L'arrivée d'un nouveau-né est un moment unique et précieux dans la vie d'une famille. Pourtant, l’expérience de la naissance peut varier considérablement d’une personne à l’autre, selon ses préférences personnelles, les besoins médicaux et les pratiques de l’hôpital dans lequel on accouche. L'accouchement respecté est un concept qui prend de l'ampleur, mettant en lumière les droits et les choix des femmes en matière de naissance. Cet article vise à explorer en profondeur ce qu'implique un accouchement respecté, son importance croissante et les initiatives qui promeuvent cette approche.

Semaine Mondiale de l'Accouchement Respecté (SMAR) : Un Événement Annuel Clé

La Semaine Mondiale pour l’Accouchement Respecté (SMAR) est un événement annuel qui se déroule chaque année, la 3ème semaine de mai. C'est une occasion de réfléchir et d’échanger autour de la naissance. Depuis 2011, le CALM (Comme A La Maison) organise une soirée débat réunissant des personnalités issues d’horizons différents (politique, sciences humaines, médical, droits des usagers, …) pour parler de la naissance et de ce qu’elle implique, ce qui a permis à l’association d’asseoir son côté militant. Chaque édition met l’accent sur un thème spécifique.

Thèmes des éditions précédentes de la SMAR

  • SMAR 2023 : "1 Femme, 1 Sage-femme. Quel avenir en France ?" : Cette édition met en avant l'importance de l'accompagnement global à la naissance par une sage-femme référente, permettant de s’intéresser à chaque individu de la famille, de comprendre le contexte dans lequel arrive le bébé et de mettre en place ce fameux « accompagnement global à la naissance ». La relation one-to-one entre la femme et la sage-femme permet d’instaurer un lien de confiance entre la sage-femme, la femme, le bébé et sa famille. La SMAR 2023 s'interroge sur l'avenir de cette relation, les demandes des femmes, la sensibilisation et la possibilité de choisir leur accouchement, ainsi que la pérennisation des maisons de naissance.
  • SMAR 2020 : "Ma décision se doit d’être respectée."
  • SMAR 2019 : "Empreinte & Lien" : Le thème de cette édition était « the power of birth is in you » (le pouvoir de la naissance est en vous). Elle s'intéressait à l'empreinte laissée par l’histoire d’une naissance dans une vie, la place à lui accorder et l'accompagnement à imaginer pour faciliter la création du lien.
  • SMAR 2018 : "Défendons une naissance respectée" : Dans le cadre de son 10ème anniversaire (2008-2018), le CALM a organisé de nombreux événements au mois de mai autour du thème « less interference, more care » (« moins d’intervention, plus d’attention »).

Ces thèmes reflètent les préoccupations et les aspirations des acteurs de la naissance en France, soulignant l'importance du respect des choix des femmes, de la qualité de l'accompagnement et de la promotion d'une naissance physiologique.

Le Projet de Naissance : Un Outil de Personnalisation de l'Expérience

C’est ici qu’intervient le concept du « projet de naissance », une approche qui cherche à personnaliser l’expérience de la naissance en permettant aux futurs parents de participer activement à la prise de décisions et à la préparation de ce moment unique. Le projet de naissance est un document écrit et élaboré par les futurs jeunes parents avant le jour J. Il permet de noter noir sur blanc ce que l’on voudrait pour l’accouchement, les premiers soins à bébé, l’allaitement, le séjour en maternité… mais aussi pour la période post-natale. C’est également un outil de communication avec l’équipe du centre hospitalier : les attentes sont-elles réalistes / réalisables ? Des alternatives sont-elles possibles si besoin ?…

La HAS (Haute Autorité de Santé) a publié un document de recommandation (très fourni) en 2005 (mis à jour en 2016), intitulé « Préparation à la naissance et à la parentalité » (PNP). L’objectif ? "Le projet de naissance est l’énoncé des souhaits des parents quant au déroulement de la grossesse et de la naissance de leur enfant. Il inclut l'organisation des soins, le suivi médical, la préparation à la naissance et à la parentalité, les modalités d'accouchement, les possibilités de suivi pendant la période postnatale, y compris les conditions d'un retour précoce au domicile et les recours en cas de difficultés. Il peut être formalisé par un document écrit rédigé par les parents".

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Pourquoi faire un projet de naissance ?

