L'autisme, un trouble complexe du neurodéveloppement, a suscité de nombreuses recherches et théories au fil des ans. Parmi celles-ci, l'idée d'un lien entre les chocs émotionnels maternels pendant la grossesse et l'apparition de l'autisme chez l'enfant a été explorée. Cet article vise à examiner cette question en profondeur, en s'appuyant sur diverses perspectives et en tenant compte des débats actuels dans le domaine de l'autisme.

Introduction

Le syndrome d'Asperger, une forme d'autisme, suscite de nombreuses interrogations quant à sa nature et son origine. Les personnes atteintes de ce syndrome ont une perception unique du monde, souvent marquée par une grande intelligence, mais aussi par une souffrance profonde face à un environnement qu'elles trouvent désordonné et incompréhensible. Cet article explore les différentes facettes de l'autisme, en mettant l'accent sur les théories psychologiques et psychanalytiques qui mettent en évidence l'impact des expériences précoces, notamment les chocs émotionnels maternels, sur le développement de l'enfant.

Histoire, Origines et Caractéristiques

Le syndrome d'Asperger a été décrit pour la première fois par le Dr Hans Asperger en 1944. Ses travaux, traduits et diffusés en 1981 par Lorna Wing, ont popularisé ce terme. Malgré la controverse entourant l'implication du Dr Asperger dans le régime nazi, des psychanalystes post-kleiniens comme Donald Meltzer et France Tustin ont adopté ce terme dans leurs recherches.

Actuellement, le syndrome d'Asperger est considéré comme un trouble neurodéveloppemental, une configuration particulière du cerveau. Il a été retiré du DSM en 2013 et intégré au TSA (trouble du spectre autistique). Le TSA est un continuum qui unit tous les autismes, représentant sur une échelle le degré d'intensité des symptômes. Le syndrome d'Asperger se distingue par l'absence de déficit intellectuel et de retard dans l'apparition du langage.

Les TSA sont caractérisés par des difficultés significatives dans les interactions sociales, associées à des intérêts spécifiques ou des comportements répétitifs. La complexité du syndrome d'Asperger réside dans la variation de l'expression des caractéristiques en qualité et en intensité pour chaque individu. De plus, les personnes Asperger développent souvent une capacité à masquer le syndrome, ce qui le rend invisible aux autres.

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Psychopathologie : Séparation et Adhésivité

La Grande Chute

Certaines théories évoquent l'idée que la séparation corporelle d'avec la mère peut être une expérience traumatique pour le nourrisson, ayant un impact significatif sur son développement. Si certaines théories évoquent le dysfonctionnement de la « seconde peau » maternelle, les conséquences de la chute sont un effondrement et de l’angoisse chez l’autiste.

Les Conséquences de la Grande Chute

Parmi les conséquences de la grande chute, la théorie du monde intense est convoquée, c’est-à -dire l’activation des circuits neuronaux archaïques de la peur. S’exprimeront alors des réactions de repli, de défense contre les sensations, un maintien forcené de la stabilité. L’Interactionsociale quant à elle représente un champ de mines social pour les Asperger.

Le Trauma du Lien

Ce trauma du lien se traduit par une difficulté de l’autiste à établir un espace intérieur pour gérer la séparation. L’introjection ne peut pas avoir lieu : il utilise alors sa capsule autistique, qui lui permet le repli dans un état immuable, détaché du monde extérieur, ainsi qu’un mécanisme de défense par stupeur induite, avec un contrôle obsessionnel pour éviter la terreur de la séparation.

Défenses Autistiques : Mécanismes Obsessionnels, Identification Adhésive

Le propos explore les concepts de défense autistique et d’identification adhésive selon Meltzer, soulignant les différentes dimensions de la psyché et leur impact sur le développement et les relations des personnes autistes. La compréhension de ces mécanismes offre un aperçu sur les défis spécifiques rencontrés par les autistes dans leur interaction avec le monde extérieur.

