Introduction

Les altérations du système nerveux central (SNC) chez le nourrisson peuvent résulter de diverses causes, allant de l'exposition prénatale à des substances toxiques aux infections, traumatismes ou troubles génétiques. Ces altérations peuvent se manifester par une gamme de symptômes, allant de légers retards de développement à des crises d'épilepsie sévères et à une paralysie cérébrale. Un diagnostic précoce et une intervention rapide sont essentiels pour minimiser l'impact de ces troubles sur le développement de l'enfant.

Causes des Altérations du Système Nerveux Central chez le Nourrisson

Plusieurs facteurs peuvent contribuer aux altérations du SNC chez le nourrisson :

Exposition Prénatale à l'Alcool

L'exposition du fœtus à l'alcool est délétère pour la maturation du système nerveux central, que ce soit au niveau des neurones ou des microvaisseaux qui irriguent le cortex cérébral. Cette toxicité dépend de la quantité d’alcool consommée par la mère et de la période à laquelle le fœtus y est exposé (fenêtre de vulnérabilité). Au niveau du système nerveux, on sait que l’alcool augmente la mort neuronale (notamment par apoptose), et altère l’autophagie. Le syndrome d'alcoolisation fœtale (SAF) est la forme la plus sévère des troubles causés par la consommation d'alcool pendant la grossesse et constitue la principale cause de paralysie cérébrale d'origine non génétique chez l'enfant. L'alcool peut affecter l'autophagie, un processus cellulaire essentiel de nettoyage et de recyclage, dans les cellules endothéliales des vaisseaux corticaux, entraînant des anomalies vasculaires et une augmentation de la mortalité cellulaire.

Hypertension Intracrânienne (HIC)

L’hypertension intracrânienne (HIC) résulte d’un conflit d’espace entre le contenant inextensible (boite crânienne et dure-mère) et son contenu (cerveau, sang et LCR). Elle apparait lorsque les mécanismes d’adaptation sont dépassés. Malgré des sutures crâniennes encore ouvertes chez le nourrisson, une augmentation brutale du volume intracrânien s’accompagne, plus rapidement que chez l’adulte, d’une élévation de pression intracrânienne (PIC). Ceci s’explique notamment en raison de la résistance présentée par le crâne ostéo-fibreux et la dure-mère, dont la distensibilité est quasi-nulle. La PIC augmente physiologiquement de façon progressive au cours de la petite enfance. Chez le nouveau-né, elle se situe normalement entre 1 et 4 mmHg, chez le nourrisson entre 1 et 6 mmHg, chez l’enfant de 1 à 6 ans entre 3 et 8 mmHg, puis elle atteint les valeurs adultes (10 à 15 mmHg) au début de l’adolescence. Les particularités pédiatriques sont d’autant plus marquées que l’enfant est jeune. Elles tiennent au fait que la relation pression/volume cérébrale est déviée vers la droite conférant au cerveau une compliance d’autant plus faible que l’enfant est jeune. La pression de perfusion cérébrale (PPC= PAM - PIC) se situe normalement entre 40 et 50 mmHg chez l’enfant âgé d’une semaine à un an puis au dessus de 50 mmHg chez l’enfant de plus d’un an. Chez le nouveau-né de moins d’une semaine, la PPC doit être supérieure à l’âge gestationnel. (DSC). En situation physiologique, le débit sanguin cérébral (DSC) peut rester stable pour de larges variations de PPC. Ce phénomène s’explique par l’existence d’un plateau d’autorégulation sur lequel toute modification de PPC s’accompagne d’une modification des résistances vasculaires cérébrales permettant de garantir une relative stabilité au DSC. Ce plateau est d’autant plus étroit que l’enfant est jeune, rendant ces patients à risque d’hyperhémie en cas d’hypertension artérielle mais surtout à risque d’ischémie cérébrale en cas d’hypotension artérielle. Les principaux mécanismes responsables d’HIC sont : l’œdème cérébral (vasogénique, cytotoxique ou interstitiel), un processus expansif intracrânien (extra ou intra-parenchymateux), l’augmentation du volume sanguin cérébral ou de la quantité de LCR. Au cours d’une affection qui conduit à l’HIC, plusieurs mécanismes peuvent s’associés. Chez l’enfant, différentes étiologies peuvent être responsable d’HIC. On distingue les causes traumatiques des causes non traumatiques (encéphalopathie anoxique, infections du système nerveux central, troubles métaboliques, hydrocéphalie de cause congénitale ou acquise, pathologie tumorale ou vasculaire…).

