L'anœstrus de lactation chez la vache est une condition caractérisée par l'absence de cyclicité ovarienne et, par conséquent, l'absence de chaleurs après le vêlage. Ce phénomène peut être physiologique pendant une certaine période, mais lorsqu'il se prolonge, il devient un problème majeur pour la fertilité et la productivité de l'élevage. Cet article explore les causes de l'anœstrus de lactation chez la vache, ainsi que les traitements disponibles pour améliorer la fertilité.
Causes de l'anœstrus de lactation
Déficit énergétique
Une cause majeure de l'anœstrus est le déficit énergétique, particulièrement en début de lactation. Hélène Commeil, vétérinaire conseil pour la coopérative Eureden, souligne que ce manque d'énergie entraîne une baisse de la synthèse des hormones sexuelles. Les ovaires sécrètent moins d'œstrogènes, ce qui conduit à des chaleurs invisibles ou fugaces, et moins de progestérone via le corps jaune, augmentant le risque de mortalité embryonnaire.
L'observation de l'amaigrissement est un moyen d'évaluer un déficit énergétique en début de lactation. Il est crucial de viser une perte d'état de moins d'un point. Lorsqu'une vache maigrit, elle mobilise des graisses, ce qui peut entraîner une acétonémie si la transition alimentaire tarissement-début de lactation n'est pas optimale ou si la couverture des besoins est insuffisante en début de lactation.
Subœstrus
Le subœstrus se manifeste par des chaleurs insuffisantes. En dehors des causes alimentaires, son origine peut provenir d'un temps d'observation insuffisant, de sols glissants, ou de boiteries.
Repeat Breeding
Le repeat breeding correspond à des retours en chaleur, réguliers ou non, et peut être lié à divers facteurs, y compris des déséquilibres hormonaux ou des infections utérines.
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Facteurs spécifiques aux vaches allaitantes
Chez les vaches allaitantes, l'anœstrus post-partum est souvent physiologique. Le stimulus de l'allaitement, parfois associé à un mauvais état corporel, abaisse la fréquence des décharges de LH (hormone lutéinisante). Par conséquent, seulement 25 à 30% des vaches allaitantes vont ovuler au premier follicule dominant.
Autres causes
- Présence d'un corps jaune persistant: Une métrite peut mener à la persistance d'un corps jaune, empêchant une cyclicité normale.
- Kystes ovariens: Une échographie peut déterminer si le kyste est folliculaire ou lutéinisé. Beaucoup de spécialistes considèrent les corps jaunes kystiques comme un état physiologique plutôt que pathologique.
- Observations insuffisantes des chaleurs: Il existe une corrélation négative entre la quantité de lait produite et la période au cours de laquelle les vaches montrent des comportements de chaleurs.
Infertilité des femelles à causes multiples
Les insuffisances ou déséquilibres nutritionnels ont des répercussions directes sur le fonctionnement de l’appareil sexuel mais également des effets indirects par le biais des conditions de vêlage. De plus, les maladies infectieuses de l’appareil génital entraînent des lésions qui retardent ou empêchent la fécondation. Les mortalités embryonnaires interrompent la gestation à son début (avant deux mois) et les avortements à différents stades plus tardifs.
L’appareil sexuel est très sensible à un déficit énergétique marqué. Une sous-alimentation énergétique modérée n’a pas d’effet notable sur la reproduction si les animaux sont au départ en bon état. La perte de poids ne doit pas dépasser 8 à 9 % du poids initial (vêlage compris). En période de lactation, la perte de poids ne doit pas excéder 15 à 20 kg. Aucune sous-alimentation n’est à tolérer pour les femelles en mauvais état et les génisses au premier veau. À l’inverse, une suralimentation peut causer l’infertilité en favorisant des retards d’involution utérine. Une note d’état supérieure à 2,5 et inférieure à 4 (note d’état de 0 à 5) à n’importe quel stade physiologique est le meilleur atout de bonne fécondité ultérieure. En l’absence de complémentation, les déséquilibres sont la règle avec les fourrages conservés : déficits azoté, vitaminique (vitamine A) et minéraux (macroéléments, cas particulier du sel, oligoéléments).
