Le prince Alain de Polignac, figure emblématique de l'aristocratie française, s'est éteint le 15 avril 2024 à l'âge de 84 ans. Sa vie, marquée par un héritage familial prestigieux et une contribution significative au monde du champagne, laisse une empreinte indélébile. Cet article explore la vie du prince Alain, son rôle au sein de la Maison Pommery, sa descendance, et l'histoire de la famille de Polignac, une lignée dont les racines plongent au cœur de l'histoire de France.

Un Hommage à un Prince

Le prince Alain de Polignac était connu comme l’ancien chef de la cave de la célèbre maison de champagne Pommery. La maison Pommery a annoncé « la disparition de notre cher prince Alain de Polignac, huitième chef de cave de Pommery et créateur de la cuvée Louise ». Selon l’avis nécrologique paru dans Le Figaro, les funérailles ont été célébrées le jeudi 25 avril en l’église de la Madeleine à Paris.

Généalogie et Héritage Familial

Les Origines de la Maison de Polignac

La Maison de Polignac est une illustre lignée aristocratique française dont l'histoire s'étend sur plusieurs siècles. La lignée des Polignac remonte au Moyen Âge, où elle émerge en tant que puissante famille féodale dans le Velay, en Auvergne. D’abord nommée Chalençon, ce n’est qu’en 1345 qu’elle prend son nom actuel, associé à la forteresse que ses représentants occupaient alors. Surnommés « rois de la Montagne » par le roi François Ier lui-même, en raison de la position stratégique du château, les Polignac rallient Henri IV lors des guerres de religion dans une région acquise pourtant aux Ligueurs. C’est au cours du XVIIe siècle qu’ils décident d’abandonner le château pour celui de Lavoûte-Polignac construit à la demande du vicomte François Armand XVI (1514-1562).

Ascension et Alliances Stratégiques

Au fil des siècles, les Polignac vont progressivement consolider leur position grâce à des alliances matrimoniales. Parmi les membres les plus notables de cette famille, se trouvent le prince Jules de Polignac, arrière-petit-fils d’un neveu du cardinal Mazarin, officier de talent qui fera le choix de l'émigration lors de la Révolution française en 1789. Deux de ses enfants vont marquer de leur empreinte cette période troublée qui précède la proclamation de l’Empire et la Restauration des Bourbons. Proches du comte d’Artois, futur Charles X, le premier, Armand (1771-1847) sera un farouche opposant à Napoléon Ier qui le fera longuement embastiller avant d’atténuer ses conditions de détention (1804-1810). Légitimiste, pair de France, député, il refusera de prêter serment à Louis-Philippe Ier d’Orléans lorsque celui-ci montera sur le trône en 1830 après une révolution qui a chassé Charles X. Le second, Jules (1737-1780), est connu pour avoir été l’intime des enfants de France sous le règne de Louis XVI (sa mère, Gabrielle de Polastron, fut leur gouvernante) et comme le dernier Président du Conseil de Charles X (entre 1829 et 1830).

Titres et Reconnaissances

Ultra-royaliste, profondément catholique (il sera fait prince romain par le pape Pie VII), celui qui à l’origine de la conquête de l’Algérie sera arrêté par les orléanistes alors qu’il tente de rejoindre l’île de Jersey. Mariés deux fois, Jules de Polignac a eu plusieurs enfants, dont le mathématicien Alphonse de Polignac, Camille de Polignac qui fut un célèbre officier engagé sous l’uniforme confédéré (il fut surnommé le « La Fayette du Sud »), le compositeur et promoteur de la gamme octatomique Edmond de Polignac, et enfin Jules-Armand (1817-1890). C’est de ce dernier dont descend l’actuel chef de la Maison Polignac qui a essaimé dans les grands noms de l’aristocratie française, le duc Armand-Charles, 78 ans.

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Les Polignac et la Seconde Guerre Mondiale

Lors de la Seconde Guerre mondiale, les Polignac se diviseront à l’instar des Français. Député républicain du Maine- et-Loire (1928-1942), proche des Croix de Feu, François de Polignac refusera de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Mais ses enfants seront plus enclins à accepter la collaboration. Son fils Bernard de Polignac (1920-1943) s’engagera dans la Légion des Volontaires français (LVF) et décédera sous l’uniforme des Waffen SS sur le Front de l’Est. Melchior Louis Dalmas de Polignac (1920-2014), sera un célèbre résistant, affilié aux organisations trotskistes et un photographe de talent.

