L'allaitement est souvent perçu comme une source de fatigue pour la mère. Pourtant, la réalité est plus nuancée. Cet article explore les causes potentielles de la fatigue pendant l'allaitement et la grossesse, tout en démêlant les idées reçues et en offrant des solutions pour mieux vivre cette période.
Introduction
"Ma pauvre, quel courage, tu dois être fatiguée…", "Tu n’es pas fatiguée ?". Ces remarques sont fréquentes lorsque l'on allaite son bébé. Bien que les premières semaines avec un nouveau-né soient indéniablement éprouvantes, il est essentiel de comprendre si l'allaitement en lui-même est réellement la cause de cette fatigue. Cet article vise à explorer les différentes facettes de cette question, en s'appuyant sur des études scientifiques et des conseils pratiques.
Fatigue Post-Partum : Un Phénomène Complexe
La période post-partum est définie comme la période qui suit l’accouchement. La fatigue ressentie durant cette période est multifactorielle.
Chute Hormonale
Première cause de la fatigue ressentie en post partum, la fameuse chute d’hormones qui apparaît au bout de 48h. Après 9 mois à baigner dans un bain d’hormones apaisantes, l’accouchement et l’expulsion du placenta entraînent une chute brutale de la progestérone et des œstrogènes. C’est cette baisse qui va notamment causer le “fameux” baby-blues, qui se manifeste les premiers jours.
Manque de Fer
Le premier symptôme d’un manque de fer est… la fatigue ! Les besoins en fer sont très augmentés pendant la grossesse, et de nombreuses femmes sont supplémentées pour faire face à ces besoins. L’accouchement et les saignements (ou lochies) des premières semaines du post-partum entraînent des pertes sanguines importantes, qui viennent s’ajouter au déficit en fer déjà présent. Le retour de couche est une étape naturelle du rétablissement post-partum de la femme après l'accouchement. Aussi appelé retour des règles, il est marqué par des saignements appelés lochies qui durent généralement de 2 à 6 semaines. Durant cette période, vous devez prendre soin de votre corps, changer régulièrement les protections hygiéniques, s'abstenir d'activité sexuelle et parler à votre médecin en cas de préoccupations.
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Manque de Sommeil
Le manque de sommeil est une des causes principales de fatigue en post partum. Tout porte à croire que donner le sein à son bébé vous enlèvera des heures de sommeil. Avez-vous déjà eu une remarque du type "tu dois être bien fatiguée" après avoir déclaré à la personne que vous allaitiez votre enfant ? Mais en est-ce réellement la cause ? Pour pouvoir lutter efficacement contre la fatigue durant la période d'allaitement, il est nécessaire avant tout d'en comprendre l'origine. Halte aux stéréotypes, voici de vraies réponses. Une fois les joies de la maternité passées, retour à votre vie quotidienne, mais avec une personne en plus dans la maison ! Les premières semaines suivant l'accouchement sont toujours les plus éprouvantes et s'occuper d'un nouveau-né est loin d'être de tout repos. Reprise du travail, cuisine, ménage, courses… Tout cela est déjà bien épuisant en soi, mais alors avec un bébé en plus dont on doit s'occuper, cela vire carrément au challenge ! Et alors que les journées sont ponctuées de travaux ménagers et/ou de travail (oui, le congé postnatal a une fin), les nuits quant à elles peuvent s'avérer bien courtes ! La fatigue est à son pic les premiers mois et coïncide donc avec la période de l'allaitement, d'où la confusion.
Pression Sociale et Surcharge
De nombreuses mamans se surmènent pendant leur post partum. En France, la femme qui allaite tout en retravaillant tout en gérant parfaitement sa maison tout en ayant perdu tous ses kilos de grossesse en moins de temps qu’il ne faut pour le dire est le modèle à suivre.
Allaitement : Détente et Bien-Être
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, l'allaitement peut favoriser un état de détente et de bien-être chez la mère.
