André Kaspi, né le 15 octobre 1937 à Béziers, est un historien français spécialiste des États-Unis. Ancien élève du lycée Henri-IV et agrégé d'histoire en 1961, il a enseigné l'histoire de l'Amérique du Nord à la Sorbonne de 1998 à 2006. Parallèlement, il a dirigé le Centre de Recherches d'Histoire nord-américaine et a exercé plusieurs activités au sein du CNRS. Il a pris sa retraite universitaire en 2006. Son œuvre prolifique comprend plus d'une vingtaine d'ouvrages, dont une biographie de Franklin Roosevelt (1986), plusieurs livres sur John Kennedy, une étude sur "La Peine de mort aux États-Unis" et une autre, très remarquée, sur "Les Juifs américains" (2008). Il a également présidé l'association des amis de l'historien Jules Isaac, auquel il a consacré un ouvrage en 2002.

L'influence de Jules Isaac

L'article source met en lumière l'importance de Jules Isaac, professeur d'histoire, dans la formation de générations d'élèves et de professeurs en France. De 1920 à 1970, Isaac, aux côtés d'Albert Malet et, dans une certaine mesure, d'Ernest Lavisse et Vidal de La Blache, a forgé une vision du monde et une conscience historique. Kaspi souligne l'importance de Jules Isaac, en tant que figure centrale de l'historiographie française du XXe siècle, notamment à travers son travail sur les manuels scolaires.

La collaboration Malet-Isaac

Jules Isaac est entré dans le monde des manuels scolaires par hasard. D'abord chargé par Hachette d'écrire des résumés aide-mémoire, il a ensuite adapté le cours d'Albert Malet. Bien que les deux hommes soient considérés comme coauteurs, Kaspi souligne qu'ils se connaissaient peu et ne collaboraient pas vraiment. Jules Isaac a accepté de succéder à Malet après les atermoiements de son éditeur.

Les sept volumes du cours Malet-Isaac, publiés de 1923 à 1930, ont été corédigés avec un enseignant pour accompagner le nouveau cursus des élèves. Jules Isaac avait un projet pédagogique : familiariser les élèves à la méthodologie historique en fournissant textes et documents, développer leur réflexion historique et leur esprit critique, y compris sur des thèmes brûlants comme la guerre de 1914. Il a innové en permanence, avec de nombreuses illustrations et des thèmes peu abordés jusqu'ici, comme la science et la « révolution économique ».

Kaspi qualifie ce manuel de « républicain, laïc, de centre-gauche ». Jules Isaac était un pur produit de ce qu'on appelait alors les « Français israélites », bourgeois, républicains et patriotes.

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Jules Isaac : Un parcours personnel et intellectuel

Jules Isaac est né à Rennes le 18 novembre 1877 dans une famille de militaires. Son père était lieutenant-colonel d'artillerie et sa mère était alsacienne. Orphelin à treize ans, il a rencontré Charles Péguy au lycée Lakanal et a participé à la création des « Cahiers de la quinzaine ». Il a choisi l'enseignement et a obtenu l'agrégation d'histoire en 1902.

Blessé à Verdun en 1917, la guerre a été pour lui une expérience majeure. Il s'est interrogé toute sa vie sur les dangers d'une « science homicide ». Parallèlement à la rédaction des manuels, Jules Isaac est devenu « l'un des historiens de la Grande Guerre », selon Kaspi. En 1933, il a publié « Un débat historique : le problème des origines de la guerre », mettant en cause l'empire tsariste et soulignant la responsabilité indirecte de la France. Cette thèse lui a fermé les portes de l'enseignement supérieur.

En 1936, il est nommé inspecteur général de l'instruction publique. Pendant cette période, il a milité à la Ligue des droits de l'homme et du citoyen et au Comité de vigilance des intellectuels antifascistes.

L'épreuve de Vichy et l'engagement spirituel

La guerre et l'Occupation ont bouleversé la vie de Jules Isaac. En 1940, il a été révoqué en application du premier statut des Juifs. Il a été relégué dans « une catégorie nouvelle, infamante, de pestiférés, de lépreux ».

