L'histoire de l'allaitement maternel est un sujet complexe et fascinant, marqué par des pratiques variées, des influences culturelles et médicales, et des enjeux économiques significatifs. Bien que le phénomène des nourrices ait été largement étudié, l'histoire de l'allaitement et de ses transformations au cours du dernier siècle a suscité moins d'intérêt chez les historiens. Cet article explore l'évolution de l'allaitement à travers les âges, en mettant en lumière les pratiques, les croyances et les enjeux qui ont façonné cette expérience fondamentale de la maternité.
L'Ombre du Biberon : Un Tournant au XXe Siècle
Il peut sembler paradoxal de commencer une histoire de l'allaitement maternel au XXe siècle par une discussion sur le biberon. Cependant, le biberon, en tant que contenant, et le lait industriel, en tant que contenu, ont exercé une influence considérable sur l'allaitement tout au long de ce siècle. La fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle ont été témoins de la disparition progressive des nourrices et de leur remplacement graduel par des biberons plus sûrs, utilisés dans des lieux de garde plus proches des parents. Il est important de noter que les nourrices elles-mêmes utilisaient de plus en plus le biberon : à la veille de la Première Guerre mondiale, on estime que seuls 7,5 % des enfants en nourrice étaient nourris au sein.
Cette évolution a affaibli certains arguments des défenseurs de l'allaitement maternel. Les enfants étant de plus en plus gardés à la journée au lieu d'être envoyés à la campagne pour de longs mois, les critiques concernant les effets de la séparation parents/enfants ont perdu de leur force. De plus, l'amélioration des conditions d'alimentation au biberon a entraîné une baisse de la mortalité infantile causée par des biberons contaminés et des laits frelatés.
Le principal danger de l'alimentation au biberon résidait dans le manque d'hygiène, la mauvaise conservation du lait, l'utilisation de lait cru souvent falsifié et l'emploi de biberons en métal rouillé ou en verre à col étroit. Les biberons à tube et à soupape étaient particulièrement dangereux, car ils étaient impossibles à nettoyer et favorisaient la prolifération de microbes responsables de diarrhées infectieuses et de choléra infantile. Il a fallu un débat au Parlement, en 1910, pour interdire ces biberons infanticides.
Progrès Sanitaires et Contrôle du Lait
À partir des années 1890, suite aux découvertes de Pasteur, l'attention s'est portée non seulement sur l'hygiène du contenant (le biberon), mais aussi sur celle du contenu (le lait). Le contrôle du lait à l'étable (contrôles sanitaires vétérinaires, épreuve obligatoire à la tuberculine), la mise en vente de laits pasteurisés et l'éducation des mères à la stérilisation domestique ont contribué à réduire considérablement les dangers du biberon.
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La lutte contre les falsifications du lait était également une préoccupation majeure. La falsification la plus courante consistait à ajouter de l'eau au lait, une pratique qui n'a cessé qu'en 1902. Le lait était également écrémé et additionné de substances destinées à lui rendre son opacité et sa couleur (oignons torréfiés, caramel, safran, extrait de chicorée, eau de chaux, gomme adragante…) ou à retarder la fermentation (bicarbonate de soude, acide borique, acide salicylique et même acide formique…).
C'est à cette époque qu'apparaissent les "Gouttes de lait", dont la première a été créée à Fécamp, en 1894, par le Dr Dufour. Ces institutions fournissaient aux mères un lait de qualité vérifiée, "humanisé", stérilisé et réparti en flacons correspondant aux repas de l'enfant.
Il est essentiel de souligner que si le lait maternel est une ressource naturelle gratuite, les substituts du lait maternel génèrent des bénéfices considérables grâce à leur fabrication et à leur distribution. Ces enjeux financiers peuvent expliquer certaines réticences à promouvoir l'allaitement au sein. D'énormes sommes d'argent étaient en jeu, et les professionnels et les établissements de santé en ont eu leur part. Le système des "tours de lait", qui existait avant son interdiction par le décret de 1998, en est un exemple.
La Puériculture "Scientifique" et les Règles Strictes
Le XXe siècle a été marqué par le triomphe d'une puériculture "scientifique", où tout était régi par des règles et des mesures édictées par les professionnels, que les mères devaient suivre scrupuleusement pour être considérées comme de "bonnes" mères. L'alimentation au biberon s'intégrait parfaitement à cette approche, avec des quantités précises de lait à donner à des heures fixes, en fonction de l'âge de l'enfant.