Rôle des Hormones
Lors de l'allaitement, des hormones (principalement l'ocytocine) sont libérées dans le corps de la maman et provoquent un état de profonde détente et de bien être. Les sensations ressenties ressemblent à celles liées à un état de somnolence : la tension artérielle baisse, la respiration ralentit et le rythme cardiaque également. On compare même les effets de l'ocytocine à ceux d'un antalgique ! L'ocytocine est une hormone naturellement synthétisée par notre organisme. Elle intervient dans le cadre de la régulation de nos émotions. Une de ses premières fonctions est notamment d’accélérer le déclenchement de l’accouchement. Ensuite, un pic d’ocytocine favoriserait l’instinct maternel, chez la mère, pour son nouveau-né et stimulerait l’amour qu’elle lui apporte dès les premiers instants. Dans les jours qui suivent l’accouchement, l’ocytocine va permettre à l’utérus de retrouver sa taille initiale, ce qui explique les contractions utérines ressenties par certaines mamans au début de l’allaitement. Enfin, concernant l’allaitement, cette hormone provoque une contraction des cellules qui entourent les alvéoles qui contiennent du lait et enclenchent alors son éjection. L'autre hormone qui intervient dans la production de lait est la prolactine. En plus d'être responsable de la montée du lait, elle aide également la mère à mieux dormir. Une étude a prouvé que les mères allaitant dormaient plus profondément (le sommeil profond est le plus réparateur) que les femmes non enceintes et celles qui donnaient le biberon. Une étude parue dans le journal scientifique Pediatric Research, met en évidence que le lait maternel joue un rôle important sur le sommeil de bébé ! En effet, il existe une version jour et une version nuit du lait. Sa composition est donc différente selon l’heure de la journée. Le matin, le lait contient du cortisol qui aura l’effet d’une tasse de café sur votre bébé, lui apportant une dose d’énergie importante. De toutes les hormones libérées dans la circulation sanguine maternelle lors d’une tétée (ocytocine, prolactine, beta-endorphines, dopamine…), nombreuses sont celles qui ont un impact positif sur le rythme veille/sommeil de la maman. Premièrement, la prolactine accélère le passage en sommeil lent (sommeil récupérateur). Durant l’allaitement, la mère bénéficie ainsi de 30% de sommeil lent en plus que chez une femme non allaitante ou non enceinte. Le sommeil lent léger est une phase où vous pourriez avoir l’impression de ne pas dormir, malgré qu’elle soit très récupératrice et c’est cette phase de sommeil qui est augmentée chez les femmes allaitantes. C’est d’ailleurs pour cela que nous disons souvent que la maman qui allaite ne dort que d’un œil (l’autre veille sur le bébé). Il a également été prouvé que les femmes qui allaitent ont 2 fois plus de sommeil lent que les femmes qui n’allaitent pas. Ensuite l’ocytocine permet de favoriser un climat de détente et d’apaisement particulièrement propice au repos et à la somnolence. C’est cet état de somnolence peut donner l’impression d’être fatiguée, mais en réalité il permet une meilleure récupération et un sommeil de meilleure qualité. Au moment de la tétée sont également libérées des beta-endorphines et de la dopamine. Ce sont des hormones associées au sentiment de plaisir et la dopamine permet également de préparer le réveil. Autrement dit, durant l’allaitement, les mères ont un sommeil plus profond et récupérateur mais également plus de facilité à se réveiller afin de répondre aux besoins du bébé. La somnolence dans la journée des femmes allaitantes n’est donc pas un signe de fatigue. Il s’agit d’un état normal, lié au rythme veille/sommeil qui est modifié par l’allaitement et qui favorise une meilleure récupération.
Études Comparatives
Une étude datant de 1998 et publiée dans le "Journal of Human Lactation" s'est penchée sur les jeunes mamans et plus particulièrement sur cette sensation de fatigue intense. Il a été démontré qu'il n'y avait aucune différence entre le niveau de fatigue des mères allaitantes et celles qui n'allaitaient pas ou avaient arrêté. Claire-Dominique Walker et son équipe, notamment Sonia J. Lupien, directrice du Centre d’études sur le stress humain, ont étudié les réponses au stress de 25 mères allaitantes et de 25 autres donnant le biberon. Les mères ont été exposées à divers types de situations stressantes, allant de situations à charge émotive ou pertinentes, comme le visionnage d’une vidéo sur des enfants blessés ou perdus, à des situations non menaçantes ou non pertinentes, comme une conférence en public ou un problème de mathématiques. Pour Mai Tu, l’une des chercheuses, « la différence observée dans les réactions aux agents stressants pertinents et non pertinents […] signifie que les mères qui ont l’expérience de l’allaitement filtrent l’agent stressant important parmi les agents stressants insignifiants et que les mères qui donnent le biberon seraient moins en mesure de le faire.