Tumeurs du Système Nerveux Central

Dans la majorité des cas, les symptômes apparaissent progressivement. Ils peuvent être banals et non spécifiques aux tumeurs du SNC, comme des maux de tête ou des vomissements. Ils peuvent donc être trompeurs, en particulier chez le bébé. Les tumeurs du SNC étant également très rares chez l’enfant, il n’est pas toujours possible de faire le lien rapidement entre des symptômes courants et un cancer. Il s’écoule donc en moyenne 20 semaines entre les premiers symptômes et le diagnostic. Ce délai peut être encore plus long pour certaines tumeurs comme les gliomes de bas grade, les symptômes n’évoluant que lentement. La compression de la tumeur qui prend du volume dans le crâne, alors que celui-ci ne peut se distendre, et/ou l’hydrocéphalie (augmentation de la quantité de LCR dans les cavités ventriculaires, due à l’altération de sa circulation). Elles peuvent entraîner de l’hypertension intracrânienne (HTIC) avec maux de tête, vomissements, troubles oculaires, augmentation du périmètre crânien chez les tout-petits, etc. La perte d’une fonction qui entraîne un déficit spécifique à la localisation de la tumeur : problèmes de vue, lors de la marche, troubles du langage, etc.

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Crises d'Épilepsie

Chez bébé, une crise d’épilepsie ne signifie pas forcément qu’il souffrira plus tard d’une forme chronique de la maladie. Dans environ 65 % des cas, cette crise n’est qu’un évènement épileptique isolé sans gravité qui ne se reproduira plus jamais. Ce n’est que lorsque les crises se multiplient qu’une véritable épilepsie est à craindre. Les crises épileptiques sont dues à des troubles temporaires de l’activité électrique cérébrale. Cette altération de l’activité électrique peut avoir de nombreuses causes. Quand il ne s’agit que d’un évènement épileptique isolé, l’origine est rarement inquiétante. Par contre, lorsqu’il s’agit d’une épilepsie chronique, une lésion au cerveau est souvent à craindre. Elle peut être due à un choc à la tête, une tumeur, une infection… L’épilepsie est aussi parfois héréditaire (moins de 10 % des cas). Si la maman en souffre, il faut être particulièrement vigilant durant la grossesse. Il est primordial de dépister au plus tôt la maladie de bébé. Cela limite les risques de complications de l’épilepsie chez l’enfant comme les atteintes des zones cérébrales liées au langage ou aux mouvements. La difficulté étant bien sûr que les crises puissent se manifester très différemment d’un enfant à l’autre… Certaines crises sont ainsi quasiment invisibles : bébé a juste une absence passagère, son regard est fixe, absent. C’est souvent le cas pour l’épilepsie néonatale, touchant les bébés de moins d’un mois.

Autres causes possibles

  • Infections: Les infections du système nerveux central, telles que la méningite et l'encéphalite, peuvent causer des dommages neurologiques.
  • Traumatismes crâniens: Les traumatismes crâniens peuvent entraîner des lésions cérébrales et des troubles neurologiques.
  • Troubles métaboliques: Certains troubles métaboliques peuvent affecter le développement du système nerveux central.
  • Facteurs génétiques: Certaines anomalies génétiques peuvent prédisposer aux troubles du système nerveux central.
  • Complications à la naissance: Un manque d'oxygène pendant l'accouchement ou d'autres complications peuvent entraîner des lésions cérébrales.

