Le commentaire, dans son acception la plus large, est une explication, un éclaircissement, une observation ou une remarque visant à expliciter et à illustrer une œuvre, un propos ou une action. Il peut s'agir d'un "docte commentaire", d'un "gros, ample commentaire", ou encore de "commentaires sur la Bible, sur Aristote, sur Hypocrate". L'expression "faire un commentaire" peut désigner l'action d'élaborer un commentaire écrit ou oral, tandis que l'assertion "ce livre est si obscur & si difficile, qu’on ne le peut entendre sans Commentaire" souligne l'importance du commentaire pour rendre accessible une œuvre complexe.
Le terme "commentaire" peut également se référer à une interprétation, souvent négative, donnée aux paroles ou aux actes de quelqu'un. Dans ce sens, "faire des commentaires sur les actions de tout le monde" dénote une tendance à critiquer ou à juger autrui. Au pluriel, "commentaires" peut désigner des mémoires historiques rédigés par une personne illustre relatant des événements auxquels elle a participé, à l'instar des "Commentaires de César".
Commenter, en tant que verbe, signifie donc élaborer un commentaire, mais aussi, dans un sens plus péjoratif, "tourner en mauvaise part". Le commentateur, quant à lui, est celui qui réalise un commentaire, qu'il soit "bon, docte, sçavant".
Le commentaire de texte en khâgne : un exercice complet
Le commentaire de texte est un exercice fondamental en classes préparatoires littéraires (khâgne). Il sollicite une analyse rigoureuse et approfondie d'un texte, dans le but de révéler son intérêt et sa richesse. L'enjeu principal est de parvenir à une interprétation pertinente, en restant fidèle au texte tout en explorant ses différentes dimensions.
Enrichir son commentaire : figures de style et procédés d'analyse
Pour enrichir un commentaire de texte, il est essentiel de maîtriser les figures de style et les procédés d'analyse. Bien entendu, les figures de style les plus utiles et les plus attendues restent les très classiques allitérations, assonances, oxymores, etc. Ces figures de style jouent sur les sonorités. Il s’agit d’un rapprochement syntaxique de mots qui possèdent une similitude phonique. Exemple : « Il pleure dans mon cœur/Comme il pleut sur la ville. Un peu plus connue, cette figure de style désigne tout simplement une répétition de mots finissant de la même façon. Il peut s’agir d’une homophonie de la syllabe finale, ou d’une syllabe tout autre. Tu connais sans doute déjà les rimes riches, suffisantes et pauvres, les rimes embrassées, croisées, suivies, etc. Le concept ici est un peu moins répandu, mais très utile et souvent très facilement analysable. Par exemple, faire rimer « nuit » et « ennui », c’est-à-dire la mélancolie aux ténèbres.
Lire aussi: Les subtilités expliquées
Voici quelques termes précis et figures de style qui peuvent s'avérer particulièrement utiles :
Homéotéleute : Cette figure peut se retrouver en prose comme en poésie, peut servir à créer un effet de décalage avec le texte, souvent ironique.
Isocolon : Il s’agit de fait d’un terme plus compliqué pour désigner un parallélisme. Exemple : « Jusqu’à l’épuisement, jusqu’à la mort.
Hypotaxe : Cette figure correspond tout simplement à une parenthèse ayant un lien syntaxique avec ce qui précède. Exemple : « Perdu en un endroit lointain (ou même pas), sans nom, sans identité.
Anacoluthe : Là encore, la définition de cette figure est assez simple et peut être utilisée dans de nombreux contextes. Elle se définit comme une rupture de construction syntaxique. Exemple : « Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, la face du monde en eût été changée.
Lire aussi: Maîtriser l'emploi du verbe « aller » au passé
Asyndète : Cette figure correspond à l’absence d’un lien coordonnant attendu. Exemple : « Cette triste femme contemplait les enfants, les bébés.
Polysyndète : À l’inverse de la figure précédente, celle-ci correspond à une multiplication de liens de coordination quand une simple juxtaposition est attendue. Exemple : « Mais tout dort, et l’armée, et les vents, et Neptune.
Période : En rhétorique, il s’agit d’une phrase construite très méthodiquement pour donner l’impression d’une certaine ampleur. Elle se construit comme un cycle, une phrase musicale conduisant logiquement vers sa fin. La période se construit en deux mouvements au sein d’une même phrase : un mouvement ascendant (appelé protase) et un mouvement descendant (appelé apodose). Cette construction de période oratoire remonte à la rhétorique antique, mais se retrouve chez des auteurs bien plus récents comme Bossuet, Sainte-Beuve ou même Flaubert. D’abord, la protase (suite d’éléments rapides qui accélèrent le rythme de la phrase). Puis, l’acmé, c’est-à-dire le point culminant. Et enfin, l’apodose (partie de la proposition principale qui, placée après une subordonnée conditionnelle, en indique la conséquence). Dans la rhétorique antique et classique, les deux membres de la phrase doivent être équilibrés. Si la protase est plus longue que l’apodose, on parlera de cadence mineure. Inversement, on parlera de cadence majeure. Ce second cas est le plus rare et devra être analysé comme surprenant.
Cette figure est facilement remarquable et analysable dans des textes contemporains. « Comme une colonne, dont la masse solide paraît le plus ferme appui d’un temple ruineux, / lorsque ce grand édifice qu’elle soutenait fond sur elle sans l’abattre, (protase) / ainsi la reine se montre le ferme soutien de l’État / lorsqu’après en avoir longtemps porté le faix, elle n’est pas même courbée sous sa chute.