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Bienfaits à Long Terme
Contrairement à l’idée selon laquelle l’allaitement épuiserait l’organisme de la mère [18], il semble que, comme pour l’enfant, il ait des effets bénéfiques à long terme sur la santé de celle-ci. Allaiter plus de 12 mois par grossesse diminuait le risque de plus de moitié, comparé à un allaitement de 0 à 3 mois. Enfin, le risque de cancer du sein, tant pré- que post-ménopausique, serait lui aussi abaissé par l’allaitement. En juillet 2002, le Lancet a publié une étude qui a fait grand bruit dans les médias [25]. Pour celles qui avaient allaité chacun de leurs enfants plus de 24 mois, le risque de cancer du sein n’était que de 46 % comparativement à celles qui avaient allaité de un à six mois. Des chercheurs du Brigham and Women’s Hospital de Boston (USA) ont suivi pendant au moins douze ans deux groupes de 83 585 et 73 418 femmes ayant eu des enfants. Celles qui avaient allaité pendant au moins un an avaient environ 15 % de moins de risques de développer un diabète de type II que celles qui n’avaient pas allaité du tout. Les chercheurs pensent que l’allaitement peut modifier le métabolisme de la femme d’une façon qui explique ce résultat. Ces modifications métaboliques pourraient aider à maintenir stable le taux de sucre dans le sang et à rendre le corps plus sensible à l’insuline, l’hormone qui régule ce taux.
Allaitement et Nouvelle Grossesse
Vous allaitez et venez de tomber enceinte ? Vous vous demandez si vous pouvez continuer votre allaitement et si cela ne comporte aucun risque à la fois pour votre enfant et votre fœtus ? Ces questions sont tout à fait légitimes.
Ocytocine et Contractions
Lorsque vous allaitez, votre cerveau sécrète une hormone naturelle : l’ocytocine. Celle qu’on appelle aussi « l’hormone du bonheur » va jouer un rôle important tout au long de votre grossesse, ainsi que lors de votre accouchement. On pourrait donc penser qu’allaiter tend à provoquer des contractions, entraînant ainsi la perte de votre bébé ou sa naissance prématurée. Mais ceci est un raccourci. En effet, l’ocytocine n’est pas sécrétée en quantité suffisante pour déclencher le travail.
Besoins Nutritionnels Accrus
Il est vrai qu’allaiter est énergivore. En cas de questionnement ou d’inquiétude, nous vous conseillons de vous rapprocher de votre sage-femme ou de votre médecin. Ceux-ci s’assureront que vos besoins nutritionnels sont bien remplis. Essayez également d’adopter une alimentation variée et saine, pouvant subvenir à tous vos besoins en fer, en protéines, en vitamines et en minéraux. L’allaitement, et notamment la production de lait, mobilise beaucoup de ressources.
Changement du Lait Maternel
Dès lors que vous tombez enceinte, votre production de lait tend à diminuer. De couleur jaunâtre, ce type de lait joue un rôle anti-infectieux et facilite la croissance des organes de votre nouveau-né lors de ses premiers jours de vie. Pour certains enfants, ce changement sera rédhibitoire et entraînera un sevrage naturel. En revanche, si le vôtre souhaite continuer les tétées, sachez que les nutriments présents dans le colostrum répondront à ses besoins. Le colostrum est diurétique et peut engendrer des selles plus molles chez votre enfant allaité. La nouvelle grossesse va modifier le terrain hormonal. La lactation ne va donc pas réagir de la même façon, et des changements vont s’opérer. Le « lait mature » va progressivement changer de composition pour redevenir du colostrum et ainsi combler les besoins de votre futur bébé. L’aspect et le goût de votre lait vont alors se modifier, il va devenir plus salé et plus concentré. Au début, il peut y avoir une baisse de la lactation puisque votre aîné pourra ne pas aimer le changement du goût du lait.
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Risque de Fausse Couche
La fausse couche est un événement très fréquent, se produisant chez environ 10 à 20% des femmes enceintes. Les causes courantes comprennent des anomalies chromosomiques, des problèmes hormonaux ou des anomalies de l'utérus. L'allaitement ne figure pas sur la liste des causes de fausse couche. Bien que l'allaitement n'ait pas été lié directement à une augmentation du risque de fausse couche, selon les études menées par les chercheurs, il est important de prendre soin de votre santé et de votre nutrition pour assurer une grossesse saine et un bébé en bonne santé.
