L'interruption volontaire de grossesse (IVG), ou avortement, est un acte médical courant auquel des millions de personnes ont recours chaque année. Malgré sa dépénalisation dans de nombreux pays, comme en France depuis 1975 grâce à la loi Veil, l'IVG reste un sujet de débat passionné et est encore stigmatisée et criminalisée dans certaines parties du monde. Des femmes marchent pour demander la décriminalisation de l'avortement, à Buenos Aires en Argentine. Cet article explore les arguments en faveur de l'IVG, en mettant en lumière son importance en tant que droit fondamental, en tant que soin de santé essentiel, et en soulignant les conséquences néfastes de sa restriction ou de son interdiction.

L'IVG : Un Droit Humain Fondamental

Le droit de prendre des décisions concernant sa propre santé, son corps et sa vie sexuelle est un droit humain fondamental. Ce droit est constitutif de l'égalité entre les femmes et les hommes et d'une société plus juste. L'accès à l'avortement est donc une composante essentielle de l'autonomie individuelle et de l'égalité des sexes.

L'Autonomie et la Liberté des Femmes

Le droit à l'avortement est intrinsèquement lié à l'autonomie et à la liberté des femmes. Il leur permet de contrôler leur propre corps et de prendre des décisions éclairées concernant leur santé reproductive. Interdire ou restreindre l'accès à l'avortement revient à nier aux femmes leur droit fondamental à l'autodétermination et à l'égalité.

Un Pilier de l'Égalité des Sexes

L'accès à l'avortement est un pilier de l'égalité des sexes. Il permet aux femmes de participer pleinement à la vie économique, sociale et politique. Lorsque les femmes ont la possibilité de choisir si et quand elles veulent avoir des enfants, elles sont mieux à même de poursuivre leurs études, de développer leur carrière et de réaliser leur potentiel.

L'IVG : Un Soin de Santé Essentiel

L'avortement, qu'il soit médicamenteux ou chirurgical, est une intervention simple qui peut être effectuée sans risque par un large éventail de professionnels de santé. Lorsqu'ils sont pratiqués ou accompagnés par un·e professionnel·le de santé qualifié·e dans de bonnes conditions d'hygiène, les avortements sont les actes médicaux les plus sûrs disponibles.

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La Sécurité de l'Avortement Médical

L'avortement médicamenteux, réalisé avec des médicaments prescrits par un médecin, est une méthode sûre et efficace pour mettre fin à une grossesse précoce. Il est souvent préféré par les femmes car il peut être pratiqué à domicile, offrant ainsi plus de confort et d'intimité.

La Sécurité de l'Avortement Chirurgical

L'avortement chirurgical, pratiqué par un professionnel de santé qualifié dans un établissement médical, est également une intervention sûre et efficace. Les complications sont rares, et les risques pour la santé de la femme sont minimes lorsqu'il est réalisé dans des conditions appropriées.

Les Conséquences de la Criminalisation de l'Avortement

La criminalisation de l'avortement entraîne une tendance à le considérer comme une exception, artificiellement placée hors du champ des soins médicaux classiques. Les soins liés à l'avortement sont pourtant des soins de santé essentiels. Aujourd'hui, environ 45 % des avortements sont pratiqués dans de mauvaises conditions de sécurité selon l'OMS. Le manque d'accès, en temps opportun, à un avortement sécurisé, abordable et respectueux est un problème majeur de santé publique. En effet, les avortements pratiqués dans des conditions dangereuses sont la 3e cause de mortalité maternelle au monde. Les décès sont particulièrement courants dans les pays où le recours à l'avortement sûr est limité ou complètement interdit. Mais quand l'accès à l'avortement est restreint, les personnes sont contraintes de recourir à des avortements clandestins et dangereux.

L'Impact de l'Interdiction de l'IVG

Interdire ce droit ne fait pas baisser le nombre d'avortements. D'après l'Institut Guttmacher, le nombre d'avortements est significativement le même dans les pays qui l'interdisent ou le restreignent et dans ceux qui l'autorisent : 37 personnes sur 1 000 y ont recours dans le premier cas contre 34 sur 1000 dans le second.

Les Avortements Clandestins et Dangereux

Lorsque l'avortement est illégal, les femmes sont contraintes de recourir à des avortements clandestins et dangereux, pratiqués par des personnes non qualifiées dans des conditions insalubres. Ces avortements peuvent entraîner des complications graves, voire la mort.

