L'aspirine, ou acide acétylsalicylique, est un médicament courant utilisé pour ses propriétés antalgiques, antipyrétiques et anti-inflammatoires. Elle est également prescrite à faible dose comme antiagrégant plaquettaire pour prévenir les événements cardiovasculaires. Cependant, son utilisation pendant l'allaitement soulève des questions importantes en raison de son passage potentiel dans le lait maternel et des risques potentiels pour le nourrisson. Cet article examine les données disponibles sur l'utilisation de l'aspirine pendant l'allaitement, en tenant compte des recommandations du Centre de Référence sur les Agents Tératogènes (CRAT) et des études scientifiques.
Aspirine : usages et mécanismes d'action
L'aspirine est un traitement classique utilisé comme anti-douleur, anti-inflammatoire et antipyrétique. Elle est également employée de façon chronique, en prise quotidienne, chez les personnes souffrant de maladies cardio-vasculaires car elle permet de prévenir les attaques cardiaques ou les AVC. L’aspirine est fréquemment employée comme fluidifiant en traitement continu pour éviter la formation de caillots sanguins (ou thromboses). Ses effets sont très bien documentés, l’aspirine agissant contre l’agrégation des plaquettes.
Passage de l'aspirine dans le lait maternel
Bien que l'aspirine soit largement utilisée, les données sur son passage dans le lait maternel, en particulier lors d'une utilisation régulière, sont limitées. Une étude a examiné le passage de l'aspirine dans le lait maternel chez sept mères allaitantes. Six d’entre elles suivaient un traitement à base de comprimés d’aspirine à enrobage entérique au dosage quotidien de 80 mg. La 7e maman prenait une dose plus élevée (325 mg). Pour toutes, l’allaitement était exclusif et elles étaient entre 1 et 8 mois de post partum.
Pour les besoins de l’étude, les mamans ont tiré leur lait avant la prise d’aspirine (médicament encapsulé, dosage 80mg) puis des échantillons de lait de 30 ml ont été recueillis 1, 2, 4, 8 et 12 h après la prise. L'aspirine a été rapidement éliminée du plasma maternel. La concentration maximale d'acide salicylique (le métabolite actif de l'aspirine) dans le lait était de 745 ng/ml une heure après la prise. La molécule métabolite de l’aspirine a bien été retrouvée dans le lait exprimé mais à une dose très faible : la valeur maximale mesurée était de 115 ng /ml (rappelons qu’1 ng correspond à un milliardième de gramme) et ce, 4h après la prise.
Cette étude souligne la présence d'aspirine et de ses métabolites dans le lait maternel, même à de faibles doses. Cependant, la petite taille de l'échantillon doit être prise en compte lors de l'interprétation des résultats.
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Risques potentiels pour le nourrisson allaité
Le CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes) met en garde contre l'utilisation de l'aspirine pendant l'allaitement en raison de son passage non négligeable dans le lait maternel et des effets indésirables possibles chez l'enfant. Les concentrations sanguines chez l’enfant peuvent être proches des concentrations thérapeutiques.
Les risques potentiels pour le nourrisson incluent :
- Syndrome de Reye : Bien que rare, le syndrome de Reye est une affection grave qui peut survenir chez les enfants et les adolescents prenant de l'aspirine, en particulier lors d'infections virales comme la varicelle ou la grippe.
- Troubles de la coagulation : L'aspirine a un effet antiplaquettaire, ce qui pourrait augmenter le risque de saignement chez le nourrisson.
- Réactions allergiques : Les nourrissons peuvent être allergiques à l'aspirine.
- Atteinte rénale : ASPEGIC NOURRISSONS 100 mg, poudre pour solution buvable en sachet-dose expose également le nouveau-né à un risque d’atteinte rénale (insuffisance rénale), de fermeture prématurée du canal artériel et d’hypertension pulmonaire.