Symptômes des Altérations du Système Nerveux Central chez le Nourrisson

Les symptômes des altérations du SNC chez le nourrisson varient en fonction de la cause et de la gravité de l'atteinte. Certains symptômes courants comprennent :

  • Retard de développement: Retard dans l'acquisition des compétences motrices, du langage et des compétences sociales.
  • Crises d'épilepsie: Mouvements involontaires, perte de conscience ou modifications du comportement.
  • Troubles du tonus musculaire: Hypotonie (faiblesse musculaire) ou hypertonie (raideur musculaire).
  • Difficultés d'alimentation: Difficulté à téter ou à avaler.
  • Irritabilité ou léthargie: Changements d'humeur ou de niveau d'activité.
  • Problèmes de vision ou d'audition: Difficulté à suivre des objets avec les yeux ou à réagir aux sons.
  • Anomalies de la taille de la tête: Microcéphalie (tête anormalement petite) ou macrocéphalie (tête anormalement grande).
  • Déficits moteurs ou sensitifs: Faiblesse ou paralysie d'un membre, perte de sensation.
  • Troubles de la conscience: Diminution de la vigilance ou coma.

Diagnostic des Altérations du Système Nerveux Central chez le Nourrisson

Le diagnostic des altérations du SNC chez le nourrisson repose sur une évaluation clinique approfondie, des antécédents médicaux et familiaux, et des examens complémentaires.

Évaluation Clinique

Le médecin effectuera un examen neurologique complet pour évaluer les réflexes, le tonus musculaire, la coordination, la vision, l'audition et les compétences développementales de l'enfant.

Antécédents Médicaux et Familiaux

Le médecin posera des questions sur les antécédents médicaux de la mère pendant la grossesse, les antécédents familiaux de troubles neurologiques et les événements survenus pendant la naissance.

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Examens Complémentaires

  • Électroencéphalographie (EEG): Enregistre l'activité électrique du cerveau pour détecter les anomalies associées aux crises d'épilepsie.
  • Imagerie cérébrale (IRM, scanner): Permet de visualiser le cerveau et de détecter les lésions, les tumeurs ou les anomalies structurelles.
  • Ponction lombaire: Analyse le liquide céphalo-rachidien pour détecter les infections ou les inflammations.
  • Tests génétiques: Identifient les anomalies génétiques associées aux troubles du système nerveux central.
  • Doppler transcrânien: Permet une estimation rapide de la circulation cérébrale, donnant des arguments en faveur d’une hypoperfusion cérébrale secondaire à une HIC. Ainsi, une vélocité diastolique < 25 cm.s-1 et/ou un index de pulsatilité > 1,31 (IP= Vs-Vd)/Vm) permettent d’identifier dès l’admission les enfants TCG souffrant d’hypoperfusion cérébrale et donc à risque de mauvais pronostic. Le Doppler transcrânien est donc très intéressant dans ce contexte d’HIC car non invasif, simple et rapide à mettre en œuvre au lit du patient, permettant de suivre l’efficacité des traitements mis en œuvre.

Traitement des Altérations du Système Nerveux Central chez le Nourrisson

Le traitement des altérations du SNC chez le nourrisson dépend de la cause sous-jacente et de la gravité des symptômes. Les options de traitement peuvent inclure :

