Introduction
L'histoire de l'Anatolie, en particulier l'époque dite « hittite », représente un chapitre significatif de l'histoire du Proche-Orient ancien, précisément au cours du deuxième millénaire avant J.-C. Après la découverte des Hittites, les recherches se sont longtemps concentrées sur le cœur de leur empire. Cependant, les zones périphériques, à l'exception du Sud-Est, émergent progressivement de l'ombre. C'est dans cette optique que s'inscrit l'étude des relations entre l'empire hittite et les entités politiques situées à l'Est, dont le territoire était considéré comme le berceau d'un peuple d'origine encore mal définie : les Arméniens.
Philologie Régionale et Langues
L'étude de la philologie régionale, incluant les langues, est essentielle. Il est important de présenter les écoles de pensée et les méthodes appliquées par les grands savants occidentaux et soviétiques dès le 19ème siècle. Ces efforts visaient à classer ces langues régionales « voisines », bien qu'elles appartiennent à des familles linguistiques différentes.
Géographie Historique de l'Anatolie Orientale
La géographie historique de l'Anatolie orientale, notamment les régions mentionnées dans les sources hittites et arméniennes, est cruciale. Ces régions sont considérées comme le berceau des Arméniens. Le haut plateau arménien, s'étendant de l'Euphrate à l'ouest jusqu'au Karabagh à l'est, définit les limites du peuplement arménien ancien.
Vocabulaire Hittito-Arménien Comparé
L'étude comparée du vocabulaire hittito-arménien révèle des liens potentiels et des influences linguistiques. Un certain nombre d'inscriptions cunéiformes hittites ont été étudiées dans le but de trouver des traces des Proto-Arméniens en Anatolie orientale au deuxième millénaire avant J.-C.
L'Empire Ottoman et l'Anatolie : Une Perspective Historique
Il est important de considérer l'Anatolie dans le contexte de l'Empire Ottoman. La présence ottomane dans les Balkans a créé un lien particulier, sensible dans le discours nationaliste. Les brassages de population entre les deux espaces, commencés dès le XIVe siècle, et la présence d'une importante population d'origine balkanique en Turquie ont consolidé ce lien. La longue présence turque à l'ouest de la mer Égée peut servir à mettre en valeur l'appartenance de la Turquie à l'Europe.
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Ce n'est qu'à partir du début du XVIe siècle, avec le sultan Selim Ier, que la situation entre l'Europe et l'Anatolie se modifie, avec un poids croissant de l'Orient. L'aire ottomane s'étend vers l'est (bataille de Çaldiran, 1514) et le sud-est (bataille de Mardj Dâbîk/Mercidabik, 1516 ; annexion de l'Égypte, 1517). Après avoir repris l'héritage byzantin, l'Empire englobe une grande partie du monde arabe.
Le couple balkano-anatolien est resté le cœur de l'Empire. Les Balkans ont connu la tutelle ottomane aussi tôt et presque aussi longtemps que l'Anatolie. Les provinces arabes apparaissent comme des pièces rapportées. Les cartes des manuels illustrent fortement le retrait ottoman des Balkans au XIXe siècle, soulignant l'enracinement de l'Empire en Europe.
Dans le récit, la péninsule balkanique apparaît comme l'antichambre du déclin, le glacis dont la perte entraîne le repli sur la dernière forteresse, l'Anatolie, la République de Turquie. Lorsque le repli sur l'Anatolie devient effectif, au XXe siècle, les problèmes d'altérité se posent avec une brutalité inouïe, attisés par les nationalismes nés au siècle précédent. Les massacres massifs d'Arméniens et les échanges radicaux de population en sont les effets les plus dramatiques.
L'existence de deux noms pour désigner le pays, - l'un géographique (Anatolie) et l'autre politique (Turquie) - révèle ces problèmes. L'emploi du nom « Anatolie » est presque plus fréquent, dans le discours historique, que celui de « Turquie », qui ne sert, en principe, que pour désigner la République depuis 1923. Cette particularité révèle une dissociation, au moins dans les mots, entre la terre et le peuple qui l'habite, du fait même que cette terre, il y a neuf siècles, n'était pas turque, et, il y a moins d'un siècle encore, était aussi grecque et arménienne.
L'Altérité en Anatolie
Il faut évoquer les cas d'altérités revendiquées, aujourd'hui et massivement, en Anatolie même. Le premier concerne les Alevis, une obédience chiite propre à la Turquie, forte d'au moins dix millions de personnes. Rejetés par les Sunnites, ils sont une composante essentielle de la société turque. L'autre cas est celui des Kurdes, dont l'altérité ethnique et linguistique est de plus en plus revendiquée.