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La Mortalité Maternelle

Les avortements pratiqués dans des conditions dangereuses sont une cause importante de mortalité maternelle dans le monde. Les femmes qui n'ont pas accès à des avortements sûrs sont plus susceptibles de mourir de complications telles que les hémorragies, les infections et les lésions internes.

Les Inégalités Sociales

La criminalisation de l'avortement et les obstacles persistants au droit à l'avortement touche de manière disproportionnée les groupes et les personnes déjà marginalisées. On pense notamment à celles qui ont de faibles revenus, les personnes réfugiées ou migrantes, les personnes LGBTIQ+ ainsi que les communautés racisées ou autochtones. C'est pourquoi nous appelons les États du monde entier à honorer leurs obligations de garantir le droit à l'avortement pour toutes les personnes, et à respecter et protéger le droit de toutes les personnes qui défendent le droit à l'avortement.

L'Évolution du Droit à l'IVG en France

En France, l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est dépénalisée depuis le 17 janvier 1975, grâce à la loi Veil. Mais aujourd'hui, des mouvements « pro-vie » souhaitent revenir sur plus d'un demi-siècle de progrès. Sous couvert de protéger les valeurs familiales et les rôles de genre « traditionnels », ces mouvements diffusent la peur et la mésinformation, pour faire reculer l'accès à l'avortement et l'égalité.

La Loi Veil et la Dépénalisation de l'IVG

La loi Veil, adoptée en 1975, a marqué une étape décisive dans la reconnaissance du droit à l'avortement en France. Elle a dépénalisé l'IVG, permettant aux femmes d'interrompre leur grossesse dans un cadre légal et médicalisé.

Les Évolutions Législatives Postérieures

Depuis 1975, des lois successives ont permis d'élargir et d'améliorer le cadre de prise en charge de l'avortement. Ces lois garantissent notamment l'accompagnement de l'État dans cette démarche, pour que les femmes : bénéficient de bonnes conditions d'avortement, pour protéger leur santé, aient accès à l'IVG de manière anonyme, puissent avorter sans frais.

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L'Inscription de l'IVG dans la Constitution

Le 4 mars 2024, le Parlement réuni en Congrès à Versailles a voté l’inscription dans la Constitution de la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse faisant de la France le premier pays au monde à inscrire dans sa Constitution la liberté de recourir à l’IVG.

Les Menaces Actuelles sur le Droit à l'IVG

Ces dix dernières années, il y a eu des avancées législatives majeures en faveur du droit à l'avortement en Europe. Cependant, dans la pratique, l'accès à l'avortement est loin d'être une réalité pour tout le monde. Depuis quelques années, ce droit fait l’objet de menaces régulières. Le 24 juin 2022, la Cour Suprême des États-Unis provoquait la stupeur partout dans le monde en annulant l’arrêt Roe vs Wade, qui avait ouvert le droit à l’avortement en 1973. Depuis le jeudi 15 septembre 2022, en Hongrie, les femmes souhaitant avoir recours à une IVG (interruption volontaire de grossesse) doivent désormais être confrontées «aux fonctions vitales du fœtus», en écoutant les battements de son cœur. L’Italie pourrait être le prochain pays sur la liste de ceux limitant ou interdisant ce droit fondamental. Les évolutions juridiques constatées en Europe, et outre-Atlantique, doivent nous alerter sur les ambitions des mouvements conservateurs envers le droit à l’avortement. Entre 2009 et 2018, le financement européen du mouvement anti-genre a augmenté de près de 200% (1). Ces mouvements disséminent, également, de nombreuses fausses informations via des outils de communication modernes, mettant en danger de façon indéniable le droit à une information juste et vraie auprès de publics divers, et de plus en plus jeunes. Sur les réseaux sociaux, à travers des sites dédiés et des “lignes d’écoute” qui font concurrence à une information claire et objective.

La Désinformation et la Stigmatisation

Les mouvements anti-avortement diffusent souvent de fausses informations et stigmatisent les femmes qui choisissent d'avorter. Ils utilisent des arguments émotionnels et religieux pour tenter de culpabiliser les femmes et de les dissuader d'exercer leur droit à l'avortement.