  • S'informer: Faire un plan de naissance, cela permet avant tout de se documenter, d’étudier les différentes possibilités qui s’offrent à nous, bref de développer des connaissances à la fois sur soi et sur le déroulement de l’accouchement (vous seriez surprise de découvrir tout ce dont votre corps est capable !). Mais aussi sur l’endroit qui va accueillir la naissance de votre enfant. Certaines maternités, par exemple, sont labellisées IHAB (Initiative Hôpital Ami des bébés). Ce label initié par l’OMS (Organisation mondiale de la santé) est attribué aux établissements répondant à une liste de critères, dont la promotion de l’allaitement, la protection du lien mère-enfant, le respect des besoins naturels du nouveau-né…
  • Faire le point sur ce qu'on veut pour le jour J: Une fois que vous êtes informée, vous pouvez faire des choix éclairés sur ce que vous souhaitez pour la naissance de bébé. Et vous aurez d’autant plus de facilité à les transmettre à l’équipe qui vous accompagnera pour l’accouchement. Prévoir, c’est rassurant, et ça évite de se sentir déstabilisée par une question que l’on n’aurait pas anticipée. Faire le point est aussi l’occasion de discuter en couple et de cheminer ensemble (un avant-goût de la parentalité à venir !).
  • Être actrice de la naissance de son enfant: Vous savez ce que vous voulez (sur le papier), vous pouvez en discuter ouvertement avec l’équipe de la maternité, parler de votre vécu, expliquer vos souhaits. Se sentir actrice de sa grossesse diminue les peurs et renforce la confiance en soi (autant en profiter !). Cela permet également de se sentir préparée et mieux armée face à d’éventuelles violences obstétricales et gynécologiques.

Élaborer son projet de naissance

  • Quand faire son projet de naissance ? Quand le donner ? Il peut s’élaborer, s’affiner, se modifier tout au long de votre grossesse, en fonction de vos cheminements, de vos lectures ou de vos envies. Vous pouvez le communiquer à l’équipe périnatale dès l’entretien du 4e mois et lui demander de l’intégrer à votre dossier médical. Imprimez-en plusieurs exemplaires et glissez-les dans votre valise de maternité pour votre partenaire et les membres de l’équipe médicale sur place le jour J. Le projet de naissance est un outil de lien et de dialogue, alors évitez quand même d’attendre le dernier moment.
  • Quel format privilégier ? Votre projet de naissance doit être facile à lire et permettre d’accéder aux informations essentielles en un clin d’oeil. On évite la dissertation et on synthétise ! Optez pour un format court (2 à 3 pages max) avec : vos coordonnées, une courte présentation de votre projet (ex. un accouchement le plus naturel possible), de vos angoisses ou de vos expériences passées à la maternité (bonnes ou mauvaises), le projet de naissance par thématiques sous forme de check-list et/ou de visuels.
  • Que mettre dans le projet de naissance ? Un projet de naissance est très personnel (et c’est très bien comme ça !). Il doit coller à vos envies, à votre couple… Vous pouvez y aborder tout ce qui touche à la délivrance, aux premiers soins de bébé, aux gestes médicaux, à l’allaitement, au séjour à la maternité, à la place du conjoint… Il doit être également flexible (le déroulement d’un accouchement est imprévisible). Pensez également à un plan B (et à d’autres options) pour anticiper une éventuelle césarienne… Du type : Si je devais être anesthésiée en cas de complication, cela me réconforterait que bébé puisse être en peau à peau avec son papa.

Exemples de souhaits pouvant être inclus dans un projet de naissance

  • Demander à ce que l’accouchement soit le plus physiologique possible.
  • Limiter le nombre de touchers vaginaux.
  • Pouvoir écouter la musique de son choix.
  • Attendre que le cordon ombilical ait cessé de battre avant de le clamper.
  • Souhaiter la présence du futur papa à chaque étape, même en cas de césarienne.
  • Accoucher dans la position de son choix.

La maternité est-elle obligé de le respecter ?

Votre projet de naissance indique vos souhaits et vos envies. Il est souvent le reflet de l’accouchement idéal (celui dont on rêve) et il ouvre la discussion avec l’équipe soignante. Par contre, il n’a aucune valeur juridique. Dans les faits, il ne sera malheureusement pas toujours possible de le faire respecter : par manque de personnel, pour raison pratique (vous souhaitez un accouchement en piscine et la maternité n’en a pas), en cas de complications ou de problème médical, en cas de désaccord de la sage-femme présente pour vous accoucher (son appropriation de la situation peut différer de la votre), si les demandes ne sont pas réalisables ou comportent des risques pour votre santé ou celle de bébé… En parler tout au long de la grossesse permet de confronter les idées, de trouver des alternatives si besoin et de désamorcer les tensions éventuelles.

