Introduction
La période de gestation est une phase cruciale pour le développement embryonnaire et fœtal. L'environnement dans lequel évolue la mère, tant sur le plan physique que psychologique, peut avoir des répercussions significatives sur la santé et le bien-être du futur enfant. Cet article explore les diverses manières dont une « ambiance pesante », caractérisée par le stress, les traitements médicaux invasifs, les déséquilibres nutritionnels et d'autres facteurs environnementaux, peut influencer le développement embryonnaire. Nous examinerons des exemples concrets, tels que le vécu de Laura lors de sa stimulation ovarienne, ainsi que les recherches scientifiques sur l'impact de la nutrition maternelle sur le développement du poulain.
Le Stress et l'Incertitude : Un Fardeau Émotionnel pour la Grossesse
Le parcours de Laura, confrontée à la stimulation ovarienne pour concevoir, illustre bien l'impact émotionnel des traitements de fertilité. Les traitements à répétition, les déceptions, les examens réguliers et l’espoir d’y arriver, peuvent transformer un projet familial en cauchemar. Laura décrit la stimulation ovarienne comme une sacrée charge mentale : prendre tel traitement de tel jour à tel jour du cycle, un autre traitement à un autre moment du cycle, sans compter les prises de sang et les échographies à des moments bien précis. Le protocole, c’est aussi avoir des rapports programmés, de telle date à telle date, à une certaine fréquence. À la fin, on ne fait plus l’amour par envie mais parce que c'est le moment. Avec les mois qui passent sans résultat, j’ai de plus en plus l'impression de subir tout ça pour rien. Alors je n'ose pas imaginer mon état si nous devons aller en PMA. J’ai peur de sombrer, peur de l'état dans lequel ça pourrait me plonger physiquement et psychologiquement.
Cette anxiété et ce stress peuvent avoir des conséquences physiologiques sur le corps de la mère, potentiellement affectant le développement de l'embryon. Bien que les mécanismes exacts soient complexes et encore à l'étude, il est reconnu que le stress maternel peut influencer le système hormonal, le système immunitaire et la vascularisation placentaire, autant d'éléments essentiels au bon développement embryonnaire.
La Réduction Embryonnaire : Un Choix Difficile aux Conséquences Durables
L'expérience de Laura, confrontée à une grossesse multiple inattendue après la stimulation ovarienne, met en lumière les dilemmes éthiques et émotionnels associés à la réduction embryonnaire. La découverte de quatre embryons, suivie de la nécessité d'en réduire le nombre pour assurer la santé des autres, a été une épreuve dévastatrice. Comment un si beau projet peut-il se transformer en cauchemar ? Au fond de nous, nous savons que nous allons accepter cette option.
Même si la réduction embryonnaire est parfois présentée comme une solution médicale nécessaire, elle peut engendrer des sentiments de culpabilité, de perte et de deuil chez les parents. L’appréhension de cette réalité que je finis par intégrer en me disant qu’il n’existe pas de meilleur endroit que le ventre d’une mère pour que son bébé repose en paix. Et puis arrive l’accouchement et c’est là que je vis mal la séparation, notamment parce que légalement nous n'avons pas le droit de faire incinérer l’embryon qui, au stade où il en était lors de la réduction embryonnaire, est considéré comme un "déchet organique". En disant ça, j’ai l’impression qu’on ne le respecte pas, qu’on ne le considère pas et qu’on ne lui donne pas la possibilité de partir dignement. Et ça, je ne l‘accepte pas. Je m'inquiète aussi de l'impact que peut avoir la réduction embryonnaire sur les autres bébés qui se développent auprès de leur autre, sans vie. Est-ce qu'ils auront un genre de traumatisme ?
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Ces émotions complexes peuvent affecter le lien maternel-fœtal et potentiellement influencer le développement psychologique et émotionnel des enfants nés après une réduction embryonnaire. Il est donc crucial d'offrir un soutien psychologique adéquat aux parents confrontés à cette situation.
La Nutrition Maternelle : Un Pilier Fondamental du Développement Embryonnaire
L'alimentation de la mère pendant la grossesse joue un rôle essentiel dans la croissance et le développement de l'embryon et du fœtus. Des études sur les juments gestantes ont révélé que les excès ou les carences nutritionnelles peuvent avoir des conséquences néfastes sur le développement du poulain.
