Une douce odeur de bébé flotte dans la pouponnière, où huit nouveau-nés dorment profondément dans leurs berceaux en fer parfaitement alignés. Cette scène paisible est le quotidien de la crèche Enfants Jésus à Bethléem, un lieu chargé d'histoire et de dévouement. Depuis plus d'un siècle, cette institution a été un refuge pour les enfants abandonnés, offrant un havre de sécurité et d'amour dans un contexte souvent difficile.

Les Origines : Un Appel à la Charité Face à l'Abandon

Tout a commencé en 1885, lorsque les Filles de la Charité de Saint-Vincent de Paul, répondant à un appel de l’évêque de Bethléem, s’installent dans la ville de naissance de Jésus pour y ouvrir un dispensaire. Initialement destinées aux soins des malades, elles se retrouvent confrontées à un phénomène d’une autre ampleur : l’abandon d’enfants. Ne pouvant se résoudre à laisser ces bébés, parfois âgés d’à peine quelques jours, devant leur porte, elles les recueillent, posant les bases de ce qui deviendra le seul orphelinat de nouveau-nés de Palestine.

Sœur Denise, la directrice de la crèche, témoigne : “Ce petit, on nous l’a laissé à la fin du mois d’août. On l’a retrouvé devant notre porte, dans un sac, avec du lait, quelques affaires et un peu d’argent”. Cette histoire, bien que touchante, n'est qu'un exemple parmi tant d'autres qui se sont répétés au fil des décennies.

Un Refuge pour les "Enfants de la Honte"

Aujourd'hui, les bébés trouvés sont désormais une minorité. Mais les cas sociaux et les filles-mères qui laissent leurs nouveau-nés après avoir accouché dans l’hôpital à côté sont de plus en plus nombreux”, regrette sœur Denise, qui recueille entre 15 et 20 de ces “enfants de la honte” tous les ans. Ces enfants sont souvent issus de viols, de relations incestueuses ou hors-mariage, des naissances considérées comme un déshonneur dans les familles arabes. Dans certains cas extrêmes, les familles vont parfois jusqu’à tuer mère et bébé pour laver la faute commise.

Malgré les circonstances tragiques de leur abandon, les Filles de la Charité s'efforcent de créer un environnement chaleureux et stimulant pour ces enfants. Les pleurs se mêlent aux rires dans la galerie où des bambins d’un an transforment leur youpala en auto-tamponneuses en attendant de recevoir leur goûter. Ils sont une cinquantaine à vivre les six premières années de leur vie dans ces couloirs et à faire résonner la grande maison de leurs gazouillis. “Ils nous viennent de tous les points de Palestine”, relate Sœur Mayaud, ancienne directrice de l’établissement dans un courrier de 1922 publié dans le bulletin de l’Œuvre des Écoles d’Orient la même année.

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Les Défis et les Besoins de la Crèche

La crèche Enfants Jésus a toujours fonctionné grâce aux dons de particuliers. Les lettres qui partaient annuellement de Bethléem vers le siège parisien de l’Œuvre d’Orient témoignent d’un dénuement proche de la pauvreté. “Nous vivons vraiment en « Église des pauvres »”, raconte sœur Simon dans un courrier daté de 1965. Elle exprime son désir d'améliorer les services, de séparer les plus grands des plus petits, de mieux les nourrir et d'éduquer les plus grands.

Grâce aux dons et aux financements de projets structurants, les Filles de la Charité, qui s’occupent de la crèche avec l’aide d’une vingtaine de travailleurs sociaux, sont parvenues à se focaliser sur d’autres besoins que ceux de première nécessité. Ainsi, en plus de leur offrir sécurité et éducation, elles tentent de minimiser les conséquences du traumatisme psychologique de la séparation ou du rejet dont ils ont été victimes. Sous la houlette de sœur Denise, la crèche a embauché un psychologue et un psychomotricien. Un suivi indispensable à ses yeux : “Les événements vécus par ces enfants les rendent souvent difficiles. Ils accusent aussi du retard, que ça soit au niveau du langage ou du développement moteur”, explique la directrice.