Michel Odent explique dans son ouvrage "Votre bébé est le plus beau des mammifères" que rares sont les sociétés humaines qui n'ont pas retardé la première mise au sein, refusant le colostrum au bébé sous divers prétextes. La société du XXe siècle n'a pas échappé à cette règle : jusqu'au début des années 1970, il était courant de faire jeûner le bébé, en lui donnant éventuellement des biberons d'eau sucrée, pendant 18 à 24 heures après l'accouchement.
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Dans son "Traité de l'allaitement maternel" (Masson, 1930), A.-B. Marfan écrit que le nouveau-né "pourra être mis au sein 12 heures après l'accouchement ; mais il n'y a aucun inconvénient à ne l'y mettre que vers la fin du premier jour". Quant au Dr Rehin, dans sa "Nouvelle encyclopédie pratique de médecine et d'hygiène" (Quillet 1922), il est encore plus catégorique : "Pendant les premières heures qui suivent sa naissance, c'est-à-dire pendant douze ou quinze heures, il convient de ne pas se soucier de l'alimentation de l'enfant qui d'ailleurs ne réclame rien."
Catherine Allégret se souvient dans son livre de souvenirs ("Les souvenirs et les regrets aussi") : "En 1970, nous vivons encore la préhistoire de la maternité."
Le respect d'un intervalle fixe entre les tétées est une constante tout au long du siècle, avec des durées variables : quatre heures, trois heures, deux heures et demie. Dans le roman "Le groupe" de Mary McCarthy, proposer un intervalle de trois heures au lieu de quatre était considéré comme une audace. L'essentiel était de "régler" l'enfant, avec des heures de tétées fixes et les mêmes pour tous les bébés. La durée des tétées était également réglementée, ne dépassant pas 10 ou 15 minutes.
Les raisons invoquées étaient d'ordre médical ("Les bébés de ton époque avaient la colique. Ce n'était pas dû à l'allaitement au sein, mais à l'irrégularité de leurs repas", "Le groupe") mais aussi éducatif. Mme Gay écrit dans son ouvrage "Comment j'élève mon enfant" : "Nous ne sommes plus au temps où, au risque de se nuire grandement à lui-même, c'était l'enfant qui décidait, par ses cris, de l'heure de ses tétées. On sait à présent combien il importe que l'allaitement maternel soit donné suivant une règle… Pour lui, téter, c'est vivre ; avoir tété méthodiquement, c'est-à-dire suivant une règle que sa nourrice aura su appliquer avec constance, c'est être préparé à une vie équilibrée, à un avenir de santé et de joie, exempt des malaises physiques et moraux qu'engendrent les caprices et les désordres."
Il était vivement conseillé d'avoir chez soi un pèse-bébé pour peser le bébé avant et après chaque tétée. Si la pesée indiquait un "déficit" par rapport à la quantité de lait supposée être ingurgitée, on donnait ensuite au bébé un biberon savamment dosé de la différence.
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En réalité, c'est toute la conception des soins aux bébés qui allait à l'encontre de la réussite de l'allaitement : séparation dès la naissance, pas de première tétée précoce, parcage du bébé à la nurserie ; puis, de retour à la maison, bébé couché dans son berceau, dans une pièce à part, une tétée la nuit et pas plus (et encore, pas très longtemps : pour certains auteurs, le bébé devait sortir de la maternité en "faisant ses nuits"). Et surtout, la règle absolument impérative : ne pas prendre le bébé quand il pleure. Les auteurs sont unanimes sur ce point.
Geneviève Delaisi de Parseval et Suzanne Lallemand soulignent dans "L'art d'accommoder les bébés" que "la caractéristique la plus frappante de la période qui va de la fin du siècle dernier à nos jours est la diminution régulière, uniforme, de la durée de l'allaitement, ou de la nourriture exclusivement lactée. Le sevrage s'effectue de plus en plus tôt, sans dissension apparente du corps médical, sans retour en arrière."