Excès Nutritionnels : Un Risque d'Anomalies Métaboliques
Les besoins en énergie de la poulinière augmentent progressivement à partir du 6ème mois de gestation. L’éleveur peut alors être tenté de distribuer une ration trop riche à la poulinière, dans l’espoir d’optimiser le développement du fœtus. Mais les excès nutritionnels en gestation sont en passe d’être incriminés dans le développement de certaines anomalies métaboliques du poulain après la naissance.
Un régime riche en amidon de maïs (du 7ème mois de gestation au 5ème jour de lactation) laisse une empreinte durable sur le métabolisme énergétique du poulain Pur-sang Anglais :
- Ses concentrations sanguines en glucose et en insuline sont plus élevées à 5 jours et 1 mois
- Sa capacité à métaboliser le glucose est plus faible à 1 mois
- Sa sensibilité à l’insuline est réduite à 5 mois
Un régime d’une durée plus courte suffit d’ailleurs à obtenir des effets tout aussi drastiques et persistants. Chez la jument Trotteur, un régime riche en énergie (du 9ème mois de gestation à la mise bas) diminue la capacité à métaboliser le glucose et la sensibilité à l’insuline du poulain à 2 semaines, ainsi que sa concentration sanguine en insuline à 2 semaines, 4 mois et 10 mois.
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Il est à noter que si aucun de ces deux schémas nutritionnels n’affecte le poids de naissance du poulain, son métabolisme énergétique est bel et bien perturbé sur le long terme.
La Nature de l'Énergie : L'Importance d'un Équilibre
La nature de l’énergie contenue dans la ration pourrait bien être un facteur aggravant de ces troubles. C’est pourquoi les soupçons se tournent aujourd’hui vers une pratique pourtant traditionnelle : l’apport d’aliments concentrés pendant la gestation.
L’effet d’une complémentation en céréales a été exploré chez la jument durant la gestation par deux études différentes aux Etats-Unis et en France. Pour cela, des juments conduites en pâturage ou en box ont été nourries uniquement avec des fourrages (pâture ou foin) ou également avec des céréales (mélange de céréales ou uniquement orge aplatie) à partir du 7ème mois de gestation. En l’absence de complémentation, une perte d’état de la jument signe une mobilisation plus importante des graisses de réserve, par opposition à la jument complémentée, plus lourde et plus grasse. Sans effet sur le poids de naissance du poulain, l’apport de céréales en gestation module pourtant sa fonction hormonale. En effet, il présente une concentration sanguine en leptine* abaissée dans les 18 premières heures après la naissance et une tolérance au glucose* augmentée 3 jours après la naissance. Ceci pourrait affecter le comportement alimentaire du poulain, mais ce paramètre n'a pas été mesuré dans ces études. A l’âge de 6 mois, les poulains des juments ayant reçu des céréales sont plus nombreux à présenter des lésions d’ostéochondrose. Cette observation avait déjà été réalisée grâce à une étude épidémiologique. Cette étude a montré que la jument Belgian Warmblood recevant des aliments concentrés en gestation a un risque augmenté de donner naissance à un poulain présentant des lésions d’ostéochondrose (par opposition à la jument recevant uniquement des fourrages).
Des chercheurs américains ont montré que les poulains qui produisent plus d’insuline après le repas sont plus à risque de présenter des lésions d’ostéochondrose que ceux qui en produisent peu. Or, il a été montré in vitro que les cellules du cartilage sont particulièrement sensibles à l’insuline dès le stade fœtus chez le poulain. L’insuline aurait donc une action sur la prolifération des cellules du cartilage, empêchant ainsi, si présente en trop grande quantité, les cellules osseuses de venir remplacer le cartilage lors de la croissance des os. Une étude française a également montré que les juments qui produisent plus d’insuline après les repas durant la gestation produisent plus de poulains souffrant de lésions d’ostéochondrose.
Le Colostrum : Un Cadeau Précieux à Préserver
La qualité du colostrum (concentration en anticorps nécessaires aux défenses immunitaires du poulain) est diminuée chez les juments recevant des céréales. Deux études françaises ont observé une corrélation entre une mauvaise qualité du colostrum et le développement de lésions d’ostéochondrose chez les poulains. A l’heure actuelle, aucune explication n’a pu être avancée. Cependant, ces observations mettent en avant l’importance de la qualité du colostrum sur le développement du poulain à long terme, qui peut être modifiée par l’alimentation de la jument en gestation.