Dimensions du Self selon Meltzer

Donald Meltzer conçoit la psyché comme un univers multidimensionnel. L’évolution du self passe par l’acquisition de dimensionnalités successives, reflet de la maturation psychique. Une psyché développée permet l’introjection des objets dans un espace interne structuré, permettant la séparation entre le self et l’objet. La tridimensionnalité est le stade antérieur où le self omnipotent acquiert une identification projective des objets. La transition de la troisième à la quatrième dimension implique renoncer à la toute-puissance.

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Identification Adhésive : de l’Autisme Capsulaire à l’Adhésivité

La relation à l’objet, dans la capsule autistique ,est unidimensionnelle, caractérisée par une fusion sans activité mentale. Puis, il y a la transition à la bi-dimensionnalité : l’autiste, en sortant de la terreur et du repli capsulaire, accède à un esprit bidimensionnel, permettant une forme d’interaction avec le monde extérieur. Le self perçoit alors, dans cette bi-dimensionnalité, les objets de manière adhésive, surface contre surface, sans distance psychique pour la réflexion ou l’introjection.

Adhésivité

L’Identification adhésive est post-capsulaire, et l’autiste développe une relation adhésive avec les objets, incapable d’atteindre la tridimensionnalité. Haag et Meltzer divergent sur l’adhésivité, où Haag voit une étape normale du développement psychique et Meltzer la rattache à la pathologie autistique.

Autrui Sauveur/Autrui Prédateur

Un développement psychique sain nécessite que l’enfant perçoive la mère comme sauveuse, dominant ainsi les perspectives négatives. L’autiste dépend étroitement de la mère, oscille entre possessivité tyrannique et détachement extrême.

Suggestions pour la Thérapie

La psychothérapie des personnalités autistiques est un soutien dans la recherche de l’être et du sentir, où le silence joue un rôle crucial comme point de départ de l’autonomie et du dialogue avec l’autre. Elle doit être centrée sur l’individu, respectueuse de ses différences et axée sur le renforcement des capacités internes. Le thérapeute doit adopter une approche flexible et empathique, visant à créer un environnement sécurisé et porteur où l’individu peut explorer et renforcer son identité de manière authentique et autonome.

Entendre le Silence

Les individus Asperger utilisent des mécanismes obsessionnels pour contrôler leur environnement. Ils compartimentent les objets, sentiments, et expériences, et évitent les émotions fortes comme la colère. Cette tendance à atomiser leur réalité mène à une anesthésie émotionnelle et un isolement. Ils ne peuvent pas exprimer leurs peurs et honte, et vivent souvent cachés. Lorsqu’ils viennent en thérapie, ils ne demandent pas de l’aide explicitement et ne cherchent pas de thérapie. La psychanalyse, bien que dépréciée aujourd’hui, propose de les aider à développer une tridimensionnalité de l’esprit pour trouver un équilibre narcissique.

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Épaissir la Surface

Il est proposé de considérer l’Asperger non comme une maladie mais comme une structure de personnalité. Cette approche permettrait d’éviter de considérer les Asperger uniquement comme des individus ayant des troubles et rigidités comportementales, et plutôt de renforcer les fragilités du moi. Il s’agit de reconnaître leurs spécificités sans essayer de les adapter uniquement à des normes neurotypiques.

Le Cadre de la Thérapie

Le cadre de la thérapie pour les Asperger doit inclure des échanges de paroles et de silences, construisant ainsi la confiance. Contrairement à la psychanalyse stricte, il doit être plus verbal pour fournir des repères nécessaires. Le thérapeute doit aider à traduire le langage autistique en langage neurotypique pour faciliter la compréhension mutuelle et la communication.

Les Axes de la Thérapie

Renforcement du Self

Les Asperger peuvent ressentir une profonde solitude, croyant que les liens durables sont impossibles et que le monde est hostile. La thérapie doit aider les Asperger à élaborer des moyens de protection plus souples et efficaces contre leurs terreurs primitives. Il faut les aider à établir des moyens d’être avec les autres de manière moins douloureuse et plus authentique, à nouer des liens qui ne soient pas perçus comme des prisons et leur montrer que la séparation n’est pas synonyme d’effondrement. Pour se faire, le thérapeute doit être capable de contenir les terreurs du patient, de faire face à la séparation, la perte et la peur de la mort.