L'Accouchement Accompagné à Domicile (AAD) : Une Alternative Soutenue

Un accouchement accompagné à domicile #AAD est un accouchement physiologique, respectant le rythme de la mère et de l’enfant, se déroulant à domicile et accompagné par une sage-femme. Cet accompagnement débute bien avant le jour de l’accouchement puisqu’il est global : il suit la mère et l’enfant de A à Z, des premiers jours de grossesse à l’accouchement et aux suites de couches.

L’#AAD est centré sur les besoins particuliers de la femme enceinte : la femme bénéficie d’un accompagnement global à la naissance, ce qui signifie qu’un seul praticien (ou binôme de praticiens le cas échéant) assure la surveillance médicale de la grossesse lors des consultations prénatales, la préparation à la naissance, la surveillance et la responsabilité de l’accouchement, les soins postnataux de la mère et de l’enfant. À tout moment lors de ce suivi, la sage-femme peut orienter la future maman vers un médecin spécialisé, si elle le juge nécessaire.

Soutien International à l'AAD

De nombreuses organisations internationales soutiennent l'AAD, reconnaissant son caractère sécuritaire pour les femmes en bonne santé et à faible risque :

  • L’Union Professionnelle des Sages-femmes Belges reconnait à « Chaque femme a le droit d’accoucher là où elle se sent en sécurité.
  • L’Association canadienne des sages-femmes (ACSF/CAM) reconnaît que « les accouchements planifiés à domicile pour des femmes en santé sont sécuritaires et que la définition de sécurité dans le cadre des soins de maternité inclut la sécurité physique, mais aussi une sécurité émotionnelle, culturelle et spirituelle, dans le respect des valeurs propres à chaque femme, en ce qui a trait à son bébé, sa famille et à elle-même. » et affirme qu’un « accouchement planifié à domicile devrait être recommandé à toutes les femmes en bonne santé et à faible risque. » (2013)
  • La Society of Obstetricians and Gynaecologists of Canada soutient également l’AAD : « La SOGC réaffirme et souligne l’importance du choix des femmes et de leurs familles dans le processus d’accouchement. La SOGC fait la promotion de soins de santé intégrés à la communauté et à l’accouchement afin de garantir la sécurité des soins à la mère et au nouveau-né. Au Canada, planifier l’accouchement avec une sage-femme enregistrée ou un médecin dûment formé dans le système intégré décrit est un choix raisonnable pour les personnes présentant un risque faible lorsque la naissance ne devrait pas être compliquée et que ni la mère ni le nouveau-né n’auront besoin de ressources supplémentaires.
  • L’American College of Nurses and Midwives soutient l’AAD. Cette instance affirme « Les femmes qui planifient des accouchements à domicile optent pour des soins qui facilitent l’accouchement normal et physiologique et réduisent le besoin d’interventions obstétricales et néonatales ». (2016)
  • L’Association Midwives Alliance « reconnaît la sécurité de la naissance à la maison pour les femmes en bonne santé ayant une sage-femme qualifiée et un accès rapide aux soins médicaux en cas de besoin.
  • L’American College of Obstetricians and Gynecologists précise « Bien que l’American College of Obstetricians and Gynecologists estime que les hôpitaux et les centres de naissance agréés sont les lieux de naissance les plus sûrs, chaque femme a le droit de prendre une décision éclairée du point de vue médical concernant l’accouchement.
  • Le New Zealand College of Midwives affirme « Les femmes qui connaissent une grossesse normale devraient se voir proposer l’option et être encouragées à accoucher dans les maternités primaires ou à la maison.
  • « Le Collège Royal des Sages-Femmes (RCM) et le Collège Royal des Obstétriciens et des Gynécologues (RCOG) soutiennent la naissance à domicile pour les femmes ayant des grossesses sans complications. Il n’y a aucune raison de ne pas offrir la possibilité d’accoucher à la maison aux femmes à faible risque de complications, cela peut leur apporter des bénéfices considérables à elles et leurs familles. Il y a de nombreuses preuves qui indiquent qu’accoucher à la maison augmente la probabilité pour une femme d’avoir une naissance qui soit à la fois satisfaisante et sans danger, avec des implications pour sa propre santé et celle de son bébé.
  • La Fédération Suisse des Sages-femmes déclare : « Un accouchement à domicile, sélectionné et accompagné selon l’état actuel de l’obstétrique, ne comprend pas plus de risques pour la mère et l’enfant qu’un accouchement à l’hôpital. Les accouchements à domicile diminuent les frais dans le domaine de la santé parce que les sages-femmes considèrent l’accouchement comme un événement physiologique qui ne nécessite que peu d’interventions. De plus, il est prouvé que les accouchements dans un environnement familier donnent lieu à moins de complications.

