Introduction

La brucellose bovine, une maladie infectieuse causée par la bactérie Brucella abortus, représente un enjeu majeur pour la santé animale et humaine. Cette zoonose, transmissible de l'animal à l'homme, peut entraîner des pertes économiques significatives dans les élevages et provoquer des symptômes variés chez l'homme. La France est officiellement indemne de brucellose bovine depuis 2005, grâce à une politique sanitaire rigoureuse. Cependant, la surveillance et la prévention restent essentielles pour éviter toute réémergence de cette maladie.

Qu'est-ce que la Brucellose ?

La brucellose est une maladie infectieuse due aux bactéries du genre Brucella. Elle affecte principalement les animaux d’élevage (bovins, ovins, caprins, porcins), mais peut être transmise à l’homme. Cette maladie zoonotique est rare en France, mais reste fréquente dans de nombreuses régions du monde. La brucellose est également appelée fièvre de Malte ou fièvre ondulante en raison de la fluctuation typique de la fièvre qu’elle provoque.

Chez l’animal, la brucellose peut provoquer des avortements, une réduction de fertilité et des pertes en lait. Tout animal ou troupeau non certifié indemne de brucellose ne peut circuler librement dans le monde. Cette maladie peut donc être responsable de pertes économiques importantes.

Chez l’Homme, qui se contamine au contact d’animaux infectés ou en consommant des produits laitiers crus, la maladie se traduit par des fièvres intermittentes (notamment suées nocturnes abondantes), douleurs, maux de tête et/ou faiblesse. Elle peut évoluer vers une forme chronique pouvant induire de sérieuses complications ostéo-articulaires notamment. Les formes graves sont exceptionnelles et les cas de décès sont très rares même en l'absence de traitement.

Répartition géographique de la brucellose

La brucellose est une maladie de répartition et d’importance mondiales. Seuls quelques pays du nord, du centre et de l’est de l’Europe (France, Grande-Bretagne, pays scandinaves, Pays-Bas, Belgique, Autriche, Suisse), le Canada, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande en sont indemnes chez les ruminants. En Europe, les pays méditerranéens et les Balkans sont encore affectés par cette maladie.

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L’incidence de la brucellose humaine est estimée par l’OMS au niveau mondial à 500 000 nouveaux cas par an. En France, cette maladie est désormais rare, pour l’essentiel contractée dans les pays tiers où la maladie animale est insuffisamment ou pas contrôlée, ou à partir d’aliments importés de ces pays.

La France est déclarée officiellement indemne de brucellose bovine depuis 2005, au sens de la réglementation européenne et aucun foyer de brucellose bovine, ovine ou caprine n’a été identifié sur le territoire national de 2003 à 2012. Un premier foyer était dû à l’importation d’un bovin infecté et a pu être assaini rapidement. Le second foyer est à mettre en rapport avec un important réservoir sauvage mis à jour chez les bouquetins du massif concerné.

Chez les suidés (porcs, sangliers), l’infection brucellique a fait sa réapparition en 1993 en élevage de porcs en plein air. Plus de 70 foyers ont été recensés depuis et, dans la plupart des cas, l’infection trouve son origine dans les populations de sangliers sauvages qui entrent occasionnellement en contact avec les porcs élevés en plein air.

Causes de l'Avortement Bovin Liées à la Brucellose

Chez les animaux, la brucellose donne lieu à des avortements ou à un échec de la reproduction. L’avortement peut survenir quelques semaines (une femelle infectée pendant la gestation peut avorter au bout de 3 à 6 semaines voire poursuivre sa gestation jusqu’au terme) à plusieurs mois (ou années) après l’infection. Chez les animaux, les Brucella se concentrent préférentiellement dans les organes génitaux. L’infection persiste toutefois jusqu'à l'âge adulte chez environ 5 à 10% des veaux nés de mère brucellique, sans susciter de réaction sérologique décelable. Puis, la brucellose se propage généralement au moment de la reproduction et lors de l’avortement ou de la mise bas ; on trouve des concentrations élevées de bactéries dans les produits d’avortements et les eaux fœtales provenant d’un animal infecté. Les bactéries peuvent survivre pendant plusieurs mois hors de l’organisme de l’animal, dans le milieu extérieur, en particulier dans des conditions froides et humides. Ces bactéries dans l’environnement restent une source d’infection pour les autres animaux qui s’infectent par contact proche (voie respiratoire ou conjonctivale voire par ingestion).

