Freda Joséphine McDonald, plus connue sous le nom de Joséphine Baker, est une figure emblématique du XXe siècle. Sa vie, débutée le 3 juin 1906 à Saint-Louis, dans le Missouri, est un récit captivant de danse, de chant, de résistance et d'un engagement profond pour la justice et l'égalité. Son parcours exceptionnel l'a menée des scènes de music-hall parisiennes aux rangs de la Résistance française, faisant d'elle une icône à la fois artistique et humanitaire. Naturalisée française en 1937, elle a incarné un amour profond pour son pays d'adoption, la France, où elle a choisi de consacrer sa vie et d'y reposer éternellement. En 2021, elle est entrée au Panthéon, symbole de la reconnaissance de la nation française pour son dévouement et son héritage.
Une Enfance Difficile et les Premiers Pas Artistiques
Née dans une Amérique encore marquée par la ségrégation, Joséphine Baker a grandi dans la pauvreté. Issue d’une famille très pauvre du Missouri, elle est élevée « à la dure » et doit travailler comme domestique pour subvenir à ses besoins. Sa mère, Carrie McDonald, était afro-américaine, et son père, qu'elle n'a jamais connu, avait peut-être des origines espagnoles. Cette identité tiraillée, « ni noire, ni blanche », la marquera profondément. Dès l’âge de huit ans, elle est placée dans une famille de « blancs » afin qu’elle travaille pour ramener de l’argent.
Malgré ces difficultés, la jeune Freda Josephine rêvait de devenir une star. À l'âge de 13 ans, elle quitte l’école et commence à travailler comme serveuse. Passionnée de danse, elle rejoint en 1920 un trio d’artistes de rue, le Jones Family Band. Son talent et son audace la mènent rapidement à se produire sur scène. En 1921, elle rejoint The Jones Family Band et se produit à Broadway, un tournant dans l'histoire des comédies musicales. Elle a également travaillé comme habilleuse au Booker Washington Theater, et un jour, elle a remplacé une danseuse malade, ce qui a marqué le début de son aventure artistique.
L'Ascension à Paris : La Revue Nègre et les Folies Bergère
C’est en 1925 que la carrière de Joséphine Baker prend un tournant décisif. Elle quitte les États-Unis, un pays marqué par la ségrégation raciale, pour rejoindre Paris. Repérée par la productrice Caroline Dudley, elle devient la vedette du spectacle musical « La Revue Nègre », au Théâtre des Champs-Élysées. Âgée de 18 ans à peine, Joséphine Baker figure en vedette de l’affiche réalisée par Paul Colin, artiste majeur de l’Art Déco. Sur scène, elle est accompagnée d’une troupe de 13 danseurs et 12 musiciens africains-américains venus de New York.
Le succès est immédiat et immense ! Le public parisien est fasciné par sa danse énergique et sensuelle. Un an plus tard, aux Folies Bergères, elle imagine une chorégraphie provocante qui marquera les esprits : vêtue d’une simple ceinture de bananes, elle déjoue et moque le stéréotype raciste du « bon sauvage ». Ce spectacle entièrement exécuté par des artistes noirs voit le jour dans le Paris des Années Folles, alors que la capitale vibre au son de ces nouveaux rythmes venus d’Amérique. Recrutée à New York comme danseuse dans la version américaine de la Revue, Joséphine Baker ne se doute pas qu’elle y jouera un rôle capital. C’est le forfait de la vedette principale qui la placera sur le devant de la scène, et le désir des promoteurs parisiens d’exploiter son expressivité explosive qui la conduira à interpréter le sulfureux tableau final qui déchaînera le scandale à Paris.
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Joséphine Baker conquiert le public parisien avec le spectacle « La Revue Nègre ». Son succès fulgurant la propulse dans la chanson, notamment avec l’inoubliable « J’ai deux amours ». Elle devient une figure centrale des Folies Bergère. Elle introduit également le Charleston, renforçant son statut de star internationale, jusqu’à se faire nommer la Vénus Noire.
Chanson, Cinéma et Nationalité Française
Le succès de la Revue Nègre lui permet de se lancer dans la chanson et le cinéma. En 1926, elle commence à enregistrer ses premières chansons en anglais. En 1930, elle connaît la gloire au niveau musical avec « J’ai deux amours, mon pays et Paris ». Cette chanson devient rapidement un hymne pour Baker, reflétant son amour partagé entre Paris et son pays natal. Par ailleurs, « J’ai Deux Amours » est revenue aux devants de la scène dans les années 2020 grâce à la série « Emily In Paris ». Deux ans plus tard, elle enregistre sous le label Pathé un album éponyme qui contient plusieurs titres populaires comme « Si j’étais blanche » et « La Petite Tonkinoise ».