Alternatives à l'aspirine pendant l'allaitement
Compte tenu des risques potentiels, il est préférable d'envisager des alternatives à l'aspirine pendant l'allaitement, en particulier pour une utilisation régulière.
- Paracétamol (Doliprane) : Le paracétamol est généralement considéré comme sûr pendant l'allaitement et constitue une alternative courante pour soulager la douleur et la fièvre.
- Ibuprofène : L'ibuprofène est un autre anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) qui peut être utilisé avec prudence pendant l'allaitement.
- Autres mesures non médicamenteuses : Pour les douleurs chroniques, des approches non médicamenteuses telles que la physiothérapie, l'ostéopathie, l'acupuncture ou la relaxation peuvent être envisagées.
Recommandations et précautions
Si une mère allaitante a besoin de prendre de l'aspirine, les recommandations suivantes doivent être prises en compte :
- Utilisation ponctuelle : L'aspirine peut être utilisée ponctuellement à faible dose si nécessaire.
- Surveillance du nourrisson : Surveiller attentivement le nourrisson pour détecter tout signe de réaction indésirable, tel que des saignements, des éruptions cutanées ou une léthargie.
- Avis médical : Il est essentiel de consulter un médecin ou un pharmacien avant de prendre de l'aspirine pendant l'allaitement.
- Posologie : Chez l'enfant, il est impératif de respecter les posologies définies en fonction du poids de l'enfant et de choisir une présentation adaptée.
Interactions médicamenteuses
L'aspirine peut interagir avec d'autres médicaments, ce qui peut augmenter les risques pour la mère ou le nourrisson. Il est important de signaler à votre médecin tous les médicaments que vous prenez, y compris les médicaments en vente libre, les suppléments et les produits à base de plantes.
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Parmi les interactions médicamenteuses notables, on retrouve :
- Nicorandil et AINS : Chez les patients recevant un traitement concomitant avec le nicorandil et les AINS incluant l’acide acétylsalicylique, il y a un risque augmenté de complications graves telles que la survenue d’ulcérations gastro-intestinales, de perforations et d’hémorragies.
- Autres antiagrégants plaquettaires : L’utilisation de plusieurs antiagrégants plaquettaires majore le risque de saignement, de même que leur association à tout autre médicament augmentant les risques de saignement par effet additif (héparine et molécules apparentées, anticoagulants oraux et autres thrombolytiques ).
- Acétazolamide : Augmentation du risque de toxicité de l’acide acétylsalicylique (vomissements, tachycardie, hyperpnée, confusion mentale) ou de l’acétazolamide (fatigue, léthargie, somnolence, confusion, acidose métabolique hyperchlorémique).
- Hormones thyroïdiennes : Les salicylés, en particulier à des doses supérieures à 2 g/jour, peuvent inhiber la liaison des hormones thyroïdiennes aux protéines porteuses et ainsi entraîner une augmentation initiale transitoire des hormones thyroïdiennes libres, suivie d'une diminution globale des taux d'hormones thyroïdiennes totales. Le traitement concomitant par la lévothyroxine et les salicylés doit être évité.
- Acide valproïque : Diminution de la liaison protéique de l'acide valproïque et inhibition du métabolisme de l'acide valproïque entraînant une augmentation des taux sériques d'acide valproïque total et libre.
- Antihypertenseurs : Insuffisance rénale aiguë chez le malade déshydraté par diminution de la filtration glomérulaire secondaire à une diminution de la synthèse des prostaglandines rénales. Par ailleurs, réduction de l’effet antihypertenseur.
- Alcool : La prise d’alcool peut augmenter le risque de lésions gastro-intestinales et prolonger le temps de saignement lors d’une prise d’acide acétylsalicylique en même temps que l’alcool.
Aspirine et fertilité
Il a été prouvé que les médicaments qui inhibent l’activité de la cyclo-oxygénase impliquée dans la synthèse des prostaglandines peuvent altérer la fertilité féminine en agissant sur l’ovulation. Comme tous les AINS, l'utilisation de ce médicament peut temporairement altérer la fertilité féminine, en agissant sur l’ovulation ; il est donc déconseillé chez les femmes souhaitant concevoir un enfant.
