Arletty, de son vrai nom Léonie Bathiat, fut une figure emblématique du cinéma et du théâtre français. Sa vie privée, marquée par une liaison controversée avec un officier allemand pendant l'Occupation, a suscité autant de fascination que de critiques. Cet article explore les différentes facettes de sa vie, de ses débuts modestes à sa gloire, en passant par les épreuves et les amours qui ont façonné son destin.

Une Enfance Modeste et des Premières Épreuves

Née en 1898 à Courbevoie, Léonie Bathiat grandit dans un milieu populaire. Son père, ajusteur, et sa mère, lingère, lui transmettent des valeurs de simplicité et de fierté de ses origines. Elle reçoit une éducation religieuse, mais en gardera une aversion définitive pour les curés. La Première Guerre mondiale marque le début d'une période difficile. Son premier amour, un jeune soldat qu'elle surnomme "Ciel", est tué au front. Elle fait le serment de ne jamais se marier ni d'avoir d'enfants. En 1916, un autre coup du sort la frappe : son père meurt, écrasé par un tramway.

Contrainte de travailler à l'usine pour subvenir aux besoins de sa famille, Léonie fait preuve d'une grande débrouillardise. Elle devient sténo-dactylo chez Pigier, puis mannequin pour des couturiers. Son charme et sa beauté lui ouvrent les portes du monde artistique.

L'Ascension d'une Étoile

Dans les années 1920, Léonie entre dans l'univers du music-hall et prend le nom de scène d'Arletty, inspiré d'une héroïne de Maupassant. Elle se produit dans des opérettes et révèle un talent insoupçonné pour la scène. Le cinéma lui ouvre ses portes au début des années 1930. Sa silhouette gracile, son port de tête et sa chevelure brune captent la lumière. Elle pose pour des peintres comme Kissling, Braque et Matisse.

Sa rencontre avec Sacha Guitry marque un tournant dans sa carrière. Le maître des mots d'esprit lui offre des rôles légers et canailles dans plusieurs de ses films. Mais c'est Marcel Carné qui la propulse au rang de star avec Hôtel du Nord (1938). Son interprétation de Mme Raymonde, une prostituée au grand cœur, et sa réplique culte « Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ? » la font entrer dans la légende.

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Carné lui offre un autre rôle marquant dans Le Jour se lève (1939), où elle donne la réplique à Jean Gabin. Arletty devient "Lady Paname", une figure populaire et admirée pour son mélange de modestie et d'assurance.

L'Âge d'Or et la Tourmente de la Guerre

Pendant l'Occupation, Arletty atteint l'apogée de sa carrière avec deux films majeurs : Les Visiteurs du soir (1942) et Les Enfants du paradis (1945). Dans le premier, elle incarne Dominique, une messagère du diable, aux côtés d'Alain Cuny et Jules Berry. Le second, considéré comme un chef-d'œuvre du cinéma français, lui offre le rôle de Garance, une courtisane convoitée par trois hommes, dans un Paris de la Belle Époque.

Cependant, cette période de gloire est assombrie par sa liaison avec Hans Jürgen Soehring, un officier allemand de la Luftwaffe. Leur rencontre a lieu le 25 mars 1941, lors d'un concert au Conservatoire de Paris. Soehring, un homme cultivé et francophile, est séduit par le charme et l'esprit d'Arletty. Ils entament une relation passionnée, se donnant des surnoms bucoliques : "Faune" pour lui, "Biche" pour elle.

Leur correspondance, riche en déclarations d'amour et en détails sur leur vie quotidienne, témoigne de l'intensité de leurs sentiments. Soehring couvre Arletty de lettres, lui envoyant des courriers par de nombreux émissaires dévoués. Arletty, quant à elle, lui offre des cadeaux et lui raconte sa vie de célébrité.

Malgré les absences dues aux tournages d'Arletty et aux missions de Soehring sur le front, leur amour semble inébranlable. Mais la Libération approche, et leur relation devient de plus en plus risquée.

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L'Épreuve de l'Après-Guerre

À la Libération, Arletty est accusée de collaboration horizontale en raison de sa liaison avec Soehring. Elle est arrêtée en octobre 1944 et interrogée sur ses relations avec l'officier allemand et sur son activité d'artiste pendant l'Occupation. Elle se défend en affirmant que ses relations avec Soehring étaient purement sentimentales et qu'elle n'a jamais fait rien de répréhensible envers son pays.

On lui prête également une réplique devenue célèbre, bien qu'elle soit probablement apocryphe : « Mon cœur est français, mais mon cul est international. »

Arletty est internée à Drancy, puis assignée à résidence pendant 18 mois. Sa carrière est brisée, et elle est ostracisée par une partie de la société française. Elle dira : « On me reproche d'avoir eu comme ami un officier allemand, mais je n'ai rien fait de répréhensible envers mon pays, mon histoire était purement sentimentale et n'avait rien de politique. »

Malgré ces épreuves, Arletty reste fidèle à ses sentiments pour Soehring. Après la guerre, ils reprennent leur correspondance et se rencontrent à nouveau. Mais leur relation ne sera plus jamais la même. Soehring retourne en Allemagne et entame une nouvelle vie. Arletty, quant à elle, se retire dans un appartement du XVIe arrondissement de Paris, où elle vivra solitaire et sans bonheur.

La Fin d'une Étoile

Arletty continue à travailler au théâtre et au cinéma, mais les rôles qu'on lui propose sont moins intéressants qu'avant. Elle connaît un succès en 1949 avec son rôle de Blanche Dubois dans Un tramway nommé désir, adapté par Jean Cocteau.

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En 1960, elle apprend la mort de Soehring, décédé au Congo où il était ambassadeur d'Allemagne. Elle marque la date d'une croix rouge dans son agenda, suivie de la note : « 20 ans après. »

À partir de 1966, elle perd progressivement la vue à cause d'un glaucome. Elle doit renoncer à sa carrière d'actrice, mais continue à suivre le théâtre à la radio et à se faire lire les journaux. Elle écrit ses mémoires, La Défense, où elle évoque sa vie, ses amours et ses épreuves avec lucidité et franchise.

Arletty s'éteint le 23 juillet 1992, à l'âge de 94 ans. Ses obsèques sont un hommage populaire à une icône du cinéma et du théâtre français. Le cortège funèbre fait une halte symbolique devant l'Hôtel du Nord, lieu de sa gloire passée.

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