Introduction

Anne Soupa, figure engagée dans la défense des droits des femmes au sein de l'Église catholique, aborde des questions de société complexes, dont celle de l'avortement. Son approche, nuancée et ancrée dans une volonté de réforme de l'institution ecclésiale, mérite un examen approfondi. Cet article explore la position d'Anne Soupa sur l'avortement, en la replaçant dans le contexte de son engagement plus large pour l'égalité femmes/hommes dans l'Église et de ses réflexions sur l'évolution du catholicisme contemporain.

Anne Soupa et le Comité de la Jupe : Un Combat pour l'Égalité dans l'Église

Le Comité de la Jupe, fondé en 2009 par Christine Pedotti et Anne Soupa, est une association qui se prononce pour l’égalité femmes/hommes dans l’Église. L'association s’intéresse aux questions de société et défend la place des femmes et des filles dans l’Église, où la liste des tâches interdites aux femmes est longue.

Pour Anne Soupa, il est impératif que l'Église cesse de feindre de mettre en avant les femmes. Elle souligne le paradoxe d'une institution qui glorifie Marie tout en refusant aux femmes le droit à la parole en son sein. Bien que le Comité de la Jupe ne se déclare pas explicitement féministe, ses écrits et ses positions témoignent d'un engagement clair en faveur des droits des femmes. L'association identifie le machisme ecclésial comme l'ennemi principal.

Une des principales revendications du comité de la jupe est la prise de parole des femmes. L’association a établi une cartographie de l’exclusion c’est à dire des paroisses où les jeunes filles et les femmes sont exclues des fonctions liturgiques ouvertes aux laïcs comme le service de l’autel (enfants de chœur), la distribution de la communion et les lectures. Ces exclusions sont le fait de prêtres appuyés le plus souvent par des familles traditionalistes. La plupart des évêques ne bougent pas face à ces fautes. Anne Soupa explique que les « tradis » dévient d’un christianisme bien compris en sacralisant des fonctions, ou des lieux, comme l’autel, dont ils veulent écarter les femmes. « L’Église est un lieu de respect mais n’est pas un lieu sacré. Les intégristes sont des païens » assène t’elle « parce qu’ils sont adeptes d’un christianisme du pouvoir, du succès, de la visibilité. Ce sont des nostalgiques, les héritiers d’un rêve de chrétienté, et même parfois de l’action française pourtant condamnée par le Vatican.

En février 2009, le Comité dénonce le Vatican qui ne bouge pas alors que la mère et les médecins d’une petite brésilienne de 9 ans, violée par son beau-père, enceinte de jumeaux et qui a avorté sont excommuniés ! Jusqu’à l’apparition des mouvements féministes, le Vatican parlait peu des femmes, car la société était à l’image de ce que pensait l’Église. Pour le Comité de la jupe, le Vatican est plus « machiste » qu’avant et s’éloigne toujours davantage d’une société qui, elle, change. Le Vatican soutient que la vocation des femmes est d’aider les hommes par la maternité. En matière d’anti féminisme, Benoit XVI a continué le travail de Jean-Paul II en lançant l’offensive sur la question du genre. « C’est le vieux combat de l’Église pour la maîtrise du corps des femmes » analyse Anne Soupa. « C’est également ce pape qui a souhaité réintégrer les évêques intégristes. Et elle craint que le pape François ne fasse rien pour les femmes, » ce n’est pas sa priorité. Elle rappelle que du 5 au 19 octobre, un synode sur la famille rassemble, sous l’égide du pape, les présidents des conférences épiscopales du monde entier, les membres de la curie, des experts dont 4 femmes, auxquelles s’ajoutent 14 couples qui ont le statut d’auditeurs. Au total 253 participant-e-s dont 4 femmes !

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La Question de l'Avortement : Un Point Sensible

La position d'Anne Soupa sur l'avortement doit être comprise dans ce contexte de lutte pour les droits des femmes et de critique du machisme ecclésial. Bien que les informations fournies ne détaillent pas explicitement sa position personnelle sur l'avortement, plusieurs éléments permettent de la cerner.

Le Comité de la Jupe avait dénoncé le Vatican qui n'avait pas réagi lorsque la mère et les médecins d'une jeune brésilienne de 9 ans, victime d'un viol par son beau-père, enceinte de jumeaux et ayant avorté, avaient été excommuniés. Cette prise de position suggère une compréhension et une compassion pour les femmes confrontées à des situations de grossesse difficiles, voire tragiques.

De plus, l'association s'intéresse aux questions de société, ainsi parlant de la loi sur l’abolition de la prostitution, Christine Pedotti explique « cette loi change l’équilibre des forces : là où le client insatisfait pouvait menacer la prostituée de la dénoncer, cette fois, c’est la prostituée qui est en situation d’accuser son client. Elle ne craint plus rien de la loi qui désormais la protège. Cette sensibilité aux réalités sociales et aux situations de vulnérabilité des femmes pourrait influencer sa vision de l'avortement.