Alain de Polignac : Héritier d'une Tradition

Le prince Alain, arrière-petit-fils du 5e duc de Polignac, était un cousin du 8e duc de Polignac, actuel chef de la famille princière. Le prince Alain était un descendant direct de Louise de Polignac, fille d’Alexandre Louis Pommery et Jeanne Alexandrine Mélin, mieux connue comme la veuve Pommery. En 1858, à la mort de son époux deux ans seulement après avoir racheté le négoce de vins, Jeanne Alexandrine a pris la direction des caves Pommery, à l’instar d’autres veuves de Champagne, dont la veuve Cliquot. La veuve Pommery a développé la cave et l’a transmise à ses enfants, Louis et Louise, à son décès en 1890. Après la mort de son fils Louis, les caves sont transmises à Melchior de Polignac, fils de Louise. Les Polignac resteront à la tête de la maison de champagne de génération en génération.

Chef de Cave et Créateur de la Cuvée Louise

En 1971, Alain de Polignac devient le 8e chef de cave. Il va créer la cuvée Louise en mémoire de son ancêtre. Il dirigea les caves jusqu’en 1979, puis il quitta la maison en 1992, laissant les clés à Thierry Gasco. Son rôle de huitième chef de cave témoigne de son expertise et de son implication dans la tradition familiale. Créateur de la cuvée Louise, un hommage à son ancêtre, il a contribué à la renommée de Pommery.

Mariage et Descendance

Le prince Alain de Polignac avait épousé la princesse Nathalie de Ligne-La Trémoïlle, dont il était veuf depuis 1992. Son épouse était la sœur de l’actuel chef de la branche de La Trémoïlle de la famille princière belge de Ligne. Le couple a eu deux enfants, le prince Ludovic (1972) et la princesse Diane (1974).

Succession et Héritage

Le prince Alain de Polignac était un cousin du 8e duc de Polignac mais il était pourtant l’héritier du titre de chef. Le prince Charles-Armand, 8e duc, né en 1946, n’a pas de descendant. Le prince Ludovic devient donc l’héritier et potentiel 9e duc de Polignac depuis le décès de son père. Son décès ouvre également de nouvelles perspectives puisque son fils Ludovic, sera futur chef de maison.

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Liens avec la Famille Grimaldi

Une large famille qui cousine également avec les princes de Monaco par Pierre de Polignac (1895-1964), descendant de Jules de Polignac et de Gabrielle de Polastron. Outre leur implication politique, les Polignac se sont également illustrés dans le domaine culturel. En 1920, le comte Pierre de Polignac, un descendant du 1er duc et donc un cousin éloigné du chef de famille à l’époque, n’appartenant pas à la branche princière, a épousé la princesse Charlotte de Monaco, fille et héritière du prince souverain Louis II. À son mariage, Pierre de Polignac obtint la nationalité monégasque et il est naturalisé sous le nom de Pierre Grimaldi, dans le respect de la charte de droit grimaldien du 15e siècle, raison pour laquelle leurs descendants portent le nom de Grimaldi. L’actuel souverain monégasque garde des liens d’amitié étroits avec ses cousins Polignac, dont il ne porte pas le nom bien que les Grimaldi soient en réalité aujourd’hui des Polignac.

Un Engagement Culturel et Artistique

Marié au discret prince Edouard de Polignac (une union restée chaste, de convention, puisque le mari était autant homosexuel que son épouse aux amantes célèbres), la Princesse Winnaretta de Polignac (1865-1943), héritière de la fortune de la machine à coudre Singer, fut une mécène et une compositrice renommée du début du XXe siècle. Son salon parisien fut un haut lieu de la vie intellectuelle et artistique de l'époque, attirant des personnalités telles que Marcel Proust, Igor Stravinsky et Claude Debussy.

Winnaretta Singer, Princesse de Polignac : Mécène et Musicienne

Enfant, Winnaretta Singer étudie le piano et plus tard, l’orgue et la peinture auprès de Félix Barrias. Adolescente, elle rencontre Gabriel Fauré lors de vacances familiales en Normandie. Au cours des années 1880, la jeune Winnaretta fréquente les salons musicaux de la haute société comme celui de Madame de Poilly et celui de Madame Aubernon. Après l’acquisition de sa propriété en 1887, Winnaretta Singer épouse le prince Louis de Scey-Montbéliard en juillet 1887. Ce nouveau titre lui permet d’être mieux acceptée dans la haute société parisienne. En mai 1888, Winnaretta organise sa première soirée musicale dans son chalet/atelier, réunissant Gwendoline de Chabrier, Clair de lune de Fauré, ainsi que des œuvres de D’Indy et Chausson. Emmanuel Chabrier sera très reconnaissant envers la princesse pour son aide précieuse. Au début des années 1890, la princesse de Scey-Montbéliard entame des travaux dans son atelier d’artiste afin de le transformer en véritable hall de musique capable de recevoir 200 personnes grâce aux balcons et coursives. Même si ses récentes activités d’hôtesse sont tournées vers la musique, c’est pourtant auprès d’un sculpteur qu’elle passe sa première commande. Afin de décorer son futur atelier, elle demande à l’artiste Jean Carriès de réaliser une porte monumentale. Malheureusement, ce projet ne verra jamais le jour.