En 1937, l’icône des Années Folles épouse le Français Jean Lion et obtient la nationalité française. Elle signe une ode à la reconnaissance en honneur de son pays adoptif en 1930.
Joséphine Baker et la Seconde Guerre Mondiale : Une Résistante Engagée
Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Joséphine reste fidèle à son pays d’adoption. Elle rejoint la Résistance comme agent pour les services secrets de la France libre. Approchée par un officier proche du Général de Gaulle, elle devient une espionne, passant messages et micro-films à travers l’Europe et le Bassin Méditerranéen, depuis le Maroc où elle s’installe à partir de 1941.
Ses missions : transmettre des informations confidentielles, par exemple en les dissimulant dans ses partitions musicales ! Elle profite des soirées mondaines pour recueillir des renseignements pour le contre-espionnage. En 1940, alors que les Allemands ont fait leur entrée dans la capitale, elle refuse de se produire sur scène devant eux et se retire dans son château en Dordogne.
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Elle organise aussi des tournées pour soutenir les soldats français, britanniques et américains ainsi que pour les résistants sur le front. En 1940, elle emmène en tournée en Espagne et au Portugal une « troupe » composée de Jacques Abtey, ancien responsable du contre-espionnage à Paris, et d’autres agents de renseignements au service des Alliés. Elle s'installe ensuite en Afrique du Nord où elle reste hospitalisée pendant 19 mois suite à de graves problèmes de santé. A partir de janvier 1943, elle reprend ses activités artistiques au service des armées françaises : spectacles, concerts et levées de fonds, tout en continuant son activité de renseignement pour l’état-major du général de Gaulle.
Le 23 mai 1944, Joséphine Baker signe son engagement dans les Formations féminines de l'Air, avec le grade de sous-lieutenant. Elle reprend alors ses concerts au profit des troupes françaises et des populations civiles sinistrées. Le 8 septembre 1945, Joséphine Baker est démobilisée.
De 1939 jusqu’à la libération de la France, puis jusqu’à la capitulation de l’Allemagne, son engagement fut continu sous des formes particulières, celui d’une résistante atypique, mais d’une résistante authentique. Le général de Gaulle a tenu à rendre personnellement hommage à l’engagement de la chanteuse : « C’est en toute connaissance de cause et de tout cœur, lui écrit-il le 14 octobre 1946, que je vous adresse mes sincères félicitations pour la haute distinction de Résistance française qui vous a été attribuée. J’ai vu et beaucoup apprécié les grands services que vous avez rendus dans les moments les plus difficiles. Je n’ai été, par la suite que plus touché de l’enthousiasme et de la générosité avec lesquels vous avez mis votre magnifique talent à la disposition de notre cause et de ceux qui la servaient ».
Reconnu à la fois pour son art et pour ses actes de résistance, l’artiste a reçu la Croix de Guerre et est devenue chevalier de la Légion d’honneur. Décorée de la médaille de la Résistance française avec rosette le 5 octobre 1946, il faut attendre le décret du 9 décembre 1957 pour qu'elle soit nommée chevalier de la Légion d'honneur.
L'Après-Guerre : Lutte Contre le Racisme et la Tribu Arc-en-Ciel
Après la guerre, elle s’installe en Dordogne, où elle s’occupe de sa tribu "Arc-en-ciel" composée de douze enfants de toutes origines qu’elle a adoptés. Elle adopta pas moins de 12 enfants dans le château des Milandes, avec son mari Jo Bouillon. Qui aurait pu le lui refuser ? Au départ, ils furent 6 puis 8 et enfin 12 enfants de nationalités et de religions différentes. Joséphine créa le ramassage scolaire pour ses enfants et ceux du voisinage.
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Elle s'engage activement dans la lutte contre le racisme au niveau international. Elle participe en 1963 à la Marche sur Washington organisée par Martin Luther King, au cours de laquelle elle prononce un discours, vêtue de son ancien uniforme de l’armée de l’Air française et de ses décorations obtenues au titre de la Résistance. Elle accompagne Martin Luther King lors de la Marche vers Washington pour le travail et la liberté, et prend la parole devant une foule immense !
Elle poursuit sa lutte contre l’injustice, militant aux côtés de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) en France. Elle s'engage pour la Ligue internationale contre le racisme et dénonce ardemment la ségrégation aux États-Unis. En 1955, Joséphine Baker poursuit les concerts et s'indigne contre l'affaire Emmet Till.
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