Pendant l'Occupation, il s'est attelé à la lecture des Évangiles, convaincu des racines chrétiennes de l'antijudaïsme. Il a décidé de montrer « les racines juives du message évangélique ». Sa famille a été arrêtée par la Gestapo et seul son fils cadet, Jean-Claude, est revenu d'Auschwitz. Jules Isaac a achevé dans la douleur son livre sur le christianisme ancien, « Jésus et Israël », publié en 1948.

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Avec ses amis catholiques, protestants et orthodoxes, cet agnostique a organisé en 1947 la conférence de Seeligsberg, prélude de l'Amitié judéo-chrétienne. De ses entretiens avec Pie XII et Jean XXIII sont sorties des modifications de la liturgie pascale.

Jules Isaac est mort le 5 septembre 1963.

Paulette Lévi : Un sacrifice héroïque

L'article évoque également Paulette Lévi, cousine germaine de la mère de l'auteur, Simone Crémieux. Paulette Lévi était institutrice et directrice d'un orphelinat de l'UGIF à La Varenne. Elle a été arrêtée lors de la rafle du 22 juillet 1944 et déportée à Auschwitz, où elle est morte avec les enfants dont elle avait la charge.

Un dévouement sans faille

Paulette Lévi est décrite comme une personne « intègre » et « très légaliste ». Malgré les avertissements d'une rafle imminente, elle est restée à son poste pour ne pas abandonner les enfants. Elle a même refusé de les cacher, pensant qu'ils ne risquaient rien parce qu'ils étaient français.

Son courage et son dévouement sont salués par ses collègues et les anciens de l'orphelinat. Elle est décrite comme une sainte par l'une de ses collègues catholiques. Son sacrifice est un témoignage de l'horreur de la Shoah et de la nécessité de se souvenir.

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Le contexte de l'arrestation

La rafle de la pension Zysman a eu lieu dans la nuit du 21 au 22 juillet 1944. Quelques enfants « libres » avaient été évacués la veille. Louise Zysman avait prévenu Paulette de la rafle, mais Paulette ne l'a pas crue, rassurée par l'UGIF.

L'arrestation a été faite par des Allemands en uniformes et des civils à leurs ordres. Le transport a eu lieu par autobus. Rien de particulier ne s'est passé à Drancy. Denise Holstein, arrêtée à l'orphelinat, a raconté comment elle avait évité l'exécution immédiate à Auschwitz en abandonnant l'enfant qu'elle tenait par la main.

Les Juifs américains : Un ouvrage d'André Kaspi

L'article mentionne également l'ouvrage d'André Kaspi, "Les Juifs américains". Ce livre retrace l'histoire des Juifs américains, de leur arrivée en 1654 à nos jours. Il explore leur contribution à la société américaine et les défis auxquels ils ont été confrontés.

André Kaspi : Un historien engagé

André Kaspi est un historien engagé, dont l'œuvre est marquée par la rigueur scientifique et la sensibilité humaine. Il a contribué à la compréhension de l'histoire des États-Unis et de la Shoah. Son travail sur Jules Isaac et Paulette Lévi est un témoignage de son intérêt pour les figures qui ont marqué l'histoire de la France et du judaïsme.

Bibliographie sélective d'André Kaspi

  • L'indépendance américaine, 1763-1789 . Gallimard, 1976.
  • Les Américains. Les États-Unis de 1607 à nos jours. Seuil, 1986.
  • Franklin Roosevelt. Fayard, 1988.
  • Les Juifs pendant l'Occupation. Seuil, 1991.
  • La Guerre de Sécession : Les États désunis. Gallimard, 1992.
  • Kennedy : les mille jours d'un président. Armand Colin, 1993.
  • Les États-Unis au temps de la prospérité, 1919-1929. Hachette, 1994.
  • Jules Isaac. Omnibus, 2002.
  • Libération de la France. Librairie Académique Perrin, 2004.
  • Les États-Unis d'aujourd'hui, Librairie Académique Perrin, 2004.
  • John F. Kennedy : Une famille, un président, un mythe. Complexe, 2007.
  • Comprendre les États-Unis d'aujourd'hui. Tempus, 2008.
  • Les Juifs américains . Plon, 2008.
  • Les présidents américains (en collaboration avec Hélène Harter). Tallandier, 2012

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