Introduction
La région de Mopti au Mali, comme de nombreuses zones d'Afrique de l'Ouest, est confrontée à des défis majeurs en matière de santé infantile, notamment la malnutrition et les maladies tropicales négligées. Cet article explore les initiatives et les associations qui œuvrent pour améliorer la santé des enfants dans cette région, en mettant l'accent sur la nutrition, la lutte contre la lèpre et d'autres maladies, ainsi que le rôle crucial des acteurs locaux et internationaux.
La Malnutrition à Mopti : Une Urgence Persistante
La malnutrition infantile constitue un problème de santé publique majeur au Mali, et particulièrement dans la région de Mopti. En 2015, Mopti a enregistré le taux de malnutrition sévère le plus élevé du pays, avec un taux de malnutrition aiguë globale de 10% et un taux de malnutrition aiguë sévère de 1,6%. Ces chiffres alarmants, combinés à un taux élevé de mortalité infanto-juvénile, soulignent l'urgence d'une action concertée.
ACTED : Une réponse intégrée à la crise nutritionnelle
Face à cette crise, l'ONG ACTED s'est mobilisée depuis 2015, avec le soutien de la Direction générale de la protection civile et des opérations d’aide humanitaire européennes (ECHO). Son action se concentre sur le district sanitaire de Koro, où elle appuie la prise en charge intégrée de la malnutrition aiguë. Cette approche comprend :
- Le dépistage: Des relais communautaires, formés et équipés par ACTED, parcourent les villages pour identifier les enfants souffrant de malnutrition grâce à la mesure du périmètre brachial (MUAC).
- La prise en charge: Les enfants dépistés sont admis dans les centres de santé, où ils reçoivent des soins gratuits et une alimentation thérapeutique à base de Plumpy'Nut®.
- La sensibilisation: Des séances d'information sont organisées pour les mères et les familles sur les bonnes pratiques nutritionnelles, l'hygiène et le traitement de l'eau.
L'histoire d'Amina, une petite fille dépistée et traitée grâce à cette approche, illustre l'impact positif de l'intervention d'ACTED. Depuis le début du projet, plus de 17 000 enfants de moins de 5 ans ont été pris en charge pour malnutrition aiguë sévère.
Les Maisons de la Nutrition : Un modèle de renutrition et de formation
Certaines organisations, comme Antenna France, privilégient un modèle économique basé sur des partenariats locaux et des solutions durables. Antenna France soutient les Maisons de la Nutrition, des lieux d'accueil pour la renutrition des enfants anémiés ou en retard de croissance, ainsi que pour la formation des parents. Ces maisons de nutrition, souvent gérées en collaboration avec des partenaires locaux, offrent un espace où les enfants peuvent recevoir une alimentation adaptée et où les parents peuvent acquérir des connaissances essentielles en matière de nutrition et de santé infantile.
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La période de soudure : un défi majeur pour la sécurité alimentaire
La période de soudure, qui s'étend de juin à août, est une période critique au Mali, car les récoltes sont épuisées et les populations sont particulièrement vulnérables à l'insécurité alimentaire. Dans la région de Mopti, cette période de soudure précoce en 2018 a dramatiquement accru le nombre d'enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère.
Pour faire face à ce défi, ACTED, en partenariat avec le Conseil Départemental de l’Essonne et le Conseil du Cercle de Douentza, a distribué des kits alimentaires aux parents des enfants traités pour malnutrition. Ces kits, composés de riz, de mil, de niébé, d'huile et de sel, permettent d'assurer un apport nutritionnel minimal pour une famille pendant un mois.
La Lutte Contre la Lèpre et l'Ulcère de Buruli : Des Actions Essentielles
Outre la malnutrition, la région de Mopti est également concernée par la lèpre et l'ulcère de Buruli, deux maladies tropicales négligées qui peuvent entraîner des handicaps sévères si elles ne sont pas traitées à temps.
La Fondation Raoul Follereau : Un engagement de longue date
La Fondation Raoul Follereau est un acteur majeur de la lutte contre la lèpre et l'ulcère de Buruli au Mali et dans le monde. Depuis plus de 70 ans, elle œuvre pour sensibiliser le public à ces maladies, soutenir la recherche de nouveaux traitements et améliorer la prise en charge des malades.
La Fondation soutient des programmes de dépistage actif, notamment en Côte d'Ivoire, où un projet global intègre un dépistage dans les districts où la maladie est la plus endémique. Elle finance également des centres de traitement, comme le CDTLUB de Pobè au Bénin, où des équipes médicales se consacrent à informer la population, dépister les malades et leur offrir des soins adaptés.
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Les défis persistants
Malgré les progrès réalisés dans la lutte contre la lèpre, de nombreux défis persistent. La maladie se déclare parfois jusqu'à 20 ans après avoir été en contact étroit avec un malade, ce qui rend le dépistage difficile. De plus, les personnes atteintes de la lèpre restent souvent victimes de la crainte du regard des autres et peinent à se réinsérer socialement.
L'enclavement de certaines zones, accentué par les crues et l'insécurité, entrave également les actions de dépistage et de suivi des malades.
Le VIH et la Nutrition Infantile : Un Enjeu Crucial
L'infection par le VIH a des conséquences importantes sur le poids et la taille des enfants. Lors d'une infection aiguë, leurs besoins nutritionnels peuvent augmenter de 50% à 100%. L'allaitement est une question essentielle chez le nouveau-né de mère séropositive, et l'allaitement artificiel ne peut être mis en œuvre que si certaines conditions sont remplies.
Les recommandations de l'OMS
L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a émis des recommandations claires concernant l'alimentation des nourrissons nés de mères séropositives :
- Trithérapie à partir du 2ème trimestre de grossesse.
- Poursuite de la trithérapie jusqu'au 12ème mois du nourrisson.
- Allaitement maternel exclusif pendant 6 mois, introduction de l'alimentation complémentaire à 6 mois avec poursuite de l'allaitement maternel jusqu'à 1 an.
Dans les régions où la trithérapie n'est pas possible pour la mère, une prévention par la Névirapine pour le nourrisson est possible pendant la durée de l'allaitement maternel.
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Les défis liés au sevrage
Le sevrage des nourrissons nés de mères séropositives est une étape délicate qui nécessite une attention particulière. Les recommandations de l'OMS préconisent un allaitement exclusif pendant les 6 premiers mois, même en cas d'allaitement protégé par les ARV.
Le Dr David Masson, pédiatre référent du programme Grandir, souligne que l'allaitement mixte est une source prouvée d'augmentation de la transmission du VIH. Il recommande de maintenir un allaitement exclusif jusqu'à 6 mois et de procéder au sevrage sur une période d'une à trois semaines maximum, en tirant le lait maternel et en le donnant à la tasse pendant quelques jours, avant de passer aux substituts du lait.
Le Rôle Essentiel des Acteurs Communautaires
Les acteurs communautaires jouent un rôle essentiel dans l'amélioration de la santé infantile à Mopti. Les relais communautaires, formés au dépistage de la malnutrition, parcourent les villages pour identifier les enfants à risque, assurer le suivi des enfants pris en charge et sensibiliser les familles aux bonnes pratiques nutritionnelles.
Les animatrices TdS (Travailleurs de Santé) organisent des causeries dans les communautés pour informer et sensibiliser les populations sur le VIH et d'autres problèmes de santé. Après chaque causerie, un dépistage VIH est proposé, ce qui permet d'identifier les personnes infectées et de les orienter vers les centres de soins.
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