L'objectif de cet article est d'analyser les raisons de l'émergence de la Turquie comme référence, voire modèle, pour les pays touchés par le Printemps arabe. Nous examinerons le nouveau rôle géopolitique de la Turquie, décrit comme un processus d'émancipation par rapport aux politiques occidentales et d'affirmation en tant qu'acteur régional. La visibilité de la Turquie au Moyen-Orient découle de cette légitimité acquise, et sa singularité réside dans sa capacité démocratique à incorporer le référent islamique.
La Turquie et le Printemps Arabe : Un Nouveau Paradigme ?
Depuis l'arrivée au pouvoir de l'AKP en 2002, la Turquie a répondu à certains fondamentaux. Cependant, les évolutions du « Printemps arabe » ont mis en perspective la nécessité pour la diplomatie turque de développer une réponse adéquate à ces événements. La question se pose de savoir si le Printemps arabe représente une ébullition ou un tarissement de la « source d'inspiration » turque.
Israël Face aux Révoltes Arabes : Raidissement ou Ouvertures ?
Les récentes révoltes arabes ont surpris la communauté internationale, y compris Israël. Bien qu'en principe bien informé des évolutions de ses voisins, Israël n'a pas anticipé ces bouleversements. L'attitude d'Israël, acteur incontournable de toute perspective de paix ou de stabilité régionale, est cruciale. Trois types de réactions sont possibles :
- Raidissement : La coalition ultranationaliste pourrait profiter de l'affaiblissement de certains alliés de l'Iran pour attaquer ses sites nucléaires et accélérer la colonisation.
- Ouverture : Tel-Aviv pourrait accompagner positivement les événements en relançant des négociations aboutissant à un État palestinien authentique, favorisant un climat régional pacifié.
Il est paradoxal qu'Israël, « la seule démocratie du Moyen-Orient », ait fait preuve de méfiance envers le Printemps arabe. Les révolutions de 2011 n'ont pas été anticipées, même si la population se réjouit de la chute de tyrans anti-israéliens. Cependant, l'instabilité et la montée en puissance des islamistes suscitent l'inquiétude.
Le Partenariat Euro-Méditerranéen Face aux Changements Arabes
Face aux changements dans le monde arabe, il est nécessaire de refonder le partenariat euro-méditerranéen et de changer de paradigme. Un bilan objectif du processus de Barcelone depuis 1995 s'impose pour redéfinir une stratégie bipartite. La tâche est difficile, car la rive sud a exprimé une fatigue institutionnelle devant l'empilement des projets européens. Il est temps de refonder ce partenariat en mettant l'accent sur la culture et en abandonnant le référentiel méditerranéen.
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L'approche de l'Union européenne (UE) face aux évolutions du « Printemps arabe » a été soulignée. La diplomatie européenne, n'ayant pas été à la hauteur de ses moyens, risque de manquer le tournant des évolutions arabes. Dès le lancement du Processus de Barcelone en 1995, le Partenariat euro-méditerranéen visait à réduire le fossé politique, économique et culturel entre les deux rives de la Méditerranée. Quinze ans plus tard, l'UE a été surprise par les soulèvements arabes, qui se sont emparés d'une souveraineté longtemps confisquée sans recourir à son aide. Aveuglée par le spectre islamiste, l'UE voit sa crédibilité entamée dans le monde arabe, mais le vent de révolte lui donne une chance historique de renouer avec ses valeurs en soutenant les transitions.
Les Soulèvements Arabes : Analyses et Interprétations
Les soulèvements dans le monde arabe n'ont pas été anticipés par les pays occidentaux, qui doivent maintenant analyser les bouleversements, en comprendre les causes et les conséquences. Les analyses des révoltes en cours dans le monde arabe ont du mal à s'abstraire d'un certain européocentrisme ou de référents historiques trop peu opérants. Bien que porteurs de nouveauté, ces révoltes s'inscrivent dans la longue généalogie des mouvements politiques et sociaux.
