L'amour maternel est un sentiment puissant, universellement reconnu et célébré, qui transcende les frontières des espèces. Qu'il s'agisse d'une mère chimpanzé prodiguant des soins constants à son petit, d'une lionne léchant tendrement son lionceau, ou d'une chatte adoptant des orphelins d'autres espèces, l'instinct maternel se manifeste de manière diverse et touchante dans le monde animal. Cet article explore les différentes facettes de l'amour maternel chez les animaux, en s'appuyant sur des exemples concrets et des études scientifiques récentes.

L'investissement maternel : un pilier de la survie

Dans le règne animal, l'investissement maternel est souvent synonyme de survie pour la progéniture. De nombreuses espèces maternent jour et nuit, offrant à leurs petits une protection constante contre les dangers de l'environnement. Elles peuvent allaiter plusieurs nourrissons et entretiennent avec leurs enfants une relation fusionnelle et chronophage qui peut s'étendre sur de longues périodes.

Les femelles chimpanzés, par exemple, ne ménagent pas leurs efforts pour élever leur progéniture et en faire des adultes sains, capables de vivre jusqu'à l'âge de 40 ans à l'état sauvage. Malgré la diversité des communautés de chimpanzés, toutes reposent sur le lien étroit qui unit mères et petits. Ces dernières années, des recherches ont permis de mieux comprendre la maternité chez les chimpanzés et d'obtenir des informations précieuses sur cette espèce menacée.

Les populations de grands singes ont chuté de 70 % en un siècle à cause de la destruction des habitats, de la chasse et des maladies. Ils étaient environ un million en 1900, et on en dénombre désormais entre 172 000 et 300 000. En apprendre plus sur les liens sociaux qu’ils développent permet d’appuyer les efforts visant à les protéger.

Le lien mère-fils chez les chimpanzés : une relation durable

Les primatologues documentent depuis des générations les liens étroits qui unissent les mères et leurs fils une fois qu’ils ont atteint l’âge adulte, mais il a fallu attendre l’an dernier pour qu’une étude démontre que ces attaches émotionnelles ne se résument pas à leur aspect réconfortant : celles-ci sont la norme. Rachna Reddy et son co-auteur, Aaron Sandel, ont passé trois années à observer les interactions de vingt-neuf adolescents et jeunes adultes mâles appartenant à la communauté de chimpanzés de Ngogo, dans le parc national de Kibale, en Ouganda.

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À partir d’un certain âge, les chimpanzés mâles ne voient plus leur mère aussi souvent qu’auparavant, mais quand leurs chemins se croisent, les fils reviennent vers leur mère et les toilettent durant de longs moments, reproduisant vraisemblablement des comportements qu’ils ont connus durant leur enfance. Certains ont des liens encore plus étroits : « Environ un tiers des mâles adultes sont, grosso modo, les meilleurs amis de leur mère », explique Rachna Reddy. Ce type de liens tenaces entre mère et fils existe vraisemblablement chez tous les groupes de chimpanzés. Il faut également remarquer que cela est d’ordinaire très peu fréquent chez les mammifères, car la majorité des mâles abandonnent le groupe qui les a vu naître quand ils atteignent l’âge adulte.

La sociabilité des mères chimpanzés : au-delà des idées reçues

La communauté scientifique a longtemps pensé que les mères chimpanzés n’étaient pas vraiment sociables car elles passent vraiment beaucoup de temps avec leur progéniture. Mais en faisant appel à des ensembles de données plus vastes - et à une certaine ouverture d’esprit -, Sean Lee et ses collègues ont découvert que les mères ont au moins autant de moments privilégiés avec d’autres adultes que les bonobos, ces cousins proches connus pour leur sociabilité.

Dans le cadre d’une étude publiée en début d’année, Sean Lee et ses collègues ont répertorié les comportements des individus bonobos allaitant en République Démocratique du Congo. Ils ont ensuite mis ces observations en relation avec des données récoltées pendant des décennies sur les chimpanzés du parc national de Gombe Stream, en Tanzanie. Ils ont chronométré le temps qu’accordait chaque espèce à diverses activités telles que manger, voyager, faire sa toilette et jouer.

Sans surprise, les mères chimpanzés passent plus de temps en tête-à-tête avec leurs nourrissons, et moins de temps avec d’autres chimpanzés, que ne le font les bonobos. Mais elles passent au moins autant de temps que les bonobos à s’adonner à des activités sociales bénéfiques comme la toilette et le jeu. « C’était exactement le contraire de ce à quoi nous nous attendions », confie Sean Lee.

L'instinct maternel : inné et acquis

L'instinct maternel est un mélange complexe d'inné et d'acquis. Bien qu'il existe une composante instinctive, liée à des mécanismes biologiques et hormonaux, l'expérience, l'environnement et même l'apprentissage social jouent un rôle important dans l'expression de cet instinct.

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Thierry Bedossa, vétérinaire et comportementaliste, définit l'instinct comme un ensemble de comportements et d'états mentaux présents indépendamment des apprentissages. Chez les mammifères, l'attachement maternel résulte de la combinaison de plusieurs mécanismes, tels que la libération d'hormones dans le cerveau, l'accouchement, les odeurs et les sons émis par le nouveau-né.

Avant d'être mères, les femelles sont indépendantes et se consacrent à leurs propres besoins. C'est souvent en fin de gestation que commence le processus d'attachement. Chez le chat, par exemple, la mère s'occupe déjà de ses chatons in utero.

