Anna Karina, figure emblématique de la Nouvelle Vague, a marqué le cinéma français par son talent et sa présence unique. Cet article explore son parcours cinématographique en mettant en lumière les thèmes de la maternité, de la fémininité et de l'évolution de la femme dans la société, tels qu'ils sont reflétés dans ses films.

L'Influence de Godard et la Nouvelle Vague

La collaboration entre Anna Karina et Jean-Luc Godard est l'un des piliers de sa carrière. Ensemble, ils ont créé des œuvres novatrices qui ont redéfini le langage cinématographique. Des films tels que « Vivre sa vie », « Pierrot le fou » et « Une femme est une femme » sont devenus des classiques, explorant les thèmes de l'amour, de la liberté et de la condition féminine avec une approche audacieuse et expérimentale.

« Vivre sa vie » : Un Portrait de la Femme Moderne

Dans « Vivre sa vie », Anna Karina incarne Nana, une jeune femme qui se prostitue pour gagner sa vie. Le film, divisé en douze chapitres, suit le parcours de Nana à travers les rues de Paris, explorant les thèmes de la liberté, de la responsabilité et de l'aliénation. Godard filme le visage d'Anna Karina avec une intensité particulière, capturant sa vulnérabilité et sa mélancolie.

Le film utilise des plans de dos pour mettre le spectateur à la place des personnages, les rendant universels. Anna Karina est bouleversante dans le rôle de cette jeune femme, perdue dans les méandres de son existence. Godard filme davantage le visage d’Anna Karina que celui de Nana ; la caméra l’observe tendrement au travers de nombreux gros plans. Nana arbore un visage neutre mais d’une extrême mélancolie, comme si elle appelait constamment le regard du cinéaste et des spectateurs. Une double mise en abîme se crée alors, fusionnant le personnage avec son actrice.

Godard s’intéresse aux mots. Il les façonne, les manipule, jusqu’à arriver à les transformer en poésie ou à les retranscrire par la littérature. C’est pour cette raison que de nombreux ouvrages sont présents dans ses films (ici, nous retrouvons dans le dernier chapitre les Œuvres complètes d’Edgar Allan Poe). Pour autant, la parole et le silence ne peuvent vivre l’un sans l’autre, comme l’affirme l’homme du chapitre 11. « Quand on parle, c’est une autre vie que quand on ne parle pas » dit-il simplement, avant d’ajouter : « On va du silence à la parole … parce que c’est le mouvement de la vie ». En définitive, Jean-Luc Godard nous aide à mieux comprendre l’existence pour mieux s’en détacher.

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« Une femme est une femme » : Désir de Maternité et Comédie Musicale

« Une femme est une femme » offre une perspective différente sur la féminité et le désir de maternité. Anna Karina y incarne une strip-teaseuse rousse qui rêve d'avoir un enfant. Le film, un pastiche pétillant de comédie musicale, explore les relations amoureuses et les contradictions de la vie de couple avec légèreté et humour.

Pendant le tournage, Anna, qui joue une femme habitée par le désir de maternité, tombe enceinte. Elle fait une fausse couche peu après.

La Maternité : Un Thème Récurrent

Bien que la maternité ne soit pas toujours un thème central dans les films d'Anna Karina, elle est souvent présente en filigrane, reflétant les préoccupations et les aspirations des femmes de son époque. Dans certains films, comme « Une femme est une femme », le désir d'avoir un enfant est un moteur important de l'action. Dans d'autres, comme « Julie (en 12 chapitres) », l'absence de désir de maternité est un élément clé de la personnalité du personnage principal.

« Julie (en 12 chapitres) » : Exploration des Doutes et des Rêves

« Ça a débuté presque comme une thérapie : de quoi ai-je envie de parler maintenant ? J’ai passé les 40 ans, j’ai vu mes amis vivre toutes sortes de relations de couple et j’ai ressenti le désir de parler d’amour, et de l’écart entre le fantasme de la vie que nous aurions rêvé de mener et la réalité de ce que sont nos vies ». Voilà comment Joachim Trier s’est lancé dans Julie (en 12 chapitres) : avec cette volonté de dire les doutes, les rencontres et les rêves (les brisés, les fous, les trop grands, les devenus réalité pourquoi pas) qui jalonnent et (dé)construisent nos existences. Pour ça, Trier fait comme chez Godard (et l’on sait quelle place tient la Nouvelle vague dans le cœur de Trier) quand il filma, en douze tableaux, Anna Karina dans Vivre sa vie. Et Trier de la regarder, de l’accompagner dans ses révoltes, ses questionnements et ses contradictions, faisant d’elle le vecteur idéal pour aborder des thèmes aussi différents que la relation amoureuse, la fidélité, la maternité (ou plutôt cette absence de désir d’avoir des enfants), la famille, le féminisme, le couple ou encore le passage à l’âge adulte.

