L'allergie aux protéines de lait de vache (APLV) est une réaction immunitaire anormale aux protéines présentes dans le lait de vache. Elle est l'une des allergies alimentaires les plus courantes chez les nourrissons et les jeunes enfants. Cet article explore la gestion de l'APLV chez les bébés allaités, en fournissant des conseils et des informations essentielles pour les mères et les professionnels de la santé.

L'Allaitement Maternel : L'Aliment Idéal

L'allaitement maternel est largement reconnu comme la solution nutritionnelle idéale pour les nourrissons, en particulier durant les premiers mois de vie. En France, l'étude Epifane révèle que plus de 75% des mères initient l'allaitement, avec une répartition entre allaitement maternel exclusif (59%) et allaitement mixte (18%). Le quart restant opte pour des préparations pour nourrissons.

Allaitement maternel exclusif et éviction des PLV

L'allaitement maternel est la meilleure option pour le bébé, même en cas d'APLV. Il est conseillé de poursuivre l'allaitement, tout en ajustant l'alimentation de la mère. Cela implique l'élimination des protéines de lait de vache (PLV) de son régime alimentaire.

Le lait maternel : un facteur protecteur ?

La place de l'allaitement maternel dans la prévention des allergies alimentaires est centrale dans les recommandations. Cependant, il n'apparaît pas suffisant à lui seul. Des études, comme celle de Saarinen et al., ont montré qu'un allaitement maternel exclusif de huit semaines ne prévient pas la survenue de l'APLV. Le risque serait identique à celui d'enfants nourris avec une formule infantile standard. Le lait maternel n'apparaît donc pas comme un facteur protecteur dans ce contexte. Une revue systématique récente confirme ces résultats, ne retrouvant pas de bénéfice du lait maternel en termes de prévention de l'APLV.

Diagnostic de l'APLV chez le Bébé Allaité

Il est crucial de reconnaître les signes d'une possible APLV chez un bébé allaité. Un bébé allaité exclusivement au lait maternel peut souffrir d'une APLV si sa mère consomme des protéines de lait de vache, celles-ci se retrouvant à l'état de traces dans son lait.

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Signes et symptômes à surveiller

Les signes d'une APLV peuvent être variés et parfois non spécifiques, ce qui peut rendre le diagnostic difficile.

Quand faut-il évoquer une APLV ? Il s’agit souvent de nourrissons « régurgiteurs », avec un reflux gastro-œsophagien (RGO) étiqueté de pathologique, une prise de poids suboptimale, des selles liquides, un eczéma ou encore un refus alimentaire, des pleurs/coliques.

Voici quelques symptômes courants :

  • Problèmes digestifs : régurgitations excessives, reflux gastro-œsophagien (RGO), coliques, diarrhée, constipation, sang dans les selles.
  • Manifestations cutanées : eczéma, éruptions cutanées, urticaire.
  • Troubles respiratoires : congestion nasale, toux, respiration sifflante.
  • Autres symptômes : irritabilité, pleurs excessifs, troubles du sommeil, retard de croissance.

Démarche diagnostique

Afin d’établir si votre bébé souffre d'une APLV, votre médecin l’examinera et vous posera des questions sur d’éventuels symptômes que vous auriez pu observer chez votre bébé. Le meilleur test reste l’éviction et la réintroduction. On propose alors à la maman de suivre un régime sans protéines de lait pendant 2 à 4 semaines. Si on constate une disparition des manifestations allergiques et leur récidive au moment de la réintroduction, le diagnostic est confirmé.

Gestion de l'APLV pendant l'Allaitement

Si une APLV est suspectée ou diagnostiquée chez un bébé allaité, il est important de ne pas arrêter l'allaitement. L'allaitement maternel offre de nombreux avantages pour la santé du bébé et de la mère.

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Régime d'éviction pour la mère allaitante

Si une allergie aux protéines de lait de vache (APLV) est suspectée chez votre enfant alors que vous l’allaitez, il n’est pas recommandé d’arrêter l’allaitement qui apporte des bénéfices à votre enfant. Votre médecin pourra vous demander dans un premier temps de changer de régime alimentaire afin d’éliminer toute trace de protéines de lait de vache (PLV) dans votre alimentation ; ainsi, votre lait maternel ne contiendra plus de protéines de lait de vache.

Afin de réduire les symptômes de l’allergie, la maman allaitante devra ajuster son alimentation en éliminant les protéines de lait de vache. Il est essentiel d’en discuter avec son médecin afin d’établir une nouvelle routine alimentaire tout en prévenant les risques de carence nutritionnelle.

