L'autochtonie et la maternité sont deux thèmes étroitement liés dans l'Athènes antique. L'autochtonie, le fait d'être né de la terre même, était un mythe fondateur de l'identité athénienne, tandis que la maternité était une fonction sociale essentielle pour les femmes. Cet article explore la manière dont ces deux concepts interagissaient dans la société athénienne, en particulier en ce qui concerne la citoyenneté, la religion et la représentation.
Le mythe d'autochtonie : une naissance de la terre
Au cœur du récit mythologique athénien se trouve l'histoire d'Érichthonios, le premier Athénien, né de la semence d'Héphaïstos tombée sur le sol. Les Athéniens se considéraient comme le seul peuple à n'avoir jamais changé de demeure, comme le rapporte l'historien Hérodote. Cette conviction d'être littéralement issus de leur terre leur conférait une supériorité sur les autres cités grecques.
L'orateur Démosthène et le philosophe Platon célébraient cette origine singulière. Pour les Athéniens, être nés de la même terre impliquait une égalité fondamentale entre citoyens et justifiait leur régime politique fondé sur la compétence plutôt que sur la naissance ou la richesse.
L'autochtonie athénienne était conçue comme un idéal actif. Naître libre de toute domination extérieure imposait de préserver cette liberté génération après génération, par l'éducation, les institutions et les décisions stratégiques. Périclès estimait que cette liberté originelle constituait le meilleur rempart d'Athènes, lui permettant de s'ouvrir au monde sans crainte.
La légende raconte que Poséidon et Athéna se disputèrent la souveraineté sur Athènes. Le dieu des mers fit jaillir une source d'eau salée sur l'Acropole ; la déesse offrit l'olivier. Les Athéniens choisirent Athéna, optant symboliquement pour la terre nourricière.
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La maternité : une fonction sociale essentielle
Dans les sociétés de la Grèce classique, les femmes étaient envisagées uniquement comme filles, épouses ou mères et non comme citoyennes. Elles étaient considérées comme faibles physiquement et donc inaptes à défendre la cité. Leur espace était celui de l'oîkos (la maisonnée).
La maternité était une fonction sociale essentielle pour les femmes athéniennes. Elle était considérée comme un devoir civique, car elle assurait la reproduction de la cité. Les femmes étaient chargées d'élever les enfants et de leur transmettre les valeurs de la société athénienne.
La maternité était également une source de prestige social pour les femmes. Les mères de citoyens étaient respectées et honorées. Elles bénéficiaient de certains privilèges, comme le droit de participer à certaines cérémonies religieuses.
Cependant, la maternité était aussi une source de contraintes pour les femmes. Elles étaient soumises à l'autorité de leur mari et de leur père. Elles n'avaient pas le droit de vote ni de participer à la vie politique.
La tension entre autochtonie et maternité
Le mythe d'autochtonie et la fonction sociale de la maternité étaient parfois en tension dans la société athénienne. Le mythe d'autochtonie pouvait être interprété comme une négation de la maternité, car il suggérait que les Athéniens étaient nés de la terre et non des femmes.
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Nicole Loraux a montré que le mythe d'autochtonie pouvait être utilisé pour exclure symboliquement les mères athéniennes de la cité modèle et du discours officiel. En se proclamant fils de la terre-mère de l'Attique, les descendants d'Érichthonios atteignaient une double visée : dire leur identité de citoyens interchangeables et exclure symboliquement les mères athéniennes de la cité modèle et du discours officiel.
Cependant, la maternité restait une fonction sociale essentielle pour les femmes athéniennes. La cité avait besoin de mères pour assurer sa reproduction. Les femmes étaient donc à la fois incluses et exclues de la cité. Elles étaient incluses en tant que mères de citoyens, mais exclues en tant que femmes.
Le cas d'Ion : une réconciliation de l'autochtonie et de la maternité ?
L'histoire d'Ion, telle que racontée par Euripide, offre une perspective intéressante sur la relation entre autochtonie et maternité à Athènes. Ion est un enfant trouvé, élevé au temple de Delphes, dont les origines sont mystérieuses. Au cours de la pièce, il découvre qu'il est le fils d'Apollon et de Créuse, une princesse athénienne.
Cette révélation soulève des questions importantes sur l'identité d'Ion et sa place dans la société athénienne. En tant que fils d'une Athénienne, Ion a droit à la citoyenneté. Cependant, son statut d'enfant trouvé et sa filiation divine compliquent son intégration.
L'histoire d'Ion peut être interprétée comme une tentative de réconcilier le mythe d'autochtonie et la réalité de la maternité. Ion est à la fois né de la terre (par son lien avec Athènes) et né d'une femme (Créuse). Il incarne ainsi la tension entre ces deux concepts, mais aussi la possibilité de les dépasser.
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