Après l’annulation de son mariage avec le prince de Scey-Montbéliard prononcée en 1892, Winnaretta Singer épouse le prince Edmond de Polignac en décembre 1893. Amateur d’art et compositeur, son nouvel époux partage ses passions. Au fil des années, le désormais « salon des Polignac » gagne en notoriété et devient une véritable référence dans le tout Paris. Alliant souvent œuvres baroques et œuvres modernes, les programmes sont éclectiques. Ce salon refléte l’activité artistique florissante de son temps. Il est un des centres les plus importants de l’activité musicale parisienne. Une douzaine de fois par an, les artistes et les aristocrates s’y réunissent pour un somptueux dîner et un évènement musical exceptionnel. La princesse devient pour tous “Tante Winnie” et se fait un honneur de maintenir un niveau d’excellence que ses amis sont invités à partager, non pour leur rang social ou leur fortune, mais pour leurs talents ou, plus important, leur amour pour la musique. Le salon des Polignac se déplace également à Venise, dans le Palazzo Contarini que la princesse a acheté.

À la mort du prince en 1901, Winnaretta fait une pause dans ses activités musicales pendant de longs mois. Le nouvel hôtel qu’elle a fait construire entre 1903 et 1905 à l’emplacement du précédent lui offre de nouveaux salons de réception et particulièrement un salon de musique permettant d’accueillir un effectif de musiciens plus important lorsque son atelier devient trop étroit. La princesse aime aussi associer son nom à de jeunes compositeurs modernes en leur commandant des œuvres. Elle est également un des grands soutiens français du jeune Igor Stravinsky. En plus de lui commander Renard en 1915, elle organise chez elle à plusieurs reprises des auditions privées de ses œuvres, dont l’avant-première des Noces le 10 juin 1923 dans le salon de musique de l’hôtel, soit trois jours avant la création parisienne au Théâtre de la Gaîté-Lyrique pour les Ballets russes. Les parties pour piano sont interprétées par Georges Auric, Edouard Flament, Hélène Léon et Marcelle Meyer. Pour la remercier, le compositeur lui dédie sa Sonate pour piano en 1924. En 1924, elle commande un concerto pour piano à Jean Wiener.

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Au début des années 30, la princesse commande deux pièces à Igor Markevitch (Partita en 1930 et Hymnes en 1934) alors élève de Nadia Boulanger. Les deux femmes s’étaient déjà rencontrées auparavant puisque Nadia avait déjà joué sur l’orgue de Winnaretta dans son atelier lors du concert du 11 novembre 1917. Mais leur amitié s’est réellement développée à partir de 1932 lorsque la princesse commence à assister de façon assidue aux cours du mercredi de la rue Ballu. La correspondance entre les deux musiciennes s’intensifie et Nadia Boulanger finit par donner des leçons privées d’orgue à Winnaretta. Elles assistent ensemble à des concerts et des dîners. La princesse sollicite également l’avis de Nadia sur certains sujets attraits à ses activités de mécène musicale puis, elle lui demande de diriger un des concerts qu’elle programme dans son salon le 30 juin 1933. De nombreux concerts sont organisés chez la princesse, permettant à ce nouvel ensemble de se produire devant un public restreint avant de se présenter sur les grandes scènes parisiennes.

Le 21 mars 1933, un concert est organisé à la Salle Pleyel à Paris, sous les auspices de la Société Philharmonique et de l’École Normale de Musique, en hommage à la princesse Edmond de Polignac avec un programme intégralement composé d’œuvres dont elle est la commanditaire ou la dédicataire. Au cours des années 1930, plus d’une trentaine de concerts sont organisés par la princesse, se déroulant soit dans son atelier, dans son salon de musique ou bien dans ses résidences secondaires comme le Palazzo Contarini-Polignac à Venise ou sa maison à Jouy-en-Josas. Le dernier concert qu’elle accueille au sein de son hôtel particulier parisien se déroule le 3 juillet 1939 au cours duquel la pianiste Clara Haskil, sa dernière protégée, est une des interprètes. C’est également à cette période qu’elle devient, aux côtés du compositeur Florent Schmitt, présidente d’honneur de l’association des Amis de la Revue Musicale nouvellement créée.

Juste avant que la Seconde Guerre mondiale n’éclate, un des frères de la princesse meurt à Londres. Elle s’y rend pour les funérailles et en profite pour rendre visite à quelques amis mais le contexte la contraint à prolonger son séjour anglais. Elle ne reviendra plus jamais en France.

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