La mère doit suivre un régime strict sans PLV, en évitant tous les produits laitiers (lait, fromage, yaourt, beurre, crème glacée) et les aliments contenant des PLV comme ingrédients cachés. Une liste de produits pouvant contenir des protéines de lait de vache est à votre disposition sur le site pour vous aider à choisir les aliments adaptés. Si un produit contient des protéines de lait de vache, ce sera indiqué obligatoirement sur l’étiquette.

  • Lecture attentive des étiquettes : Il est impératif de lire attentivement les étiquettes des aliments pour identifier les sources cachées de PLV. Quelques termes très spécifiques peuvent être employés sur les produits.
  • Durée du régime : Il faut compter un mois pour éliminer toutes les traces de protéines de lait dans l’organisme.
  • Supplémentation : Votre médecin pourra également si besoin vous supplémenter en calcium. Chez les nourrissons allaités, l’APLV est rare. En cas de suspicion d’allergie ou même d’APLV confirmée par un test de réintroduction après 2 à 4 semaines d’exclusion, l’allaitement est poursuivi. La mère est soumise à un régime sans PLV et supplémentée en calcium et vitamine D : selon l’ESPGHAN, 1 g/j de calcium et 600 UI/j de vitamine D.

Alternatives au lait de vache pour la mère

La mère doit trouver des alternatives pour remplacer les produits laitiers dans son alimentation. Voici quelques options :

  • Boissons végétales enrichies en calcium : lait d'amande, lait de riz, lait de soja, etc.
  • Substituts de fromage : fromages végétaux à base de soja, de riz ou d'amandes.
  • Margarines végétales : margarines sans produits laitiers.
  • Sources de calcium non laitières : légumes verts, tofu, amandes, sardines en conserve avec arêtes.

Quand l'allaitement n'est pas possible ou souhaité

Cependant, si l’allaitement n’est pas possible ou pas souhaité, votre médecin peut vous recommander de passer à une formule spécifique adaptée aux besoins de votre enfant.

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Formules Spécifiques pour Bébés APLV

Il existe plusieurs formules spécifiques adaptées aux bébés APLV. Ces formules sont spécialement conçues pour ne pas contenir de protéines entières de lait de vache que votre bébé ne tolère pas.

Types de formules

Dans les formules spécifiques aux bébés APLV, ces colliers de perles sont découpés en petits morceaux (c’est ce qu’on appelle l’hydrolyse), afin d’en réduire leur pouvoir allergisant. Dans ces formules, plus les protéines sont découpées, plus elles sont adaptées à des allergies sévères.

  • Hydrolysats poussés de protéines de lait de vache (HPP) : Les protéines sont fractionnées en très petits fragments, réduisant ainsi leur potentiel allergène.
  • Hydrolysats de protéines de riz (HPR) : Alternative aux HPP, à base de protéines de riz hydrolysées.
  • Formules à base d'acides aminés : Les protéines sont complètement décomposées en leurs éléments constitutifs, les acides aminés, ce qui les rend non allergènes.

Ces trois types de formules répondent aux mêmes exigences réglementaires en termes de qualité que les laits infantiles classiques. Elles couvrent, jusqu’à 6 mois, l’ensemble des besoins nutritionnels* de votre enfant, tels que le calcium, le fer ou encore les vitamines. *Conformément à la réglementation relative aux préparations infantiles.

Transition vers une nouvelle formule

L’adaptation de votre bébé à sa nouvelle formule hydrolysée peut prendre du temps. Il est courant d’observer des selles plus fréquentes, molles ou de couleurs différentes chez un bébé APLV. 1/ Faites la transition progressivement : si votre enfant refuse ce nouveau biberon, demandez des conseils à votre médecin pour vous aider à habituer votre enfant au nouveau goût. Sachez qu’il est propre aux enfants de refuser tous les aliments nouveaux ayant un goût inconnu. Il faudra peut-être de la patience et présenter plusieurs fois le biberon à l’enfant avant qu’il ne l’accepte. Après l’âge d’un an, il est aussi possible d’ajouter du cacao ou de la grenadine pour faciliter la prise du biberon, si votre enfant les tolère. 2/ Trouvez des techniques : si l’âge de votre enfant le permet, essayez de modifier sa façon de boire la préparation. Vous pouvez, par exemple, lui donner un biberon avec des dessins amusants, lui proposer une tasse à bec etc.… Vous pouvez également réaliser des recettes variées, salées ou sucrées, à base de préparations de substitution. 3/ Mettez en place les repas à heures fixes pour installer une habitude : maintenir un planning des repas et des heures fixes pour manger, s’asseoir sur une chaise haute ou être à table peut aider votre enfant à développer son appétit et augmenter la quantité de formule de substitution. Une fois que les symptômes de l’allergie ont disparu, votre enfant peut montrer un regain d’appétit.