Il est important de noter que de nombreuses autres causes d'avortement sont possibles chez les bovins, notamment :

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  • Causes mécaniques : Traumatisme, transport.
  • Causes toxiques.
  • Causes alimentaires.
  • Causes parasitaires : Néosporose, trichomonose, aspergillose.
  • Causes infectieuses : Campylobactériose, salmonellose, fièvre Q, chlamydiose, listériose, leptospirose, rhinotrachéite infectieuse, maladie des muqueuses.

Symptômes de la Brucellose Bovine

Chez les animaux, les symptômes sont souvent discrets. La brucellose bovine se manifeste cliniquement par des avortements chez la femelle et une orchite (inflammation des testicules) chez le mâle. L'avortement peut survenir quelques semaines à plusieurs mois après l'infection.

Diagnostic de la Brucellose Bovine

Chez des animaux présentant des signes cliniques évoquant la brucellose, en particulier l'avortement, le diagnostic différentiel repose sur les observations épidémio-cliniques, mais surtout sur les examens de laboratoire (diagnostic expérimental). La meilleure preuve d'infection est la mise en évidence de Brucella par culture et isolement ou détection moléculaire par PCR (directement sur un écouvillon cervical ou sur un nœud lymphatique post-mortem). La bactérioscopie, par coloration et examen microscopique de cotylédons placentaires par exemple, n'est pas suffisamment spécifique.

Méthodes Sérologiques

Plusieurs méthodes sérologiques permettent le diagnostic (contexte de signes cliniques) et le dépistage (animaux asymptomatiques) :

  • Épreuve de l'anneau sur le lait (Ring-test ou RT): Test qualitatif mettant en évidence les anticorps sécrétés (IgA) dans le lait par agglutination. Ce test n'est presque plus utilisé en France, mais il est mis en œuvre lors de résultats positifs dans le lait en raison de sa bonne spécificité.

  • ELISA sur le lait de mélange: C'est la méthode la plus sensible et spécifique sur lait et est utilisée lors du contrôle laitier.

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  • Épreuve à l'antigène tamponné ou EAT: Test qualitatif mettant en évidence les anticorps sériques agglutinants dirigés contre le LPS bactérien (IgM et IgGs) par interaction avec un antigène brucellique coloré (au rose de Bengale) mis en suspension dans un milieu acide tamponné. Cette méthode est très sensible mais manque de spécificité.

  • ELISA sur sérum individuel: Méthode la plus sensible mais moins spécifique. Son seuil de détection bas permet de réaliser des ELISA sur mélange des sérums de 10 vaches à contrôler ou sérum dilué au 10ème dans du sérum de vache saine (plus forte spécificité). Chaque kit ELISA est différent : les performances analytiques et diagnostiques doivent être validées en fonction de l’utilisation (dépistage ou confirmation) sur un échantillon d’animaux représentatif de la population.

  • Épreuve de fixation du complément FC: Méthode plus spécifique pour confirmer des sérums positifs ou douteux aux épreuves précédentes. Ce test quantitatif met en évidence les anticorps fixant le complément (non dirigés exclusivement contre le LPS bactérien).

Il est à noter qu'en toute fin de gestation, les vaches peuvent avoir une baisse ponctuelle du taux d'anticorps, si elles les ont transféré dans le colostrum.

Test d'Hyper-Sensibilité Retardée (Test à la Brucelline)

La réaction immunitaire cellulaire peut être détectée par un test d'hyper-sensibilité retardée (ou test à la brucelline) qui utilise des extraits protéiques purifiés de Brucella en phase R (Brucelline). Ce test est extrêmement spécifique mais toutes les vaches infectées ne réagissent pas. Chez les bovins, ce test consiste en une intra-dermo-brucellination encore appelé épreuve cutanée allergique (ou ECA) réalisée injection de brucelline par le vétérinaire sanitaire en indradermique suivie d'une lecture de l'épaississement du pli de peau à 72h (similairement au dépistage de la tuberculose bovine). Chez les petits ruminants, ce test est réalisé par injection intradermique de brucelline sur une paupière inférieure et observation d'un œdème palpébral chez les individus infectés.