Allaitement en Tandem
Il est tout à fait possible d'allaiter deux enfants d'âges différents en même temps. Cette pratique s’appelle l'allaitement en tandem. Une solution pratique si vous avez deux enfants d'âges différents et que votre premier enfant ne veut pas arrêter de téter ou a encore besoin de la nutrition fournie par le lait maternel. Les hormones produites durant la grossesse peuvent affecter la composition du lait maternel. Ce dernier peut contenir moins de lactose et de matières grasses, mais plus d'eau.
Conseils pour Gérer la Fatigue Pendant l'Allaitement
Si l'allaitement en lui-même n'est pas nécessairement la cause de la fatigue, il est essentiel de prendre des mesures pour gérer la fatigue post-partum.
Prioriser le Repos
Dormez quand bébé dort, obligez vous à une sieste quotidienne, demandez de l’aide à vos proches, votre famille, votre conjoint pour gérer le quotidien : autres enfants, courses, ménage, cuisine. Grapillez le maximum de moments pour vous reposer et levez le pied au maximum. Ralentissez votre rythme au moins les premières semaines. Cela peut être difficile de passer d'un mode de vie à un autre, mais rien ne vous fera plus de bien que faire la sieste avec votre bout d'chou. Adoptez une nouvelle routine : reposez-vous pendant ses siestes, allaitez allongée de temps en temps, laissez un peu le ménage de côté… En dehors des tétées, profitez de chaque moment de calme pour dormir ou vous détendre avec, par exemple, des petits rituels de relaxation (musique douce…) ou de soins apportés à votre poitrine (auto-massage des seins, application de lait maternel sur les mamelons, etc.).
Alimentation Équilibrée
Bien manger est essentiel pour remettre du carburant dans la merveilleuse machine qu’est notre organisme et lutter contre la fatigue du post partum. C’est une source également essentielle d’apports en bons nutriments (vitamines, minéraux, acides gras essentiels) qui nous permettent de faire face aux exigences du quotidien. Alors autant que possible, ne sautez pas de repas et misez sur des produits frais, de saison, non transformés. Votre alimentation peut influencer votre production de lait. Il est donc important de surveiller ce que vous mangez et de privilégier une alimentation équilibrée et riche en nutriments pour répondre aux besoins de votre enfant. Mangez des protéines, des légumes verts, des fruits et des produits laitiers, ils sont particulièrement bénéfiques pour votre santé et celle de votre bébé. Évitez les aliments gras, sucrés et transformés.
Demander de l'Aide
N’ayez pas peur de demander de l’aide à vos proches. Si vous avez juste une ou deux courses à faire et que votre voisine part justement les faire pour elle, n’hésitez pas à lui demander de le faire pour vous. De même, vos amis, vos grands-parents ou vos parents se feront un plaisir de vous aider pour certaines tâches ménagères, comme la préparation du déjeuner. Entourez vous des personnes bienveillantes et compréhensives pour vous soutenir pendant cette période. Si vous êtes fatiguée, n'hésitez pas à demander de l'aide à votre entourage.
Accepter le Changement
L’expérience du post partum peut être violente quand on l’habitude de contrôler et de maîtriser son quotidien. Du jour au lendemain, tout vole en éclats, notre quotidien et notre vie sont bouleversées et on se retrouve souvent en inconfort à essayer de garder un semblant de contrôle. C’est humain, c’est normal, mais c’est prendre le risque à moyen et long terme de tomber dans le burn-out parental. Alors, plutôt que de lutter en permanence contre des choses non maîtrisables et qui ne dépendent finalement pas de vous, essayez d’accepter cette nouvelle étape de vie, ce nouveau quotidien, ces nouvelles contraintes mais également tout ce qu’il y a de positif à accueillir.
Consulter un Professionnel de Santé
Au risque de passer à côté d’une maladie causant cette fatigue : hypothyroïdie, anémie… Je me souviens d’une mère qui se plaignait d’une fatigue anormale depuis son accouchement et à qui son médecin ne savait que dire qu’elle n’avait qu’à arrêter d’allaiter. Enfin, n’hésitez pas à demander des astuces aux mères allaitantes, ou encore des conseils à un médecin, à un.e conseiller.e en lactation, notamment en cas de douleurs liées à l’allaitement, ou au moindre problème, pour éviter tout risque de fatigue supplémentaire.
Compléments Alimentaires
Que ce soit pour accompagner votre post partum ou votre allaitement, lutter contre la fatigue, ou remonter une carence en fer, il existe des compléments alimenatires adaptées et spécifiques pour vous donner un coup de pouce et vous permettre de vivre au mieux cette période de vie.
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