Les Obstacles à l'Accès à l'IVG

Dans de nombreux pays, même lorsque l'avortement est légal, les femmes rencontrent des obstacles à l'accès à l'IVG. Ces obstacles peuvent être d'ordre financier, géographique, administratif ou culturel. Ils peuvent également être liés à la présence de clauses de conscience permettant aux professionnels de santé de refuser de pratiquer des avortements.

Les Arguments Contre l'IVG : Démystification

De nombreux arguments sont avancés contre l'avortement, souvent basés sur des considérations morales, religieuses ou éthiques. Il est important de les examiner de manière critique et de les démystifier.

"L'IVG, c'est un meurtre"

C'est sans doute l'argument phare des militants anti-avortement qui considèrent la conception comme le départ de la vie humaine. Un meurtre implique bien de causer la mort d’un être vivant. Mais, qu’est-ce qui définit un être vivant ? Et qu’est-ce que la mort ?

Du point de vue biologique, un être vivant de l’espèce (Homo sapiens) se caractérise par des fonctions vitales. Celles-ci incluent la respiration, la circulation sanguine, la nutrition et digestion, l’excrétion, la capacité à répondre aux stimuli, la croissance et le développement, ainsi que la reproduction. Bref, tout ce qui assure la survie et le fonctionnement normal de l’organisme humain. D’innombrables travaux scientifiques ont contribué à prouver cette définition, aussi bien dans le domaine de la biologie cellulaire et moléculaire que dans celui de la physiologie ou encore celui des neurosciences.

D’un point de vue philosophique, on considère que c’est la capacité à raisonner, à avoir conscience de soi, à ressentir des émotions, des sensations et des expériences subjectives qui définissent un être humain.

La célèbre phrase de Descartes « Cogito, ergo sum » (« Je pense, donc je suis ») dans ses Méditations métaphysiques souligne l’importance de la pensée rationnelle et de la conscience de soi dans la définition de l’existence humaine. Bien que la définition de l’être humain soit complexe, de nombreux autres philosophes ont soutenu ces caractéristiques cognitives et émotionnelles au fil des siècles. Ce fut le cas de John Locke, David Hume, Emmanuel Kant, Jean-Paul Sartre, Maurice Merleau-Ponty, Judith Butler ou encore Simone Weil.

Pour ce qui est de la mort, il s’agit d’un évènement ou d’un processus au cours duquel un être vivant cesse de fonctionner biologiquement et perd irréversiblement toutes les fonctions vitales nécessaires à la vie dont les principales sont la respiration, la circulation sanguine (qui fait battre le cœur) et l’activité cérébrale.

La loi française stipule que la mort est déclarée lorsqu’un individu présente soit un arrêt cardiaque irréversible, soit une cessation irréversible de toute activité cérébrale. Cependant, avec les avancées médicales, l’arrêt cardiaque seul est devenu insuffisant pour déclarer le décès. En pratique cette déclaration est souvent basée sur une combinaison des deux critères.

En toute logique, pour qu’il y ait meurtre, il faut qu’il y ait la mort. Pour qu’il y ait la mort, il faut qu’il y ait la vie. Et pour vivre, il faut des fonctions vitales.

Or, les recherches démontrent qu’à 14 semaines de grossesse (délai maximum légal pour pratiquer une IVG), le fœtus n’est pas capable de respirer de manière autonome, son système nerveux central est encore en développement et son système immunitaire est immature. Par conséquent, les chances de survie d’un fœtus de 14 semaines de grossesse en dehors de l’utérus sont quasi nulles.

Selon les études cliniques, les revues de littérature et les recommandations des organisations professionnelles de santé telles que l’OMS, la viabilité du fœtus est fixée à 20 semaines de grossesse (22 semaines d’aménorrhée).

À 14 semaines de grossesse, on ne peut pas considérer un fœtus comme un être vivant, mais comme un être qui progresse vers la vie autonome dont le début sera marqué par sa naissance (en sortant de l’utérus et en entrant dans le monde extérieur). Tant qu’il ne naît pas, il ne peut mourir et donc encore moins subir un meurtre.