Les révolutions en cours dans le monde arabe ont suscité un débat sur l'attitude des intellectuels occidentaux, dont la timidité des réactions au moment des épisodes tunisien et égyptien a soulevé des questions. La France s'est longtemps caractérisée par un « pragmatisme » dans son approche des affaires du Moyen-Orient. Le « Printemps arabe » a souligné les contradictions de la diplomatie française puis ses tentatives de rattrapage.
Le « Printemps arabe » a coïncidé avec l'Administration démocrate du président Barack Obama. Après son discours du Caire, qui se voulait ouvert et pragmatique, et à un moment où les intérêts américains au Moyen-Orient sont en jeu, le chef d'État américain a dû parfois reconsidérer ses jugements. Dans ce discours, Obama appelait à mettre un terme « au cycle de suspicion et de discorde » entre les États-Unis et les sociétés plurielles islamiques. Soulignant que les tensions du présent « étaient enracinées dans des forces historiques » telles que le colonialisme et la guerre froide, il en appelait à un « effort soutenu d'écoute (…) et de respect mutuel ». Les États-Unis tentent de s'adapter aux révolutions démocratiques arabes afin de préserver leurs positions. Surprise par l'ampleur et par la rapidité des révolutions, l'Administration Obama a réagi au cas par cas, de façon pragmatique et conformément aux intérêts américains.
Le Cas Algérien : Entre Émeutes et Refus du Changement
L'Algérie a connu des émeutes nationales au début du mois de janvier 2011 puis, dans le contexte du « Printemps arabe », plusieurs membres de la société civile et des personnalités historiques ont défendu la perspective d'un changement pacifique du système politique algérien. Malgré la levée de l'état d'urgence intervenue fin février, le régime algérien ne montre aucune velléité de changement en profondeur. Les revendications nationales portées par la jeunesse et les foules des pays arabes renouvellent de façon magistrale les horizons politiques et citoyens en montrant les limites structurelles de la croyance et de la capacité à gouverner de régimes corrompus et paternalistes. Face à cette lame de fond, les Algériens expriment de façon grandissante leur refus d'un pouvoir bipolaire dans lequel l'armée joue un rôle pivot.
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Créée le 21 janvier 2011, la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) appelle à un rassemblement des forces pour dénoncer la répression. De janvier à juin 2011, des centaines de personnes se rassemblent à Alger pour réclamer la « chute du régime », bravant ainsi l'interdiction de manifester dans la capitale. Ces actions se heurtent à une faible mobilisation, qui contraste avec l'ampleur et la récurrence des protestations sectorielles.
La Révolution Égyptienne : Coalition Hétéroclite et Autonomisation de la Société Civile
La révolte égyptienne de janvier-février 2011 a été impulsée puis menée par une coalition hétéroclite de forces sociales et politiques. Ce rassemblement est l'aboutissement d'un processus nourri depuis les années 1970 : la constitution et le renforcement d'une opposition égyptienne, dont le spectre s'étend de la gauche « progressiste » aux Frères musulmans et qui partage des mots d'ordre largement empruntés à l'arsenal conceptuel socialiste. Les concepts anti-impérialistes sont peu à peu réappropriés par une partie de l'opposition, qui les intègre à un discours aussi bien « progressiste » qu'islamiste. Malgré son caractère hétérogène, cette dernière adopte la stratégie du rassemblement à plusieurs reprises, entre les années 1970 et 2011, pour former un front uni contre le régime. Communistes et islamistes, privés de statut légal, rivalisent pour le contrôle des espaces de mobilisation, comme les universités.
La révolution égyptienne n'a pas emprunté son discours et ses pratiques à ceux du mouvement islamiste. Dès l'année 2005, un processus d'autonomisation de la société civile vis-à-vis de l'État était apparu avec la montée des protestations politiques et sociales, adossée à un processus de démonopolisation du champ médiatique. La révolution initiée par la jeunesse égyptienne participe de cet essor de la société civile, qui peut faire contrepoids aux limites des formes classiques de représentation politique. Un nouveau chemin a été tracé depuis le milieu des années 2000, qui, entre répression, allégeance et aspirations au respect des droits des travailleurs, amène à penser la convergence des luttes de février 2011.
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