L'AAD en Europe : Une Option Peu Accessible en France

Pourquoi une naissance à la maison semble un choix si singulier en France, alors qu’ il est parfaitement intégrée dans le parcours de soins périnataux chez nos voisins néerlandais (15% des naissances), britanniques (2,5%), suisses (1,2%) ou belges (1,5%) ? Seules 0.2% des françaises peuvent accéder à ce service chaque année en France alors qu’elles sont plus de 35% à souhaiter avoir accès à cette possibilité.

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En effet, l’étude Ifop, menée en janvier 2021, sur 1056 femmes âgées de 18 à 45 ans, a mis en évidence le souhait des femmes de pouvoir accoucher à domicile : 17% des femmes ont répondu « oui, tout à fait » et 19% « oui, plutôt » à la question « Si vous en aviez la possibilité en France, souhaiteriez-vous accoucher à domicile ? ». Par ailleurs, en 2021, ont été recensés plus de 1000 AAD impossibles ou refusés. Dans 65% des cas, il ne s’agit pas d’un refus mais de l’absence de sages-femmes pour accompagner ce projet (50%) ou d’un manque de disponibilité des sages-femmes à cette période (15%). Enfin, pour 15% des cas seulement, il s’agit d’un refus pour contre-indication médiale.

Obstacles à l'AAD en France

  • Faible intégration au système de soins : L’AAD représente moins de 0,2% des naissances en France, car il n'est pas intégré au système de soins.
  • Absence d'assurance Responsabilité Civile Professionnelle : À ce jour, aucun assureur français ne propose d’offre adaptée aux pratiques des sages-femmes couvrant les AAD. Les sages-femmes se retrouvent ainsi à exercer sans couverture. Une question politique se pose.

Maisons de Naissance : Une Alternative Entre Domicile et Hôpital

Une maison de naissance est un lieu d’accueil, de suivi de grossesse et d’accouchement géré par des sages-femmes, destiné aux femmes enceintes et à leur famille, dès lors que la grossesse, l’accouchement et le post-partum restent dans le cadre de la physiologie. C’est un lieu où l’on offre aux futurs parents une alternative à l’accouchement technicisé dans un hôpital. Les sages-femmes y assurent l’entière responsabilité médicale conformément aux compétences qui leur sont reconnues légalement. Leur formation médicale leur permet d’assurer également le dépistage des pathologies et la possibilité de prescrire les examens et traitements qui leur paraissent nécessaires.

Le concept de maison de naissance est le fruit d’un travail de réflexion mené depuis une quinzaine d’années en France. L'accouchement en maison de naissance respecte les rythmes propres à chaque naissance, tant que la sécurité de la maman et de l’enfant sont assurées : il n’y a aucune intervention médicamenteuse visant à modifier le rythme du travail ; de même, le choix de la femme quant à sa position d’accouchement est respecté.

Les sages-femmes au CALM prônent le respect du rythme et de la physiologie de la naissance. Il s’agit également d’aider spécifiquement la future maman à trouver les capacités à pouvoir donner naissance par elle-même. Les sages-femmes au CALM s’attachent en ce sens, à faire un travail sur l’écoute et la compréhension du corps, le « laisser faire » et la confiance en soi.

Accoucher en Respectant la Définition : Les Droits et les Choix des Femmes

Accoucher en respectant la définition implique de reconnaître et de promouvoir les droits et les choix des femmes en matière de naissance. Cela signifie offrir un accompagnement personnalisé, basé sur l'information, le respect et la confiance. Cela implique également de soutenir les différentes options de lieu de naissance, telles que l'hôpital, la maison de naissance ou le domicile, en garantissant la sécurité et la qualité des soins.

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