  • Médicaments: Antiépileptiques pour contrôler les crises d'épilepsie, antibiotiques pour traiter les infections, corticostéroïdes pour réduire l'inflammation.
  • Chirurgie: Ablation des tumeurs, correction des anomalies structurelles.
  • Rééducation: Physiothérapie, ergothérapie, orthophonie pour améliorer les compétences motrices, le langage et les compétences cognitives.
  • Soutien nutritionnel: Alimentation par sonde naso-gastrique ou gastrostomie en cas de difficultés d'alimentation.
  • Intervention précoce: Programmes d'intervention précoce pour stimuler le développement de l'enfant.
  • Traitements spécifiques de l’HIC: La première étape du traitement est la soustraction de LCR lorsque c’est possible . Puis vient l’osmothérapie, qui est un élément thérapeutique majeur du contrôle de la PIC. Plusieurs courtes séries et 2 études randomisées ont montré l’intérêt du SSH chez l’enfant. Son utilisation est admise par les recommandations nord américaines sur la prise en charge de l’enfant TCG. Néanmoins, les places respectives du mannitol à 20% (utilisé en bolus de 0,25 à 1 g/kg en 15-20 min) et du sérum salé hypertonique (SSH) restent à définir. Il parait cependant logique d’éviter le mannitol chez les patients hypovolémiques. Si l’HIC persiste, on peut introduire l’hyperventilation modérée (30 < PaCO2 < 35 mmHg) , qui ne doit pas avoir été débutée à titre prophylactique. Son application requiert des conditions préalables. Plusieurs traitements de seconde intention font partie de l’arsenal thérapeutique, même si la plupart ne bénéficient pas d’une validation scientifique robuste à ce jour. L’hyperventilation profonde (PaCO2 < 30 mmHg) est fréquemment utilisée dans cette indication. Cependant, le risque d’ischémie cérébrale qu’elle fait courir plaide en faveur de l’utilisation systématique d’un monitorage direct ou indirect du DSC (Doppler transcrânien) et/ou de l’oxygénation cérébrale (globale : SvO2 jugulaire ou local PtiO2) pour adapter au mieux le degré d’hyperventilation aux besoins métaboliques cérébraux et d’en réduire la durée au strict nécessaire. Les barbituriques à hautes doses (classique « coma barbiturique »), s’ils n’ont aucune place à tire systématique, sont également envisageables chez les patients présentant une HIC réfractaire mais considérés comme « sauvables ». Leur maniement est d’autant plus difficile que l’enfant est jeune, expliquant la formulation des recommandations américaines qui précisent qu’ils sont utilisables chez les patients hémodynamiquement stables sous réserve d’un monitorage et d’un support hémodynamique. Enfin, les craniectomies décompressives jouissent actuellement d’un intérêt particulier, suscité initialement par des travaux dans le traumatisme crânien , mais désormais élargi à d’autres causes d’HIC chez l’enfant.

Prévention des Altérations du Système Nerveux Central chez le Nourrisson

La prévention des altérations du SNC chez le nourrisson commence avant la conception et se poursuit pendant la grossesse et la petite enfance.

Avant la Conception

  • Conseils génétiques: Si vous avez des antécédents familiaux de troubles neurologiques, consultez un conseiller en génétique pour évaluer votre risque et discuter des options de dépistage.
  • Vaccination: Assurez-vous d'être à jour dans vos vaccinations pour vous protéger contre les infections qui pourraient nuire au fœtus.

Pendant la Grossesse

  • Évitez l'alcool, le tabac et les drogues: Ces substances peuvent nuire au développement du cerveau du fœtus.
  • Alimentation saine: Adoptez une alimentation équilibrée et riche en nutriments essentiels, tels que l'acide folique, pour favoriser le développement du cerveau du fœtus.
  • Soins prénataux réguliers: Consultez régulièrement votre médecin pour surveiller votre santé et celle de votre bébé.
  • Prévention des infections: Évitez les contacts avec des personnes malades et suivez les recommandations de votre médecin pour prévenir les infections.

Pendant la Petite Enfance

  • Vaccination: Suivez le calendrier de vaccination recommandé pour protéger votre enfant contre les infections qui pourraient causer des dommages neurologiques.
  • Sécurité: Prenez des mesures de sécurité pour prévenir les traumatismes crâniens, tels que l'utilisation de sièges d'auto appropriés et la sécurisation de votre maison.
  • Dépistage précoce: Surveillez attentivement le développement de votre enfant et consultez votre médecin si vous avez des inquiétudes.

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