enfant et préfèrent se donner du temps pour y réfléchir. L’autoconservation est « un outil de gestion de l’incertitude conjugale », analyse la sage-femme.
- Projets professionnels : Bien que moins fréquemment, certaines femmes peuvent souhaiter retarder leur grossesse pour se concentrer sur leur carrière. Contrairement à une idée reçue, les préoccupations d’ordre professionnel entrent peu en ligne de compte.
- Préserver son avenir reproductif : La congélation des ovocytes est souvent présentée comme un moyen d’autonomisation pour les femmes, leur permettant de reporter et de choisir le moment de la maternité.
Les défis et les limites de l'autoconservation ovocytaire
Malgré ses avantages, l'autoconservation ovocytaire présente également des défis et des limites :
- Âge limite : En France, l'autoconservation est autorisée jusqu'à l'âge de 37 ans. Or, « ce sont majoritairement des femmes de 35-40 ans qui en font la demande parce qu’elles réalisent que leur horloge biologique tourne et c’est souvent trop tard », constate l’obstétricien.
- Délais d'attente : La demande d'autoconservation a explosé depuis 2021, ce qui a entraîné de longs délais d'attente dans les centres agréés. Pour obtenir un premier rendez-vous, il faut attendre huit mois en moyenne en France et plus d’un an en région parisienne, où la situation est très tendue.
- Coût : Bien que la stimulation et la ponction soient remboursées par la Sécurité sociale en France, la conservation des ovocytes représente un coût annuel d'environ 40 euros. Dans d'autres pays comme l'Espagne et la Belgique, le coût total de la procédure (stimulation, prélèvement et vitrification) est estimé entre 2 000 et 3 000 €. Pour bénéficier par la suite d’une dévitrification et procéder à une FIV (fécondation in vitro), il faudra ajouter environ 1 500 €.
- Incertitude quant à la grossesse : La congélation des ovocytes n'est pas une garantie de grossesse. Des pertes peuvent survenir lors de la décongélation, la fécondation n'est pas assurée et la grossesse peut être interrompue pour de nombreuses raisons. Reste que la congélation des ovocytes n’est pas une « garantie bébé » : des pertes surviennent lors de la décongélation, la fécondation n’est pas assurée et la grossesse peut être interrompue pour plein de raisons.
- Effets secondaires : Le processus de stimulation hormonale peut entraîner des effets secondaires tels que des sautes d'humeur, de la fatigue et des douleurs abdominales. Il y a les injections hormonales, le bloc opératoire - avec des risques inhérents à toute intervention -, ce n’est pas une partie de plaisir », estime Lucie Chansel.
L'autoconservation ovocytaire à l'étranger
Certaines femmes choisissent de se rendre à l'étranger pour bénéficier de l'autoconservation ovocytaire, notamment en Espagne et en Belgique, où les lois sont plus souples et les délais d'attente moins longs. En Espagne et en Belgique, le budget est estimé entre 2 000 et 3 000 €. Ce tarif inclut la stimulation ovarienne, le prélèvement et la vitrification des ovules.
L'Espagne
L’Espagne offre l’une des législations de FIV les plus libérales au monde, et les traitements de FIV y sont autorisés pour les femmes célibataires, les couples hétérosexuels mariés et les couples homosexuels féminins. Cependant, il existe une limite d’âge légale pour les patientes et elle est de 50 ans. Le don d’ovocytes/sperme/embryon est autorisé et anonyme - l’identité du donneur et du patient est strictement conservée par la clinique. La congélation “sociale” des ovocytes est autorisée, ainsi que la congélation des embryons. Il en va de même pour les procédures telles que l’ICSI, le PGS, le PGD ou l’éclosion assistée. Le nombre maximum d’embryons à transférer en FIV avec ovocytes propres et en FIV avec don d’ovocytes est de 3.
Le coût d’un cycle de FIV varie de 4,100€ à 8,200€, tandis qu’un cycle de don d’ovocytes peut coûter de à 5,900€ à 11,000€. Les patients doivent prendre en charge les frais des consultations médicales (150€- 250€).
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La Belgique
Marie,dont le prénom a été modifié, est une professeure de sociologie allemande de 32 ans qui a vécu cette procédure en Belgique. Elle a payé 2 700 euros. « J’ai eu de la chance car je n’ai pas eu besoin de beaucoup d’hormones. « Je me suis soudainement sentie vieille », se rappelle-t-elle. Après avoir terminé la procédure, quatre de ses ovocytes ont été congelés. « Je vais voir où la vie me mènera dans les deux ou trois prochaines années.
L'ouverture aux centres privés en France : quels enjeux ?
Face à l'engorgement des centres agréés, le président Emmanuel Macron a proposé d'ouvrir l'autoconservation ovocytaire aux centres privés. Cette proposition suscite des débats, notamment en raison des inquiétudes liées à la marchandisation des gamètes.
Si la loi fait l’objet de nouveaux débats, la directrice générale de l’agence appelle à s’interroger sur l’encadrement des centres privés, en réfléchissant à un système de traçabilité des gamètes, mais aussi aux questions de coût, « en limitant par exemple le dépassement d’honoraires » de manière à maintenir une égalité d’accès aux soins.
Témoignages
Simone a opté pour ce qu’on appelle l’autoconservation des ovocytes dans le cadre sociétal, qui consiste à congeler ses ovocytes sans raison médicale.
Aurore Bird, célibataire bordelaise de 32 ans, sur les conseils de sa gynécologue, vient de se faire prélever en deux fois 12 ovocytes. Ils font après l’objet d’une vitrification, une congélation rapide. « Beaucoup de gens ne comprennent pas ma démarche mais plus on attend et plus les chances se réduisent, plaide Aurore Bird. J’ai plein d’amis autour de moi qui ont des difficultés à avoir des enfants à 35 ans. Moi, je sais que je ne peux pas me permettre d’attendre indéfiniment. »
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Laureen, 34 ans, qui a répondu à l’appel à témoignages lancé par 20 Minutes, s’est, elle, décidée à la suite de la découverte d’une ménopause précoce chez sa sœur, âgée alors de 38 ans.
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