La question de la violence dans les établissements scolaires, y compris les écoles maternelles, est un sujet de préoccupation croissante. Bien qu'il existe moins de données spécifiques aux écoles maternelles par rapport aux autres niveaux d'enseignement, il est essentiel d'examiner les statistiques disponibles et les facteurs contribuant à ce phénomène.

Statistiques générales sur la violence scolaire

Selon les données de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), les incidents graves déclarés dans les écoles publiques sont moins fréquents que dans le second degré. En 2022-2023, 4,6 incidents graves ont été signalés pour 1 000 élèves dans les écoles primaires, contre 13,7 pour 1 000 dans les collèges et lycées. Il est important de noter que ces chiffres représentent les signalements et non nécessairement une augmentation des faits eux-mêmes. Franck Martin, enseignant-chercheur en sciences de l'éducation, souligne qu'il s'agit d'une hausse des signalements et pas des faits eux-mêmes.

Dans les écoles publiques, les écoliers sont impliqués comme auteurs dans 61 % des incidents graves déclarés par les Inspecteurs de l'Éducation Nationale (IEN), et les familles dans 30 % des cas. Les atteintes aux personnes représentent une part importante des incidents, avec une augmentation de 2 points de pourcentage, passant de 87 % en 2021-2022 à 89 % en 2022-2023. Cette augmentation est essentiellement liée à celle des violences physiques. Les violences verbales comptent pour environ la moitié des atteintes aux personnes, tandis que les violences physiques représentent 40 % du total dans les écoles.

Le harcèlement scolaire : un fléau persistant

Le harcèlement scolaire est un problème majeur qui touche tous les niveaux d'enseignement. Selon une enquête nationale publiée en février 2023, plus d’un élève par classe est concerné en moyenne. 5 % des élèves du CE2 au CM2, 6 % des collégiens et 4 % des lycéens en sont victimes. La ministre de l’éducation nationale, Nicole Belloubet, a qualifié ce phénomène de « véritable fléau qu’il nous faut absolument réguler ».

Bien que ces chiffres donnent une vision chiffrée du harcèlement, il est essentiel de noter qu'ils diffèrent des précédents bilans. Le service statistique du ministère estimait en 2015 que 5,8 % des élèves étaient victimes de harcèlement en France, dont 4 % en primaire, 12 % au collège et de 2 % à 3 % au lycée. En 2011, le Fonds des Nations unies pour l’enfance chiffrait plutôt la part de jeunes enfants victimes à plus de 10 %.

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Violences et agressions sexuelles en milieu périscolaire

Les révélations récentes de violences et d'agressions sexuelles commises en milieu périscolaire, notamment à Paris, ont provoqué la stupéfaction et ébranlé le secteur. Le collectif SOS Périscolaire alerte sur les violences dans ces structures, pilotées par les collectivités locales. Depuis sa création en 2021, l’association a recueilli 400 témoignages en France métropolitaine et dans les Outre-mer. Ces témoignages font état de violences au spectre large allant des humiliations répétées, harcèlement, violences physiques, jusqu’aux agressions sexuelles et aux viols.

Élisabeth Guthmann, cocréatrice du collectif SOS Périscolaire, souligne que « c’était vraiment systémique ». Elle ajoute que « la parole de l’enfant est encore trop souvent remise en question » et que « les agresseurs leur font peur en les menaçant ».

Facteurs contribuant aux violences en milieu périscolaire

Plusieurs facteurs contribuent aux violences en milieu périscolaire. Le recrutement des animateurs périscolaires et le manque de contrôles de ces structures sont pointés du doigt. Le secteur est confronté à une pénurie de personnel, avec des emplois précaires et des horaires hachés, ce qui n’attire pas les candidats.

Élisabeth Guthmann explique que « les pédocriminels savent que dans l’animation, il y a moins de contrôle et que c’est un endroit où ils peuvent opérer plus facilement ». Aucun diplôme n’est nécessaire pour devenir animateur périscolaire, ni même le Bafa. Quant au casier judiciaire des candidats, bien qu’il s’agisse d’une obligation, il ne fait pas toujours l’objet de vérifications.

Mesures préconisées

Plusieurs mesures sont préconisées pour lutter contre les violences en milieu périscolaire. La ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, plaide pour une vérification systématique et annuelle du casier judiciaire des personnes en contact avec des enfants. Le collectif SOS périscolaire réclame « une nationalisation des rapports d’incidents, notamment pour les infractions sexuelles ».

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La Ciivise a formulé 82 recommandations en 2023 pour lutter contre les violences sexuelles sur les enfants. Thierry Baubet, membre du collège directeur, souligne qu'il serait surtout temps de les appliquer. Il préconise également une formation substantielle des agents qui sont recrutés à ce que sont les violences sexuelles sur enfants, ainsi qu'un protocole clair et connus de tous pour l’accueil de la parole de l’enfant, l’alerte et le signalement.

Jeux dangereux et jeux d'asphyxie

La Société française de pédiatrie a réalisé une enquête auprès des élèves de CE1 et de CE2 dans vingt-cinq écoles de la région toulousaine. Les résultats sont inquiétants : 71 % des écoliers connaissent au moins un jeu d’asphyxie ou d’étranglement et 40% l’ont pratiqué, parfois dès la maternelle. Ces jeux, tels que le jeu du foulard, du rêve indien, de la tomate, ou du petit pont massacreur, peuvent avoir des conséquences graves, allant des malaises et convulsions à la mort.

Françoise Cochet, dont le fils de 13 ans est décédé en pratiquant un jeu dangereux, a fondé l’Apeas, Association de parents d’enfants accidentés par strangulation. Elle souligne l'importance de la sensibilisation des parents, de la formation des personnels de l’Éducation nationale et de la vigilance accrue du corps médical.

Perception des enseignants et des parents

Une enquête d’OpinionWay pour l’observatoire Hexagone publiée le 28 janvier révèle des chiffres inquiétants sur les faits de violences à l’école. Près de neuf enseignants sur dix affirment avoir été témoins ou avoir eu connaissance d’incidents de violence dans leur établissement au cours de l’année scolaire 2023-2024. Plus alarmant, 59 % des répondants signalent des actes de violence physique et 15 % des violences sexuelles.

Les perceptions des enseignants et des parents sur la gestion de ces incidents divergent. Alors que 21 % des enseignants estiment que les agressions physiques sont mal gérées, cette proportion monte à 42 % chez les parents. Concernant le harcèlement moral, 23 % des enseignants et 39 % des parents estiment que les mesures prises par les établissements sont insuffisantes.

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