Julie, trentenaire vendeuse en librairie qui rencontre Askel, auteur de BD de quarante-quatre ans, et qui s’installe chez lui. Il veut des enfants, elle n’en veut pas ; il est célèbre, elle vit dans son ombre ; il est stable, elle ne sait pas encore où aller dans sa vie. Ou comment y aller. Et puis elle croise Eivind (leur longue scène de drague/non-drague, élégante et facétieuse, est un modèle de jeu et de leçons de séduction) à une fête de mariage à laquelle elle s’est incrustée, et tout se chamboule. Il est jeune comme elle, il a déjà quelqu’un comme elle, il ne veut pas d’enfants comme elle et il vivote comme elle. Alors on fait quoi ? Si bien que le film n’est jamais loin de flirter avec une sorte d’anecdotique (on a connu Trier et Eskil Vogt, son fidèle coscénariste, plus pertinents dans leur approche psychologique d’un certain mal-être générationnel), justifiant parfois cette impression de ne voir en Julie qu’une énième Bridget Jones aux prises avec ses aspirations (changeantes), ses sentiments (changeants aussi) et son impossibilité à faire les bons choix, ou tout simplement à en faire. On aura le droit de trouver le matériau narratif qui sert à ce changement de ton (et de point de vue, passant de Julie à Askel) un rien forcé et arrangeant, déboulant inopinément pour servir Trier dans son envie de mêler la fantaisie au tragique et de parler, comme un rajout de dernière minute, comme un oubli que l’on cherche, en catastrophe, à rattraper, de l’accomplissement d’une vie, de ce qu’il en restera pour soi ou pour les autres, et du sens à y donner ou que l’on aurait souhaité y donner.

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Au-Delà de Godard : Une Carrière Diversifiée

Bien que sa collaboration avec Godard soit la plus connue, Anna Karina a également travaillé avec d'autres réalisateurs importants de la Nouvelle Vague, tels que Jacques Rivette, Agnès Varda et Roger Vadim. Elle a également mené une carrière de chanteuse et de réalisatrice, démontrant sa polyvalence artistique.

« Bande à part » : L'Improvisation et la Liberté

Dans « Bande à part », réalisé par Godard, Anna Karina incarne Odile, une jeune femme indécise et rêveuse. Le film, un mélange de film noir et de comédie, est marqué par son style improvisé et sa liberté de ton.

Finalement l’un d’entre eux mourra (Arthur), ce qui lui évitera toute décision. Elle partira avec l’autre (Franz), comme si de rien n’était. Le fait qu’Odile soit interprétée par Anna Karina, compagne du réalisateur, fait d’elle le principal personnage du film : celui (ou celle) qui incarne la mise en suspens, l’indétermination, l’improvisation, la possibilité, à chaque instant, de prendre un tout autre chemin. Il en va ainsi du film : il commence et finit par hasard.

Le film défie toute logique, toute cohérence, tout équilibre des causes et des effets qui pourraient fonctionner comme condition de crédibilité. Il se moque de la vraisemblance en multipliant les scènes sans rapport avec le récit : la course dans le Louvre pour le visiter en moins de 9 minutes 45 (en réalité 24 secondes, record mondial), la danse Madison du trio dans un café, la circulation anarchique en Simca décapotable entre Joinville et Paris, la chanson d’Anna Karina dans le métro (tirée d’un texte d’Aragon sur une musique de Jean Ferrat, J’entends, j’entends), le duel final où les acteurs font semblant de mourir, comme Arthur au début du film, une minute de silence dans laquelle tous les bruits ambiants sont coupés, le long extrait de Roméo et Juliette pendant le cours d’anglais. Ce sont ces scènes qui sont devenues, comme on dit, iconiques, c’est-à-dire mémorisées comme telles. Elles n’ont aucune justification, ne servent à rien sauf à manifester la liberté absolue de l’auteur, l’absence totale de considération pour l’intrigue, le pitch.

Héritage et Influence

Anna Karina a laissé une marque indélébile sur le cinéma français et international. Son style unique, son talent d'actrice et son esprit libre ont inspiré de nombreuses générations de cinéastes et d'artistes. Elle restera à jamais une icône de la Nouvelle Vague et une figure emblématique de la fémininité moderne.

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Hommages et Reconnaissance

De nombreux hommages ont été rendus à Anna Karina après sa disparition en 2019. Des cycles de films ont été organisés, des articles ont été publiés et des expositions ont été consacrées à sa carrière. Son influence continue de se faire sentir dans le cinéma contemporain, témoignant de son importance et de son impact durable.

En 2016, Arte rendait hommage à travers un cycle à l’actrice décédée samedi 14 décembre. Le Festival de Cannes 2018 l’avait placée en haut de son affiche.

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