Laits d'autres animaux et boissons végétales

Est-il recommandé de donner à mon bébé APLV du lait d’un autre animal (chèvre, brebis,…) ou de boissons végétales ? Le système digestif de ces enfants est encore immature et ne peut tolérer les protéines entières présentes dans les laits infantiles classiques, de brebis, de chèvre ou de soja [1]. C’est pour cette raison, qu’ils sont susceptibles de développer des allergies croisées….

Ne changez pas de formule sans demander l’avis de votre médecin. Évitez de donner à votre bébé des laits contenant des protéines entières de mammifères ou végétales, ainsi que des boissons végétales.

Diversification Alimentaire chez l'Enfant APLV

Les parents d'un enfant APLV se demandent souvent comment se passe la diversification alimentaire ? Chez les enfants allergiques, la diversification ne sera pas retardée, et débutera aux 6 mois de l’enfant. La diversification obéit également aux mêmes règles qu’en l’absence d’allergie, mais les parents doivent être bien informés de la nécessité de lire attentivement les étiquettes et de « faire la chasse » aux PLV. Il est parallèlement essentiel de maintenir un apport de substitut de lait suffisant (au moins 500 mL par jour) pour s’adapter aux besoins nutritionnels de l’enfant, l’APLV et le régime d’éviction ayant un impact sur la croissance pondérale.

Conseils pour une diversification réussie

  1. Commencez par des aliments de consistance onctueuse, sans morceaux, et doux au goût. Le médecin vous indiquera par quel aliment commencer, à quelle quantité, et dans quel ordre les nouveaux aliments doivent être introduits.
  2. Débutez par des plats simples à la maison ou des pots simples composés d’un seul aliment. Faire des plats à la maison vous aidera à mieux connaître et contrôler la composition de l’alimentation des enfants. Les aliments peuvent être cuisinés, préparés sous forme de purées et placés dans une boîte hermétique au réfrigérateur pour être consommés le jour même ou le lendemain. Les purées peuvent être placées dans un bac à glaçon et congelées. 1 à 2 cubes pourront être décongelés si besoin.
  3. Il existe certains plats préparés type « Blédina » qui peuvent être adaptés aux bébés souffrant d’allergie alimentaire. Lisez les listes d’ingrédients sur les étiquettes avant d’estimer qu’un produit est adapté.

Comme les bébés allergiques ont une alimentation limitée en aliments solides, il est important de s’assurer que le bébé prenne chaque jour la quantité nécessaire de préparation de substitution en complément pour permettre une croissance normale. Il est important d’introduire des aliments sous forme de petits morceaux quand le bébé commence à mâcher, et que ses premières dents apparaissent.

Ne donnez que les aliments bien tolérés par l’enfant. Légumes autorisés - coupés en lamelles et cuits à la vapeur ou aux micro-ondes pour attendrir les légumes. Certains aliments sont connus pour être plus allergisants que d’autres. Il est donc préférable de commencer par les moins allergisants (fruits, légumes, viandes, riz) avant de passer à des aliments réputés plus allergisants (tels que les œufs, le blé, le soja, le poisson). Essayez de donner un nouvel aliment toutes les semaines ou toutes les deux semaines, en continuant de façon régulière les aliments testés bien tolérés. Suivez toujours le conseil de votre médecin et/ou du diététicien.

Au fur et à mesure de l’introduction d’aliments bien tolérés, le régime alimentaire du bébé se diversifie. Le recours à des associations alimentaires différentes et des recettes avec des ingrédients autorisés est possible. A ce stade, la quantité nécessaire de préparation de substitution peut être réduite. Il faut en discuter avec votre médecin et/ou le diététicien. Après 12 mois, la plupart des enfants peuvent manger presque tous les types d’aliments solides. Leur repas ressemblera de plus en plus au repas des plus grands mais, bien sûr, sans produits laitiers s’ils sont toujours allergiques, et sans les aliments écartés au cours de l’étape de diversification de la nourriture. A cet âge, il devrait encore consommer 500 ml de lait maternel ou de préparation de substitution par jour. C’est pour cela que la préparation de substitution joue encore un grand rôle en apportant les nutriments manquants dans le régime alimentaire.