Dans le film Paternel, il est aussi question de Marion, adolescente de 16 ans qui décide de se faire avorter. Ronan Tronchot - Nous avons souhaité parler de l’avortement, qui est un sujet qui nous tient à cœur. Les positions catholiques - portées par des hommes, rappelons-le - peuvent être perçues comme très violentes vis-à-vis des femmes. Nous avons voulu que l’histoire de cette jeune adolescente qui avorte fasse écho au trajet de Simon : quand Louise, la mère de son fils Aloé, a appris qu’elle était enceinte, elle a fait le choix de garder l’enfant.

Un Appel à la Désobéissance et à la Réforme

La théologienne, bibliste et essayiste Anne Soupa rendait publique sa candidature à l’Archevêché de Lyon, alors laissé vacant par la démission du cardinal Philippe Barbarin. Une initiative présentée par elle comme se situant dans le droit fil de son combat pour une juste reconnaissance de la place des femmes dans l’Eglise. Sans grande illusion, il est vrai. Pourtant, tranchant sur le silence de l’institution, le buzz médiatique allait dépasser toutes ses espérances. Cinq mois plus tard le pape François nommait à ce poste Mgr Olivier de Germay, jusque-là évêque d’Ajaccio. Aujourd’hui, dans un nouveau livre (1) Anne Soupa revient sur la genèse d’une candidature sur laquelle elle s’explique en profondeur. Il y a là, de sa part, une réponse à la situation de l’Eglise en France qu’elle décrit comme accablante. Le fossé, écrit-elle, ne cesse de se creuser entre l’Eglise et la société. L’hémorragie des fidèles se poursuit. L’institution, dans sa structure actuelle, semble à bout de souffle. La priorité donnée, par le pape Jean-Paul II, dans le choix des évêques, à des hommes de prière connus pour leur docilité a privé bien des diocèses de toute capacité de gouvernance. Situation que l’on retrouve, pour des raisons similaires, dans nombre de paroisses. Les laïcs, analyse l’auteure, sont en état de sujétion et donc de maltraitance. Rome continue de nommer les évêques sans consulter les fidèles persuadé de savoir « par principe » ce qui est bon pour eux. Malgré les promesses du pape François tant sur la lutte contre le cléricalisme que sur la place des femmes dans l’Eglise, rien ne bouge vraiment. « Ses prélats décrètent - sans que leur nez bouge - que les responsabilités exercées par des hommes sont des services, mais que celles demandées par des femmes, relèvent d’une soif de pouvoir. » Bref, conclut l’auteure : il est un moment où la désobéissance devient un devoir. Anne Soupa reprend ici une analyse souvent développée dans des productions éditoriales antérieures. Là où perce la nouveauté, est l’insistance avec laquelle elle met l’accent sur la structure des catholiques en France. Evoquant l’enquête de 2017 réalisée par Ipsos pour Bayard, elle relève que si les pratiquants hebdomadaires représentent aujourd’hui 1,8% seulement des Français (1,2 million de personnes), 53,8% de la population continue de se dire catholique et 23,5% affirme « vivre son catholicisme autrement ». Dans son approche, l’auteure différencie donc les premiers : des laïcs parmi lesquels « les seuls reconnus (par l’institution) sont ceux qui valident et encouragent la suprématie cléricale », des seconds qui constituent en quelque sorte un peuple en déshérence et pour elle, un public de conquête. Car il faut aller au cœur du propos. Sa candidature à l’archevêché de Lyon apparaît ici comme un prétexte. Jamais elle n’a imaginé qu’elle puisse être prise au sérieux. Son vrai combat est désormais de faire prévaloir l’idée d’évêques-laïcs ne revendiquant aucun ministère ordonné, mais au service de ces 23,5% des Français qui ont pris leurs distances avec l’Eglise. Au fond, on pourra voir là une manière de prendre au sérieux la phrase du pape François, dans son entretien aux revues Jésuites de l’été 2013 : « Parfois, celui qui s’en est allé, l’a fait pour des raisons qui, bien comprises et évaluées, peuvent le conduire à revenir. » (3) Or, analyse la co-fondatrice de la Conférence catholique des baptisé.e.s francophones, les évêques sont absolument incapables d’enclencher une telle pastorale, préférant se recentrer sur « le petit troupeau des fidèles » tout en déployant des stratégies d’évangélisation tous azimuts. Le terrain lui semble donc libre pour une reconquête des « partis » et des « partants » autour d’une proposition de la foi, allégée des carcans magistériels comme de l’encadrement ecclésiastique. On peut y voir le projet de la CCBF pour les années à venir. Sauf que cette proposition soulève bien des questions