Le phénomène de la mise bas et celui de la lactation libèrent massivement des hormones comme l'ocytocine (appelée aussi « hormone de l'amour »), qui aide la mère à créer des liens avec son petit, ou la prolactine, qui permet la production de lait.

Pour autant, tout ne relève pas de la nature dans ce domaine. L'âge de la femelle, son expérience, son tempérament, mais aussi l'environnement dans lequel elle évolue sont des facteurs déterminants. La proximité de l'homme peut également influer, positivement ou négativement, sur les pratiques des mères.

Déficiences maternelles et adoptions : la complexité du comportement maternel

Il arrive que certaines mères présentent des défaillances de soin, des abandons, voire des infanticides. Ces comportements peuvent être liés à divers facteurs, tels que le stress, des conditions de vie inadaptées ou un manque d'expérience.

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Dans les parcs animaliers, les soigneurs interviennent parfois pour pallier les déficits maternels et sauver des jeunes. Nicolas Leroux, chef animalier au ZooParc de Beauval, raconte le cas d'une femelle dromadaire qui ne savait visiblement pas quoi faire à la naissance de son petit. Les soigneurs ont nourri le bébé au biberon pendant quelques semaines, le temps que la mère se montre moins nerveuse.

Le monde animal recèle également des histoires surprenantes d'adoptions intraspécifiques, voire entre espèces. Au centre équestre des Grilles, une pouliche orpheline a été adoptée par une petite ânesse, Diane, qui a pris Fiesta sous son aile et a fait son éducation et sa socialisation.

La chatte dans l’exemple de Claude Béata, nous montre plusieurs choses : Son amour maternel ne se limite pas à sa propre progéniture. Elle sait que l’orphelin n’aura aucune chance si elle ne le prend pas sous son aile. Ce qui m’amène a traité de l’amour félin sous un autre angle. Les maman chats n’ont pas le monopole de l’éducation et de l’attachement auprès de chatons. Il arrive, plus souvent qu’on ne le croit, que des chats castrés développent des comportements de nounou à l’égard de chatons. Ils vont les toiletter, les éduquer et les protéger si besoin, comme le ferait une mère.

L'amour maternel : un sentiment universel ?

La question de savoir si les animaux éprouvent des sentiments similaires à ceux des humains fait débat au sein de la communauté scientifique. L'anthropomorphisme, cette tendance à attribuer des caractéristiques humaines aux animaux, est souvent critiqué.

Néanmoins, des études récentes suggèrent que les animaux sont capables de ressentir des émotions positives et de développer un attachement envers les humains. Une étude a démontré que les aras élevés en captivité « rougissent » au contact de leur soigneuse, tandis qu'une autre a révélé que les chèvres « préfèrent interagir avec les visages heureux ».

Les scientifiques se cantonnent néanmoins à parler d'« émotions », qui peuvent se mesurer de façon physiologique et ne durent qu'un instant, plutôt que de « sentiments », qui dépassent les situations et s'apparentent à un état de fond.

Véronique Servais, psychologue qui enseigne l'anthropologie de la communication à l'université de Liège, estime que les études récentes et l'intérêt grandissant pour le bien-être animal nous permettent aujourd'hui de parler de leurs ressentis : « Il y a un pas à franchir qui, pour moi, est une évidence. »

Les expériences de Harlow : à la recherche des fondements de l'amour maternel

Dans les années 1950, le psychologue Harry Harlow a mené une série d'expériences controversées sur des singes macaques rhésus pour étudier l'importance de l'attachement et des liens émotionnels entre la mère et l'enfant.

Harlow a élevé des bébés singes dans des cages métalliques nues, les privant de tout contact avec leur mère et leurs congénères. Il a ensuite observé les effets de cette privation sur leur comportement. Les singes isolés présentaient des troubles du comportement, des mouvements stéréotypés et des difficultés à interagir avec les autres.

Dans une autre expérience, Harlow a créé des substituts maternels en fil de fer, dont l'un était recouvert de tissu doux. Il a constaté que les bébés singes préféraient s'attacher au substitut en tissu, même s'il ne fournissait pas de nourriture.

Ces expériences ont permis de démontrer que le contact physique et le réconfort sont des besoins fondamentaux pour les primates, au même titre que la nourriture. Elles ont également mis en évidence l'importance des interactions précoces entre la mère et l'enfant pour le développement social ultérieur.

Mary Ainsworth a mis au point un test appelé Strange Situation Test pour évaluer l'attachement des bébés humains à leur mère. Les résultats de ce test ont été classés en quatre types spécifiques d'attachement : l'attachement « sécure », l'attachement anxieux et insécurisé, l'attachement « insécure » anxieux et évitant, l'attachement désorganisé et désorienté. C'est la qualité des soins apportés à l'enfant dans sa toute petite enfance qui sera susceptible de déterminer le type d'attachement développé par lui.

La "mère poule" : un archétype de la maternité protectrice

L'expression "mère poule" est utilisée pour décrire une femme excessivement protectrice envers ses enfants. Elle est attentive à leur bien-être, très vigilante et a tendance à surprotéger sa progéniture.

Dans la culture occidentale, la poule est un symbole de la maternité et de la fécondité. Couvant sa progéniture avant et après l'éclosion de ses œufs, elle incarne fortement l'instinct maternel. Le gallinacé symbolise aussi la patience.

Cependant, il est important de noter que toutes les poules ne sont pas de bonnes couveuses. Certaines races préfèrent arpenter la nature plutôt que de s'occuper de leur progéniture.

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