L'Évolution des Pratiques et la Baisse de la Mortalité Infantile

En 140 ans d’accueil d’enfants abandonnés, la crèche peut se targuer d’avoir vu le taux de mortalité réduire considérablement. Dans les années 1920-1930, un enfant sur deux ne survivait pas à sa première année à l’orphelinat. “Sur les 71 reçus depuis le 1er janvier, seul la moitié ont résisté et vivent, écrit sœur Mayaud en novembre 1926. Si elle est reconnue par les œuvres sociales de Palestine depuis 1905, et travaille main dans la main avec les services sociaux de l’Autorité palestinienne, la crèche de Bethléem ne reçoit d’elle aucune subvention.

Cette amélioration significative est le résultat des efforts constants des Filles de la Charité pour améliorer les soins et les conditions de vie des enfants. Elles ont su adapter leurs pratiques aux connaissances médicales modernes et aux besoins spécifiques de chaque enfant.

Le Devenir des Enfants : Entre Familles d'Accueil et Villages d'Enfants

Passé leur sixième année, les enfants sont hébergés par l’ONG SOS Village d’enfants. D’autres sont accueillis dans des familles musulmanes qui deviennent leur tuteur. Mais aucun ne peut être candidat à l’adoption plénière depuis une loi passée en 2004 par le gouvernement palestinien. Malgré l'absence d'adoption plénière, les enfants trouvent un foyer et un accompagnement pour grandir et s'épanouir.

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Sœur Denise se souvient de chaque enfant, de chaque histoire. “Aucune maman ne rejette son enfant facilement. Les moyens de communication modernes permettent à certaines d’entre elles de maintenir un lien, même ténu. “Une jeune maman aveugle avait appelé quelques jours après son accouchement pour savoir si sa fille était atteinte du même mal”, se souvient sœur Denise. Chaque nom, chaque visage, chaque histoire reste gravée dans sa mémoire. Elle sourit : “Le bébé se portait comme un charme.”

L'Accouchement à l'Époque de Jésus : Un Contexte Historique

Chaque année, les chrétiens du monde entier célèbrent l'histoire traditionnelle de la naissance de Jésus par des représentations de la Nativité et des festivités de Noël. L'événement est décrit dans l’Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc selon lequel Marie « enfanta son fils premier-né, l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu’ils manquaient de place dans la salle ». Cependant, le récit biblique ne contient pas de détails précis sur l'accouchement de Marie, laissant donc les chercheurs se tourner vers d’autres sources.

Les naissances contemporaines dans la Rome antique fournissent des informations intéressantes sur les pratiques de l'époque, y compris certaines mesures d’hygiène qui pourraient paraître surprenantes pour cette période et qui ont toujours cours aujourd'hui. Les spécialistes de la Bible situent la naissance de Jésus entre 6 et 4 avant notre ère, lorsque la Judée et Bethléem faisaient partie de l'Empire romain.

Dans la Rome antique, ce sont les femmes qui assistaient à l'accouchement, avec l'aide de voisines, de parentes, d'amies et d'esclaves, en fonction de leurs ressources et de leur statut social, indique Anna Bonnell Freidin, historienne à l'université du Michigan et autrice de l'ouvrage « Birthing Romans: Childbearing and Its Risks in Imperial Rome ».« Si vous regardez les quelques images d'accouchement de l'Empire romain, vous remarquerez que les scènes mettent souvent l'accent sur une communauté de femmes. Je pense que cette perspective est absolument essentielle pour comprendre la nature sociale de l'accouchement dans le monde romain », explique l’historienne.

Pour les familles qui pouvaient s’offrir leurs compétences, les sages-femmes de l'époque étaient souvent des personnes de sexe féminin qui dispensaient des soins médicaux courants aux femmes et aux enfants. Dans les villes de l'Empire romain, existaient également des sages-femmes d'élite éduquées, ajoute-t-elle.

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L'Empire romain antique était vaste et, bien que chaque province soit tenue d'adhérer au droit romain, les usages culturels ou religieux spécifiques à ce peuple n'étaient généralement pas imposés aux communautés. Par conséquent, les pratiques entourant l'accouchement et les coutumes précédant la naissance pouvaient différer. Avant cette dernière, les futurs parents pouvaient vénérer différentes divinités ou offrir des sacrifices divers en fonction de leur religion. Les mères juives, comme Marie, auraient également fait appel à une sage-femme juive lorsque la famille en avait les moyens en raison de l'antisémitisme de l'époque et des inquiétudes liées à la santé de la mère et du bébé, explique Tara Mulder, historienne à l'université de la Colombie-Britannique.