De plus, certaines études utilisant des techniques d’électroencéphalographie (EEG) ou d’imagerie cérébrale suggèrent que la perception consciente de la douleur ne se produit que vers la fin du deuxième trimestre de grossesse. D’autres sous-entendent que les expériences conscientes de la douleur ne se produisent que plus tard au cours du troisième trimestre. Lee SJ, Ralston HJP, Drey EA, Partridge JC, Rosen MA. Fetal Pain: A Systematic Multidisciplinary Review of the Evidence. JAMA. 2005 / David J. Mellor, Tamara J. Diesch, Alistair J. Gunn, Laura Bennet, The importance of ‘awareness’ for understanding fetal pain, Brain Research Reviews, Volume 49, Issue 3, 2005 / Royal College of Obstetricians and Gynaecologists, Fetal Awareness Evidence Review (2022)

Le délai maximum légal pour pratiquer une IVG en France étant, je le rappelle, de 14 semaines de gestation, tout risque de perception de la douleur par le fœtus peut donc être écarté. Par ailleurs, d’après les données de la DREES, les interruptions volontaires de grossesse effectuées en France en 2022 entre la 12e et la fin de la 14e semaine de grossesse représentaient moins de 1,5 % de toutes les IVG réalisées.

"Il faut se protéger si on ne veut pas d'enfant"

L’enquête COCON (Cohorte Contraception) de 2000-2004 réalisée avec le soutien de l’INSERM, l’INED et le laboratoire Wyeth-Lederlé montre que 2 fois sur 3, les femmes ayant eu recours à une IVG était sous contraception. Et qu’une fois sur deux, il s’agissait d’un contraceptif médical (théoriquement d’une grande efficacité).

Un fait corroboré en 2009 par l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) dont le rapport révélait que 72% des femmes ayant eu recours à une IVG utilisaient un moyen de contraception et que dans 42% des cas, la méthode utilisée était médicale.

Il est important de noter que nous ne sommes pas toustes à égalité en termes de contraception (éducation à la santé sexuelle, manque d’informations sur les dispositifs disponibles, précarité, etc.).

De plus, la contraception n’est jamais fiable à 100% ! Les échecs surviennent souvent lorsque la méthode employée ne correspond pas au mode de vie de la personne en charge de la contraception. Rappelons d’ailleurs que cette charge contraceptive est majoritairement imputée aux femmes (dans un couple cis-hétéro).

Notons également que de plus en plus de personnes aimeraient se tourner vers des contraceptions définitives après avoir eu un ou plusieurs enfants ou parce qu’il n’y a pas de volonté d’enfanter et se heurtent à un refus médical. Un refus les conduisant à utiliser des contraceptifs contre leur volonté, les contraignant à prendre le risque d’une grossesse non désirée.

Enfin, n’oublions pas les cas d’agressions sexuelles que subissent de nombreuses personnes. Selon une enquête de NousToutes en 2020, 1 femme sur 3 déclare qu’un partenaire lui a déjà imposé un rapport sexuel non protégé malgré son désaccord. Et 1 femme sur 10 déclare avoir été victime de stealthing (retrait non consenti du préservatif avant la fin du rapport).

"Il y a trop d'avortements de confort"

Les personnes qui utilisent l’expression « avortement de confort » suggèrent que les personnes ayant recours à une IVG le font par commodité, tel un caprice.

En réalité, avoir recours à une IVG est loin d’être une décision qu’on prend à la légère. Généralement ce choix est le résultat d’une réflexion sérieuse où de nombreux paramètres sont pris en compte. Loin d’être un comportement « égoïste », choisir d’avorter montre au contraire un véritable sens des responsabilités.

Reconnaître ses limites (émotionnelles, mentales, physiques, financières…), c’est faire preuve de bon sens quand on sait à quel point il est essentiel d’accueillir un enfant (qui n’a pas demandé à naître) dans les meilleures conditions possibles.

De plus, parler d’avortement de « confort » c’est mal connaître la procédure d’une interruption volontaire de grossesse. Une grossesse non désirée peut causer un véritable stress émotionnel pour de multiples raisons. S’en suit alors un véritable combat contre la montre pour pouvoir avoir recours à une IVG (prise de sang, échographie, rendez-vous médicaux, choix de la procédure, etc.). L’intervention peut ensuite causer pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines des symptômes désagréables tels que des crampes abdominales, des saignements abondants et d’autres effets secondaires liés à l’anesthésie ou aux médicaments utilisés.

Même si l’acte en lui-même n’est pas forcément traumatisant ou douloureux, je ne connais pas une seule personne qui trouverait cela confortable.

"L'avortement est traumatisant (syndrome post abortif)"

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