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Le Placenta : Un Organe Vital à Protéger
Le placenta aurait également un rôle déterminant dans ce cas. Sans différence de poids, volume ou surface à la naissance, les placentas des juments complémentées avec des céréales présentent cependant des altérations de la vascularisation. Les vaisseaux du placenta, essentiels au bon transfert des nutriments de la jument au poulain sont moins volumineux. Ils semblent moins capables de pouvoir augmenter le flux sanguin en fonction des besoins du poulain. Le placenta est également plus inflammé. L’inflammation non infectieuse peut entrainer des altérations du fonctionnement des cellules, mais également de la vascularisation. En altérant le fonctionnement du placenta, la charge d’amidon trop importante pour la jument gestante peut également altérer la santé du poulain à long terme. Ce n’est donc pas l’apport en concentré en tant que tel mais bien la quantité d’amidon et de sucres apportés à chaque repas qui entraînent une augmentation de la production d’insuline par la jument, au détriment du fonctionnement du placenta et du développement du poulain.
Le Surpoids Maternel : Un Facteur de Risque pour le Poulain
L’obésité est un véritable fléau au sein de la filière équine. Suivant les pays, les races, les disciplines et les études, ce sont jusqu’à 72% des chevaux qui sont considérés en surpoids. Le fait d’être à l’élevage est d’ailleurs considéré comme un facteur de risque de surpoids. Chez le cheval adulte, le surpoids est associé à des problèmes métaboliques, à des maladies telles que la fourbure et à une diminution de la performance sportive. Mais le surpoids a également des conséquences sur le développement des poulains.
Quelle que soit l’alimentation, les juments en surpoids durant la gestation produisent des poulains moins sensibles à l’insuline à 6 et 18 mois. Ils sont plus nombreux à présenter des lésions d’ostéochondrose à l’âge de 12 mois et présentent une inflammation systémique non infectieuse augmentée au moins jusqu’à 6 mois. Le surpoids maternel impacte donc à long terme la santé du poulain et peut altérer leurs performances. Une réduction de la sensibilité à l’insuline est associée à une intolérance à l’exercice. Les poulains nés des juments en surpoids pourraient donc avoir une plus grande difficulté à restaurer et utiliser leurs réserves musculaires en glycogène, diminuant alors leurs capacités athlétiques.
Il est ainsi essentiel de mesurer régulièrement l’état corporel de la jument gestante qui ne doit jamais dépasser la limite maximum de 4/5 durant la gestation. Il ne faut pas oublier qu’une jument en bonne santé stocke ses réserves d’énergie en début de gestation afin de pouvoir les utiliser en fin de gestation, lorsque les besoins de croissance du poulain deviennent maximaux. Ainsi une légère perte d’état durant les trois derniers mois de la gestation est attendue. L’état corporel de la jument doit être environ de 3 à la naissance du poulain.
La Sous-Nutrition Maternelle : Un Danger Insidieux
Les cas de diminution de poids de naissance chez les poulains sont rares. Mis à part les très fortes modifications entrainées par les transferts d’embryon, seule une sous-nutrition importante associée à une maladie entraine une diminution du poids de naissance des poulains. C’est le cas pour une étude anglaise où les juments ont été atteintes de la gourme à mi-gestation et ont cessé de s’alimenter durant plusieurs jours. Si les poulains ont été mesurés à la naissance, les effets de cette sous-nutrition marquée à plus long terme n’ont cependant pas été suivis.
Dans les deux études citées ci-dessus, les juments qui n’ingéraient que des fourrages ne recevaient pas suffisamment d’énergie durant la gestation. Elles étaient cependant en sous-nutrition modérée car leur état corporel n’était pas considéré comme « maigre » au poulinage. Sans effet sur le poids de naissance, la sous-nutrition de la mère modifie cependant la croissance et le métabolisme des poulains puisqu’à l’âge d’1 an. Les poulains nés des juments sous-nourries présentent un retard de maturité testiculaire, ont des canons moins larges à partir de 18 mois et sont plus résistants à l’insuline à 18 mois. La maturité testiculaire n’informe cependant pas sur la future fertilité du poulain. De même que la largeur des canons ne permet pas de connaître la densité osseuse et la résistance des os des poulains à l’effort.
Dans ce cas, il semble que le placenta compense le manque de nutriments apportés aux poulains par une augmentation du volume de ses vaisseaux et de l’utilisation de sources autres que les glucides (acides aminés et acides gras) pour produire sa propre énergie. Cela permet au poulain de naître au bon poids et à la bonne taille, mais cela entraîne quand même à long terme des altérations du métabolisme et du développement du poulain.