Croyances, Peurs et Interdits
Il n'y avait pas que la puériculture "moderne" qui empêchait le succès de l'allaitement. Un certain nombre de croyances, de peurs et d'interdits (notamment alimentaires), présents dans pratiquement toutes les sociétés traditionnelles, étaient toujours vivaces au siècle dernier (et le sont peut-être encore aujourd'hui, même si c'est inconsciemment) : peur de perdre son lait si l'on ne respecte pas certaines règles, peur du lait qui tourne (par exemple si l'on a eu une contrariété ou si l'on a donné le sein alors qu'on était en sueur), peur du lait empoisonné en cas de nouvelle grossesse, peur du lait pas assez riche (d'où la vogue des analyses de lait dans les années 1950, qui revenaient presque toujours avec le verdict : "Votre lait, c'est que de l'eau !"…).
Une étude d'Agnès Fine a bien étudié toutes ces peurs. Entre 1978 et 1980, elle a recueilli les témoignages de femmes d'un village pyrénéen, qui parlent toutes de ce "lait troublé" en cas d'émotion forte ("Il ne faudrait pas être troublée quand on allaite un enfant, il faudrait pas être trop sensible. Vous savez, si on a une peur, une peine ou une colère, ou quelque chose qui vous tracasse, si vous donnez le sein à ce moment-là, l'enfant l'attrape !"), de relations sexuelles trop fréquentes ou de retour de règles ("Au bout d'un mois, elle a eu ses règles de nouveau, alors ce lait est devenu comme de l'eau. C'est pas la peine de donner ce lait au petit"), de ce "lait contrarié" en cas de nouvelle grossesse (le sang allant vers la matrice pour nourrir l'embryon ne peut plus donner de lait qui, comme le veut la vieille physiologie des humeurs du corps féminin, est du "sang blanchi"), de ce "lait chaud" ("Elle accourt de son travail tout en sueur, elle présente un sein fumant et fait sucer un lait échauffé âcre et vicié qui porte en lui le germe de toutes les maladies" - "Ma mère avait toujours pensé que ce petit était mort de ça. Du lait chaud").
Ces peurs et interdits étaient relayés par la plupart des professionnels de santé de l'époque. Par exemple, le Dr Marfan, dans son "Traité de l'allaitement et de l'alimentation du premier âge", écrit : "La frayeur, la colère, le chagrin peuvent supprimer la sécrétion lactée ou même la modifier et la rendre délétère." De même, la peur du "lait chaud" justifie l'interdiction d'allaiter en cas de fièvre.
On peut supposer qu'un certain nombre de mères parvenaient à échapper à ces règles, soit qu'elles n'aient pas accès aux "bons conseils" des manuels et des médecins, soit qu'elles aient assez de force de caractère pour n'en faire qu'à leur tête. Mais la plupart n'imaginaient pas y déroger, et faisaient comme le décrit l'écrivain Doris Lessing : "Elle se penchait vers le berceau, les mains serrées derrière le dos, pour résister à la tentation de prendre l'enfant dans ses bras, et regardait le cour battant de pitié et de douleur son petit visage cramoisi ouvrir la bouche de droite à gauche à la recherche du sein" ("Les enfants de la violence").
La Leche League : Une Voix Dissidente
Il est temps de parler de La Leche League, qui a accompagné l'histoire de l'allaitement pendant toute la seconde moitié du siècle en luttant contre ce règne de la "pensée unique". Créée en 1956 dans la banlieue de Chicago par sept femmes désireuses d'aider les femmes de leur voisinage à réussir l'allaitement de leurs bébés, LLL n'a cessé d'opposer aux diktats des professionnels de santé l'expérience vécue des mères : importance de la tétée précoce, tétées à la demande, sans minutage ni intervalle à respecter, tétées nocturnes, retard de l'introduction des solides vers le milieu de la première année, respect des besoins de l'enfant (regarder le bébé plutôt que la pendule ou la balance). Tout le contraire de ce que préconisaient à l'époque les manuels de puériculture et les médecins.
Le Recours aux Nourrices : Une Pratique Ancienne
Au XVIIIe et XIXe siècles, les nouveau-nés de la bourgeoisie citadine ne vivaient pas avec leurs parents mais avec leur nourrice, à la campagne. Ces séjours pouvaient se prolonger jusqu'à l'âge de deux ans, lors du sevrage. Cette pratique sociale a eu un impact économique considérable par ses flux financiers entre milieux urbains et ruraux.