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La Conquête des Balkans : Un Discours Tendu
L'arrivée en Roumélie est décrite en termes régionaux, sans perspective continentale, sans allusion à une quelconque « mission » des Ottomans à étendre le turquisme ou l'islam. Le lieu conquis n'est pas un continent, mais une région, désignée le plus souvent comme la « Roumélie » et non les « Balkans ». L'avancée vers l'ouest est présentée comme un mouvement progressif d'infiltration plutôt que de conquête.
Dans chaque manuel, le court chapitre qui ouvre l'histoire ottomane doit prouver la légitimité de la pénétration turque, et insister sur deux points forts qui serviront d'argumentaire : la protection des populations locales et la justification religieuse de la conquête. Les auteurs veulent faire admettre que la présence ottomane a été désirée, ou au moins bienvenue, dans les Balkans. Le discours s'accompagne aussi des thèmes bien connus qui sont la tolérance, la bienveillance, la justice ottomanes.
La justification religieuse de la conquête reste implicite, exprimée en creux par l'emploi systématique, à propos des coalitions adverses, du mot « croisade ». Accoler systématiquement l'étiquette de « croisés » aux coalitions européennes du Moyen Âge tardif et de la Renaissance contribue à transmettre l'obsession de la croisade aux jeunes, et, inversement, leur perception de la croisade en histoire ne peut être que troublée par l'usage politique du mot.
Génétique et Origines des Arméniens
Les Arméniens, aujourd'hui confinés dans le Caucase, occupaient l'est de l'Anatolie avant d'être déplacés au début du 20ème siècle vers le Caucase entre les mers Noire et Caspienne suite au génocide arménien. Seul un Arménien sur trois habite les terres de l'actuelle République d'Arménie, mais jusqu'en 1920 les Arméniens peuplaient un territoire à cheval entre l'Empire ottoman et la Transcaucasie, cinq à six fois plus vaste que la superficie de l'Arménie actuelle.
Une étude génétique récente a apporté des éclaircissements sur les origines des Arméniens. L'analyse montre une origine dans un mélange de plusieurs populations entre 3000 et 2000 av. JC, une période qui correspond à l'Âge du Bronze. Les signaux de mélanges génétiques disparaissent vers 1200 av. JC, à une époque où les principales civilisations de l'Âge du Bronze de la Méditerranée orientale disparaissent. On trouve ainsi chez les Arméniens et dans d'autres populations isolées du Proche-Orient une forte ascendance partagée avec les premiers fermiers Européens dans des proportions comparables aux Européens actuels, mais non comparables aux populations actuelles du Proche-Orient.
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Exemples de Vies Arméniennes et la Mémoire du Génocide
Les témoignages de descendants d'Arméniens permettent de comprendre l'impact du génocide sur les générations suivantes. Christian Artin, Katia Guiragossian et Serge Avedikian incarnent la mémoire et la quête d'identité liées à cette histoire.
Christian Artin, né en France, a toujours eu une seconde patrie : la mémoire. Il a appris le récit du génocide par les livres et par les silences de son grand-père. Katia Guiragossian a été élevée dans le culte de ses racines arméniennes et du passé résistant de ses ancêtres en France. Serge Avedikian, né en Arménie soviétique, a vécu une triple nostalgie et une quête d'identité complexe.
Izmir : Un Carrefour Culturel et Commercial
Izmir, une cité inclassable, a des origines mixtes. Fondée par des colons grecs, elle est devenue l'une des cités grecques les plus illustres d'Anatolie. Sous l'Empire romain, elle était qualifiée de « joie de l'Asie et joyau de l'Empire ». Après le XVe siècle, elle est devenue une petite ville marchande de l'Empire ottoman.
Sa renaissance est due à sa situation géographique, nichée au bout d'un long golfe. A Izmir s'unissent l'Asie et l'Europe. Le golfe dispose des meilleurs mouillages de la côte. Le nouvel essor de la ville s'explique par le désir des marchands d'échapper aux droits de douane et au contrôle des prix imposés par le gouvernement ottoman.
Dès le début, le commerce extérieur d'Izmir était aux mains des étrangers. L'arrivée de consuls étrangers confirma le statut international de la ville. Izmir était une ville d'églises, de synagogues et de mosquées. Il y régnait une « liberté de religion totale ». La population de la ville était composée de Turcs, de Grecs, d'Arméniens et de Juifs.
Au XIXe siècle, Izmir devint une grande ville grecque, reposant sur le commerce dans l'Empire ottoman. Smyrne était bien gavur Izmir (« Izmir l'infidèle »), comme la nommaient les Turcs. La ville portait en elle les germes de sa propre destruction. Son histoire illustre le caractère nocif du nationalisme et le potentiel sans limites de la sauvagerie humaine.
En 1922, la ville fut incendiée. La plupart des Arméniens et beaucoup de Grecs d'Izmir furent tués. En l'espace d'un mois, la ville changea de caractère.
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