auxquelles le livre ne répond pas vraiment. Comment seraient désignés ces évêques ? Et comment articuler leur mission propre avec celle du ministère ordonné épiscopal ? Se « résigner » à un épiscopat laïc, éventuellement de sexe féminin, exclu de tout ministère sacramentel ou y renonçant, signifie-t-il que l’auteur entérine finalement l’interdiction définitive signifiée aux femmes par Jean-Paul II ( et rappelée dans sa lettre apostolique de 1994 ) de prétendre accéder un jour à l’ordination sacerdotale alors que cela reste une revendication chez certaines d’entre elles ? (4) Imagine-t-on demain des néo-catholiques avoir une double appartenance : dans leur paroisse pour un accès aux sacrements et ailleurs pour une autre forme de vie chrétienne ? Quelle assurance a-t-elle d’être entendue et « reconnue » par le clergé dont elle affirme : « Un évêque laïc doit donc être bien entouré des prêtres de son diocèse. » ? Enfin, imagine-t-elle que l’Eglise institutionnelle puisse la laisser s’engager dans une démarche si ouvertement schismatique sans réaction ni mise en garde de ceux qui seraient tentés de la suivre ? Car la logique ultime qui sous-tend ce livre est bien de rupture. (5) Au nom d’une obéissance supérieure - donc d’un devoir de désobéissance - et d’une fidélité au message évangélique, certes, mais de rupture. Revenant sur l’accueil qu’a suscité sa candidature elle écrit : « La critique de la forme, en faisant le jeu de la division, devient une fin de non-recevoir sur le fond. La solidarité demande aussi que l’on sorte de son cadre personnel pour acquérir une conscience collective d’un problème. » Une manière de nier que l’on puisse se dire sincèrement solidaire de son combat pour la reconnaissance de la place des femmes dans l’Eglise tout en questionnant sa stratégie. Le reproche pourrait être recevable si cette candidature avait été le résultat d’une délibération collective. Le récit qu’elle fait de sa genèse montre bien qu’il s’agit là d’un choix personnel. Avec un risque évident : qu’elle puisse interpréter comme un soutien sans faille à son initiative ce qui n’est parfois que l’expression d’une forme de sympathie à son égard et de solidarité. Dans son livre, Anne Soupa écrit encore : « Rome plus que Luther a fait la Réforme. Plutôt le schisme que la désobéissance. » Une manière de rejeter la responsabilité sur l’institution ecclésiale qui jusqu’à présent a toujours préféré le schisme silencieux, rebaptisé apostasie, à la remise en question de son autorité. C’est là une accusation qui ne manque pas de fondement. Elle précise son analyse d’une manière qui ne soulève aucune ambiguïté. « Qui, aujourd’hui, ne parle avec inquiétude d’un risque de schisme ? Mais par un effet de leurre, on ne voit pas que le schisme, ce n’est ni les fidèles ni le pape actuel qui le génèrent. Il est la conséquence d’un processus déjà déclenché par l’absence d’écoute des papes précédents. Ainsi exiger l’obéissance peut conduire au schisme. Comment ne pas s’interroger sur l’incapacité de l’épiscopat à prendre la mesure de la situation et entendre la plainte de nombreux fidèles ? Par aveuglement et attentisme, par manque de courage vis-à-vis de Rome qui les écouterait peut-être s’ils se risquaient à parler librement. Si faire vivre le pluralisme parmi les catholiques leur est réellement impossible alors, de fait, il est à craindre que contrairement à ce qui s’est passé au cours des dernières décennies, la volonté d’un certain nombre de laïcs d’assumer les promesses de leur baptême ne les conduise à une forme de dissidence. J’ai conscience d’avoir écrit là le papier le plus difficile depuis l’ouverture de mon blog, il y a dix ans. Parce qu’Anne Soupa est une amie et que je partage son combat pour la reconnaissance de la place des femmes dans l’Eglise. Parce que l’enjeu mis à nu par ce livre me semble crucial qui ouvre sur l’hypothèse de possibles dissidences, par fidélité à l’Evangile. Devais-je alors me taire et faire l’impasse sur sa recension ? Notre Eglise se délite sous nos yeux de l’accumulation de tant de non dits. J’imagine que cette recension (comme d’autres antérieures, d’ailleurs) pourra déplaire à certains qui estimeront que je vais au-delà de ce qu’on peut attendre de la présentation « objective » d’un ouvrage. Je ne consacrerais pas autant de travail à un livre si je n’avais pour le texte et son auteur estime et respect. Mais peut-on parler d’un livre qui ambitionne d’ouvrir le débat… sans le mettre lui-même en débat ?

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