La fausse couche, un terme qui semble presque inadéquat pour décrire une épreuve aussi profondément ressentie, touche de nombreuses familles. Cet article vise à explorer les aspects du deuil périnatal lié à la fausse couche et les ressources disponibles pour accompagner les personnes touchées.
Comprendre la fausse couche et le deuil périnatal
Une fausse couche est définie comme un arrêt spontané de la grossesse avant la 22e semaine d’aménorrhée. Les fausses couches concernent près de 200 000 femmes par an, soit 15 % des grossesses. Bien que fréquente, elle représente une perte significative, engendrant un deuil périnatal.
Le deuil périnatal englobe le deuil qui survient après le décès d’un bébé in utéro, à la naissance, dans les jours ou les semaines qui suivent. Au sens strict, la période périnatale s’étend de la 22e semaine d’aménorrhée au 7e jour après la naissance, selon la définition de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Cependant, le vécu des parents englobe une période plus large et diverses situations : fausse couche tardive, mort fœtale, interruption médicale de grossesse, extrême prématurité, décès pendant l’accouchement, décès post-natal, décès néonatal, voire décès d’un jumeau. Pour les fausses couches précoces (1er trimestre de la grossesse), beaucoup de professionnels parlent plutôt de deuil de maternité.
L'impact psychologique de la fausse couche
Après une fausse couche, les parents, et particulièrement les mères, peuvent ressentir un chagrin profond. Cette épreuve peut même déclencher une dépression. Une étude du British Medical Journal (2017) a révélé que 39 % des femmes ayant vécu un deuil périnatal précoce présentent des symptômes de stress post-traumatique trois mois après l'événement. En 2020, une autre enquête a avancé que 10 % d’entre elles souffriraient de dépression modérée à sévère après un mois, et 6 % après neuf mois. Un rapport publié dans la revue médicale The Lancet (mars 2021) souligne la nécessité d’une meilleure prise en charge psychologique.
Le deuil périnatal est complexe à traverser, car les semaines et les mois qui suivent la perte rappellent l’absence de l’enfant. Chaque parent, chaque couple et chaque famille vit ce deuil à son propre rythme.
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Initiatives et prise en charge du deuil périnatal
Bien que traumatisante, la fausse couche ne fait pas toujours l’objet d’un protocole de soutien spécifique, et la prise en charge varie d’une structure à l’autre. Certaines initiatives incluent des informations, comme les capsules vidéos proposées à l’hôpital Necker, ou des livrets pour les parents endeuillés, comme à la maternité des Lilas. D’autres établissements, comme le CHU de Strasbourg, ont formé leur personnel à l’accompagnement psychologique du deuil périnatal et proposent des groupes de parole animés par une sage-femme. Le réseau de santé périnatal parisien (RSPP) offre des formations aux soignants.
Depuis le 1er septembre 2023, une loi prévoit la prise en charge d’un suivi psychologique par l’Assurance maladie. Cet accompagnement pluridisciplinaire, orchestré par les agences régionales de santé (ARS), implique médecins, sages-femmes et psychologues. Il s’inscrit dans le dispositif « Mon parcours santé », mis en place pour lutter contre les effets psychiques de la crise sanitaire en 2022, et comprend huit séances chez un psychologue conventionné. De plus, la loi a créé un congé maladie sans jour de carence en cas d’arrêt spontané de la grossesse.
Ressources et associations de soutien
Plusieurs associations se sont spécialisées dans l’accompagnement du deuil périnatal, offrant un soutien précieux aux familles touchées.
- AGAPA (dans toute la France) : Cette association offre écoute et accompagnement aux hommes et aux femmes ayant vécu la perte d’un bébé pendant la grossesse ou après la naissance, quelle qu’en soit la cause (IVG, IMG, fausse couche, mort in utero, deuil périnatal).
- Fédération « Naître et Vivre » (dans toute la France) : Elle accompagne, soutient et informe les parents qui ont perdu un enfant avant, pendant et/ou après la naissance, jusqu’à 3 ans.
- La Voie d’Isis : Née d’un partenariat entre l’association Souffle d’Étoiles (Europe) et BedonZen (Québec), elle accompagne le deuil périnatal au niveau international francophone, offrant consultations individuelles par visioconférence, formations pour les professionnels et une application mobile de soutien.
- Souffle d’Étoiles (Bruxelles - Belgique) : Cette association internationale se concentre sur les deuils difficiles, sensibles ou tabous, notamment les deuils périnataux, les interruptions de grossesse, les pertes d’enfants, les suicides et les soins palliatifs.
- Souvenange : Offre gratuitement aux parents un service de souvenir photographique de leur bébé décédé, réalisé par des photographes bénévoles formés techniquement et éthiquement au deuil périnatal.
- Locomotive - Aurore (Grenoble) : Accompagne les parents, les frères et sœurs et la famille suite au deuil d’un enfant de tout âge et quelle que soit la cause du décès.
- L’Enfant Sans Nom - Parents endeuillées (ESNPE) : Accompagne les parents qui ont perdu un bébé pendant la grossesse ou autour de l’accouchement, et propose un soutien aux parents qui attendent un bébé après un deuil périnatal.
- Nos Tout Petits de Savoie (Isère) : Association de soutien aux familles touchées par le décès d’un bébé, organisant des groupes de parole.
Cette liste n’est pas exhaustive, mais elle offre un aperçu des ressources disponibles pour les personnes confrontées au deuil périnatal.
Sexualité, contraception et dialogue
La fécondité, la contraception et la sexualité sont des sujets complexes qui nécessitent une écoute attentive des désirs de l’autre et un dialogue ouvert. La grossesse peut être un moment de joie, mais aussi une source de difficultés, qu’elle soit imprévue, malvenue ou impossible. Les difficultés personnelles, de couple, financières ou professionnelles peuvent rendre ce moment difficile. Il est crucial que les hommes se sentent concernés et impliqués, car « la grossesse, c’est l’affaire des femmes » n’est pas une vérité absolue.
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