Interprétation des Résultats et Faux Positifs

Dans un contexte de faible prévalence, un résultat positif obtenu avec des méthodes à faible spécificité, mais simples à mettre en œuvre, comme l'EAT ou l'ELISA, doit être confirmé avec des méthodes plus spécifiques (ELISA de confirmation, FC ou brucellination). En effet, l'infection par plusieurs autres espèces bactériennes (Yersinia enterocolitica O9, Salmonella O30…) peut provoquer des réactions sérologiques faussement positives.

Laboratoires Agréés et Prélèvements

Seuls les laboratoires agréés par le ministère en charge de l'agriculture peuvent réaliser ces analyses pour les diagnostics bactériologique et sérologique de la brucellose (cas de la plupart des LDA). Les laboratoires interprofessionnels laitiers sont aussi agréés pour les opérations de dépistage à partir des laits de mélange par ELISA. Les réactifs utilisés sont préalablement autorisés par le laboratoire national de référence (LNR) ; les méthodes sont standardisées sous la forme de normes et/ou de recommandations publiées par l’OMSA. Le LNR pour les brucelloses animales est le laboratoire Anses de santé animale de Maisons-Alfort.

En cas d'avortement (suspicion clinique), il est recommandé d'associer une recherche sérologique et une recherche bactériologique. Pour la sérologie, réaliser un prélèvement sanguin sur tube sec (recherche des anticorps). Pour la bactériologie, réaliser un écouvillonnage du col de l'utérus (en région péri- et endo-cervicale) à l'aide d'écouvillon sec ou floqué avec milieu de transport (plus favorable à la survie des Brucella). Cet écouvillonnage du col est à réaliser en même temps que la prise de sang pour sérologie ou bien de manière différée si l'écouvillon est réalisé :

  • avant tout traitement antibiotique pour ne pas inhiber la culture bactérienne
  • dans les 15 jours suivant l'avortement (au delà l'excrétion de Brucella diminue)

En cas de confirmation d'une suspicion clinique (autre que l'avortement), les prélèvements peuvent inclure placenta, lait ou colostrum, liquide spermatique, liquide de ponction d'hygroma.

Prévention de la Brucellose Bovine

La prévention de la brucellose bovine repose sur plusieurs axes :

  • Surveillance des avortements : Déclarer un avortement en élevage bovin permet de suspecter une maladie infectieuse (en particulier la brucellose) dont les conséquences économiques et sanitaires sont potentiellement graves pour l’élevage et/ou une zoonose. La déclaration et la surveillance des avortements sont les seuls moyens d’identification de ces maladies. Selon les textes légaux, tout avortement doit être déclaré au vétérinaire sanitaire de l’élevage. Seule la recherche de la brucellose est obligatoire, mais en cas d’avortement répété sur une même femelle ou sur plusieurs femelles du troupeau sur une courte période, il est préférable d’en rechercher la cause.

  • Mesures de biosécurité : Le respect des mesures de biosécurité classique en élevage est primordial.

  • Contrôle des introductions : S’assurer de la provenance des animaux introduits dans l’élevage et de leur statut sanitaire vis-à-vis de la brucellose.

  • Gestion des animaux infectés : En cas de suspicion ou de confirmation de brucellose, isoler les animaux infectés et appliquer les mesures de contrôle sanitaire appropriées. L’exploitation est alors considérée comme infectée et placée sous surveillance des services vétérinaires (sous arrêté préfectoral de déclaration d’infection). L’exploitation est séquestrée et tout mouvement d’animaux interdit. Tous les animaux de l’exploitation sont testés et les animaux identifiés comme infectés (résultat positif au test sérologique bactériologique) sont isolés, marqués (1 ou 2 perforations à l’oreille gauche) et abattus dans un délai d’un mois. Après désinfection, les animaux restants subissent des contrôles sérologiques.