La princesse Palatine, belle-sœur de Louis XIV, écrit dans une lettre du 4 août 1718 : "En France, on n'est pas plus tendre pour les enfants qu'en Angleterre." Cette affirmation interpelle. De qui parle-t-elle ? Il est connu que la royauté et la noblesse faisaient allaiter leurs enfants par des nourrices. Il n'est pas question, dans cette haute société, d'envoyer les enfants en campagne. La Palatine parle donc d'autres classes de la société : peut-être la riche bourgeoisie, tenant le haut du pavé dans les villes ?
Cette proximité permet aux familles de garder des liens suivis avec leurs enfants, d'aller les voir régulièrement, de vérifier les soins donnés par la nourrice, de lui verser ses mois, d'apporter de nouveaux vêtements adaptés à la taille des petits, et ce confort a un prix. Les gens dont parle la princesse sont donc les autres habitants de la ville, puisqu'il est question d'envoyer leur progéniture en campagne. Cela est vrai pour toutes les villes du royaume, qui se mettent de plus en plus à cette mode à l'époque de son écrit, sous la régence de Philippe d'Orléans.
Qui sont donc les gens contraints de rester un an ou deux sans voir leurs nouveau-nés placés en campagne ? Tout au long du XVIIIe siècle, la ville de Paris intra muros (actuels arrondissements 1 à 7) voit naître près de vingt mille petits par an en moyenne ! Mais déjà bien avant la Révolution, la banlieue proche n'offre plus de nourrices, mais adopte à son tour ce mode d'allaitement des enfants. Les mères de remplacement doivent donc se recruter de plus en plus loin, jusqu'à vingt-cinq lieues (100 km) tout autour de Paris dans un premier temps, puis cinquante, et soixante-quinze vers 1775. Et plus la distance est grande, moins il est possible pour les parents de suivre leurs nourrissons ni d'en gérer eux-mêmes le devenir.
L'Allaitement : Une Scène, des Gestes, une Histoire
"Depuis la nuit des temps, les hommes ont éprouvé le besoin de représenter les gestes de la lactation." Dans les sociétés anciennes, le lait maternel, comme le sang et le sperme, a une forte valeur symbolique. Les statuettes de déesses allaitantes, largement diffusées dans l'Égypte ancienne et l'Empire romain, ont une fonction de protection des femmes et des enfants.
La figure de la Vierge Marie allaitant l'enfant Jésus est très présente dans l'iconographie de la fin du Moyen Âge, quand l'accent est mis sur l'humanité du Christ. La Vierge est aussi nourrice de l'humanité et son lait est parfois considéré comme un équivalent du sang du Christ. Cette représentation de "Maria Lactans" tend à disparaître au XVIIIe siècle ; le sein découvert de la Vierge serait-il devenu choquant ?
Au Moyen Âge, le geste de refus du sein maternel de la part de saints, dans la prime enfance, est sans doute lié à la nécessité d'une rupture avec les femmes et la parenté, pour accéder à la sainteté. Saint Mamant, protecteur des mères qui allaitent, peut lui aussi nourrir un enfant au sein ; fantasme masculin d'appropriation d'une faculté propre aux femmes, réponse concrète à la hantise de la faim ? La femme donnant le sein est aussi allégorie : dans une version profane, c'est l'allégorie de la Grammaire ; dans une version religieuse, celle de la Charité. Au XVIIe siècle, temps de la Réforme catholique, le thème de la "charité romaine" est à l'honneur dans des tableaux montrant l'allaitement d'un adulte, parfois âgé, nourri par une jeune femme : une scène à forte connotation religieuse qui sera perçue, par la suite, d'une tout autre manière.
La pratique quotidienne de l'allaitement offre une gamme variée de croyances, de comportements et de situations au long des siècles, même si le thème de la supériorité de l'allaitement maternel traverse le temps, avec des arguments différents selon les époques. La scène de l'allaitement est parfois présentée comme l'occasion, pour les mères, d'être traitées avec des égards particuliers, comme le suggère une image du XVe siècle : Joseph préparant la bouillie du premier jour pendant que Marie allaite. Ambroise Paré, au XVIe siècle, évoque même la jouissance physique que peut éprouver celle qui allaite. Ces représentations ne doivent cependant pas masquer les contraintes qui pesaient sur des femmes dont une partie de l'existence était soit "aux œufs" (être enceinte) soit "au lait" (allaiter).
