La question de l'avortement, un droit fondamental pour les femmes, suscite régulièrement des débats passionnés et des remises en question. Cet article explore l'évolution du droit à l'avortement en France, les enjeux juridiques et sociétaux qui y sont liés, et les tentatives d'entraves à ce droit. Il met en lumière l'importance de la constitutionnalisation de la liberté de recourir à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) comme une garantie contre les potentielles régressions.

Un Droit Acquis de Haute Lutte

Le droit à l'avortement est un acquis majeur pour les femmes, fruit d'un long combat pour leur droit à disposer de leur corps. En France, l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est dépénalisée depuis le 17 janvier 1975, grâce à la loi Veil. Cette loi a marqué une étape cruciale dans la reconnaissance de l'autonomie des femmes en matière de procréation. Le procès de Marie-Claire Chevalier, jugée à Bobigny en 1972 pour avoir avorté, défendue par Gisèle Halimi et finalement relaxée par le tribunal pour enfants, a joué un rôle central dans cette dépénalisation. Ce procès a mis en lumière les inégalités sociales face à l'avortement, les femmes les plus démunies étant contraintes de recourir à des avortements clandestins et dangereux. L'association CHOISIR, créée en 1971 par Me Halimi et Simone de Beauvoir, a également contribué à sensibiliser l'opinion publique et à faire pression sur les pouvoirs publics.

Les Enjeux Actuels et les Menaces

Malgré cette avancée historique, le droit à l'avortement reste fragile et menacé. Des mouvements « pro-vie » souhaitent revenir sur plus d'un demi-siècle de progrès, en diffusant la peur et la mésinformation pour faire reculer l'accès à l'avortement et l'égalité. Ces mouvements remettent en question le droit des femmes à prendre des décisions concernant leur santé, leur corps et leur vie sexuelle, un droit pourtant fondamental et constitutif de l'égalité entre les femmes et les hommes.

Il est crucial de rappeler que l'avortement est un acte médical courant, pratiqué chaque année par des millions de personnes dans le monde. Lorsqu'il est effectué par un professionnel de santé qualifié dans de bonnes conditions d'hygiène, il s'agit d'une intervention simple et sûre. Cependant, lorsque l'accès à l'avortement est restreint, les personnes sont contraintes de recourir à des avortements clandestins et dangereux, qui représentent la troisième cause de mortalité maternelle au monde.

Interdire ce droit ne fait pas baisser le nombre d'avortements. D'après l'Institut Guttmacher, le nombre d'avortements est significativement le même dans les pays qui l'interdisent ou le restreignent et dans ceux qui l'autorisent.

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La Constitutionnalisation de la Liberté de Recourir à l'IVG : Une Garantie Essentielle

Face à ces menaces, la constitutionnalisation de la liberté de recourir à l'IVG est apparue comme une nécessité pour empêcher toute remise en cause de ce droit par une loi. En effet, jusqu'à récemment, le Conseil constitutionnel ne lui avait pas conféré de valeur constitutionnelle en tant que telle, et ni la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) ni la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) ne l'avaient consacrée.

La loi constitutionnelle du 8 mars 2024 a modifié l'article 34 de la Constitution pour y inscrire que "La loi détermine les conditions dans lesquelles s’exerce la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse". Par ce texte, la France devient le premier pays au monde à inscrire dans sa Constitution la liberté de recourir à l'IVG.

Cette inscription constitutionnelle a pour objectif d'empêcher, à l'avenir, toute remise en cause de cette liberté par une loi. La liberté d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse est donc désormais protégée par la Constitution, sous le contrôle du Conseil constitutionnel. Cette liberté bénéficie à toute personne ayant débuté une grossesse, sans considération tenant à l’état civil, l’âge, la nationalité et la situation au regard du séjour en France.

La rédaction constitutionnelle laisse néanmoins au législateur la possibilité de faire évoluer le cadre juridique dans lequel s’exerce cette liberté, en en fixant les garanties et les limites et dans le respect des autres principes constitutionnels tels que la liberté de conscience, sous le contrôle du Conseil constitutionnel. Elle devrait pouvoir s’adapter aux évolutions de toute nature, notamment techniques, médicales ou scientifiques. Enfin, cette loi constitutionnelle n’impose aucune modification des dispositions législatives existantes, notamment celles relatives à la clause de conscience.

Les Limites du Droit à l'Avortement et les Entraves

La liberté de la femme de décider d’avorter n’est toutefois pas absolue et elle ne constitue qu’une exception apportée au principe du respect de tout être humain dès le commencement de la vie mentionné dans l’article 1er de la loi de 1975. Le Conseil Constitutionnel a bien pris le soin de souligner qu’il n’admet qu’il soit porté atteinte audit principe qu’en cas de nécessité et selon les conditions et limitations définies par la loi.

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Malgré la dépénalisation de l'avortement, des entraves persistent en France. Le délit d'entrave à l'IVG est constitué lorsque l'accès ou le fonctionnement des établissements pratiquant l'interruption de volontaire de grossesse est perturbé, ou lorsque des pressions morales et psychologiques, menaces ou actes d'intimidation sont exercés à l'encontre des personnes cherchant à s'informer sur une interruption volontaire de grossesse, des personnels travaillant dans ces établissements, des femmes venues recourir à une interruption volontaire de grossesse ou de leur entourage.

La clause de conscience permet aux membres du corps médical de refuser de pratiquer un avortement et d’y participer, car la liberté de la femme d’y recourir ne peut être perçue comme autorisant le sacrifice d’autres droits et libertés.

L'Avortement et la Justice : Une Perspective Historique

L'étude des archives judiciaires révèle comment la justice recherchait l'avortement et enquêtait pour prouver le délit et confondre ses auteurs. Les modes de saisine, l'information et l'instruction étaient des étapes essentielles du travail des acteurs du monde judiciaire.

Devenu une pratique courante, l’avortement reste une opération sur laquelle règne le silence. Sa découverte en flagrant délit est quasiment impossible. La dénonciation et la rumeur publique constituaient les moyens les plus fréquemment usités par la population pour mettre en marche la machine judiciaire à l’encontre de ce délit spécifique. L'entourage social même des acteurs d'un avortement pouvait apporter une aide à la justice.

Certains citoyens se faisaient un devoir de dénoncer celles et ceux qu’ils suspectaient d’avortement. Les dénonciations suscitaient une série d’interrogations : Quels renseignements les délateurs offraient-ils à la justice ? D’où tenaient-ils leurs informations ? Pour quels motifs dénonçaient-ils ? L’anonymat faisait partie intégrante de la procédure.

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Les auteurs « déclarés » avaient un lien avec les personnes qu’ils dénonçaient. Tous avaient également un motif, souvent non avoué mais néanmoins perceptible, à trahir, voire à salir dans le cas d’une dénonciation calomnieuse. Ce mobile ne s’éclairait qu’une fois connu le rapport entre la personne incriminée et son dénonciateur : est-ce un conjoint, un membre de la famille, du voisinage, de l’entourage social ou du corps médical ?

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