Facilitation de la Communication

Le thérapeute doit fournir des enseignements pratiques sur la communication et les interactions sociales, aidant ainsi le patient à nuancer sa vision du monde et à voir des règles émerger du chaos.

Utilisation et Conscientisation du Mimétisme

La thérapie doit aider les patients Asperger à utiliser leur mimétisme de manière consciente sans se perdre dans des rôles superficiels. Le mimétisme peut être un outil précieux pour leur insertion sociale, à condition qu’il soit utilisé de manière à les rapprocher de leur véritable identité plutôt que de créer des faux self.

Autisme et Grossesse

La grossesse est une période de profonds bouleversements, non seulement sur le plan physique, mais aussi sur le plan psychique. Ces remaniements psychiques sont complexes et influencés par une multitude de facteurs. Certains de ces changements sont susceptibles d’affecter plus spécifiquement les mères autistes.

Parmi les changements observés au cours de la grossesse, on note une modification fréquente (augmentation ou diminution) des perceptions sensorielles chez les femmes : odorat, toucher, audition… L’augmentation des perceptions sensorielles peut être particulièrement difficile à supporter chez les mères autistes. Les études montrent que cela peut susciter de l’inconfort, de la détresse ou de l’anxiété, et dans certains cas, avoir un impact sur la capacité à communiquer avec les autres. Les études montrent que les femmes autistes enceintes ont rapporté une sensibilité sensorielle accrue, en particulier à la lumière, aux sons et au toucher.

Le temps de la grossesse est également marqué par des changements corporels. Les modifications corporelles peuvent être source de désagréments amplifiés chez les mères autistes. L’arrivée d’un enfant dans un foyer nécessite d’organiser le domicile. Souvent l’environnement domestique doit être repensé afin d’accueillir le bébé. Ces changements peuvent générer de l’anxiété chez les mères autistes.

Ces différents changements peuvent générer de l’anxiété. Les différentes études retrouvent des niveaux d’anxiété plus élevé au cours de la grossesse chez les mères autistes en comparaison à la population générale. De même dans les études, le niveau de dépression pendant la grossesse est plus élevé chez les mères autistes. Il est donc important pour les professionnels d’évaluer le niveau d’anxiété et de dépister la dépression prénatale chez les mères autistes.

Concernant les complications possibles de la grossesse les études retrouvent un risque plus élevé d’accouchement prématuré, de césarienne et de pré éclampsie. Pour cela, il est important que les mères autistes bénéficient d’un suivi obstétrical régulier

L’autisme à l’hôpital

Les examens médicaux sont souvent décrits comme particulièrement difficile à tolérer pour les mères autistes (par exemple le gel utilisé pour les échographies, le bruit du monitoring…). Les examens médicaux sont régulièrement perçus de manière intrusive. Les femmes qu’elles soient autistes ou non, soulignent l’importance de demander leur consentement avant de les examiner, d’autant plus que les femmes autistes ont plus souvent vécu des violences que les femmes non autistes.

Les mères autistes peuvent faire part de leur difficulté à patienter en salle d’attente et être gênées par le bruit et le monde. Ce qui majore le niveau d’anxiété. Afin de diminuer ce stress il paraît pertinent de proposer des rendez-vous en début de journée afin de limiter le temps d’attente.

Au moment de l’accouchement, il semble particulièrement important pour les professionnels d’être sensible à l’évaluation de la douleur chez les mères autistes. En effet, elles peuvent utiliser des manières inhabituelles pour exprimer la douleur ou ne pas l’exprimer de façon socialement attendue (visage souriant par exemple). La sensibilité et l’expression de la douleur peut s’écarter de manière significative de ce qui est retrouvé en population générale.

De nombreuses mères autistes expliquent avoir été particulièrement gênées par les bruits et la lumière au moment de l’accouchement. Certaines ont pu être aidées par boule quies ou des cache-yeux permettant de diminuer les stimulations sensorielles. Des mères autistes soulignent le fait d’avoir été soulagée par des aménagements proposés par les soignants, comme le fait de diminuer la lumière dans la salle d’accouchement ou d’abaisser le son des alarmes.