Les sages-femmes étaient même considérées comme des expertes dans le système juridique romain, bien qu’officiellement aucun diplôme ou aucune supervision de celles-ci ou des médecins n’existait, précise Tara Mulder. En cas de litige sur des questions telles que la pension alimentaire, par exemple, les sages-femmes étaient appelées à témoigner en tant qu'expertes quant au fait qu’une femme ait réellement été enceinte ou avait bien accouché.

Il était conseillé aux sages-femmes de l'époque de garder les ongles courts, de se laver les mains et d'adopter certaines pratiques pour les accouchements qui sont toujours d'actualité dans les hôpitaux et à domicile.

L'essentiel de ce que les historiens savent provient de l'art funéraire et des épigraphes, ainsi que de la correspondance et des textes médicaux de l'époque. « Maladies des femmes », la collection de livres la plus complète de cette époque sur l'accouchement, a été rédigée par le médecin et auteur médical Soranos d'Éphèse qui a compilé les connaissances des sages-femmes de ce temps et y a ajouté ses propres idées. On ignore toujours si celles-ci ont écrit leurs propres ouvrages car aucun de ces textes, s'ils existent, n'a encore été découvert.

Certains des soins prénatals incluent des pratiques d'hygiène alors que d'autres mettent en danger la mère et le fœtus. Les directives de Soranos d'Éphèse, par exemple, indiquent qu'au cours du huitième mois de grossesse, les sages-femmes doivent aider les futures mères à détendre leurs organes génitaux en ayant recours à des « suppositoires vaginaux » faits à base de graisse d'oie et de moelle, ainsi qu’en leur administrant des injections d'huile d'olive sucrée. D’un point du vue moderne, le fait qu’il soit précisé dans le texte que les huiles appliquées à la future mère doivent être propres et non réutilisées après la cuisine n'est peut-être pas très rassurant.

D'une manière générale, constate Tara Mulder, il est suggéré à de nombreuses reprises d'insérer des matériaux et instruments, ce qui aurait augmenté le risque d'infection. Par ailleurs, bien que Soranos d'Éphèse mentionne le lavage des mains dans ses textes, il n’est pas précisé de quoi il est exactement question : de les rincer simplement, d’utiliser du savon ou encore de les savonner avec de l'huile en désincrustant la saleté.

Selon Soranos d'Éphèse, la sage-femme idéale devait savoir lire et écrire, être dotée d’une bonne mémoire, être respectable, être robuste et posséder de longs doigts fins avec des ongles courts.

Dans l'idéal, trois auxiliaires féminines étaient présentes pour assister l'accouchement, deux aux côtés de la mère et une derrière elle pour la tenir et l'aider à supporter la douleur.

Toutes effectuaient différentes tâches comme l’aider à maîtriser sa respiration et faire en sorte qu’elle soit aussi bien installée que possible. Dans ses écrits, Soranos d'Éphèse indique que, pour un « travail normal », une sage-femme doit avoir à portée de main le matériel suivant : de l'huile d'olive, de l'eau chaude, des bandages et des substances odorantes pour faire revenir à elle la future mère. Pendant le travail, il recommande aux femmes enceintes de s'asseoir sur une chaise d’accouchement, soit une chaise spéciale à bords hauts avec une ouverture dans le siège pour faire passer le nouveau-né.

Cependant, si quelque chose venait à mal se passer, un médecin, homme généralement, était appelé. Pourtant, à ce moment-là, il était probable que le fœtus ne puisse être sauvé, le clinicien tentait alors simplement de préserver la vie de la mère, indique Tara Mulder. « Tout ce qui était fait en amont pour faciliter un accouchement difficile était très probablement réalisé par la sage-femme », ajoute-t-elle.