Une sous-nutrition de la jument durant la gestation se fait donc également au détriment du développement des poulain. Si les poulains paraissent se développer correctement in utero, ils présentent cependant un retard de maturité plus tardivement.
Carences et Excès en Oligo-éléments et Vitamines : Un Équilibre Délicat
Si les carences et excès en oligo-éléments et vitamines sont néfastes à la poulinière, ils le sont tout autant au fœtus en développement dans le ventre de sa mère. Les besoins en oligo-éléments et vitamines de la jument gestante sont plus ou moins bien connus et les effets des apports en gestation sur le poulain après la naissance restent peu étudiés. A ce jour, trois pistes ont été partiellement explorées :
Acides Gras Oméga 3 : Un Soutien Essentiel au Développement Cognitif
L’herbe fraiche est une source importante d’acides gras oméga-3 pour le cheval. Il semble donc que ces acides gras soient importants pour le développement de l’embryon et le fonctionnement de l’utérus chez la jument au moment de l’insémination.
Deux études américaines montrent d’ailleurs que la supplémentation d’une ration classique (céréales/foin) avec des acides gras oméga-3 provenant d’algues de 47,5 jours avant jusqu’à 12,5 jours après l’insémination semble améliorer l’environnement utérin et le développement de l’embryon pour une meilleure capacité de l’embryon à s’implanter.
Plus tardivement, une supplémentation des juments gestantes avec de l’huile de poisson durant les 2 à 3 mois avant le poulinage entraine une augmentation de la concentration en acides gras oméga-3 dans le plasma des mères et des poulains ainsi que dans le colostrum et le lait. Cette supplémentation est utile pour tous les cas de figure puisque certains acides gras oméga-3 (qui sont présents en grande quantité dans les algues et les poissons) sont essentiels au bon développement cognitif du poulain. Ils ont également de forts effets anti-inflammatoires et protègent le fonctionnement de l’appareil cardio-vasculaire. Chez les juments en surpoids durant la gestation, le colostrum mais également le plasma des poulains à la naissance, avant la tétée, sont moins riches en acides gras oméga-3. Les poulains nés des juments en surpoids ont également un plasma moins riche en acides gras oméga-3 jusqu’à au moins l’âge de 3 mois, dont le profil est associé à l’augmentation de l’inflammation stérile et la diminution de la sensibilité à l’insuline observées durant la croissance.
Sélénium : Un Antioxydant Puissant pour Protéger l'Embryon
Le sélénium est un puissant antioxydant qui protège les biomolécules contre les dommages liés aux radicaux libres de l’oxygène. L’utilisation de suppléments à base de sélénium serait donc particulièrement pertinente en fin de gestation, lorsque l’activité métabolique maternelle est à son maximum. Chez la jument Quarter Horse conduite en pâture (avec ou sans aliment concentré complémentaire), la supplémentation orale quotidienne en sélénométhionine organique (« levures séléniées »), du 7ème mois de gestation à la mise-bas, suffit à assurer une concentration sanguine et musculaire élevée en sélénium chez le poulain jusqu’à l’âge de 2 mois. Son action sur le système immunitaire reste à démontrer, mais son effet sur le système hormonal est avéré, puisque la supplémentation maternelle en sélénométhionine abaisse la concentration sanguine en leptine du poulain dans les 18 premières heures après la naissance. Le sélénium est essentiel pour le bon développement du poulain. Une carence trop importante en sélénium durant la gestation est en effet reliée à la maladie du muscle blanc à la naissance, généralement fatale pour le poulain. Le colostrum est très peu riche en sélénium, le poulain reçoit donc une grande partie de cet oligoélément via le transfert placentaire.
Cuivre : Un Allié pour le Développement Ostéo-Articulaire
Les carences en cuivre seraient impliquées dans le développement des anomalies ostéo-articulaires juvéniles. De plus, le cuivre utilisable par le poulain sous la mère est celui stocké pendant la gestation. Ainsi, les poulains Warmblood ayant les stocks hépatiques de cuivre les plus importants à la naissance développent moins de lésions d’ostéochondrose et de moindre sévérité de l’âge de 5 à 11 mois. La supplémentation en cuivre de la jument gestante doit donc être particulièrement maîtrisée.
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