  • Hygiène : Réduire les sources de contamination possibles (déjections animales, mises bas…) et respecter les règles d’hygiène classiques (lavage des mains, désinfection des plaies et des vêtements de travail …). Il est fortement recommandé aux femmes enceintes d’éviter de participer aux mises bas. Dans un élevage où la maladie a été mise en évidence, il faut interdire la présence de femmes enceintes au contact des animaux ou des produits souillés.

Il est à noter que la vaccination des animaux contre la brucellose est interdite en France car elle fausse le dépistage par sérodiagnostic.

Prévention de la Transmission à l'Homme

La transmission de l’animal à l’Homme peut se faire par voie alimentaire ou contact direct avec l’animal infecté et ses produits (sécrétions génitales, organes infectés, fumier ou laine contaminés). Les Brucella qui peuvent infecter l’Homme se retrouvent principalement chez les bovins, ovins, caprins et porcins domestiques.

Les personnes les plus exposées à l’infection sont celles travaillant au contact direct des animaux infectés : les éleveurs, les vétérinaires, les inséminateurs, les personnels d’abattoir ou d’équarrissage. De même, la brucellose est une des premières maladies infectieuses contractées par le personnel des laboratoires lors d’analyses vétérinaires ou médicales.

Ainsi, des règles d’hygiène et de sécurité doivent être respectées par tous ceux qui, par leur travail, entrent en contact avec des produits ou des animaux potentiellement infectés : le lavage des mains, le port de gants, de masques et de lunettes, etc.

Concernant la contamination par voie alimentaire, les principaux aliments responsables de brucellose humaine sont le lait cru et les produits à base de lait cru (fromage peu affiné, beurre, crème glacée), les abats (foie, rate) contaminés et insuffisamment cuits, les fruits et légumes cultivés sur des sols traités par du fumier contaminé.

La maîtrise des contaminations d’origine alimentaire à Brucella passe soit par la pasteurisation ou la stérilisation du lait, soit par l’utilisation de lait cru provenant de troupeaux reconnus officiellement indemnes de brucellose. La viande du bétail abattu peut être commercialisée sans risque pour l’homme.

Situation en France et Rôle de l'Anses

Grâce à une politique sanitaire rigoureuse, l’incidence de la brucellose est très faible : moins de 50 cas par an, le plus souvent importés. La France est reconnue comme pays indemne de brucellose bovine.

Le laboratoire Anses de santé animale de Maisons-Alfort est laboratoire de référence national, européen, OMSA et FAO pour les brucelloses animales et centre national de référence pour la brucellose humaine. Il est impliqué dans la surveillance des animaux et des cas humains en France. Il coordonne les activités de référence d'un réseau de laboratoires nationaux et européens. Suite à la détection de la brucellose chez certains individus, l’Anses a produit depuis 2013 plusieurs expertises sur des populations de bouquetins sur le massif du Bargy (Haute-Savoie). L’objectif est double : limiter les risques de contamination des animaux domestiques et favoriser l’extinction naturelle de la maladie dans la population sauvage. La stratégie recommandée par l’Agence repose sur une combinaison de captures et de tirs, ciblés sur les animaux les plus à risque d’être infectés et de transmettre la maladie. Les captures permettent de surveiller le niveau d’infection des bouquetins et de lutter contre l’infection. Les animaux infectés sont euthanasiés et ceux non porteurs du pathogène sont marqués avant d’être relâchés. Pour l’Anses, cette stratégie est préférable à un abattage massif des bouquetins qui éliminerait un nombre important d’individus sains. Cela rendrait aussi difficile voire impossible la surveillance des quelques bouquetins survivants et la détection d’une reprise éventuelle ou d’une dispersion de l’infection dans d’autres territoires. L’Anses a renouvelé et précisé ses recommandations suite à des évènements locaux, comme le dépistage de la brucellose dans un élevage de bovins en 2021 ou la découverte d’une femelle infectée dans le massif voisin des Aravis en 2022. Une expertise menée en 2024 a montré une stabilisation de la contamination dans le massif du Bargy et a confirmé la circulation de la bactérie dans le massif des Aravis. L’Agence a recommandé la poursuite des mesures de gestion dans les deux massifs.

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