Réintroduction des Protéines de Lait de Vache

Le pédiatre sera celui qui prendra la décision de la réintroduction des PLV dans l’alimentation de la maman allaitante, on réintroduit habituellement les protéines de lait après 6 mois d’exclusion. Le mot d’ordre sera alors la mise en place d'une réintroduction progressive et douce, il faut faire des essais de réintroduction et il suffira des fois de seulement une cuillère de yaourt dans un premier temps, pour augmenter progressivement les quantités suivant la tolérance de l’enfant. Certains médecins peuvent dans certains cas préconiser une prise en charge des tests de réintroduction en milieu hospitalier.

En cas d’APLV IgE médiée, le moment de la réintroduction des PLV est guidé par le taux d’IgE et est effectuée en milieu hospitalier. La prudence s’impose particulièrement en cas de manifestation initiale sévère.

Conseils Supplémentaires

Quelques conseils de bien-être peuvent être efficaces : Alimentez votre bébé au calme et tenez-le bien droit. Evitez qu’il ne tête ou boive trop vite et avale trop de préparation. Il faut faire des pauses. Après le repas, ne secouez pas votre enfant mais laissez le faire son rot calmement. Vous pouvez aussi essayer d’ajuster la position dans laquelle vous mettez votre bébé au lit en rehaussant la tête du lit. Evitez les vêtements trop serrés au niveau du ventre. La colique du nourrisson disparait normalement au troisième ou quatrième mois de l’enfant. Essayez d’empêcher que votre bébé n’avale de l’air lorsqu’il boit son lait en le mettant par exemple dans une position droite durant la tétée et en l’empêchant de boire son lait trop vite. N’oubliez pas de lui faire faire son rot après avoir mangé en l’asseyant droit ou en le tenant droit sur votre épaule tout en soutenant sa tête et son cou.

En attendant le rendez-vous, il est très important de prévenir la déshydratation de votre enfant. Ne donnez un plat à votre enfant que s’il peut consommer tous les ingrédients qui le composent. Soyez vigilants à la lecture des étiquettes alimentaires si votre enfant présente une allergie aux protéines de lait de vache (APLV).

Prévention de l'APLV

Les recommandations de la Société Française d’Allergologie concernant la prévention de l’allergie aux protéines de lait de chez les nourrissons allaités vous ont particulièrement interpellé.

« La Société Française d’Allergologie (SFA) suggère de donner 10 ml de “lait 1er âge”, chaque jour, aux nouveau-nés allaités à risque atopique (c’est-à-dire aux bébés ayant des antécédents familiaux d’allergie). Cette récente recommandation s’applique dès la première semaine de vie, et ce jusqu’à la diversification (1,2). Ainsi, cette introduction de lait industriel servirait, selon la SFA, à prévenir l’allergie aux protéines de lait de vache.

A. Elle ignore la protection conférée par un allaitement exclusif : l’OMS, l’approche santé des 1000 jours, et l’ensemble des études scientifiques disponibles à ce jour, préconisent un allaitement exclusif d’environ 6 mois, sans introduction d’aucun autre aliment, ni liquide (3-7). L’introduction de PPN, même en petite quantité, perturbe l’allaitement exclusif.

B. C. Elle va à l’encontre de la priorité à l’heure actuelle : diminuer le “don” fréquent de PPN aux nouveau-nés allaités, en maternité. On sait en effet que ces compléments donnés ponctuellement aux nouveau-nés allaités sont les premiers responsables d’une sensibilisation aux protéines du lait de vache (11,12).

D. Ainsi, cette recommandation de la SFA ne prend nullement en compte l’ensemble des connaissances et des recommandations de santé publique. Le conflit d’intérêt est ici manifeste puisque les entreprises de « lait 1er âge » ont tout à bénéficier de cette recommandation, qui augmenterait leurs ventes. Cette collaboration entre industriels et allergies a notamment été discutée dans la prestigieuse revue du British Medical Journal en 2018 (18) : « Entre 2006 et 2016, au Royaume-Uni, les prescriptions de « laits » commercialisés et spécialisés pour les nourrissons allergiques aux protéines du lait de vache ont augmenté de près de 500 %. Pourtant, les données épidémiologiques ne donnent aucune indication d’une telle augmentation de prévalence réelle.

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