Des vaginites, assez rares aujourd’hui, peuvent être provoquées par des maladies vénériennes comme la campylobactériose ou la vulvovaginite infectieuse pustuleuse. Elles s’accompagnent d’infertilité. Les taureaux transmettant la maladie, il convient de les examiner. Pour les métrites, on distingue les métrites puerpérales, apparaissant immédiatement après des vêlages difficiles, s’accompagnant de symptômes généraux graves (hyperthermie, inappétence, parfois péritonites) et des métrites chroniques, ce sont des inflammations subaiguës de l’utérus avec des mucosités et quelques éléments purulents observables lorsqu’ils sont rejetés sur la vulve, mais souvent inapparents. Elles sont tardives (4 semaines après le vêlage) et n’entraînent pas d’altération de l’état général. Elles sont des complications des rétentions placentaires, mais on constate, chez des vaches ayant bien délivré, des endométrites consécutives aux autres problématiques pouvant être intervenues lors de la préparation, du déroulement ou de l’immédiat post-partum. 70 % des problèmes d’infécondité chez la vache sont dus à des métrites subaiguës.
Les mortalités embryonnaires se produisent chez environ 10 % des vaches ayant été fécondées, elles présentent alors des retours en chaleur 30 à 50 jours plus tard. Les mortalités précoces (avant le 16e jour) frappent environ 20 % des embryons. Les causes sont mal connues mais l’une des conséquences est l’élimination d’un grand nombre d’anomalies génétiques. Dans le cas de mortalité embryonnaire précoce, les retours en chaleurs sont réguliers.
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En moyenne, 2 % des vaches allaitantes avortent après le deuxième mois de gestation. Des avortements en série peuvent être provoqués par des processus infectieux généraux. Avec des foins humides, des ensilages d’herbe mal conservés, des concentrés fabriqués avec des tourteaux contaminés de moisissures, de l’ammoniac mal incorporé à la paille, les intoxications par les mycotoxines ou par l’azote soluble en excès ont des effets abortifs. L’utilisation de certains médicaments est contre-indiquée chez la vache en gestation : prostaglandines et corticoïdes en particulier.
Traitements et Préventions
Amélioration de la gestion nutritionnelle
La gestion nutritionnelle est cruciale pour prévenir et traiter l'anœstrus de lactation. Il est essentiel d'assurer une transition alimentaire optimale entre le tarissement et le début de la lactation, et de couvrir adéquatement les besoins énergétiques de la vache. Une ration équilibrée en protéines, minéraux et vitamines est également importante.
Observation accrue des chaleurs
Une observation attentive des chaleurs est essentielle, surtout chez les vaches laitières à forte productivité. Les éleveurs devraient observer leurs animaux au moins trois fois par jour (tôt le matin, le midi et tard le soir), sur des plages de 20 minutes chacune.
Traitements hormonaux
Des traitements à base d'analogues de GnRH (hormone de libération des gonadotropines) peuvent être utilisés pour induire l'ovulation ou traiter le syndrome kystique folliculaire. Par exemple, le VETERELIN® contient de la buséréline, un analogue de la GnRH, et peut être utilisé pour :
- Traiter l'anœstrus post-partum.
- Induire l'ovulation ou ovulation retardée.
- Traiter le syndrome kystique folliculaire avec ou sans symptômes de nymphomanie.
- Améliorer le taux de conception lors d'insémination artificielle, ainsi qu'après synchronisation de l'œstrus avec un analogue de PGF2α.
La posologie de Veterelin 4 µg/mL pour le traitement de l'anoestrus chez les vaches est de 20 µg de buséréline par animal, soit 5 mL de Veterelin. Pour l'induction de l'ovulation, la posologie est la même.
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Surveillance de la santé des mâles
Il est important de surveiller de manière étroite la fertilité des mâles. La spermatogénèse est impactée par une élévation de la température. Une maladie infectieuse qui se traduit par une hyperthermie importante entraine un risque de stérilité pendant au moins 6 semaines. Aux causes infectieuses, s’ajoute l’infertilité consécutive à un manque de libido ou à une incapacité à effectuer le saut : lombalgies, lésions articulaires. Un nombre de femelles supérieur à 25/30 par taureau, surtout s’il est jeune et a une croissance médiocre, est également un facteur d’infécondité par absence de saillie ou par diminution de la qualité du sperme.
Autres mesures
- Assurer un environnement confortable: La stabulation libre favorise l’exercice physique et a donc un effet favorable sur la reproduction.
- Gestion des maladies infectieuses: Prévenir et traiter rapidement les maladies infectieuses de l’appareil génital.
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