Pendant l’accouchement, les mères autistes ont besoin qu’on leur donne des directives claires sur ce qu’elles doivent faire. Elles ont besoin que les professionnels évitent d’utiliser des formulations implicites.

Le temps à la maternité est parfois rendu difficile en raison des passages fréquents et impromptus des soignants dans la chambre. Le niveau d’anxiété peut être majoré par le fait d’être dans un environnement inconnu et l’impossibilité de créer une routine prévisible. Les mères expriment le besoin d’être consultée avant d’être touchée, et de ne pas être interrompue lorsqu’elles sont concentrées sur une tâche (notamment lorsqu’elles allaitaient). La possibilité d’avoir une chambre seule est un élément important pour de nombreuses mères autistes.

Communiquer autour du diagnostic

Il apparaît dans les études qu’il existe des difficultés importantes pour communiquer avec les professionnels de santé autour du diagnostic d’autisme. Les mères autistes ont fréquemment l’impression d’être jugées et stigmatisées si elles parlent de leur diagnostic. Quand les professionnels ne sont pas au courant du diagnostic, elles peuvent ressentir une pression à devoir se conformer à ce qui est attendu d’elles. Quand les professionnels sont au courant, elles ont fréquemment l’impression que les professionnels ne leur font pas confiance dans leurs capacités parentales. Cela limite la possibilité de pouvoir demander de l’aide.

Il apparaît essentiel de pouvoir communiquer autour du diagnostic. Le fait de pouvoir évoquer les spécificités et les difficultés éventuelles liées à l’autisme permet aux professionnels d’être vigilant et de s’adapter. L’objectif étant de limiter les situations d’incompréhensions et le sentiment de solitude des mères.

Les mères autistes rapportent avoir l’impression que les soignants ne sont pas formés à l’autisme et qu’ils ont des représentations négatives concernant leurs compétences maternelles. Certaines mères ont pu exprimer la peur que leur enfant soit placé si elles évoquent le diagnostic. Certains comportements d’auto-stimulation, ou certains réactions (absence de réaction ou réaction exacerbées) peuvent être difficile à interpréter par les soignants et être source d’incompréhension. Le fait de pouvoir parler du diagnostic en amont limite ce risque.

Un accompagnement par un soignant référent, si possible formé à l’autisme, est souhaitable afin de pouvoir instaurer une relation de confiance et permettre un accompagnement individualisé. Si des rendez-vous à domicile sont programmés, il est important qu’ils soient programmés à une heure précise et non pas sur des plages horaires étendues pouvant générer de l’anxiété. Les mères autistes recommandent aux professionnels de leur parler de manière claire, directe, spécifique, et si possible, avec un support écrit.

Le post partum

Le retour au domicile après la maternité est un temps où les habitudes préalablement en place sont bousculées. Vient le temps des siestes, du nourrissage, du changement de couches et des pleurs. Que de bouleversements ! Si le quotidien était pour beaucoup des mères autistes rythmé de manière régulière, cela est plus difficile à mettre en place avec un bébé. Les mères autistes peuvent faire face à une augmentation importante de l’anxiété en raison du manque de prévisibilité des journées et de la nécessité de s’adapter de manière constante.

Débats et Perspectives

Il est important de noter que les différentes théories, biologiques, neurologiques et psychologiques, divergent et font polémique. Au sein de la communauté autistique, il existe un rejet des notions d'autisme acquis par traumatisme. Certains envisagent la capsule autistique comme un état neurologique de base, avec une capacité de sortir demandant des efforts, et l'état de non-pensée comparable à la méditation. La notion de parents nocifs, soutenue par les thèses de Bettelheim, est bannie et rejetée.

La combinaison de facteurs innés et environnementaux rend complexe le syndrome d'Asperger. La nécessité d'une approche intégrée et nuancée, grâce à l'évolution des théories, apportera une bien meilleure compréhension de l'autisme.

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