Protase : « Ce n’étaient qu’amours, amants, amantes, dames persécutées s’évanouissant dans des pavillons solitaires, postillons qu’on tue à tous les relais, chevaux qu’on crève à toutes les pages, forêts sombres, troubles du cœur, serments, sanglots, larmes et baisers, nacelles au clair de lune, rossignols dans les bosquets, messieurs braves comme des lions, doux comme des agneaux, vertueux comme on ne l’est pas, toujours bien mis, (protase) et qui pleurent comme des urnes. Ici, on sent bien cette musicalité du souffle, cette rupture entre les deux mouvements de protase et d’apodose par la conjonction de coordination « et ».
Lire aussi: Molière et la galère : une analyse
La rétractation : Il s’agit de la partie d’un texte, qui se situe le plus souvent en conclusion, où l’auteur révoque l’ensemble de son précédent raisonnement. Cette figure peut être visible à l’échelle d’une phrase ou d’un texte entier.
L'accumulation : Cette figure correspond tout simplement à une accumulation de preuves dans un discours. Exemple : « Deux milliards d’hommes devant moi.
L'exclamation : Exemple : « Tu vas ouïr le comble des horreurs. / J’aime… À ce nom fatal, je tremble, je frissonne.
La gradation : Exemple : « C’est un roc ! … C’est un pic … C’est un cap ! Que dis-je, c’est un cap ?
Hypotypose : Cette figure relativement classique utilisée dans les descriptions tend à rendre particulièrement vivant un discours (ou une image) par des images marquantes. Elle est souvent visible par une énumération de détails concrets.
L'hendiadyn : Ce terme désigne le fait de dissocier en deux éléments distincts ce qui devrait en toute logique être dit en un seul syntagme. Exemple : « L’enfant en rentrant dut subir son père et ses réprimandes.
L'épiphore : Très liée à la figure précédente, il s’agit de l’ajout d’une conclusion ou d’un argument supplémentaire en fin d’un raisonnement ou d’une phrase. Exemple : « Je vous le pardonne.
Épitrochasme : Peut-être la figure la plus pratique et utilisable de toute cette liste. L’épitrochasme ne désigne qu’une suite de mots brefs. Exemple : « Je vais, je viens, je cours, je ne perds point le temps.
Parataxe : Cette figure, particulièrement présente en littérature allemande, désigne un enchaînement de propositions juxtaposées dans une même ou plusieurs phrases, sans éléments de coordination. L’effet est souvent une ampleur persuasive tendant à noyer le lecteur dans l’accumulation.
Hypotaxe : À l’inverse de la parataxe, il s’agit d’un enchaînement de propositions coordonnées au sein d’une même ou plusieurs phrases. La visée est rhétorique et tend à convaincre le lecteur par une logique implacable.
La synonymie : Il s’agit d’une répétition ou amplification d’une même formulation sous des formes différentes. Exemple : « Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage, / Et la mer est amère, et l’amour est amer.
Anaphore : Exemple : « Musique de l’eau / Attirance de l’eau / Trahison de l’eau / Enchantement de l’eau.
Apophrase : Exemple : « Qu’est-ce qu’elle veut, la p’tite dame ? » (au lieu de : « que voulez-vous ?
Il est crucial d'utiliser ces outils avec discernement, en veillant à ne pas complexifier inutilement son propos ou à employer des figures de style trop rares. L'important est de savoir exploiter les figures de style de manière pertinente, en les reliant à l'interprétation globale du texte.
Comment réussir un commentaire de texte : méthode et conseils
Le commentaire de texte est une épreuve qui évalue la capacité à comprendre et à analyser un texte littéraire. Il demande une méthode rigoureuse et une bonne connaissance des outils d'analyse littéraire.
Préparation et lecture du texte
La première étape consiste en une lecture attentive du texte. Il est conseillé de procéder en plusieurs étapes :
- 1ʳᵉ lecture : Identifier la nature du texte (roman, théâtre, poésie, essai) et le situer chronologiquement en s'aidant du paratexte. Noter ses premières impressions.
- 2ᵉ lecture : Préciser la nature du texte (portrait, description, tirade, dialogue).
- 3ᵉ lecture : Repérer les procédés stylistiques, les temps verbaux, le lexique, les constructions de phrases intéressantes.
Rédaction de l'introduction
L'introduction doit présenter le texte (titre, auteur, date, situation dans l'œuvre, court résumé) et proposer une problématique. La problématique doit s'appuyer sur les effets que le texte a produits lors de la lecture.
Élaboration du plan
Deux types de plans sont possibles :
- Plan linéaire : Suit l'ordre du texte.
- Plan thématique : Traite de plusieurs thèmes présents dans l'extrait. Dans ce cas, il est important de trouver des axes de lecture pertinents.
Rédaction du développement
Le développement doit traiter tous les procédés qui se rapportent au thème abordé dans chaque partie.
Rédaction de la conclusion
La conclusion doit résumer le développement en quelques phrases et, éventuellement, proposer une ouverture en établissant un parallèle avec une autre œuvre.
Organisation du temps
Il est important d'organiser son temps à l'avance, en consacrant suffisamment de temps à la préparation et à l'élaboration du plan.
tags: #allait #de #son #commentaire #définition