Si l'attention à l'alimentation de la mère et au risque provoqué par des émotions fortes susceptibles de gâter son lait est un thème récurrent, des changements s'opèrent au XXe siècle avec la fin de l'allaitement de longue durée et le recul de la mise en nourrice.
La mise en nourrice, pratique connue depuis l'Antiquité, peu répandue jusqu'à la fin du Moyen Âge, a pris une dimension importante dans la France de l'époque moderne. La diffusion de la mise en nourrice des enfants de la société urbaine, dans la France des XVIIe-XVIIIe siècles, phénomène longtemps attribué au travail des épouses du monde de la boutique et de l'artisanat, est très liée à la spécificité du mode de vie urbain où l'on imite les usages des élites. L'offre importante de nourrices, dans des campagnes très peuplées, a pu susciter la demande des urbains, à la recherche du "bon air" pour leurs nourrissons. À la fin du XVIIIe siècle, les critiques des médecins face à la forte mortalité des enfants placés en nourrice, incitent des femmes de milieux nobles et bourgeois, souvent lectrices de Jean-Jacques Rousseau, à allaiter elles-mêmes leurs enfants. Le recours à la nourrice demeure cependant la norme dans les élites du XIXe siècle, mais cette fois avec des nourrices "sur lieux". La mise en nourrice s'essouffle au début du XXe siècle et la guerre de 1914-1918 accélère son déclin.
L'Allaitement Artificiel : Une Alternative Ancienne
Le XXe siècle inaugure le temps des biberons, mais le recours à des substituts à l'allaitement maternel est très ancien. Au XIXe siècle, ce sont des chèvres qui alimentent les bébés de l'Hospice des Enfants Assistés de Paris. Si les XVIIe et XVIIIe siècles ont connu les biberons en étain (dangereux à cause du plomb), c'est au XIXe siècle, grâce au caoutchouc et aux progrès en matière d'asepsie, qu'apparaissent les biberons modernes qui permettent l'allaitement "artificiel". Le biberon, alternative à l'allaitement maternel et au recours à la nourrice est alors synonyme de modernité. Fortement recommandé par la puériculture américaine dans les années 1930, il contribue à une discipline de l'allaitement encouragée par des médecins, soucieux d'hygiène et de rationalisation, qui préconisent des horaires très réguliers pour l'allaitement (artificiel ou naturel), en rupture avec les pratiques traditionnelles.
Mortalité Infantile et Mise en Nourrice
Dans la France du XVIIIe siècle, 25 % des enfants meurent avant l'âge d'un an contre 19 % seulement chez ceux allaités par leur mère. Au milieu du siècle, la mortalité infantile des nourrissons mis en nourrice à la campagne est sans doute deux fois supérieure à la moyenne. George D. Sussman a étudié les taux de mortalité infantile au XIXe siècle en les reliant à la mise en nourrice et aboutit à un certain parallélisme. Ainsi, il constate que les départements industrialisés de l'Eure et de la Seine-inférieure ont le plus haut niveau de mortalité infantile car on y trouve combiné la mise en nourrices rurales et l'alimentation au biberon. Les départements ruraux proches des grandes villes, et qui par conséquent accueillent des nourrissons comme l'Eure-et-Loire ou l'Yonne, présentent eux aussi des taux élevés.
Critique de la Mise en Nourrice et Défense de l'Allaitement Maternel
Le siècle de l'apogée de la mise en nourrice voit aussi l'émergence de sa critique. La réflexion de certains philosophes des Lumières, l'évolution de la pensée médicale et l'évolution du regard sur les enfants, se conjuguent pour faire émerger une remise en question. Rousseau défend l'allaitement maternel, Joseph Raulin écrit "De la conservation des enfants" en 1768 et des médecins lancent une campagne contre les nourrices et pour l'allaitement maternel.
L'Allaitement Maternel : Un Enjeu Contemporain
L'iconographie de l'allaitement se raréfie au XXe siècle, période de recul global de l'allaitement maternel, mais celui-ci demeure un enjeu pour aujourd'hui. La question stimulante posée est la suivante : "Alors que le ventre des femmes enceintes s'affiche avec détermination, pourquoi, au XXIe siècle, la vue d'une femme allaitant en public est-elle devenue inconvenante ?".
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