Soranos d'Éphèse a également expliqué comment les nouveau-nés étaient examinés et soignés après leur naissance. Les gestes alors adoptés ressemblaient à de nombreuses pratiques appliquées aujourd’hui. Les sages-femmes déterminaient d'abord le sexe du bébé, évaluaient ensuite sa « vigueur » en fonction de l’intensité de ses premiers cris, puis examinaient ses membres, ses articulations et son état général. Enfin, la sage-femme coupait le cordon ombilical « à une distance de quatre travers de doigt de l'abdomen ».

Par la suite, le bébé était nettoyé avec du sel fin saupoudré, les yeux et la bouche étant soigneusement évités, et rincé à l'eau tiède. Soranos d'Éphèse recommandait de coucher celui-ci sur un matelas creusé, « comme un canal », pour l'empêcher de se retourner, et de placer un oreiller de foin ferme sous sa tête. Il a écrit que la tête devait être légèrement relevée. Il a par ailleurs constaté que certaines personnes avaient placé du « linge de lit de travers » à cette fin, une pratique qui pourrait avoir été reprise dans la description de la crèche de Jésus faite par l’Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc. La mortalité infantile était élevée dans tout l'Empire romain et les enfants considérés par les sages-femmes et les familles comme étant en mauvaise santé étaient parfois laissés à l'extérieur jusqu’à leur mort ou leur adoption. On estime que la mortalité maternelle était peut-être plus de vingt fois supérieure aux taux actuels aux États-Unis, les estimations allant de 500 à 2 000 décès pour 100 000 naissances vivantes. À l’époque, les carences en vitamines et en minéraux étaient particulièrement préoccupantes et potentiellement mortelles. « Nous le constatons dans les études bioarchéologiques, c'est-à-dire l’analyse des restes d'os, de dents et de cheveux de femmes qui venaient d'accoucher », développe Tara Mulder.

Elle ajoute par ailleurs que les femmes tombaient enceintes et accouchaient trop souvent et bien trop jeunes. Le problème était exacerbé par la pratique très répandue consistant à faire appel à une nourrice plutôt qu’à l’allaitement des enfants par leur mère. Bien qu'il soit toujours possible de tomber enceinte en allaitant, l'allaitement maternel exclusif en réduit les chances car le corps peut cesser d'ovuler pendant cette période. Des grossesses répétées avec peu de temps de récupération entre chacune d’elles sont extrêmement éprouvantes pour le corps.

Même si les historiens disposent des textes de Soranos d'Éphèse comme référence, il reste difficile de discerner ce qui constituait des instructions relatives aux meilleures pratiques de l'époque par rapport à ce qui s'est réellement déroulé pour de nombreuses familles à travers l'Empire romain. La petite quantité de correspondances de l'époque qui ont été préservées et les épitaphes antiques brossent un tableau sombre des risques liés à l'accouchement, tant pour les mères que pour les nourrissons, comme le détaille le livre de Anna Bonnell Freidin qui paraîtra au printemps 2024. L'une des femmes sur lesquelles elle se penche dans ce dernier a été mariée à l'âge de onze ans, puis est décédée à vingt-sept ans. Elle avait mis au monde six enfants mais un seul était encore en vie lorsqu'elle mourut.

L'Enfant Jésus à Travers l'Histoire de l'Art

Tour à tour garnement ou enfant sage, bébé joufflu ou petit roi, l’Enfant Jésus apparaît à travers l’Histoire sous des aspects très variés. Les représentations de l’Enfant Jésus sont très diverses à travers les âges. Que cherchent-elles à signifier ?

Les Évangiles sont très discrets sur les premières années de la vie de Jésus, contrairement aux apocryphes qui le présentent comme un garnement : il fait toutes les bêtises possibles, c’est un chef de bande qui court les rues avec les garçons de son âge, qui use et abuse de ses pouvoirs et invente des farces de mauvais goût.

Au Moyen Âge, cette imagerie du diablotin fait place à un Enfant Jésus très hiératique, sur les genoux de sa mère, toujours en position frontale, avec un visage d’adulte sur un corps de petit garçon : c’est le Jésus en majesté, l’Enfant Dieu.

Les apocryphes, comme l’imagerie médiévale, ont voulu exprimer la divinité, que ce soit à travers les démonstrations de force ou à travers l’expression de la sagesse et la gravité.

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