Aspirine et grossesse
L’expérience clinique concernant l’administration de doses comprises entre 100 mg et 500 mg par jour est insuffisante. A partir du début du 6ème mois de grossesse (24 semaines d'aménorrhée) : toute prise de ASPEGIC NOURRISSONS 100 mg, poudre pour solution buvable en sachet-dose, même ponctuelle, est contre-indiquée. Une prise même unique à partir de 24 semaines d’aménorrhée justifie un contrôle échographique cardiaque et rénal du fœtus et/ou du nouveau-né. Sauf nécessité absolue, ASPEGIC NOURRISSONS 100 mg, poudre pour solution buvable en sachet-dose ne doit pas être prescrit chez une femme qui envisage une grossesse ou au cours des 5 premiers mois de grossesse (avant 24 semaines d’aménorrhée). Le cas échéant, la dose devra être la plus faible possible et la durée du traitement la plus courte possible. En cas de prise à partir de la 20ème semaine d’aménorrhée, une surveillance cardiaque et rénale du fœtus pourrait s’avérer nécessaire.
Pour certains AINS, un risque augmenté de malformations cardiaques et de la paroi abdominale (gastroschisis) est également décrit. Le risque absolu de malformation cardiovasculaire fœtale est passé de moins de 1% à approximativement 1,5% en cas d’exposition au 1er trimestre. Le risque paraît augmenter en fonction de la dose et de la durée du traitement. Chez l’animal, l’administration d’un inhibiteur de la synthèse des prostaglandines au cours de la phase d’organogénèse provoque une perte pré et post-implantatoire accrue, une augmentation de la létalité embryo-fœtale et une incidence supérieure de certaines malformations, y compris cardiovasculaires.
o In utero (mise en route de la diurèse fœtale): un oligoamnios peut survenir peu de temps après le début du traitement. Celui-ci est généralement réversible à l'arrêt du traitement. Il peut se compliquer d’un anamnios en particulier lors d'une exposition prolongée à un AINS.o A la naissance : une insuffisance rénale (réversible ou non) peut être observée voire persister surtout en cas d'exposition tardive et prolongée avec un risque d'hyperkaliémie sévère retardée. En plus de l’atteinte fonctionnelle rénale (cf. supra), la prise maternelle d’un AINS expose le fœtus à un risque de constriction du canal artériel (le plus souvent réversible à l’arrêt du traitement). Le risque de toxicité cardio-pulmonaire (fermeture prématurée du canal artériel et hypertension artérielle pulmonaire) devient plus important et peut conduire à une insuffisance cardiaque droite fœtale ou néonatale voire à une mort fœtale in utero. Ce risque est d'autant plus important et moins réversible que la prise est proche du terme.
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Effets indésirables
La fréquence des effets indésirables ne peut pas être estimée. Les effets indésirables les plus courants sont :
- Syndromes hémorragiques (épistaxis, gingivorragies, purpura…) avec augmentation du temps de saignement. Cette action persiste de 4 à 8 jours après arrêt de l’acide acétylsalicylique.
- Hémorragies digestives patentes ou occultes (hématémèse, mélaena…), responsables d’une anémie ferriprive.
- Un œdème pulmonaire non cardiogénique menaçant le pronostic vital peut survenir en cas de surdosage aigu et chronique avec l’acide acétylsalicylique.
- Asthme : la survenue de crise d'asthme, chez certains sujets, peut être liée à une allergie aux anti-inflammatoires non stéroïdiens ou à l'acide acétylsalicylique.
- Des hémorragies gastro-intestinales ou des ulcères/perforations peuvent se produire à n'importe quel moment au cours du traitement sans qu'il y ait nécessairement de symptômes préalables ou d'antécédents.
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